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Mathilde de Boulogne (vers 1103-1152)

samedi 2 octobre 2021, par ljallamion

Mathilde de Boulogne (vers 1103-1152)

Comtesse de Boulogne de 1125 à 1151-Comtesse de Mortain-Duchesse de Normandie-Reine consort d’Angleterre

Elle fut active dans le conflit qui opposa son mari Étienne d’Angleterre à Mathilde l’Emperesse.

Fille d’Eustache III comte de Boulogne [1], et de la princesse Marie d’Écosse , elle-même fille de Malcolm III d’Écosse et de Sainte Marguerite d’Écosse. Elle est parente des rois de Jérusalem [2], des rois d’Écosse [3] et des comtes de Flandre [4]. Elle descend directement de Charlemagne par son père, et d’AEthelred le Malavisé par sa mère.

En 1125, elle épouse Étienne de Blois, comte de Mortain [5]. Ce mariage apporte à Étienne une richesse considérable, bien que, en tant que protégé d’Henri 1er d’Angleterre, il soit déjà très riche.

Son père, Eustache III, abdique en sa faveur et se retire dans la vie monastique tout de suite après le mariage. Elle lui succède donc à la tête du comté de Boulogne, et hérite d’un large fief en Angleterre centré sur l’Essex [6]. Elle dirige ce comté conjointement avec son mari jusqu’en 1146-1147, date à laquelle il est transmis à leur fils Eustache IV de Boulogne .

À la mort du roi d’Angleterre Henri 1er en 1135, Étienne s’empare du trône promis à sa cousine Mathilde l’Emperesse. Il devient donc duc de Normandie [7] et roi d’Angleterre. Mathilde sera alors toujours désignée comme reine d’Angleterre, bien qu’il n’existe aucune preuve qu’elle ait été formellement couronnée. Elle s’implique fortement dans la gestion du royaume. Sa connaissance de la géo-politique continentale est importante pour Étienne. En tant que comtesse de Boulogne, elle a aussi le contrôle d’une importante flotte et des relations privilégiées avec bon nombre d’acteurs importants sur le continent. C’est par son entremise que Guillaume d’Ypres et ses mercenaires flamands entrent au service de son mari.

La guerre civile [8] entre les partisans du roi et ceux de Mathilde l’Emperesse dure pratiquement tout le règne d’Étienne. En 1138, elle dirige le siège du château de Douvres [9] qui est tenu par des rebelles, menés par Vauquelin Maminot, soutenant l’Emperesse. Elle demande à ses vassaux de Boulogne de bloquer le port de Douvres, obligeant la garnison à se rendre. À la Noël 1138, elle reprend le processus de paix entre l’Écosse et l’Angleterre qui s’éternisait. Elle mène les négociations, au nom de son mari, avec son oncle David 1er d’Écosse. Les termes du traité de Durham [10] sont ratifiés le 9 avril 1139.

En 1140, elle arrange une alliance avec la France en mariant son fils Eustache à Constance , la fille de Louis VI. Lors de la conférence de Bath [11] elle discute des perspectives de paix avec Robert de Gloucester.

Après la capture d’Étienne, à la bataille de Lincoln [12], elle prend la tête de son parti, aidée par le capitaine de ses mercenaires Guillaume d’Ypres. Son rôle est crucial dans le sauvetage de la cause de son mari : elle persuade Geoffrey de Mandeville et d’autres barons de revenir dans son camp. Elle réussit à faire revenir son beau-frère Henri, évêque de Winchester [13] dans le camp de son frère. Elle s’attire les faveurs des Londoniens, qui se retournent contre l’Emperesse et la chasse, alors que celle-ci est incapable de concrétiser sa position de force sur le royaume en se faisant couronner.

Quand Henri de Blois est assiégé à Winchester [14], elle rallie ses troupes et assiège les assiégeants. Après la bataille de Winchester [15] qui s’ensuit, Robert de Gloucester, le capitaine du parti angevin, est capturé. Son mari est échangé quelques mois plus tard avec Robert de Gloucester. Plus tard, elle essaie d’assurer la succession sur le trône de son fils en le faisant couronner. Quand l’archevêque de Cantorbéry [16] Thibaut du Bec s’y oppose, il est expulsé d’Angleterre. Elle lui fournit un refuge à Saint-Omer [17]. Son influence lui permet d’obtenir du pape la permission de couronner Eustache.

