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La France au début du 18ème siècle

dimanche 6 novembre 2022, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 6 juillet 2013).

La France au début du 18ème siècle

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La France en 1715

100 ans avant la prise de la Bastille, c’était déjà la Révolution, mais à Londres en 1689. Cette “Glorieuse révolution” [1] sans effusion de sang allait inspirer tous les mouvements démocratiques à venir. Dans les salons français, on cultivait l’art de la conversation et l’on brassa des idées nouvelles sur la liberté individuelle et les droits naturels des hommes. On remit aussi en cause l’autorité du clergé et du roi. De Paris, ces idées gagnent toute l’Europe et même traversent l’Atlantique. Les insurgés américains s’en réclament. Dans leur Déclaration d’indépendance, ils proclament le droit de chacun à la recherche du bonheur !

De Philadelphie [2] à Saint-Pétersbourg [3], c’est en français que s’exprime cette foi dans le progrès et la bonté du genre humain. Le 18ème siècle sera le siècle français par excellence. Ce succès s’appuie sur un dynamisme démographique qui fait de la France le pays le plus peuplé d’Europe avec une jeunesse nombreuse.

En France où le Roi Soleil est au sommet de sa puissance, la “Glorieuse Révolution” suscite l’irritation que l’on devine. Louis XIV accueille le souverain déchu et poursuit avec un succès mitigé ses guerres tous azimuts. La fin de son règne sera affectée par des famines et la guerre de Succession d’Espagne [4].

Le vieux roi fait face à toute l’Europe ou presque pour maintenir sur le trône d’Espagne son petit-fils, le duc d’Anjou. La Succession d’Espagne inaugure une nouvelle guerre d’environ 100 ans entre la France et l’Angleterre. Elle prendra fin à Waterloo en 1815 .

Le 18ème siècle verra la création de La Ferme générale [5], elle sera l’institution la plus honnie qui soit de l’Ancien Régime. Les rois avaient pris l’habitude d’affermer par appel d’offres la collecte des taxes et des impôts indirects sur les marchandises à des financiers. Les heureux bénéficiaires de cette charge s’engageaient à verser au roi une somme annuelle forfaitaire. Moyennant quoi, ils collectaient les taxes en question et recevaient le droit de poursuivre eux-mêmes les contrebandiers.

En 1681, Colbert, ministre de Louis XIV, regroupa les fermiers dans une Ferme générale. Celle-ci prit sa forme définitive en 1726, sous Louis XV , sous la forme d’une association de 40 fermiers établie à Paris, avec 42 directions provinciales et plusieurs milliers de personnes à son service.

La principale taxe collectée par les fermiers généraux était la gabelle [6] ou impôt sur le sel, un produit indispensable aux paysans pour la conservation des viandes [7]. Son montant était très variable d’une province à l’autre et alimentait une contrebande importante. Les contrebandiers ou “faux-saulniers” étaient impitoyablement pourchassés par les agents de la Ferme générale, les gabelous.

Les paysans n’étaient pas les seuls à être lésés par la Ferme générale. A la veille de la Révolution, celle-ci prélevait au titre de la gabelle un total de 120 millions de livres et en reversait seulement 40 millions au roi !


Le 18ème verra un recul colonial de la France. Celui-ci est dû à l’affaiblissement progressif de sa marine. Vers 1680, la France de Louis XIV pouvait aligner, grâce à Colbert et son fils Jean-Baptiste Colbert de Seignelay , une flotte de guerre d’environ 200 navires, sans compter la flotte marchande. Ce fut l’âge d’or de la « Royale ». Elle faisait la loi sur les océans et les mers avoisinant son territoire et soutenait un empire colonial qui se développait régulièrement.

50 ans plus tard, la France ne disposait déjà plus que d’une flotte de guerre de 50 à 80 navires tandis que la Navy britannique comptait 200 unités. C’était le résultat du désintérêt porté à la guerre maritime continentale et du recentrage de l’effort militaire sur la guerre continentale. C’était aussi le résultat du traité de La Haye [8] avec l’Angleterre négocié par l’abbé Dubois en 1718, sous la Régence. Cette politique pacifiste fut poursuivie à la majorité du roi Louis XV par son Premier ministre, le cardinal Fleury .

