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L’histoire pour le plaisir

Solomon (gouverneur)

samedi 18 avril 2015

Solomon (gouverneur) (vers 480

Gouverneur byzantin de la première moitié du 6ème siècle

Ruines du mur byzantin de Tébessa, l'un des nombreux sites restaurés et fortifiés par Solomon (6ème siècle)En 534, il est nommé par l’empereur byzantin Justinien comme gouverneur de l’Afrique [1], tout juste reconquise par le général Bélisaire sur les Vandales [2] de Gélimer . Il est remplacé deux ans plus tard en 536, avant de retrouver son poste en 539. Il conquit les Aurès [3] et le Zab [4]. Il doit faire face à l’armée berbères, notamment ceux du chef Antalas. Il est battu par ces derniers dans une bataille près de la cité de Theveste [5]) en 544, et y perdit la vie.

Né au sein de la forteresse d’Idriphton, dans la région de Solachon, près de Dara [6], dans la province de Mésopotamie [7] Il devient eunuque [8] à la suite d’un accident durant son enfance.

On connaît peu de choses sur le début de la carrière de Solomon, à part qu’il sert sous le commandement du “dux Mesopotamiae” Félicissimus, peut-être dès l’arrivée de celui-ci à son poste en 505/506. Il passe au service du général Bélisaire en 527 et est considéré comme un officier expérimenté. C’est peut-être à cette époque qu’il est nommé chef d’état-major de Bélisaire en 533, une information donnée par l’historien Procope de Césarée

Avant que l’expédition de Bélisaire pour conquérir le royaume de Carthage [9] des Vandales ne parte de Constantinople, Solomon est nommé comme l’un des neuf commandants des régiments des Foederati [10]. Il n’est pas mentionné dans le récit de Procope détaillant la campagne qui s’ensuit mais il participe probablement à la bataille décisive de l’Ad Decimum [11] le 13 septembre 533 qui ouvre aux Byzantins la route de Carthage, la capitale des Vandales.

Après la prise de celle-ci, Bélisaire envoie Solomon à Constantinople pour informer Justinien des progrès de la campagne. Solomon reste dans la capitale jusqu’au printemps 534 quand Justinien le renvoie en Afrique rappeler Bélisaire et le remplacer en tant que chef de la nouvelle préfecture du prétoire d’Afrique [12].

Le départ de Bélisiaire coïncide avec la révolte générale des tribus Maures de l’intérieur, avant que les Byzantins n’aient pu renforcer leur emprise sur la province. De fait, Bélisaire laisse la plupart des Bucellarius qu’il a levé lui-même derrière lui et l’empereur Justinien envoie des renforts additionnels.

Enfin, vers l’automne 534, l’empereur Justinien investit aussi Solomon de la fonction civile de préfet du prétoire [13], remplaçant Archelaus.

Dans le même temps, les Maures ont envahi la Byzacène [14] et ont défait la garnison locale byzantine. Après que les tractations diplomatiques durant l’hiver eurent échoué et après que les forces furent renforcées par l’arrivée de renforts, Solomon conduit ses troupes en Byzacène au printemps 535. Les Maures campent dans un endroit du nom de Mammes. Solomon les attaquent et les défait. L’armée byzantine revient à Carthage mais là, ils reçoivent la nouvelle que les Maures, renforcés par des renforts, ont de nouveau attaqué et envahi la Byzacène. Solomon marche immédiatement à sa rencontre et l’opposition se déroule au mont Bourgaon, où les Maures ont érigé un camp fortifié et attendent l’attaque byzantine.

Solomon divise ses forces et envoie 1 000 hommes attaquer les Maures par derrière, remportant une victoire décisive. Les Maures s’enfuient et souffrent de lourdes pertes. Ceux qui survivent s’enfuient vers la Numidie où il joignent leurs forces à Iaudas, le chef de la tribu des Aurès. Une fois la Byzacène sécurisée et pressé par ses alliés maures, Solomon se tourne vers la Numidie.

Il se dirige prudemment vers les Aurès et provoque Iaudas. Toutefois, après trois jours, se méfiant de la loyauté de ses alliés, Solomon redirige son armée vers les plaines. Il laisse une partie de son armée observer les Maures et établir une série de postes fortifiés le long des routes reliant la Byzacène à la Numidie.

Solomon passe ensuite l’hiver à préparer une nouvelle expédition contre les Aurès ainsi que contre les Maures de Sardaigne. Toutefois, ses plans sont interrompus par une vaste mutinerie de l’armée lors du printemps 536.

