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L’histoire pour le plaisir

Fulrad ou Fulrade

samedi 14 mai 2022, par ljallamion

Fulrad ou Fulrade (710-784)

14ème abbé de Saint-Denis-Conseiller et chapelain des rois carolingiens-Archiprêtre des royaumes d’Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne

Il fut le principal artisan de la fortune immobilière de Saint-Denis*. Il obtint d’importants privilèges fiscaux et l’immunité, ce qui devait assurer un développement rapide de l’abbaye. Il fit restituer les biens sécularisés de Charles Martel. Il rattacha enfin au patrimoine de l’abbaye de Saint-Denis ses immenses propriétés en Alsace, Lorraine et en Alémanie*, domaines qu’il avait reçus de Pépin le Bref, Carloman et Charlemagne en échange de ses services d’ordre diplomatique ainsi que de sa famille ou qu’il avait achetés. Il a été mêlé aux plus grandes affaires du royaume des Francs, dont la soumission du royaume des Lombards* et l’avènement de l’empire de Charlemagne.

Le père de Fulrad, Riculfe comte d’Alsace, Franc d’origine reçoit probablement d’immenses biens de Pépin le Bref confisqués aux Étichonides* qui se trouvaient aux alentours de Kintzheim-Saint-Hippolyte*. Sa mère Ermengarde, femme très pieuse, prend soin de l’éducation de Fulrad. Il a deux frères et une sœur.

Ses parents jouissaient en Alsace d’une haute considération due à leur haut rang dans la dynastie franque. Adolescent, il est le témoin des misères et des guerres qui ensanglantent le 8ème siècle.

Il est décidé à se mettre au service de l’église pour contribuer à sa puissance et apporter son soutien à Pépin le Bref pour redresser le pays en bute aux querelles incessantes. Ce dernier donne le coup de barre voulu, en restaurant la tradition religieuse et en renouant avec l’église et la papauté.

Fulrad se lie d’amitié avec saint Boniface qui évangélise la Germanie*. C’est sur l’insistance de saint Boniface que Fulrad reçoit en 750 le titre d’abbé de Saint-Denis de Pépin le Bref.

Il le prend comme conseiller et le charge des missions les plus délicates, le nommant grand aumônier, l’une des premières charges de la cour, le personnage le plus en vue après le roi.

Originaire de la même région que Pépin le Bref. Celui-ci et Carloman et plus tard Charlemagne l’ont choisi pour mener des missions délicates. Ses négociations et les services qu’il rendit à l’État et à l’Église le placent comme l’un des personnages les plus importants de son temps.

En 750, Pépin le Bref, le charge de se rendre à Rome, avec Burchard, consulter le pape Zacharie pour lui demander d’approuver la déposition de Childéric III ainsi que son accession au trône franc. À la suite de la réussite de sa mission, Pépin le nomme abbé de Saint-Denis. Ce choix est également approuvé par le pape Zacharie. Il noue des alliances avec les Francs. Il prendra la succession de Amalbert décédé en 749 jusqu’à sa propre mort en 784. En 755, il rendit au pape au nom de Pépin le Bref l’Exarchat de Ravenne* et la Pentapole*.

Fulrad semble avoir été moine à Saint-Denis et appelé par le choix de ses frères à gouverner l’abbaye. Les religieux de l’abbaye de Saint-Denis avaient le privilège de choisir eux-mêmes et dans la communauté l’abbé qui devait les diriger. Thierry IV avait en 732 renouvelé les chartes de ses prédécesseurs assurant la liberté des élections abbatiales. Pépin devait à son tour les confirmer en 768, et Charlemagne en 778. La règle de Saint-Benoît prescrit du reste que l’abbé soit pris parmi les moines et élu par eux.

