Aistolf ou Aistulf
Roi lombard de juillet 749 à décembre 756
Fils du duc de Frioul [1] Pemmo et frère de Ratchis, Aistolf devint à son tour duc de Frioul en 744, lorsque son frère fut élevé au trône des Lombards [2], et conserva la charge jusqu’à ce que, en 749, il soit appelé à remplacer à nouveau son frère, cette fois-ci sur le trône de Pavie [3].
Roi guerrier contrairement à son frère, il tenta d’unifier la péninsule italienne sous la domination lombarde, autorisa en 750 les non Lombards à intégrer l’armée, s’opposa aux Byzantins [4], et réussit à conquérir en 751 l’exarchat de Ravenne [5].
Opposé à la Papauté, il chercha à soumettre Rome, imposant ou cherchant à imposer une taxe aux habitants, et menaça le Pape Étienne II, implorant le secours de Pépin le Bref, maire du palais puis roi des Francs, qui gagna la péninsule Italique et le défit à deux reprises en 754 et en 756.
Ravenne et son ancien exarchat fut donné au Pape par Pépin, constituant les États de l’Église.
Aistulf meurt accidentellement en décembre 756 des suites d’une chute de cheval.
Il eut pour successeur Desiderius.
Notes
[1] Le Duché de Frioul fut un des États institués par les Lombards en Italie. À la suite de l’invasion de l’Italie du Nord par les Lombards et à la conquête de Cividale, le roi Alboïn érige ce duché qu’il confie à son neveu Gisulf. Ce dernier est le premier des ducs de Frioul. Le territoire est stratégique, il permet de contrôler la frontière du royaume face aux éventuelles incursions des Avars de Pannonie, des populations esclavones d’Istrie et d’Illyrie, et prétentions des Byzantins de l’Exarchat de Ravenne. Il fut ainsi régulièrement en lutte contre ces voisins. Autonome, le duché fait partie du royaume lombard comme le duché de San Giulio, Duché de Turin, Duché de Spolète ou le duché de Bénévent.
[2] Le royaume lombard succède, pendant l’époque tardive des « invasions barbares », à la Préfecture, devenue exarchat romain de Ravenne, qui elle-même avait mis fin au royaume ostrogoth d’Italie. Au cours de l’Antiquité, la Lombardie actuelle est sous domination étrusque avant d’être occupée par des peuples Celtes (4ème siècle av. jc), puis par les Romains (3ème siècle av. jc). Elle est intégrée à l’Italie romaine avec l’ensemble de la Gaule cisalpine au 1er siècle av. jc. Une fois l’Empire romain renversé, à la fin du 5ème siècle, elle passe sous la domination des Ostrogoths (royaume ostrogoth d’Italie ayant pour capitale Ravenne), puis des Byzantins et finalement des Lombards (royaume d’Italie). Les territoires conquis par les Lombards ne se limitent pas seulement à l’actuelle Lombardie. Les Lombards agrandissent leur domination sur des vastes régions de l’Italie, du nord au sud, sans toutefois jamais parvenir à une conquête totale de la péninsule, qu’ils doivent partager avec les Romains d’Orient. Alduin puis Alboïn fondent ce potentat. L’avenir du royaume se joue en 752 sous le règne d’Aistolf lorsque le pape Étienne II introduit les Carolingiens pour régler une crise lorsque les Lombards cherchent à atteindre la suprématie dans la péninsule. 20 ans après, ils ont perdu le combat : Charlemagne met fin au royaume en 774 par une invasion suivie d’une dévolution du pouvoir. Cette terre devenue la Lombardie devient une possession du Saint-Empire romain germanique en 952.
[3] Pavie est une ville de la province de même nom en Lombardie (Italie). Pavie est située sur les rives du Tessin, à une dizaine de kilomètres en amont de son confluent avec le Pô. Milan, au nord, est distante de 35 km ; Gênes, au sud, de 90 km ; Turin, à l’ouest, de 110 km
[4] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.
[5] L’exarchat peut prendre deux sens, le premier est politique et administratif qui est propre à l’empire romain d’Orient et l’autre est ecclésiastique propre à l’Église orthodoxe. L’exarchat est une organisation de certains territoires périphériques de l’empire byzantin, mise en place au 6ème siècle pour faire face à la menace d’envahisseurs. L’exarchat est dirigé par un exarque qui concentre les pouvoirs civils et militaires. Cette organisation visait à réagir de façon optimale aux dangers menaçant l’empire dans ses régions périphériques, sans avoir à attendre les ordres venus de Constantinople. Ils bénéficiaient d’un plus grand degré d’indépendance que les autres gouverneurs provinciaux. Seuls deux exarchats furent constitués, à Ravenne contre l’invasion des Lombards, et à Carthage. Les autres provinces de l’empire byzantin reçurent progressivement une organisation semblable, mais sous le nom de « thèmes ». Les exarques civils étaient de véritables vice-rois, à qui l’on confiait le gouvernement de plusieurs provinces tandis que les exarques ecclésiastiques étaient des délégués du patriarche de Constantinople ou du Saint-Synode, chargés de visiter les diocèses, et de surveiller la discipline et les mœurs du clergé. Dans les Églises d’Orient, un exarque est un évêque qui a reçu mission de représenter un patriarche auprès d’un autre patriarche ou dans un lieu qui n’est le territoire d’aucune Église orthodoxe autocéphale. L’exarchat est à la fois la dignité de l’exarque, l’ensemble des paroisses et des fidèles placés sous sa responsabilité ainsi que l’église et les bâtiments qui en constituent le siège. C’est en quelque sorte un évêché sans diocèse et sans structure prévue pour durer. C’est une façon de s’adapter à des circonstances particulières, absence d’une église locale organisée, nécessité d’assurer une vie liturgique à un personnel diplomatique. Un exarchat possède un statut dérogatoire par rapport au principe de la territorialité de l’organisation ecclésiastique. L’évêque mentionné dans les diptyques n’est pas l’évêque du lieu mais le primat représenté par l’exarque. On peut comparer l’exarchat ecclésiastique à extra-territorialité de bâtiments diplomatiques. Les métropolites des "Nouvelles Terres" du Nord et de l’Est de la Grèce ont reçu du patriarche œcuménique de Constantinople des titres d’exarque qui rappellent leur appartenance au Patriarcat œcuménique de Constantinople.