La révolte est causée par le mécontentement de ses soldats qui se sont mariés avec des Vandales. Ils demandent de jouir des propriétés autrefois détenues par leurs femmes mais Solomon refuse car ces terres ont été confisquées par un décret impérial. Un premier complot projette d’assassiner Solomon lors de Pâques mais échoue et les conspirateurs fuient vers l’intérieur des terres mais bientôt, la rébellion s’étend aussi à l’armée de Carthage.

Les soldats acclament Théodore, l’un des subalternes de Solomon comme leur chef et commencent à piller la cité. Solomon parvient à trouver refuge dans une église et grâce au couvert de la nuit et à l’aide de Théodore, il quitte la cité par bateau pour rejoindre Missua*, accompagné de plusieurs personnes dont l’historien Procope. De là, Solomon et Procope font voile vers la Sicile qui vient d’être conquise par Bélisaire tandis que Martin, le lieutenant de Solomon, est envoyé en Numidie pour y rejoindre les troupes positionnées. Enfin, Théodore reçoit l’ordre de tenir Carthage. Apprenant la mutinerie, Bélisaire s’embarque avec Solomon et 100 hommes pour l’Afrique. Carthage est assiégée par 9 000 hommes dont de nombreux Vandales. L’armée est dirigée par un certain Stotzas.

Théodore envisage de capituler quand Bélisaire apparaît. La nouvelle de l’arrivée du célèbre général suffit pour que les rebelles abandonnent le siège et se replient vers l’ouest. Bélisaire se lance immédiatement à leur poursuite et les défait à Membresa. Toutefois, le gros de l’armée rebelle parvient à fuir et continue de marcher vers la Numidie, où les troupes locales décident de se joindre à eux.

Bélisaire lui-même est contraint de revenir en Italie du fait des troubles qui y ont cours. L’empereur Justinien nomme son cousin Germanus comme magister militum [15] pour traiter la crise africaine. Quant à Solomon, il revient à Constantinople Germanus parvient à retrouver la confiance de nombreux soldats, rétablit la discipline et défait les mutins lors de la bataille de Scalas Vétérès en 537.

Une fois le contrôle impérial sur l’armée rétabli, Solomon est de nouveau envoyé en Afrique pour remplacer Germanus en 539 où il combine à nouveau les postes de magister militum et de préfet du prétoire. Entretemps, il a aussi obtenu le rang de patrice [16] et de consul. Solomon renforce son contrôle sur l’armée en éliminant les soldats non fiables. Il les envoie à Bélisaire en Italie et en Orient, expulsant tous les Vandales restants de la province. Enfin, il initie un programme ambitieux de construction de forteresses dans toute la région.

En 540, Solomon conduit son armée contre les Maures de l’Aurès. Initialement, les Maures attaquent et encerclent l’avant-garde byzantine dans son camp de Bagai mais Solomon et l’armée principale vient à son secours. Les Maures doivent abandonner l’attaque et se retirer à Babosis, sur les contreforts de l’Aurès où ils établissement leur campement. Solomon les attaque et les vainc.

Les survivants fuient vers le sud et les Aurès ou à l’ouest en direction de la Maurétanie [17]. Toutefois, leur chef Iaudas trouve refuge dans le forteresse de Zerboule.

Solomon et ses hommes pillent les plaines fertiles autour de Thamugad [18], rassemblant les riches récoltes pour eux-mêmes avant de se diriger vers Zerboule. Une fois arrivés, ils s’aperçoivent que Iaudas s’est enfui vers la forteresse isolée de Toumar. Les Byzantins marchent vers ce lieu pour l’encercler. Toutefois, le siège s’avère difficile en raison du terrain aride et en particulier du manque d’eau. Tandis que Solomon s’interroge sur la meilleure manière d’assaillir la forteresse inaccessible, une petite escarmouche entre les deux armées se transforme en véritable bataille confuse au fur et à mesure que de plus en plus de soldats s’y joignent. Les Byzantins en sortent victorieux tandis que les Maures fuient cette zone. Peu après, les Byzantins s’emparent du fort dit du roc de Germanianus où Iaudas a envoyé ses femmes et son trésor.

Cette victoire permet à Solomon de prendre le contrôle des Aurès où il construit plusieurs forteresses. Grâce à la pacification de ce territoire, le contrôle byzantin effectif s’étend aux provinces de Numidie et de Maurétanie sitifienne [19]. Grâce à la prise du trésor de Iaudas, Solomon étend son programme de fortifications dans ces deux provinces.

