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Comentiolus (mort en 602)

mercredi 26 mai 2021, par lucien jallamion

Comentiolus (mort en 602)

Général byzantin lors du règne de Maurice

L'Empire Byzantin vers 550Il joue un rôle majeur dans les campagnes de celui-ci dans les Balkans [1] et combat aussi contre les Sassanides [2] sur la frontière orientale de l’empire.

Rien n’est connu sur le début de sa vie à l’exception qu’il vient de Thrace [3]. Il apparaît pour la première fois en 583 comme officier dans les corps des Excubiteurs [4]. Il accompagne alors une ambassade byzantine envoyée auprès de Bayan, le Khagan [5] des Avars [6].

Selon l’historien Théophylacte Simocatta , il suscite la colère du khagan du fait de ses déclarations franches. Il est alors brièvement emprisonné.

Il est probable que sa proximité avec l’empereur date du temps où Maurice est comes des Excubiteurs avant sa montée sur le trône. Tout au long de sa carrière, Comentiolus est loyal envers Maurice et ce dernier garde un œil sur la carrière de son protégé.

L’année suivante, à la suite d’une trêve avec les Avars, il est nommé à la tête d’une taxiarcha [7] opérant contre les tribus slaves lançant des raids en Thrace. Ces dernières parviennent jusqu’au mur d’Anastase [8], le premier dispositif défensif protégeant Constantinople [9]. Comentiolus les défait sur la rivière Erginia, près du mur. Comme récompense, il est nommé magister militum praesentalis [10] en 585.

À cette occasion ou peut-être un peu plus tard en 589, il reçoit le titre de patrice [11]. À l’été 585, il défait de nouveau une force importante de Slaves [12] et en 586, il reçoit la direction de la guerre contre les Avars après qu’ils ont brisé la trêve. En 587, il rassemble une armée forte de 10 000 hommes à Anchialos [13]. Il prépare une embuscade contre le Khagan des Avars dans les monts Haemus mais il échoue.

En 589, il semble avoir été nommé magister militum Spaniae comme en atteste une inscription portant son nom à Carthagène [14]. Toutefois, elle pourrait avoir été faite par un personnage homonyme. À l’automne 589, il revient en Orient en remplacement de Philippicos pour diriger l’armée orientale dans la guerre contre les Sassanides. Son armée est défaite lors de la bataille de Sisauranon la même année et ne parvient pas à reprendre Martyropolis [15].

Toutefois, durant le printemps de l’année 590, alors qu’il est à son quartier général à Hiérapolis [16], il reçoit un voyageur inattendu en la personne de Khosro II, le prétendant légitime au trône perse. Celui-ci a fui vers le territoire byzantin pour rechercher de l’aide contre l’usurpateur Vahram VI. L’empereur Maurice décide de soutenir l’empereur exilé et rassemble une armée pour lui permettre de reprendre le pouvoir. Dans un premier temps, Comentiolus est choisi pour la diriger mais Khosro se plaint du manque de respect du général à son égard.

De fait, Comentiolus est remplacé par Narsès (maître des milices) . Toutefois, Comentiolus prend part à la campagne comme commandant de l’aile droite de l’armée. Khosro parvient à chasser l’usurpateur et remercie les Byzantins par le biais d’un traité mettant fin à une guerre longue de presque 20 ans. En outre, il cède toutes les cités de Mésopotamie perdues par les Byzantins ainsi que la quasi-totalité de l’Arménie [17].

Cette paix favorable permet aux Byzantins de se concentrer contre les incursions des Slaves et des Avars dans l’Illyricum [18]. En 598, Comentiolus est de nouveau envoyé faire campagne contre les Avars, probablement avec le titre de magister militum de Thrace. Après une lourde défaite causée par sa négligence à positionner correctement ses troupes pour la bataille, son armée est dispersée et lui-même doit fuir vers Constantinople.

À son retour, il fait face à des accusations de trahison. Elles sont abandonnées à la demande de l’empereur et Comentiolus est confirmé dans sa fonction de général en Thrace. Quand l’armée se révolte contre Maurice en 602, Comentiolus est chargé de défendre les murailles de Constantinople. Finalement, Phocas parvient à pénétrer dans la cité et Comentiolus fait partie des premiers dignitaires de l’ancien régime à être exécuté

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Michael Whitby, The Emperor Maurice and his Historian - Theophylact Simocatta on Persian and Balkan Warfare, Oxford University Press, 1998 (ISBN 0198229453)