Sur mer, en l’absence de guerre déclarée, la rivalité franco-anglaise se traduisit par la guerre de course [9]. Les corsaires français munis de leur lettre de course attaquaient allègrement les convois britanniques avec une ingéniosité tactique sans égale qui compensait leur faiblesse numérique. Lorsque survint enfin la guerre de Sept Ans*, la Grande-Bretagne compensa ses faiblesses militaires en tirant parti de sa supériorité navale. Celle-ci lui permit d’envoyer au Canada des troupes relativement nombreuses pour attaquer les unités françaises. C’est ainsi que survint le désastreux traité de Paris.

Dans les années qui suivirent, les responsables de la marine française tentèrent de se ressaisir, notamment avec le plan de réforme de 1763 du comte Charles-Henri d’Estaing . Sous les ordres de l’amiral François Joseph Paul de Grasse , la « Royale »allait s’illustrer 20 ans plus tard dans le soutien aux insurgés américains.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Monique Hermite Historia mensuel - 01/01/2006 - N° 709, Hérodote, Dictionnaire le Petit mourre, encyclopédie Imago Mundi,

Notes

[1] La Glorieuse Révolution d’Angleterre, aussi appelée Seconde Révolution anglaise, fut une révolution faussement décrite dans un premier temps comme « pacifique » (1688-1689). Terme à nuancer tout d’abord en raison des combats sévères qui opposèrent les partisans catholiques à l’armée néerlandaise de Guillaume III, ainsi qu’à cause de la sanglante contre-révolution qui s’ensuivit en Irlande peu de temps après. Elle eut pour conséquence de renverser le roi Jacques II (Jacques VII d’Écosse) et provoqua l’avènement de la fille de celui-ci, Marie II, et de son époux, Guillaume III prince d’Orange, à la suite de l’invasion néerlandaise de l’Angleterre menée par ce dernier. La révolution renforça la monarchie mixte et réaffirma le rôle du parlement face à la couronne.

[2] Philadelphie est une ville du Commonwealth de Pennsylvanie, située dans le Nord-Est des États-Unis, entre New York et Washington. Le nom de la ville, choisi par William Penn, signifie « amitié fraternelle » en grec, car elle devait être un îlot de tolérance religieuse. Centre historique, culturel et artistique majeur aux États-Unis, Philadelphie est également un grand port industriel sur le fleuve Delaware, qui se jette dans l’océan Atlantique. Fondée en 1682, elle fut, jusqu’en 1790, la ville la plus peuplée d’Amérique du Nord. Entre 1774 et 1800, le Congrès des États-Unis s’est réuni en plusieurs endroits, le plus souvent à Philadelphie, faisant de celle-ci la capitale de facto provisoire du pays, jusqu’à ce que Washington devienne la capitale définitive. Par ailleurs, Philadelphie entretint pendant quelques décennies une rivalité financière et politique avec New York, avant d’être supplantée par sa rivale. À présent, Philadelphie est la principale métropole de l’État de Pennsylvanie (dont la capitale est Harrisburg) et le siège du comté de Philadelphie.

