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Constantina (impératrice)

jeudi 26 mars 2020, par ljallamion

Constantina (impératrice) (560-605)

Épouse de l’empereur byzantin Maurice. Fille de Tibère II Constantin et de sa femme Ino Anastasia . Sa parenté a été enregistrée dans les chroniques de Théophylacte Simocatta , de Paul Diacre et de Jean de Biclar .

D’après les Chroniques géorgiennes [1], Constantina serait la fille de Khosro II. Ce recueil de texte fut cependant compilé au 8ème siècle et décrit des liens de filiations contradictoires. D’autres sources font de Constantina sa belle-mère à cause des liens de filiations avec Maryam, la fille de l’empereur Maurice.

Son père, Tibère, était le Commandant des Excubites [2] sous Justin II. Justin aurait souffert de crises temporaires de folie et était incapable d’exercer ses fonctions dès la prise de Dara [3] par l’empereur sassanide [4]Khosro 1er en novembre 573. Selon Grégoire de Tours, le gouvernement de l’Empire à ce stade fut assumé par Sophie, la nièce de Théodora et impératrice consort de Justin II. Évagre le Scholastique indique que l’impératrice Sophie réussit à conclure une trêve de trois ans avec Khosro 1er en son propre nom. En tant que régente, elle eut néanmoins besoin de se constituer des partisans. Elle nomma alors Tibère, comme co-dirigeant de l’Empire.

D’après les chroniques de Théophane le Confesseur, Tibère aurait été nommé César par Justin le 7 décembre 574. Il est ensuite adopté par Justin et devient officiellement son héritier. Ino Anastasia, l’épouse de Tibère, est élevée au rang de Caesarissa [5]. Constantina et sa sœur Charito deviennent, quant à elles, membres de la famille impériale.

L’Histoire ecclésiastique de Jean d’Éphèse et les chroniques de Théophane indiquent que Sophie aurait eu pour projet de se marier avec Tibère. Elle considérait en effet son mariage avec Ino Anastasia comme une offense. De surcroît, elle refusa à Ino et à ses filles le droit de venir au Grand Palais de Constantinople [6] et les installa à la place dans le palais de Boucoléon [7], l’ancienne résidence de Justinien 1er avant son accession au trône. Selon Jean d’Éphèse, Tibère allait leur rendre visite chaque soir puis revenait au Grand Palais le matin venu. Sophie interdit également aux dames de la cour de rendre visite à Ino et à ses filles ce qui aurait été considéré comme un signe de respect.

Ino quitta finalement Constantinople avec ses filles pour se rendre à Daphnudium, son précédent lieu de résidence. Selon Jean d’Éphèse, Tibère quitta Constantinople pour leur rendre visite lorsqu’Ino tomba malade.

Le 5 octobre, 578, Justin II meurt et Tibère devient le seul Empereur. Selon Jean d’Éphèse, Sophie envoie alors le patriarche Eutychius de Constantinople convaincre Tibère de divorcer avec Ino. Elle lui propose le mariage, avec elle-même ou avec sa fille Arabie, qui est une adulte, mais Tibère refuse.

Craignant pour la sécurité de sa femme et de ses enfants, Tibère les fait rentrer clandestinement à Constantinople par bateau en pleine nuit. Il organise ensuite une rencontre entre Ino, Eutychius et les membres du Sénat byzantin. Ino est proclamée impératrice lors d’une cérémonie publique et reçoit le titre d’Augusta. Sophie garde néanmoins son rang et peut disposer d’une partie du palais pour ses besoins personnels. Constantina, elle, devient officiellement membre de la famille impériale, en tant que fille d’une des deux impératrices.

Le règne de son père, l’Empereur, est relativement court. En 582, Tibère tombe malade et la question de la succession devient urgente. Une nouvelle fois, la cour presse Sophie de lui désigner un successeur. Elle choisit Maurice, un général qui avait remporté un certain nombre de victoires contre Hormizd IV, le fils et successeur de Khosro 1er. Selon Grégoire de Tours, elle envisage là aussi de se marier avec le futur empereur.

Jean d’Éphèse et Grégoire de Tours présentent les mariages de Constantina et de Charito comme une manœuvre de Tibère vis à vis de Sophie afin de lui damer le pion en s’assurant la loyauté de son beau-fils. Le 5 août, 582, Constantina est fiancée à Maurice et Charito à Germanus. Les deux hommes sont nommés empereurs et deviennent ainsi des successeurs de Tibère.

Germanus était un patricien et le gouverneur de la Province d’Afrique [8]. Il est identifié comme le fils de Germanus un cousin de Justinien 1er et Matasonte , la reine des Ostrogoths [9], dans les écrits de l’historien Jordanès.

Une interprétation historique de ce double mariage est que Tibère aurait envisagé de désigner deux co-empereurs comme successeurs à sa mort, en divisant éventuellement les provinces entre eux. Si Tibère a eu de tels plans, ils n’ont jamais pris forme. Selon Jean de Nikiou , Germanus était le candidat favori de Tibère pour le trône, mais il aurait refusé par humilité.