Notes

[1] Les Balkans sont une des trois « péninsules » de l’Europe du Sud, mais cette appellation traditionnelle est parfois contestée en l’absence d’un isthme : les géographes préfèrent le terme de « région ». Elle est bordée par des mers sur trois côtés : la mer Adriatique et la mer Ionienne à l’ouest, la mer Égée au sud et la mer de Marmara et la mer Noire à l’est. Au nord, on la délimite généralement par les cours du Danube, de la Save et de la Kupa. Cette région couvre une aire totale de plus de 550 000 km²

[2] Les Sassanides règnent sur le Grand Iran de 224 jusqu’à l’invasion musulmane des Arabes en 651. Cette période constitue un âge d’or pour la région, tant sur le plan artistique que politique et religieux. Avec l’Empire romano byzantin, cet empire a été l’une des grandes puissances en Asie occidentale pendant plus de quatre cents ans. Fondée par Ardashir (Ardéchir), qui met en déroute Artaban V, le dernier roi parthe (arsacide), elle prend fin lors de la défaite du dernier roi des rois (empereur) Yazdgard III. Ce dernier, après quatorze ans de lutte, ne parvient pas à enrayer la progression du califat arabe, le premier des empires islamiques. Le territoire de l’Empire sassanide englobe alors la totalité de l’Iran actuel, l’Irak, l’Arménie d’aujourd’hui ainsi que le Caucase sud (Transcaucasie), y compris le Daghestan du sud, l’Asie centrale du sud-ouest, l’Afghanistan occidental, des fragments de la Turquie (Anatolie) et de la Syrie d’aujourd’hui, une partie de la côte de la péninsule arabe, la région du golfe persique et des fragments du Pakistan occidental. Les Sassanides appelaient leur empire Eranshahr, « l’Empire iranien », ou Empire des Aryens.

[3] La Thrace est une région de la péninsule balkanique partagée entre : la Bulgarie (Thrace du nord), la Grèce (Thrace occidentale ou Thrace égéenne) et la Turquie (Thrace orientale).

[4] la garde impériale

[5] Khagan ou Grand Khan est un titre équivalent à celui d’empereur dans les langues mongole, toungouses et turque. Le titre est porté par celui qui dirige un khaganat (empire, plus grand qu’un khanat, lui-même comparable à un royaume). Khagan peut également être traduit par Khan des Khans, expression signifiant roi des rois. Le Khagan, comme tous les khans, se fait élire par le Qurultay, en général, parmi les descendants des précédents khans. Les Avars, les Protobulgares, les Khazars, entre autres, appelaient leurs chefs de ce nom.

[6] Les Avars ou Avares sont un peuple turc de cavaliers nomades dirigés par un Khagan, parfois identifiés aux Ruanruan qui menaçaient la Chine au 3ème siècle.

[7] brigade

[8] Le mur d’Anastase ou les Longs murs de Thrace est une ancienne fortification de pierres et de mottes bâtie par les Byzantins au 5ème siècle et située à 65 kilomètres à l’ouest de Constantinople, devenue Istanbul, mille ans plus tard, dans l’actuelle Turquie. À l’origine long de 56 kilomètres de long, ce grand mur de défense s’étend à travers la Thrace d’Evcik İskelesi depuis la mer Noire au nord à la côte de la mer de Marmara, à 6 kilomètres à l’ouest de Silivri (l’antique Selymbria). Ce mur faisait partie d’un système de défense extérieur de Constantinople, capitale de l’Empire romain d’Orient, et fut probablement utilisé jusqu’au 7ème siècle.

[9] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[10] Le magister militum est un officier supérieur de l’armée romaine durant l’Antiquité tardive. Son nom est souvent traduit par « maître de la milice » ou « maître des milices ». À l’origine, on distinguait le magister peditum ou commandant de l’infanterie et le magister equitum ou commandant de la cavalerie. Les deux fonctions furent à l’occasion réunies et leur titulaire prit le titre de magister utriusque militiae. Le commandant des corps demeurant à la disposition de l’empereur près de la capitale fut appelé magister militum praesentales. En Orient, la fonction cessa d’exister avec la création des thèmes où le gouverneur (strategos), cumula les fonctions militaires et civiles.

[11] Patrice est un titre de l’empire romain, créé par Constantin 1er. Dans les années 310-320, Constantin abolit le patriciat romain, vieille distinction sociale qui avait ses racines au début de la république romaine. Le titre de patrice est désormais accordé par l’empereur à des personnes de son choix, et non plus à des familles entières. Dès son apparition, le titre de patrice permet à son titulaire d’intégrer la nobilitas, comme le faisait déjà le patriciat républicain. Le titre était décerné à des personnages puissants mais non membres de la famille impériale ; il vient dans la hiérarchie immédiatement après les titres d’Auguste et de César. Ce titre fut ensuite conféré à des généraux barbares au service de l’empire. Le titre fut encore porté par des notables gallo-romains au 6ème siècle. Sous les Mérovingiens, le titre de patrice était donné au commandant des armées burgondes. Les papes l’ont notamment décerné à plusieurs reprises pour honorer des personnages qui les avait bien servis. Le titre fut également conservé dans l’Empire byzantin, et son importance fut même accrue au 6ème siècle par Justinien 1er, qui en fit la dignité la plus haute de la hiérarchie aulique. C’était une dignité accordée par brevet. Dans les siècles suivants, elle fut progressivement dévaluée par la création de nouveaux titres. La dignité de patrice disparut à Byzance au 12ème siècle.