Dans les dernières années de sa vie, elle se consacre à la vie religieuse. Elle est une bienfaitrice des templiers [18] et permet l’installation des premiers chanoines arrouasiens [19] en Angleterre. Ses réalisations principales, conjointement avec Étienne, sont la fondation de l’abbaye clunisienne de Faversham [20] vers 1148 et l’abbaye cistercienne de Coggeshall [21]. Elle fonde aussi le couvent de Lillechurch pour sa fille Marie de Blois , l’hôpital de Sainte-Catherine près de la Tour de Londres [22]. Marie devra quitter les ordres pour reprendre l’héritage familial.

Elle tombe malade en avril 1152 au Château d’Hedingham [23], et y meurt le 3 mai. Elle est inhumée à l’abbaye de Faversham

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Marjorie Chibnall, « Matilda (c.1103–1152) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.

Notes

[1] Le comté de Boulogne est issu d’un pagus franc. Dès le 9ème siècle, ce comté se trouve sous la suzeraineté du marquisat de Flandre. Philippe Auguste le confisquera en 1212 pour le donner en apanage à son fils. Le comté suivra ensuite les destinées de l’Artois et sera finalement annexé au domaine royal au xve siècle

[2] Le royaume de Jérusalem fut fondé par des princes chrétiens à la fin de la première croisade, lorsqu’ils s’emparèrent de la ville. C’est l’un des États latins d’Orient. On peut distinguer plusieurs périodes dans son histoire : celles où le titre de roi de Jérusalem est associé à la mainmise croisée sur la ville (1099-1187 et 1229-1244), et celles où le titre représente le plus haut niveau de suzeraineté des croisés en Terre sainte, mais durant lesquelles la ville en elle-même n’appartient pas aux soldats croisés. Le royaume de Jérusalem fut créé en 1099 après la prise de la ville et ne disparut réellement qu’avec le départ des derniers croisés de Tortose en août 1291, soit moins de deux siècles plus tard.

[3] Le royaume d’Écosse était un État souverain situé en Europe de l’Ouest. Il occupait le tiers nord de la Grande-Bretagne, et partageait au sud une frontière commune avec le royaume d’Angleterre. Il a existé de 843 jusqu’à l’acte d’Union de 1707, qui l’a uni au royaume d’Angleterre (927/1707) pour former le royaume de Grande-Bretagne (1707/1800).

[4] Le comté de Flandre a été un pagus carolingien, puis l’une des principautés du royaume de France, particulièrement impliquée dans les conflits franco-anglais, aux frontières et à l’influence durement disputées depuis sa création au 9ème siècle jusqu’en 1384, date de la mort du comte Louis de Male. Le comté, possédé par la Maison de Flandre de 863 jusqu’à la mort de la dernière comtesse, Marguerite de Constantinople, en 1280, puis par la Maison de Dampierre-Flandre, puis devenu l’une des possessions de la Maison capétienne de Bourgogne en 1385, devint alors l’un des principaux centres des États bourguignons. Après la Guerre de succession de Bourgogne il fut ensuite progressivement intégré aux Pays-Bas bourguignons et fut finalement détaché du royaume de France par le Traité de Madrid en 1526 en faveur des Habsbourg d’Espagne. Louis XIV en reconquit une partie sur les Espagnols. Le comté cessa d’exister en 1795 après la conquête des Pays-Bas autrichiens par les Français. Le territoire de ce comté correspond approximativement aux provinces belges actuelles de Flandre-Occidentale et de Flandre-Orientale, à l’ouest de la province de Hainaut (arrondissements de Tournai et Mouscron), plus la partie de la province d’Anvers située à l’ouest de l’Escaut, la Flandre zélandaise et la région historique de Flandre française (région de Lille, Dunkerque, Hazebrouck, Douai,…).

[5] Mortain est une commune française, située dans le département de la Manche. En 993, Guillaume Longue-Épée prend possession de Mortain, il est le probable fondateur du château (en bois à l’origine). C’est à l’époque de Guillaume Longue-Épée que fut mis en place le comté de Mortain. Le premier comte fut Mauger de Normandie (fils du duc Richard Ier).

[6] L’Essex est un comté du sud est d’Angleterre au nord-est de Londres.

[7] Le duché de Normandie est un duché féodal du royaume de France qui a existé de 911 à 1469, d’abord comme principauté largement autonome, puis après sa conquête par le roi de France en 1204, comme partie du domaine royal ou comme apanage. Louis XI supprime le duché en 1469. Toutefois, il subsiste pour sa partie insulaire (les îles Anglo-Normandes) comme dépendance de la couronne britannique. Le duché de Normandie fait partie, comme l’Aquitaine, la Flandre ou la Catalogne, de ces principautés qui émergent au milieu du Moyen Âge avec l’affaiblissement du pouvoir royal carolingien.