[3] Saint-Pétersbourg a été fondée en 1703 par le tsar Pierre le Grand dans une région disputée depuis longtemps au royaume de Suède. Par son urbanisme résolument moderne et son esthétique d’origine étrangère, la nouvelle ville devait permettre à la Russie d’« ouvrir une fenêtre sur l’Europe » et contribuer, selon le souhait du tsar, à hisser la Russie au rang des grandes puissances européennes. Le centre-ville, construit sur des directives des souverains russes, présente une architecture unique qui mélange des styles architecturaux (baroque, néoclassique) acclimatés de manière originale par des architectes souvent d’origine italienne. Sa beauté alliée à l’existence de nombreux canaux lui ont valu le surnom de « Venise du Nord » ou « de la Baltique ». De sa fondation jusqu’au début du 20ème siècle, Saint-Pétersbourg a été le principal centre intellectuel, scientifique et politique du pays. Au 19ème siècle, la ville devient le principal port commercial et militaire de la Russie ainsi que le deuxième centre industriel du pays, après Moscou. C’est d’ailleurs à Saint-Pétersbourg qu’éclate la Révolution russe de 1917 et où les bolcheviks triomphent. Saint-Pétersbourg a changé plusieurs fois d’appellation : elle a été rebaptisée Pétrograd de 1914 à 1924, puis Léningrad de 1924 à 1991, avant de retrouver son nom d’origine à la suite d’un référendum en 1991.

[4] La guerre de Succession d’Espagne est un conflit qui a opposé plusieurs puissances européennes de 1701 à 1714, dont l’enjeu était la succession au trône d’Espagne à la suite de la mort sans descendance du dernier Habsbourg espagnol Charles II et, à travers lui, la domination en Europe. Dernière grande guerre de Louis XIV, elle permit à la France d’installer un monarque français à Madrid : Philippe V, mais avec un pouvoir réduit, et le renoncement, pour lui et pour sa descendance, au trône de France, même dans le cas où les autres princes du sang français disparaîtraient. Ces conditions ne permettaient pas une union aussi étroite que celle qui était espérée par Louis XIV. La guerre de succession donna néanmoins naissance à la dynastie des Bourbons d’Espagne, qui règne toujours aujourd’hui.

[5] La Ferme générale est la jouissance d’une partie des revenus du roi de France, consentie par ce dernier, sous certaines conditions, à un adjudicataire dont les cautions forment la Compagnie des fermiers généraux. Créée par Louis XIV, à l’initiative de Colbert en 1680, l’institution avait pour vocation de prendre en charge la recette des impôts indirects, droits de douane, droits d’enregistrement et produits domaniaux. Par extension, la Ferme générale est le corps de financiers qui prend à ferme les revenus du roi ; ils ne sont donc pas de simples banquiers, mais également des gestionnaires de l’impôt. La Ferme n’assura pleinement l’ensemble de ces fonctions qu’entre 1726 et 1780. Les dirigeants et actionnaires de cette compagnie financière chargée du recouvrement de l’impôt sont appelés les « fermiers généraux ».

[6] Taxe sur la consommation du sel. A la fois impôt indirect et vente forcée, elle oblige les contribuables à acheter une certaine quantité de sel, dont l’Etat a le monopole. Elle varie beaucoup d’une région à l’autre. Les collecteurs, les gabelous, sont unanimement détestés.

[7] salaisons

[8] La Paix de La Haye ou traité de Den Haag de 1720 met fin à la guerre de la Quadruple-Alliance qui a commencé au cours de l’été 1717 lorsqu’un contingent de 8 000 soldats espagnols débarquent en Sardaigne qui fait alors partie de l’empire des Habsbourg. Le conflit voit s’unifier les quatre puissances européennes, le Royaume de Grande-Bretagne, la France, l’Autriche (en tant que Saint-Empire romain germanique) et les Provinces-Unies contre l’Espagne de Philippe V et du cardinal Alberoni. La paix est signée à La Haye le 20 février 1720.

[9] La guerre de course est une forme de guerre navale utilisée pour détruire ou perturber la logistique de l’ennemi en haute mer en attaquant sa marine marchande, plutôt que d’engager ses combattants ou d’imposer un blocus contre eux. Au début de l’utilisation de ce terme, il désigne les opérations navales menées par les corsaires. Par assimilation comparative, le terme est aussi utilisé pour désigner les opérations menées par les U-boote allemands pendant les Première et Seconde Guerres mondiales contre les convois de ravitaillement alliés. Durant la guerre de Sécession, la guerre de course est essentiellement pratiquée par le camp sudiste.