Cette période de paix perdure jusqu’aux années 542-543 quand la peste justinienne atteint l’Afrique où elle provoque de nombreuses pertes parmi les membres de l’armée. En outre, au début de l’année 543, les Maures de Byzacène deviennent hostiles. Solomon exécute le frère d’Antalas, coupable d’être à l’origine de troubles et cesse le paiement des subsides à Antalas, s’aliénant le puissant et jusqu’ici loyal chef maure.

Au même moment, Sergius, le neveu de Solomon est nommé gouverneur de Tripolitaine [20] comme signe de la gratitude de l’empereur Justinien. Cette nomination entraîne le déclenchement des hostilités avec la confédération tribale des Leuathae après que les hommes de Sergius ont tué 80 des chefs de cette confédération lors d’un banquet. Bien qu’il sort victorieux de la bataille qui s’ensuit près de Leptis Magna [21], au début de 544 Sergius est contraint de se rendre à Carthage pour demander l’aide de son oncle.

La rébellion s’étend rapidement de la Tripolitaine à la Byzacène et Antalas s’y joint. Rejoint par ses trois neveux, Solomon marche à la rencontre des Maures et les rencontre près de Theveste [22]. Des ouvertures diplomatiques faites aux Leuathae échouent et les deux armées se combattent à Cillium [23], à la frontière entre la Numidie et la Byzacène. L’armée byzantine est frappée par la désunion et de nombreux soldats refusent de se battre ou le font avec réticence.

Solomon et ses gardes personnels tiennent leur position et résistent mais finissent par devoir se replier. Le cheval de Solomon tombe dans un ravin et blesse son cavalier. Avec l’aide de ses gardes, il remonte sur un autre cheval mais il est rapidement submergé et tué par les Maures.

Sergius, le neveu de Solomon succède à celui-ci et se révèle complètement incapable de gérer la situation.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Solomon (gouverneur)/ Portail du monde byzantin/ Personnalité politique byzantine

Notes

[1] Le Maghreb est la partie occidentale du monde arabe correspondant à l’espace culturel arabo-berbère, soit la région d’Afrique du Nord comprise entre la mer Méditerranée, le Sahel, l’océan Atlantique et l’Égypte.

[2] Les Vandales sont un peuple germanique oriental. Lors des Grandes invasions du 5ème siècle, leur migration les conduisit successivement en Gaule, Galice et Bétique en Espagne, Afrique du Nord puis dans les îles de Méditerranée occidentale Ils fondèrent également le « royaume vandale d’Afrique », ou « royaume de Carthage ». L’origine des Vandales est scandinave. Les Sillings seraient originaires du Nord du Jutland, les Hasdings du golfe d’Oslo qu’ils quittent pour le Jutland également : ils sont mentionnés pour la première fois par Tacite. Entre le 1er et le 3ème siècle, ils sont établis en Germanie orientale, dans une région située entre la Vistule et l’Oder, au bord de la mer Baltique.

[3] L’Aurès est une région d’Algérie située à l’est de ce pays, caractérisée à la fois par sa riche histoire, son relief principalement montagneux et par son peuplement traditionnel (le groupe berbérophone des Chaouis). Cette région, dont le nom remonte à l’Antiquité, faisait partie, avant la conquête romaine du territoire de l’ancienne Numidie.

[4] Les Zibans forment une contrée d’Algérie, située à cheval sur l’Atlas saharien et le Sahara, dont la ville principale est Biskra.

[5] actuelle Tébessa

[6] Oğuz est le nom actuel du village qui occupe le site de Dara ou Daras forteresse byzantine marquant la frontière avec l’empire sassanide. Le site a été le théâtre d’importantes batailles entre les deux empires en 530 et en 573. Le village d’Oğuz se trouve dans la province de Mardin en Turquie à 30 km au sud-est de la ville de Mardin sur la route de Nusaybin (Nisibe).

[7] La province romaine de Mésopotamie a été créée en 198 par Septime Sévère.

[8] Les eunuques sont attestés à l’époque protobyzantine, mais jouent un rôle politique majeur à partir du développement du cubiculum impérial. Très nombreux et influents dans l´entourage des empereurs, et ce jusqu’à la chute de Constantinople, ils exercent de hautes charges dans l´administration civile, militaire et religieuse, et sont des acteurs majeurs de l´histoire byzantine.

