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L’histoire pour le plaisir

Arbogast

mardi 9 août 2016 (Date de rédaction antérieure : 19 août 2011).

Arbogast ( ?-394)

Officier des armées romaines sous Théodose 1er et Valentinien II. Il est d’origine franque, et serait le fils de Bauto, neveu de Richomer , consul en 384.

Il serait devenu ensuite comte militaire et lieutenant de son parent Flavius Bauto, maître de la milice en 380 et consul en 385. Il aurait commencé à résider à Bodegem, sur le domaine de Bauto son protecteur, une des 3 préfectures létiques de Belgique dont Bauto avait la tenure fiscale, et qui porte son nom comme c’était l’usage.

2 ans après la bataille d’Andrinople [1]Valens est tué, l’empereur Gratien envoie Bauto et son adjoint Arbogast en Orient avec des troupes afin d’aider Théodose 1er et Richomer à lutter contre les Wisigoths [2]. Des succès rapides permettent de rétablir la situation.

En 388, Richomer et Arbogast commandent l’armée de Théodose 1er qui affronte l’usurpateur Maxime. Envoyé en Gaule après la défaite de Maxime, Arbogast capture et exécute son fils Victor. Théodose met le jeune Valentinien, âgé alors d’à peine 20 ans, sous la protection d’Arbogast, tandis que lui-même séjourne à Milan de 388 à 391, puis repart à Constantinople. En 388, Arbogast repousse une invasion de Francs commandés par Gennobaud , Marcomer et Sunnon .

En 392, il doit passer en Gaule avec Valentinien, pour une expédition punitive afin de contrer les attaques de pillards francs. En mai 392, Valentinien reçoit à Vienne [3] l’appel à l’aide d’Ambroise de Milan, car l’Italie est sous la menace d’une invasion venue de Pannonie [4]. Valentinien veut intervenir mais Arbogast s’oppose à toute sortie de Gaule. Les 2 personnalités s’opposent totalement, entre le militaire aguerri, barbare et païen, et le jeune empereur, dévot ascétique. Le 14 mai 392, Valentinien présente une lettre de renvoi à Arbogast, qui furieux la déchire. Le lendemain de cette altercation, l’empereur est trouvé mort.

Plusieurs mois s’écoulent, pendant lesquels Théodose et son fils Arcadius règnent sur tout l’Empire, tandis que Arbogast observe ses adversaires politiques à Constantinople. Lorsque le préfet du prétoire [5] Tatianos, païen comme lui est remplacé par son adversaire le chrétien Rufin, Arbogast se décide à usurper le titre impérial en août 392. Comme son origine barbare lui interdit l’accès au trône, il proclame empereur Eugène, un haut fonctionnaire recommandé par Richomer.

Après de vaines tentatives de conciliation avec Théodose, il s’organise pour le conflit. Il assure la paix sur le limes [6] du Rhin, et passe en Italie avec des contingents de fédérés francs [7] et alamans [8]. Si l’évêque Ambroise de Milan manifeste une neutralité plus que distante, l’aristocratie romaine païenne est enthousiaste, car elle préfère un chrétien modéré comme Eugène à Théodose, qui a multiplié les mesures et les confiscations anti-païennes. Le sénateur Nicomaque Flavien anime à Rome une violente réaction païenne, les cérémonies en l’honneur des dieux antiques reprennent.

La bataille décisive avec l’armée réunie par Théodose 1er a lieu près d’Aquilée [9], à la Rivière froide [10]. Arbogast est vainqueur le premier jour, mais la trahison de groupes francs entraîne sa défaite le lendemain, et le réduit à se donner la mort.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de François Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs romains, édition Errance, 1995 (ISBN 2877722260).

Notes

[1] La bataille d’Andrinople ou d’Adrianople (aujourd’hui Edirne en Turquie européenne) a eu lieu le 9 août 378. Elle désigne l’affrontement entre l’armée romaine, commandée par l’empereur romain Valens et certaines tribus germaniques, principalement des Wisigoths (Goths Thervingues), et des Ostrogoths (Goths Greuthungues), commandées par Fritigern. Il s’agit d’un des plus grands désastres militaires romains du 4ème siècle, comparable à la défaite de Cannes. Cette bataille ne résulte pas d’une invasion, mais d’une mutinerie des fédérés Goths établis dans l’Empire romain.

