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Pierre le Patrice dit Pierre le Magistre

samedi 11 juin 2016

Pierre le Patrice dit Pierre le Magistre (vers 500-vers 565)

Haut fonctionnaire-Diplomate et historien byzantin

Après avoir étudié le droit, il embrassa la carrière de juriste à Constantinople où il fut remarqué par l’empereur Justinien, et par l’impératrice Théodora qui, comme lui, était monophysite [1].

Assistant du magister officiorum [2] Hermogenes, il fit ses premières armes en diplomatie durant les négociations de paix avec les Perses de 529 à 532. Sur la recommandation de Théodora, il fut envoyé en 534 à la cour ostrogothe* de Ravenne.

À l’époque un conflit se développait entre la reine Amalasuntha->938 qui agissait en tant que régente pour le jeune roi Athalaric et son cousin, Théodahat. À la mort d’Athalaric, Théodohad s’empara du trône, mit Amalasuntha en prison et envoya un message à l’empereur Justinien, espérant être reconnu dans ses fonctions par lui. Pierre rencontra les envoyés à Aulon [3] alors qu’il était en Épire [4], en route pour l’Italie ; il en notifia Constantinople, demandant de nouvelles instructions. L’empereur demanda de transmettre à Théodohad le message qu’Amalasuntha était sous sa protection et qu’aucun mal ne devait lui être fait. Toutefois, au moment où Pierre arriva en Italie, Amalasuntha avait déjà été assassinée.

En dépit de ses talents de plaideur sa mission fut un échec et il fut emprisonné par les Goths [5] à Ravenne pendant trois ans.

Il fut libéré à l’été 539 par le nouveau roi Vitigès en échange d’ambassadeurs envoyés par les Ostrogoths aux Perses mais capturés par les Byzantins. De retour à Constantinople, il fut nommé magister officiorum [6], l’une des plus hautes charges de l’État, lui donnant le contrôle du secrétariat impérial, de la garde impériale [7] et de la Poste d’État à laquelle appartenaient les redoutables agentes in rebus. Il devait rester en fonction quelque 26 années consécutives, une période de loin plus longue que n’importe lequel de ses prédécesseurs ou successeurs.

À peu près au même moment, ou peu après, il reçut le titre très convoité de patrice et l’appellation de gloriosissimus [8], la plus élevée dans la hiérarchie. On le fit également consul honoraire.

Pierre retourna donc à Constantinople porteur de lettres de Théodahat et du Sénat romain à l’intention du couple impérial, plaidant pour une solution pacifique. Lorsqu’il atteignit la capitale, la décision de Justinien en faveur de la guerre était déjà prise et l’empereur était à monter une armée. En conséquence, Pierre dut retourner en Italie à l’automne de 535, porteur d’un ultimatum, ou bien Théodahat abdiquait et retournait l’Italie à l’autorité impériale ou la guerre serait déclarée.

Une offensive byzantine sur deux fronts s’ensuivit visant les possessions extérieures du royaume ostrogoth. Bélisaire conquit la Sicile, pendant que Mundus envahissait la Dalmatie [9]. Ces nouvelles découragèrent Théodahat ; de la sorte Pierre put obtenir que la Sicile soit rétrocédée à l’Empire byzantin, que l’autorité du roi en Italie soit sévèrement restreinte, qu’une couronne d’or soit envoyée à titre de tribut annuel et que 3000 hommes de troupes soient fournis à l’armée impériale, faisant ainsi de Théodahat le sujet de Byzance.

À titre de magister, il prit part aux discussions des évêques occidentaux de 548 sur les Trois Chapitres et fut à plusieurs reprises envoyé entre 551 et 553 auprès du pape Vigile qui s’opposait à l’empereur sur cette question. Il figure également parmi les délégués au concile de Constantinople de mai 553 [10].

En 553-554, il fut envoyé par Justinien négocier un traité de paix avec les Perses, un rôle qu’il reprit en 561, lorsqu’il rencontra l’envoyé perse Izedh Gushnap à Dara [11] pour mettre un terme à la guerre lazique [12] qui durait depuis 20 ans.

Étant parvenu à un accord sur l’évacuation de la Lazique [13] par les Perses et sur le tracé de la frontière en Arménie, les deux ambassadeurs conclurent un accord de paix d’une durée de 50 ans entre les deux empires et leurs alliés respectifs. Le tribut annuel de Byzance à la Perse fut réduit de 500 à 420 livres d’or. D’autres articles règlementaient le commerce transfrontalier, lequel devait se limiter aux deux villes de Dara et de Nisibis [14], le retour des fugitifs et la protection des minorités religieuses de chaque empire [15].

Pierre retourna donc en Perse en 562 pour négocier, cette fois directement avec le shah, Chosroès 1er, sans cependant parvenir à une entente. Il retourna alors à Constantinople où il mourut en 565.

Contemporain de Procope de Césarée, ses écrits historiques n’existent plus que sous forme de fragments, mais sont une source unique d’information sur les cérémonies dans l’Empire byzantin de l’époque et sur les relations entre l’Empire byzantin et l’Empire sassanide.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Pierre le Patrice/ Portail du monde byzantin/ Personnalité byzantine du VIe siècle

Notes

[1] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie. Elle affirme que le Fils n’a qu’une seule nature et qu’elle est divine, cette dernière ayant absorbé sa nature humaine.