[8] À la mort du roi Henri 1er d’Angleterre, en 1135, Étienne de Blois s’empare du trône aux dépens de l’héritière légitime et désignée Mathilde l’Emperesse, la fille du défunt roi. En 1138, les partisans de l’Emperesse se déclarent, et un conflit ouvert éclate en Normandie, puis après le débarquement de celle-ci en Angleterre en 1139, sur le sol anglais. La guerre civile anglaise, aussi appelée Anarchie ou Naufrage (d’après celui de la Blanche-Nef au cours duquel Henri 1er perd son seul fils légitime), dure de 1138 à 1153. Elle ne cesse qu’après la signature du Traité de Wallingford en 1153 par lequel Henri, duc de Normandie et fils de l’Emperesse, est désigné héritier et successeur par Étienne.

[9] Le château de Douvres est situé sur une colline dominant la Manche, au nord-est du port de Douvres, comté de Kent en Angleterre. Ce château possède un grand avantage : c’est le point d’Angleterre le plus proche du continent européen. La place était sans doute fortifiée depuis l’âge du fer, bien avant la conquête romaine. Les Romains érigèrent un phare qui se dresse toujours dans l’enceinte du château, et les Saxons une église. Guillaume le Conquérant a étendu des fortifications existantes à cet endroit en 1066, mais c’est Henri II qui en a fait le château actuel en y ajoutant, en 1180, le donjon entouré d’un mur d’enceinte. À travers les siècles, les défenses ont toujours été élargies et améliorées car le château a tenu un important rôle militaire. Un labyrinthe de tunnels et des chambres secrètes furent aménagés sous le château pour mieux en assurer sa défense.

[10] Le premier traité de Durham est un accord de paix, durant l’Anarchie anglaise, conclu entre les rois Étienne d’Angleterre et David Ier d’Écosse, le 20 février 1136.

[11] Bath est une ville du comté de Somerset, au sud-ouest de l’Angleterre. Elle se situe à 180 km à l’ouest de Londres et à 25 km au sud-est de Bristol. Edgar d’Angleterre fut proclamé roi à l’abbaye de Bath en 973.

[12] La bataille de Lincoln ou première bataille de Lincoln se déroule le 2 février 1141. Cet événement est un épisode important d’une période sombre de l’Histoire de l’Angleterre, la guerre civile entre Étienne d’Angleterre et Mathilde l’Emperesse. À l’issue de cette bataille, le roi Étienne est capturé, puis emprisonné et déposé.

[13] L’évêque de Winchester est à la tête du diocèse anglican de Winchester, dans la province de Cantorbéry. Il s’agit d’un des sièges épiscopaux les plus anciens et les plus prestigieux d’Angleterre, et son titulaire est automatiquement membre de la Chambre des Lords. Il est aussi prélat de l’Ordre de la Jarretière.

[14] Winchester est la ville capitale du comté de Hampshire, au sud de l’Angleterre. Elle devient la grande capitale du royaume du Wessex du 6ème siècle au 9ème siècle, puis d’Angleterre jusque sous les premiers rois normands au 11ème siècle. Elle reste une des résidences principales des rois jusqu’à George 1er, tout en s’affirmant un des évêchés les plus riches d’Angleterre. Son évêque, qui siège à la chambre des Lords, a aujourd’hui le cinquième rang dans la hiérarchie anglicane.

[15] La déroute de Winchester ou parfois bataille de Winchester se déroule le 14 septembre 1141. Cet événement est un épisode important d’une période sombre de l’Histoire de l’Angleterre : L’Anarchie. Le parti royal d’Étienne d’Angleterre parvient à la suite de la débâcle du camp angevin adversaire à capturer Robert de Gloucester. Il peut ainsi l’échanger contre le roi Étienne qui a été capturé lors de la bataille de Lincoln, quelques mois plus tôt.

[16] L’archevêque de Cantorbéry est, après le Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre (c’est-à-dire le monarque du Royaume-Uni), le chef de l’Église d’Angleterre et de la Communion anglicane.

