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Cyrus de Phase ou Cyr

mercredi 12 avril 2023, par lucien jallamion

Cyrus de Phase ou Cyr (mort en 642)

Patriarche melkite d’Alexandrie de 631 à sa mort

Evêque de la ville de Phase ou Phasis en Lazique [1], quand l’empereur Héraclius le rencontra en 626 et s’efforça de le rallier à sa politique de compromis entre les partisans du concile de Chalcédoine [2] et les monophysites [3] par la formule du monoénergisme [4], élaborée par le patriarche de Constantinople [5] Serge 1er de Constantinople et l’évêque Théodore de Pharan .


Il fut au début très réticent, et entra en relation épistolaire avec Serge 1er. Celui-ci parvint à le convaincre par une lettre très détaillée, où il reprenait une lettre du patriarche Mennas au pape Vigile. Cyrus devint bientôt un ardent partisan de la nouvelle formule.

En 631, après la rétrocession de l’Égypte à l’Empire byzantin [6] par les Perses [7], Cyrus fut nommé à la fois patriarche d’Alexandrie et préfet de la province, avec les pleins pouvoirs pour obtenir le ralliement de la majorité monophysite de la population à l’Église officielle.

Cyrus recourut rapidement à une politique très brutale de persécution des récalcitrants, qui obligea le patriarche copte [8] Benjamin 1er à entrer dans la clandestinité. Cependant, en mai/juin 633, il parvint à réunir un synode avec un certain nombre d’évêques de l’Église copte, et il y fit adopter un acte d’union en neuf articles, appelé Plêrophoria.

Au lendemain de cet accord, la persécution violente des fidèles non ralliés de l’Église copte semble s’être encore renforcée. D’autre part, le monoénergisme commença à rencontrer des oppositions sérieuses parmi les défenseurs du concile de Chalcédoine : les membres ralliés de l’Église copte déclaraient d’ailleurs que ce n’était pas eux qui étaient allés vers Chalcédoine, mais Chalcédoine qui était allé vers eux. Le moine palestinien Sophrone de Jérusalem prit la tête des partisans du concile de Chalcédoine dénonçant la Plêrophoria comme un ralliement doctrinal au monophysisme ; fin 633 ou début 634, il fut élu patriarche de Jérusalem [9].

Sophrone s’était engagé devant Serge 1er de Constantinople à cesser d’attaquer Cyrus en échange d’un décret appelé Psêphos qui ordonnait, maintenant l’union réalisée. Mais il s’en prit à l’archevêque de Chypre [10] Arcadius, partisan lui aussi du monoénergisme. Un synode fut organisé à Chypre où se rendit personnellement le patriarche Cyrus, avec des représentants des patriarches Sophrone et Serge 1er et du pape Honorius 1er. Ce synode n’aboutit qu’à un constat de désaccord entre les deux partis.

Cependant, le patriarche Serge 1er et le pape Honorius 1er s’entendirent par courrier sur le fait qu’il fallait abandonner toute référence à une ou deux opération, mais qu’on pouvait en revanche parler d’une seule volonté dans le Christ. Serge 1er rédigea alors une formule dogmatique appelée Ecthèse, qui fut contresignée par Cyrus et qui, placardée dans le narthex de Sainte-Sophie [11] en septembre ou octobre 638, devint la nouvelle doctrine officielle de l’Église byzantine : le monothélisme.

Cependant la conquête par les musulmans de provinces entières de l’Empire byzantin avait commencé. En décembre 639, le général musulman Amr ibn al-As pénétra en Égypte ; pendant l’été 640, il écrasa les troupes byzantines de la province à la bataille d’Héliopolis [12], au nord de la forteresse de Babylone d’Égypte [13] où s’étaient réfugiés Cyrus, à la fois patriarche et préfet, et Théodore, commandant militaire.

Cyrus ouvrit des négociations avec le général musulman, qui aboutirent en octobre à un accord de cessation des combats moyennant le paiement d’un tribut. Cyrus se rendit en novembre à Constantinople pour soumettre cet accord à l’empereur Héraclius. Celui-ci, furieux, rejeta l’accord et destitua Cyrus.

Héraclius mourut le 11 février 641. Son successeurConstantin III, puis, après la mort de celui-ci le 25 mai, l’impératrice régente Martine rappelèrent Cyrus, qui était de retour à Alexandrie [14] le 14 septembre 641.

La ville était assiégée par les troupes d’Amr ibn al-As, et Cyrus ne put rien faire d’autre que de signer un accord de capitulation en octobre ou novembre, qui laissait aux fidèles de l’Empire 11 mois pour quitter la ville avant l’entrée des troupes musulmanes. Amr ibn al-As entra à Alexandrie le 29 septembre 642. Entre-temps, Cyrus y était mort le 21 mars.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Cyrus de Phase/ Portail des chrétiens d’Orient/ Catégories : Patriarche orthodoxe d’Alexandrie

Notes

[1] actuellement Poti, en Géorgie

[2] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques dont quatre seulement viennent d’Occident. Dans la continuité des conciles précédents, il s’intéresse à divers problèmes christologiques et condamne en particulier le monophysisme d’Eutychès sur la base de la lettre du pape Léon 1er intitulée Tome à Flavien (nom du patriarche de Constantinople, destinataire de la lettre du pape).