[2] Le magister officiorum ou maître des offices est un haut fonctionnaire romain de l’époque du Bas-Empire. Créé sous Constantin Ier vers 320, ce fonctionnaire est à un poste clé et est membre du consistoire sacré, ou conseil de l’empereur et dirige la majeure partie de l’administration centrale. Il remplace le préfet du prétoire comme commandant de la nouvelle garde impériale, les scholæ palatinæ et à la direction des fabriques d’armes. Il contrôle l’ensemble de l’administration impériale par l’intermédiaire du corps des agentes in rebus, chargés de mission qui acheminent les courriers et les ordres officiels, et qui enquêtent dans les provinces, surveillant les gouverneurs locaux, au point qu’on les surnomme les curiosi. Enfin, il reçoit les ambassadeurs, et par extension, surveille les réceptions et les cérémonies officielles à la Cour, et a une autorité disciplinaire sur le personnel du cubiculum, domesticité personnelle de l’empereur.

[3] Vlora ou Vlorë anciennement Valone en français est une municipalité portuaire et une station balnéaire d’Albanie. Elle est située dans la baie de Valona, sur la mer Adriatique, à 100 km (135 km par la route) au sud de Tirana. Vlorë est l’une des villes les plus anciennes de l’Albanie. Elle a été fondée au 6ème siècle av. jc en tant que colonie grecque appelée Aulon, une de trois colonies de la côte d’Illyrie, mentionnée pour la première fois par Ptolémée. La ville était un port important de l’Empire romain, quand elle faisait partie de la Nouvelle Épire. Elle est devenue un siège épiscopal en 553 selon l’Illyrium Sacrum de Farlati. À ce moment-là, le diocèse appartenait au Patriarcat de Rome. En 733 il a été annexé, avec toute l’Illyrie orientale au Patriarcat œcuménique de Constantinople

[4] L’Épire est une région historique et montagneuse des Balkans, partagée entre la Grèce et l’Albanie. Épire signifie « continent » en grec. l’Épire historique est partagée entre la Grèce (périphéries de l’Épire dans sa totalité, partie occidentale de celle de Thessalie et partie extrême occidentale de celle de Macédoine Occidentale) et l’Albanie (tout ou partie des préfectures de Gjirokastër, de Korçë et de Vlorë formant l’Épire du Nord).

[5] Les Goths sont un peuple germanique dont les deux branches, les Ostrogoths et les Wisigoths, engagées à maintes reprises dans des guerres contre et avec Rome pendant la période des grandes invasions de la fin de l’Antiquité, constituent au 5ème siècle, leurs propres royaumes avant de s’effondrer, respectivement en 553 et 711. L’origine des Goths est controversée. Au 3ème siècle, formant un seul peuple, ils sont fixés dans la région des actuelles Ukraine et Biélorussie.

[6] maitre des offices

[7] Scholae Palatinae

[8] le très glorieux

[9] La Dalmatie est une région littorale de la Croatie, ainsi que le Monténégro, le long de la mer Adriatique et comprenant historiquement l’Herzégovine et la Bosnie.

[10] Le deuxième concile de Constantinople est un concile œcuménique convoqué en 553 par l’empereur Justinien dans un contexte bien précis, celui du monophysisme. Pour essayer de se rallier les monophysites, Justinien souhaite anathématiser trois évêques se rattachant à l’école théologique d’Antioche, dont les monophysites considèrent les écrits comme nestoriens : Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyr et Ibas d’Édesse.

[11] Oğuz est le nom actuel du village qui occupe le site de Dara ou Daras forteresse byzantine marquant la frontière avec l’empire sassanide. Le site a été le théâtre d’importantes batailles entre les deux empires en 530 et en 573. Le village d’Oğuz se trouve dans la province de Mardin en Turquie à 30 km au sud-est de la ville de Mardin sur la route de Nusaybin (Nisibe).

[12] La guerre lazique opposa les empires byzantin et sassanide pour le contrôle de la région de la Lazique (ou Egrisi) correspondant actuellement à l’ouest de la Géorgie. La guerre lazique dura une vingtaine d’années entre 541 et 562, ponctuées par des retournements de situation, pour finalement s’achever sur une victoire byzantine.

[13] Le royaume de Lazique, souvent simplifié en Lazique, ou encore Egrisi, est un ancien royaume situé dans l’ouest de la Géorgie entre le 1er siècle av. jc et le 7ème siècle. Il est situé sur une large partie de l’ancien royaume de Colchide, dont il est souvent désigné comme successeur après son intégration dans l’Empire romain. Durant une large partie de son existence, la Lazique était un protectorat de l’Empire byzantin.

[14] Nusaybin est une ville du sud-est de la Turquie située dans la province de Mardin, à la frontière turco syrienne. Elle est un haut lieu de l’histoire du christianisme de langue syriaque. C’est l’ancienne Antioche de Mygdonie. En 298 un accord de paix y est conclu entre l’Empire romain et les Sassanides à la suite de la victoire l’année précédente de Galère sur le « Grand Roi » Narseh. La ville fut le siège de l’École théologique de Nisibe, une des grandes écoles théologiques des premiers siècles du christianisme, en prenant la suite de l’école d’Édesse (dite aussi école des Perses) après la fermeture de celle-ci en 489. En 530, Nisibe est le théâtre d’une bataille pendant la guerre d’Ibérie opposant l’empire byzantin sous le commandement du général Bélisaire, aux Sassanides de Kavadh 1er. Kavadh 1er, avec l’aide des Lakhmides, battit les forces de Bélisaire, résultant en une victoire sassanide après la défaite de la bataille de Dara.

[15] les chrétiens en Perse et les Zoroastriens à Byzance