[2] Les Wisigoths ou Tervinges étaient un peuple germanique issu des Goths. Les Wisigoths sont ceux qui, migrant depuis la région de la mer Noire, s’installèrent vers 270-275 dans la province romaine abandonnée de Dacie (actuelle Roumanie), au sein de l’Empire romain, alors que les Ostrogoths s’installèrent, pour leur part, en Sarmatie (actuelle Ukraine). Les Wisigoths migrèrent à nouveau vers l’ouest dès 376 et vécurent au sein de l’Empire romain d’Occident, en Hispanie et en Aquitaine. Les Ostrogoths, eux, migrèrent aussi vers l’ouest, mais plus tard que les Wisigoths, et vécurent en Italie. Wisigoths et Ostrogoths sont classés dans la branche ostique des peuples germaniques. Après la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, les Wisigoths ont continué pendant près de 250 ans à jouer un rôle important en Europe occidentale. C’est peut-être le peuple « barbare » le plus prestigieux d’Europe, tant par sa longue histoire et ses origines mythiques, que par les traces qu’il laissa longtemps dans les esprits.

[3] Isère

[4] La Pannonie est une ancienne région de l’Europe centrale, limitée au Nord par le Danube et située à l’emplacement de l’actuelle Hongrie, et partiellement de la Croatie, de la Serbie, de la Bosnie-Herzégovine, de la Slovénie, de l’Autriche et de la Slovaquie. Les habitants originaux sont les Pannoniens peuple indo-européen apparenté aux Illyriens et aux Vénètes, qui sont envahis par les Celtes et les Boïens au 4ème siècle av. jc.

[5] Le préfet du prétoire (præfectus prætorio) est l’officier commandant la garde prétorienne à Rome, sous le Haut Empire, et un haut fonctionnaire à la tête d’un groupe de provinces, la préfecture du prétoire, dans l’Antiquité tardive.

[6] frontières fortifiées

[7] Les Francs ne sont pas une nation unie avant le 6ème siècle. Ce sont en fait un ensemble de ligues guerrières germaniques, dont les deux principales sont les Ripuaires, sur la rive droite du Rhin, et les Saliens, d’où est issue la dynastie mérovingienne. Alors que les premiers éviteront les contacts avec l’empire romain, les seconds y sont intimement associés.

[8] Les Alamans ou Alémans étaient une confédération de tribus germaniques principalement suèves établis d’abord sur le cours moyen et inférieur de l’Elbe puis le long du Main. Apparaissant pour la première fois dans les textes romains en 213, ils conquirent les Champs Décumates en 260 pour se répandre ensuite sur un territoire couvrant une partie de l’Helvétie (la Suisse), la Décumanie (le pays de Bade) et une partie de la Séquanaise (l’Alsace) où ils contribuèrent à la germanisation de ces régions précédemment romanisées. En 496, les Alamans furent vaincus par le Franc Clovis, qui annexa leur territoire à son royaume. Après le traité de Verdun, ces territoires firent partie de la Francie orientale avant de constituer le duché de Souabe du 10ème au 13ème siècle.

[9] Aquilée, est une commune de la province d’Udine dans la région du Frioul-Vénétie julienne en Italie. Historiquement, la ville, fondée en 181 av. jc fut, à son apogée, une des villes les plus importantes de l’Empire romain. Aquilée a également été un grand foyer du christianisme, puisqu’elle a été entre le 4ème siècle et le 15ème siècle, le siège du patriarcat d’Aquilée.

[10] La bataille de la rivière froide ou bataille du Frigidus a eu lieu du 5 au 6 septembre 394 et a vu s’affronter les troupes de l’Empire romain d’Orient alliées aux Wisigoths, et commandées par l’empereur romain Théodose 1er et le roi des Wisigoths Alaric, aux troupes coalisées de l’Empire romain d’Occident et des Francs, sous le commandement d’Eugène et d’Arbogast. La défaite et la mort d’Eugène et de son commandant, le général franc Arbogast, permettent pour la dernière fois dans l’histoire romaine d’unir, sous le pouvoir d’un seul empereur, l’ensemble des territoires de l’Empire romain. Cette bataille favorise également l’adoption du christianisme dans la partie occidentale de l’empire, Eugène possédant le soutien de l’aristocratie païenne.