Le 13 août, Tibère, est déjà sur son lit de mort. Les civils, militaires et dignitaires ecclésiastiques attendent la nomination de son successeur. Tibère aurait préparé un discours sur la question, mais est trop faible pour parler. Le questeur du palais sacré [10] le lit alors pour lui. Le texte proclame Maurice Auguste comme son unique successeur. Le 14 août, Tibère meurt et Maurice devient le seul empereur. Constantina reste sa fiancée.

Le mariage de Constantina et Maurice a lieu à l’automne 582. La cérémonie est célébrée par le Patriarche Jean IV et est décrite en détail par Théophylacte Simocatta. Constantina est proclamée Augusta, tout comme Sophie et Ino Anastasia qui gardent le même titre. Jean d’Éphèse mentionne ainsi que les trois Augustas vivaient dans le Grand Palais.

Anastasia est la première des trois dames à mourir en 593. Les relations entre Constantina et sa mère ne semblent pas avoir été au beau fixe, à tel point que Constantina semble avoir entretenu de meilleures relations avec Sophie qu’avec sa propre mère.

Théophane le Confesseur indique que Sophie et Constantina auraient offert conjointement une précieuse couronne comme cadeau à Maurice lors de la fête de Pâques 601. Maurice accepta le cadeau, mais ordonna de l’accrocher au-dessus de l’autel de Sainte-Sophie comme son propre hommage à l’église, ce qui, selon Théophane le Confesseur, aurait été pris comme une insulte par les deux Augustas et aurait été à l’origine d’une cassure dans le mariage entre Constantina et Maurice.

Le 22 novembre 602, Maurice, Constantina et leurs enfants quittent Constantinople dans un navire de guerre. La ville est en proie à l’émeute à cause d’une épidémie de famine. La faction des Verts de l’hippodrome se retourne contre la famille impériale, tandis qu’une mutinerie de l’armée, menée par Phocas arrive aux portes du Palais. Phocas est proclamé empereur le 23 novembre.

Malheureusement le navire dans lequel la famille a pris la fuite doit affronter une tempête, ce qui la force à chercher refuge sur la côte Asiatique de la Mer de Marmara [11], non loin de Nicomédie [12]. Maurice souffre de l’arthrite et ses capacités diminuent à cause d’une douleur intense suite à leur voyage par la mer. Les troupes loyales à Phocas capturent la famille impériale déchue quelques jours plus tard, et les emmène à Chalcédoine [13]. Le 27 novembre, les cinq enfants sont exécutés devant les yeux de leur père, puis Maurice lui-même est exécuté. Constantina, elle, est épargnée.

En 603, elle est exilée avec ses trois filles dans un monastère, connu sous le nom de "la Maison de Léon". Le monastère a été associé durant un temps au Monastère de Saint-Mamas, fondé et dirigé par Theoctista, une sœur de Maurice.

Théophane le Confesseur indique que Constantina aurait gardé contact avec son beau-frère Germanus, et que les deux auraient conspiré contre Phocas. Leurs messages sont confiées à Petronia, une servante de Constantina, mais Petronia les trahit et les dénonce à Phocas.

Constantina est arrêtée et placée sous la garde de Theopemptus, préfet de Constantinople. Son interrogatoire est mené sous la torture et elle est forcée de donner le nom des autres conspirateurs.

Constantina et ses trois filles sont exécutées à Chalcédoine. Germanus et sa fille sont également exécutés. Théophane le Confesseur place la date de leur mort vers 605/606.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Constantina (impératrice)/ Portail du monde byzantin / Catégories : Impératrice byzantine

Notes

[1] Les Chroniques géorgiennes désignent conventionnellement le principal recueil de textes historiques médiévaux de Géorgie Kartlis Tskhovreba , le Karthli étant la région de la Géorgie ancienne et médiévale connue dans l’Antiquité classique et encore sous l’Empire byzantin sous le nom d’Ibérie du Caucase. Les chroniques sont également connues sous le nom d’« Annales royales de Géorgie » car elles constituent l’essentiel du corpus officiel de l’histoire du royaume de Géorgie.

[2] Les Excubites furent fondés vers 460 pour servir de garde personnelle aux premiers empereurs byzantins. Leurs commandants acquirent rapidement une grande influence et donnèrent à l’Empire byzantin plusieurs empereurs au 6ème siècle. Si les Excubites disparaissent progressivement des annales vers la fin du 7ème siècle, ils furent reformés vers le milieu du 8ème siècle et devinrent un tagma d’élite formant le noyau professionnel de l’armée byzantine. On les mentionne pour la dernière fois en 1081.

[3] Darʿā, est une ville du sud-ouest de la Syrie proche des frontières avec la Jordanie, le Liban et Israël. Elle est la capitale du Gouvernorat de Deraa.