L’une de ses premières tâches fut de rétablir l’ordre temporel dans l’abbaye de Saint-Denis, laquelle avait perdu une importante partie de ses revenus par la faute de ses prédécesseurs et en raison des guerres. Fulrad craignant que l’abbaye ne tombe dans l’indigence en informa Pépin qui n’était encore que maire du palais* mais qui détenait déjà le pouvoir. Pépin l’écouta favorablement et nomma aussitôt deux commissaires, Guichinge et Clodion, pour accéder à sa demande. Ils parcoururent plusieurs provinces obligeant ceux qui avaient usurpé les biens de l’abbaye de Saint-Denis à les restituer. Pépin ratifia ensuite la remise des biens que les commissaires avaient pu récupérer. L’abbé Fulrad recouvra ainsi, sans énormément de peine, plusieurs terres et biens qui avaient été injustement accaparés. Parmi le dénombrement de ces biens figuraient la chapelle de la Croix comprenant d’autres dépendances du fief de Solesmes. Mais tous les biens usurpés ne furent pas récupérés.

Fulrad, honoré de la confiance des rois Pépin, Carloman, Charlemagne et de celle des papes Étienne II et Adrien 1er, et Paul 1er fut à diverses reprises chargé de hautes missions diplomatiques. Son nom est intimement lié aux grands évènements qui amenèrent la disparition du Royaume des Lombards et la fondation de l’empire de Charlemagne. Il fait reconstruire l’abbaye sur le modèle de Saint-Pierre de Rome.

Fin décembre 753 ou janvier 754 et pendant 3 années, l’abbé Fulrad va être employé au service direct du pape Étienne II. Il va être mêlé à tous les évènements d’où sortira le pouvoir temporel des papes. Le 29 juillet 755, Fulrad accompagne le pape Étienne II à Rome après la première expédition carolingienne en Italie. Après son retour de cette expédition Pépin le Bref octroie également le château de Saint Mihiel dans le pagus verdinensis avec toutes les dépendances. Le pape Étienne II meurt le 26 avril 757 sans avoir pu achever le monastère et l’église qu’il faisait bâtir dans Rome afin d’y mettre les reliques de saint Denis qu’il avait fait venir de France. C’est son frère Paul qui acheva les travaux et qui fit venir des moines grecs.

Fulrad se vit ensuite confier des charges plus importantes au service de Pépin le Bref. Il est envoyé à Rome avec Burchard, évêque de Wurtzbourg*, pour consulter le pape Zacharie sur qui en France devait exercer le vrai pouvoir. À cette question le pape Zacharie, s’appuyant sur la thèse augustinienne de l’ordre sur le corps social, répondit : il vaut mieux appeler roi celui qui exerce le vrai pouvoir royal .

Il raconta au roi ce qui se passait en Italie, mais Pépin ne s’en inquiétait pas outre mesure. Étienne II dut revenir à la charge. Ces nouvelles insistances restèrent sans succès. Cependant la situation du pape s’aggravait. Le premier janvier 756, trois armées lombardes parurent sous les murs de Rome ; elles dévastaient la campagne, Astolphe menaçait de mort le pape, et ses soldats raillaient les Romains.

À grand peine le pape parvint à faire sortir de Rome trois ambassadeurs, Georges, Thomaricus Comita et un belliqueux abbé franc nommé Warncharius, qui avait concouru en personne à la défense des remparts. Ils arrivèrent en France par la voie de mer. Une des lettres qu’ils portaient était adressée à toute la nation franque. Au mois de mai une nouvelle intervention était décidée. L’armée de Pépin se mit en route en traversant Chalon-sur-Saône, Genève, la Maurienne, le col du Mont-Cenis. Fulrad accompagnait Pépin le Bref. Aistolf, qui s’était porté à la rencontre des Francs fut encore vaincu et de nouveau enfermé dans Pavie*. Ce fut sous les murs de cette ville que Pépin reçut une ambassade de Constantinople : Jean le Selentiaire et George le Protosecrétaire étaient venus jusqu’en France.

Les Francs emportèrent un tiers des trésors de Pavie et le roi des Lombards s’engagea à payer un tribut au roi Pépin. Le texte de la capitulation fut envoyé à Rome, mais pour en assurer l’exécution Fulrad fut laissé en Italie avec une petite armée. Chargé par le pape et le roi de prendre possession des « restitutions » d’Astolphe, l’archichapelain se mit en route en compagnie des délégués du roi des Lombard.