[12] Les Slaves sont un groupe ethno-linguistique indo-européen qui parle les différentes langues slaves du groupe linguistique balto-slave plus large. Ils sont originaires d’Eurasie et s’étendent de l’Europe centrale, orientale et méridionale, au nord et à l’est jusqu’au nord-est de l’Europe, en Asie du Nord (Sibérie) et en Asie centrale (notamment le Kazakhstan et le Turkménistan), ainsi qu’historiquement en Europe occidentale (particulièrement en Allemagne de l’Est) et en Asie occidentale (y compris l’Anatolie). À partir du début du 6ème siècle, ils s’étendent pour habiter la plupart des pays d’Europe centrale, orientale et du sud-est.

[13] Pomorié correspond à l’ancienne cité d’Anchialos, colonie grecque fondée au 5ème ou 4ème siècle av. jc par des habitants d’Apollonie du Pont, l’actuelle Sozopol. Dans les années 260, elle est pillée par les Goths dirigés par Respa. Maurice empereur romain d’Orient y passe vers 600. En 740, la ville est détruite par une catastrophe naturelle. La régente Irène l’Athénienne ordonne sa reconstruction.

[14] Carthagène est une ville espagnole située près de la Mer Méditerranée dans la communauté autonome de la Région de Murcie, dont c’est la capitale législative. La ville de Carthagène fut fondée par le Carthaginois Hasdrubal le Beau en 227 av.jc, probablement sur une installation ibérique ou tartessienne antérieure. De plus, une activité commerciale importante existe dans la zone depuis au moins le 6ème siècle av. jc.

[15] Silvan appelée Np’rker est le chef-lieu de l’arrondissement de même nom dans la province de Diyarbakır en Turquie. À l’époque byzantine elle était connue sous le nom de Martyropolis. Silvan a été identifié par plusieurs spécialistes comme l’un des deux emplacements possibles (l’autre étant Arzan) de Tigranakert (Tigranocerta), l’ancienne capitale du royaume d’Arménie, qui a été construit par le roi Tigrane le Grand et nommé en son honneur. Les sources chrétiennes (syriaques, arméniennes et grecques) sur la fondation de Martyropolis sont nombreuses. Elle aurait été fondée sur l’emplacement d’un « grand village » appelé Maïferqat (en arménien Np’rkert) par l’évêque Marutha qui avait obtenu l’autorisation du roi de Perse Yazdgard 1er à la fin du 4ème siècle. L’évêque rapporte les dépouilles des chrétiens victimes des persécutions en Perse. C’est ce qui lui vaut son nom de Martyropolis. La ville prend de l’importance comme ville frontière sous Théodose II. Elle est prise par le Sassanide Kavadh Ier en 502. Les fortifications de la ville sont renforcées par l’empereur byzantin Justin 1er ce qui n’empêche pas que la ville retombe aux mains des Sassanides en 589. Les byzantins récupèrent la ville deux ans après et la gardent jusqu’en 639

[16] Hiérapolis est une station thermale créée vers la fin du 2ème siècle av. jc par la dynastie des Attalides. Elle est située au sommet de la colline de Pamukkale, bien connue pour ses sources chaudes et ses concrétions calcaires, à 15 km de la ville de Denizli en Turquie. La cité antique de Hiérapolis atteste du rayonnement de la présence hellénistique, puis romaine en Asie Mineure.

[17] L’Arménie perse désigne l’Arménie sous la domination perse, de 428 à 646 puis de 1639 à 1828. Cette partie de l’Arménie historique est divisée en 1747 entre khanat d’Erevan, khanat de Nakhitchevan et khanat du Karabagh. Elle disparaît définitivement avec le traité de Turkmanchai, qui l’annexe à la Russie.

[18] L’Illyrie est un royaume fondé à Shkodra, Albanie actuelle, en 385 av.jc, par le roi Bardylis. Annexée par Rome durant l’Antiquité, elle désignera plus tard une région historique des côtes de la rive orientale de l’Adriatique, correspondant à peu près actuellement à l’ouest de la Croatie, de la Slovénie, de la Bosnie-Herzégovine, du Montenegro de l’Albanie et du Kosovo.