[9] Le royaume vandale est un royaume ayant existé en Afrique du Nord de 429 à 534. Il disparaît après la reconquête byzantine de la région, et plus précisément lors de l’abdication du dernier roi vandale d’Afrique du Nord, Gélimer, en mars 534.

[10] Les peuples fédérés (en latin fœderati) sont pour l’Empire romain des groupes de population ayant passé un traité (fœdus), d’alliance ou de soumission, avec l’Empire. Une fois fédérés de Rome, les peuples entrés dans l’Empire sont sommés de cesser leurs exactions en échange de la paix ; il s’agit donc de diplomatie dans le monde antique tardif.

[11] La bataille de l’Ad Decimum oppose le 13 septembre 533 l’armée vandale de Gélimer et l’armée byzantine de Bélisaire. Cette bataille et les événements de l’année qui ont suivi (parfois appelés Seconde bataille de Carthage) marquent traditionnellement le commencement de la fin pour les Vandales et le début de la reconquête occidentale de l’empereur Justinien.

[12] magister militum Africae

[13] Le préfet du prétoire est l’officier commandant la garde prétorienne à Rome, sous le Haut Empire, et un haut fonctionnaire à la tête d’un groupe de provinces, la préfecture du prétoire, dans l’Antiquité tardive.

[14] La Byzacène est un ensemble régional correspondant à l’actuelle Tunisie mais qui peut correspondre à certains moments de son histoire à des entités administratives distinctes.

[15] Le magister militum est un officier supérieur de l’armée romaine durant l’Antiquité tardive. Son nom est souvent traduit par « maître de la milice » ou « maître des milices ».

[16] Patrice est un titre du Bas Empire romain, accordé par Constantin 1er, qui remplace l’archaïque rang social de patricien. Le titre de patrice continue d’exister comme titre honorifique en Occident après la fin de l’Empire romain d’Occident, et dans l’Empire byzantin.

[17] La Maurétanie désigne le territoire des Maures dans l’Antiquité. Il s’étendait sur une partie du nord marocain et sur le nord-ouest et le centre de l’actuelle Algérie. Sous Rome, le territoire fut divisé en provinces

[18] Timgad ou Thamugadi est une cité antique située sur le territoire de la commune éponyme de Timgad, dans la wilaya de Batna dans les Aurès, au nord-est de l’Algérie. Elle fut fondée par l’empereur romain Trajan en 100 et dotée du statut de colonie. Il s’agit de la dernière colonie de déduction en Afrique romaine. Bâtie avec ses temples, ses thermes, son forum et son grand théâtre, la ville, initialement d’une superficie de 12 hectares, finit par en occuper plus d’une cinquantaine.

[19] La Maurétanie Césarienne est une province de la Rome antique, partie orientale de la Maurétanie, qui correspondait à l’actuelle Algérie centrale et occidentale. À l’ouest de l’Afrique romaine, la Maurétanie.

[20] La Tripolitaine est une région historique de la Libye dont le nom, qui signifie « trois villes » en grec ancien, vient d’Oea, Leptis Magna et Sabratha, les trois villes les plus importantes de la région depuis l’Antiquité. La Tripolitaine a ensuite donné son nom à Tripoli, appellation moderne d’Oea.

[21] Leptis Magna ou Lepcis Magna était une des villes importantes de la république de Carthage. Sous Dioclétien, en 303, lors de la partition de l’Afrique proconsulaire, elle devient la capitale de la nouvelle province, la Tripolitaine. Ses ruines sont situées près de la ville actuelle de Khoms, à environ 120 km à l’est de Tripoli, sur l’embouchure de l’oued Lebda en Libye.

[22] Tébessa ou Tbessa est une commune d’Algérie, chef-lieu d’une wilaya, située à l’est du pays, entre le massif de l’Aurès et la frontière algéro-tunisienne. La ville remonte à l’époque romaine, où elle portait le nom de Theveste

[23] Kasserine est une ville située au centre ouest de la Tunisie ; elle est le chef-lieu du gouvernorat du même nom. Connue sous le nom de Cilium ou de Scilli sous l’Empire romain, la cité est édifiée vers l’an 80, sous le règne de l’empereur Vespasien, fondateur de la dynastie des Flaviens. Depuis, elle a su conserver en son sein quelques vestiges qui témoignent du développement et de la stabilité qu’elle a connu aux époques romaines puis byzantines.