[3] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[4] Essai de restaurer l’unité religieuse de l’empire, déchiré par le schisme entre les partisans du concile de Chalcédoine de 451 et ceux du monophysisme (notamment l’Église jacobite de Syrie et l’Église copte). Ces tentatives, fortement encouragées par l’empereur Héraclius, paraissaient cruciales pour souder l’empire contre les Perses, puis contre les Arabes.

[5] Le patriarcat œcuménique de Constantinople est, par le rang sinon par l’ancienneté, la première juridiction autocéphale de l’Église orthodoxe. Cette situation est liée au statut de capitale de l’Empire romain d’Orient dont jouissait autrefois Constantinople, l’actuelle Istanbul. Le patriarcat est un titre et une fonction de présidence attachée à un siège épiscopal, l’archevêché orthodoxe de Constantinople. Les orthodoxes considèrent que le patriarche de Constantinople n’a qu’une prééminence honorifique sur les autres Églises autocéphales orthodoxes, comme les papes d’avant le schisme de 1054.

[6] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[7] Les Persans, Perses ou Persans occidentaux sont un peuple iranien, originaire de l’Iran, qui parle le persan et qui partage une culture et une histoire commune. Des populations importantes de Persans résident désormais en dehors d’Iran. Les plus grandes communautés étant concentrées aux États-Unis, en Allemagne, au Canada, en Suède et aux Émirats arabes unis et en Angleterre.

[8] Les coptes désignent un groupe ethnoreligieux indigène d’Afrique du Nord qui habite principalement le pays d’Égypte. Les coptes sont aujourd’hui les habitants chrétiens d’Égypte. La très grande majorité des coptes est membre de l’Église copte orthodoxe dirigée par un primat, mais il existe aussi depuis le 19ème siècle une Église catholique copte, ainsi qu’une Église évangélique copte. Sur le plan de la doctrine, l’Église copte orthodoxe est fidèle aux trois premiers conciles œcuméniques et est souvent rattachée à tort, comme les Églises arménienne, éthiopienne, et érythréenne à l’orthodoxie, peut-être parce qu’elles présentent une grande similitude de rite. Elle s’en distingue pourtant puisqu’elle se fonde sur les thèses miaphysites condamnées par le concile de Chalcédoine. Les coptes, comme tous les Égyptiens à l’exception des Nubiens, parlent arabe et la messe se dit dans cette langue mais aussi en copte parfois ; les prières du Credo et le Notre Père se disent encore en copte, ainsi que la liturgie

[9] Le titre de Patriarche de Jérusalem est traditionnellement porté par l’évêque de Jérusalem. Ce diocèse est l’un des plus anciens et des plus prestigieux de la Chrétienté, du fait de sa situation en Terre sainte. Il fut érigé en patriarcat en 451, au concile de Chalcédoine. Aujourd’hui, trois chefs d’Église, dont un catholique, portent le titre de Patriarche de Jérusalem.

[10] L’île de Chypre, que les anciens Égyptiens nommaient « Alachia », les anciens Assyriens « Iatnana » et les Phéniciens « Enkomi », était dès l’Antiquité au carrefour d’importants courants commerciaux, assimilant au fil des siècles différentes cultures provenant de la Crète minoenne, de la Grèce mycénienne et de tout le pourtour du bassin Levantin ; son nom de « Kupros » signifie cuivre, en référence aux importants gisements de ce métal, qui assurèrent sa renommée et sa prospérité dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Chypre était aussi connue pour ses nombreuses épices et plantations. L’histoire de Chypre fut très mouvementée et l’île subit de nombreuses tutelles : hellénistique, romaine, byzantine, arabe, franque, vénitienne, ottomane et enfin britannique.

[11] Ancienne église chrétienne de Constantinople du vie siècle, devenue une mosquée au 15ème siècle sous l’impulsion du sultan Mehmet II. Elle est édifiée sur la péninsule historique d’Istanbul. Depuis 1934, elle n’est plus un lieu de culte mais un musée. Depuis 2020 de nouveau une mosquée

[12] Héliopolis (la « ville du Soleil », aujourd’hui arabe Aîn-ech-Chams soit l’« Œil du Soleil ») est le nom donné par les Grecs à la ville antique de Onou (ou Iounou) dans le delta du Nil. Elle était la capitale du treizième nome de Basse-Égypte. Les premières constructions datent du 27ème siècle avant notre ère.

[13] Dès l’époque d’Auguste, la forteresse romaine de Babylone du Caire est construite près de la rive orientale du Nil, face à l’île de Rhoda. Élargie à l’époque de l’empereur Trajan et fortifiée par Arcadius, elle est constituée de tours rondes et de bastions reliés par un mur en briques. Située à un emplacement stratégique de première importance, la forteresse de Bâbalyûn permet de contrôler le delta tout en dominant le point de passage le plus commode pour traverser le Nil, à la jonction entre la Haute et la Basse Égypte. Lors de la conquête de l’Égypte, par le général arabe ’Amr ibn al-’As en 639, la forteresse est intégrée à la ville de Fostat tout en gardant son indépendance.

[14] Alexandrie est une ville en Égypte. Elle fut fondée par Alexandre le Grand en -331 av. jc. Dans l’Antiquité, elle a été la capitale du pays, un grand centre de commerce (port d’Égypte) et un des plus grands foyers culturels hellénistiques de la mer Méditerranée centré sur la fameuse bibliothèque, qui fonda sa notoriété. La ville d’Alexandrie est située à l’ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Cette dernière était rattachée à la création de la ville par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d’aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.