Fulrad n’accompagna pas le roi dans ces dernières campagnes et son retour triomphal. C’est au terme de l’un de ces voyages que Pépin le Bref fut atteint d’hydropisie dont il allait mourir. C’était à la fin de l’été 768. Il arriva à Saint-Denis où il avait été élevé pour y mourir. Jusqu’à la fin il garda sa présence d’esprit, et la veille de sa mort il signait encore de nombreux diplômes. Il se savait perdu. Aussi avec le consentement des Francs, des grands et de tous les évêques du Royaume, il divisa son domaine en deux parties égales qu’il distribua à ses deux fils. Il mourut le samedi 24 septembre 768 à 54 ans. On l’enterra dans la basilique de Saint-Denis en présence des plus hauts personnages du royaume, dont Fulrad.

Que Fulrad fut en faveur de Carloman son nouveau maître on ne peut en douter. Il existe de nombreux diplômes accordés par Carloman à l’abbaye de Saint-Denis. Carloman après un règne très court, mourut à Samoussy* (Aisne) le 4 décembre 771. Il fut enterré dans la cathédrale de Reims. Fulrad se rallia à Charlemagne dans le courant du même mois de décembre il se rendit avec Wilchaire (archevêque de Sens ou de Sion en Valais), Warin et le comte Adalhard, auprès de Charlemagne. Le nouveau roi qui prenait en main le gouvernement du royaume Franc tout entier, récompensa Fulrad, en lui conservant la charge d’archichapelain. La révolution de 771, si l’on peut appeler de ce nom un acte conforme à la tradition franque, est le dernier acte politique de Fulrad qui soit connu avec certitude. Fulrad reçut de Charlemagne et de la reine Hildegarde un certain nombre de terres et d’églises dans la Valteline* et la Lombardie que le pape Adrien 1er exempta de juridiction épiscopale.

Fulrad construisit en 760 un prieuré à Fulradovillare (ferme de Fulrad). Il y déposa le corps de ce martyr qu’il avait apporté de Rome et qu’il avait obtenu vers l’an 764 du pape Paul 1er avec plusieurs autres reliques dont il enrichit les monastères de sa fondation. Autour de ce monastère se forma une petite ville située au pied des Vosges, à deux lieues au-dessus de Sélestat, qui prendra le nom de Saint-Hippolyte. Le second monastère fut construit en 770 à Fulradocella du nom de son fondateur à Lièpvre*. Les travaux vont durer 7 années. Il fut bâti dans un canton qui appartenait en propre à Fulrad. Ce prieuré prit ensuite le nom de Saint-Alexandre avec comme patron secondaire saint Cucufa.

Présentant sa mort prochaine et dans un souci de ne pas disperser ses biens il fait rédiger un testament à Héristal* en 777 qu’il fait approuver par les plus hauts personnages de son époque. En vertu de ce testament, il lègue à l’abbaye de Saint-Denis tous ses biens personnels, tout ce qu’il avait reçu de ses parents ou de la générosité des rois, et toutes les propriétés qu’ils avaient obtenues par acquisition ou par achats. Dans ce testament figure notamment les biens que Fulrad tenait de Widon, situés en partie dans le Mortenau*, et en partie en Alsace. Cette donation de Widon avait été confirmée en 768 par Pépin le Bref, dans une charte par laquelle il lui rendait les biens que cet abbé lui avait remis alors qu’il pensait que sa fin était proche. En 777 dans son testament il demande qu’après sa mort les deux prieurés alsaciens passent sous le contrôle de l’abbaye royale de Saint-Denis.

Fulrad meurt le 16 juillet 784. L’épitaphe que lui dressa le moine-savant Alcuin mentionne que son corps fut d’abord inhumé à Saint-Denis.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Geneviève Bührer-Thierry, L’Europe carolingienne (714-888), Paris, SEDES, 1999, (ISBN 2718190582)