[4] Les Sassanides règnent sur le Grand Iran de 224 jusqu’à l’invasion musulmane des Arabes en 651. Cette période constitue un âge d’or pour la région, tant sur le plan artistique que politique et religieux. Avec l’Empire romano byzantin, cet empire a été l’une des grandes puissances en Asie occidentale pendant plus de quatre cents ans. Fondée par Ardashir (Ardéchir), qui met en déroute Artaban V, le dernier roi parthe (arsacide), elle prend fin lors de la défaite du dernier roi des rois (empereur) Yazdgard III. Ce dernier, après quatorze ans de lutte, ne parvient pas à enrayer la progression du califat arabe, le premier des empires islamiques. Le territoire de l’Empire sassanide englobe alors la totalité de l’Iran actuel, l’Irak, l’Arménie d’aujourd’hui ainsi que le Caucase sud (Transcaucasie), y compris le Daghestan du sud, l’Asie centrale du sud-ouest, l’Afghanistan occidental, des fragments de la Turquie (Anatolie) et de la Syrie d’aujourd’hui, une partie de la côte de la péninsule arabe, la région du golfe persique et des fragments du Pakistan occidental. Les Sassanides appelaient leur empire Eranshahr, « l’Empire iranien », ou Empire des Aryens.

[5] la deuxième dame de l’Empire

[6] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[7] Le Palais de Boucoléon est un ensemble situé à Constantinople, composé jadis d’un port artificiel construit au 4ème siècle et de plusieurs palais construits par Nicéphore II Phocas (10ème siècle). Considéré comme la « résidence maritime des Empereurs », il faisait partie du domaine impérial du Palais Sacré.

[8] L’Afrique ou Afrique proconsulaire, est une ancienne province romaine qui correspond à l’actuelle Nord et sud Est Tunisien, plus une partie de l’Algérie et de la Libye actuelle. La province d’Afrique est créée en 146 av. jc, après la destruction de Carthage, au terme de la 3ème guerre punique ; ayant Utique pour capitale, elle est séparée du royaume de Numidie par une ligne de démarcation, la fossa regia. En 46 av. jc, Rome annexe la Numidie avec le nom de « nouvelle province d’Afrique » (Africa Nova) pour la distinguer de la première (Africa Vetus). Vers 40-39 av. jc, les deux provinces sont réunies dans la province dite d’Afrique proconsulaire ; ayant Carthage pour capitale, elle s’étend, d’ouest en est, de l’embouchure de l’Ampsaga (auj. l’Oued-el-Kebir, en Algérie) au promontoire de l’Autel des frères Philènes (auj. Ras el-Ali, en Libye). En 303, celle-ci est divisée par Dioclétien en trois provinces : la Tripolitaine, la Byzacène et l’Afrique proconsulaire résiduelle, aussi appelée Zeugitane.

[9] Les Ostrogoths étaient une des deux fractions des Goths, peuple germanique venu des confins de la Baltique et établi au 4ème siècle en Ukraine et en Russie méridionale, au nord de la mer Noire, l’autre fraction étant celle des Wisigoths. Ils jouèrent un rôle considérable dans les événements de la fin de l’Empire romain.

[10] Le questeur du palais sacré est une importante fonction légale dans le bas Empire romain et au début de l’Empire byzantin, puisqu’il est responsable de l’élaboration des lois. Au fur et à mesure de l’histoire de l’Empire byzantin, la fonction du questeur évolue pour devenir un important poste judiciaire à Constantinople. Il subsiste jusqu’au 14ème siècle, même s’il n’est alors plus qu’un titre honorifique.

[11] La mer de Marmara, autrefois appelée la Propontide, est une mer située entre l’Europe orientale et l’Asie Mineure et qui communique avec les Dardanelles au sud-ouest et le Bosphore au nord-est. Par ces détroits, elle constitue une mer transitoire entre la mer Égée (mer Méditerranée) et la mer Noire. La mer de Marmara s’étend sur une superficie de 11 500 km² et a une profondeur maximale de 1 261 mètres. Elle est bordée au nord et au sud par la Turquie et est située sur une faille responsable de nombreux et dramatiques séismes.

[12] Nicomédie est une ville d’Asie mineure, capitale du royaume de Bithynie. Elle est appelée Izmit aujourd’hui. Hannibal s’y donna la mort en 183 av. jc et l’historien Arrien y naquit vers 90.

[13] Chalcédoine est une cité grecque de Bithynie (actuellement en Turquie), située sur l’entrée orientale du Pont-Euxin, face à Byzance et au sud de Chrysopolis (Scutari, actuellement Üsküdar). La ville turque de Kadıköy est aujourd’hui située sur l’emplacement de Chalcédoine, dans le prolongement d’Üsküdar. Elle fait partie, avec le reste du royaume de Bithynie, du legs de Nicomède IV à l’Empire romain en 74 av. jc. Elle subit l’invasion de Mithridate VI, qui est ensuite chassé par Lucullus. De nouveau dans le giron de l’Empire romain, elle redevient une ville libre. Chalcédoine accueille le quatrième concile œcuménique des chrétiens en 451. Chosroès II, roi des Perses Sassanides, assiège la ville en 602 et s’en empare pour venger le meurtre de son ami Maurice Tibère ; il menace alors directement Constantinople dirigée par Phocas. La ville revient à l’empire l’année suivante, avant d’être à nouveau assiégée (mais non prise) par les Perses en 617 et 626, puis par mer, par les Arabes, en 678 et 718.