[17] Saint-Omer est une commune française, sous-préfecture du département du Pas-de-Calais. Aux 11ème et 12ème siècles, les marchands de Saint-Omer sont organisés en guilde, dotée de statuts. Y sont codifiés, les beuveries mais aussi les conditions d’admission, le rôle des doyens, l’entraide, la charité envers les pauvres, l’entretien des places et des remparts, etc. Saint-Omer fut perdue par le comté de Flandre au traité de Pont-à-Vendin du 25 février 1212 et devint une des principales places du comté d’Artois qui venait de se créer. Ferrand de Flandre essaya de reprendre la ville mais il fut vaincu à la bataille de Bouvines. Dès lors la francisation commença et les documents officiels furent écrits en français ; le flamand n’en resta pas moins la langue courante dans la population et, au 13ème siècle, le chroniqueur Guillaume d’Andres nous affirme que, de son temps, les affaires se plaidaient en flamand. Encore en 1507 la coutume de Saint-Omer précise dans son article 7 que « ses majeurs et eschevins ont accoustumé faire raidigier leurs dictes sentences criminelles en langaige flamang ». La ville resta d’ailleurs dans une large mesure au sein du réseau économique des Pays-Bas dont elle était officiellement séparée. En 1384, Saint-Omer revint aux ducs de Bourgogne, mais la paix de Nimègue en 1678 la céda définitivement à la France.

[18] L’ordre du Temple était un ordre religieux et militaire issu de la chevalerie chrétienne du Moyen Âge, dont les membres étaient appelés les Templiers. Cet ordre fut créé à l’occasion du concile de Troyes, ouvert le 13 janvier 1129 à partir d’une milice appelée les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Il œuvra pendant les 12ème et 13ème siècles à l’accompagnement et à la protection des pèlerins pour Jérusalem dans le contexte de la guerre sainte et des croisades. Il participa activement aux batailles qui eurent lieu lors des croisades et de la Reconquête ibérique. Afin de mener à bien ses missions et notamment d’en assurer le financement, il constitua à travers l’Europe chrétienne d’Occident et à partir de dons fonciers, un réseau de monastères appelés commanderies. Cette activité soutenue fit de l’ordre un interlocuteur financier privilégié des puissances de l’époque, le menant même à effectuer des transactions sans but lucratif avec certains rois ou à avoir la garde de trésors royaux. Après la perte définitive de la Terre sainte consécutive au siège de Saint-Jean-d’Acre de 1291, l’ordre fut victime de la lutte entre la papauté et le roi de France, Philippe le Bel. Il fut dissous par le pape Clément V le 13 mars 1312 à la suite d’un procès en hérésie.

[19] L’abbaye Saint-Nicolas d’Arrouaise est une ancienne abbaye augustinienne du Nord de la France. Fondée vers 1090 près du Transloy dans l’ancienne forêt d’Arrouaise au sud-est de Bapaume, cette abbaye donna le jour à la congrégation d’Arrouaise qui malgré sa diffusion restreinte - elle ne posséda que 28 maisons - a joué un rôle très important.

[20] L’abbaye de Faversham est un monastère clunisien au nord-ouest de la ville de Faversham dans le comté du Kent en Angleterre. Le monastère est fondé par le roi d’Angleterre Étienne de Blois et la reine consort Mathilde de Boulogne, en 1148. La communauté initiale est formée de moines venus de l’abbaye de Bermondsey. L’abbaye est dispersée en 1538 et par la suite, l’essentiel des bâtiments sont détruits.

[21] L’abbaye de Coggeshall est une ancienne abbaye savignienne puis cistercienne située dans la ville de Coggeshall (dans le comté de l’Essex), en Angleterre. Comme la plupart des abbayes britanniques, elle a été fermée par Henry VIII à la fin de la campagne de dissolution des monastères.

[22] La tour de Londres est une forteresse historique située sur la rive nord de la Tamise à Londres en Angleterre à côté de Tower bridge. La tour se trouve dans le district londonien de Tower Hamlets situé à l’est de la Cité de Londres dans un espace appelé Tower Hill. Sa construction commença vers la fin de l’année 1066 dans le cadre de la conquête normande de l’Angleterre. La tour Blanche qui donna son nom à l’ensemble du château, fut construite sur l’ordre de Guillaume le Conquérant en 1078 et fut considérée comme un symbole de l’oppression infligée à Londres par la classe dirigeante. Le château fut utilisé comme prison dès 1100. Il servait également de grand palais et de résidence royale.

[23] Le château de Hedingham est une motte castrale normande du comté d’Essex, munie d’un donjon en pierre. Il fut, quatre siècles durant, le château familial des comtes d’Oxford, les de Vere.