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Sophrone de Jérusalem

jeudi 25 février 2016

Sophrone de Jérusalem (vers 550-638/639)

Patriarche de Jérusalem de 634 jusqu’à sa mort

Né à Damas. Avant d’être consacré patriarche, il était un moine et un théologien, ardent défenseur de l’orthodoxie telle qu’elle avait été définie au concile de Chalcédoine [1] lors de la controverse dogmatique sur la nature essentielle de Jésus et de ses actes délibérés. Peu de temps avant sa mort, il avait obtenu du calife [2] Omar qu’il rentre dans la cité sainte en pèlerin et non en conquérant.

Doué de talents poétiques, il fait de brillantes études et devient sophiste [3]. Il accomplit le pèlerinage en Terre sainte dans le but de vénérer les Lieux saints et de s’entretenir avec des ascètes vivant dans les monastères et dans les déserts. Il se rend en Judée [4] dans le monastère de saint Théodose [5] où il rencontre son père spirituel et aîné Jean Moschus , un moine syrien comme lui qui lui dédicaça “le Pré spirituel” [6].

Ils s’opposèrent à la doctrine du monothélisme [7] défendue par l’empereur Héraclius, et prirent le parti des apôtres de Chalcédoine. Sophrone écrivit une anthologie des écrits des Pères du Désert [8], aujourd’hui disparue.

En 578, les deux hommes décident de se rendre à Alexandrie pour y compléter leur formation philosophique et pour y rencontrer de saints ascètes. Ils visitent de nombreux monastères, entre 578 et 584 ils arrivent en Égypte.

Sophrone devient le disciple d’ Étienne d’Alexandrie et l’ami de Théodore le Philosophe. C’est à cette époque que Sophrone est touché par une maladie des yeux dont il est guéri par l’intercession des saints anargyres [9] Cyr et Jean.

Plus tard, accompagné de son ami chroniqueur, Sophrone voyage à travers l’Asie Mineure, l’Égypte et l’Afrique du Nord, cherchant à convertir les différentes communautés monophysites [10] qui y vivaient. Il se rend également en pèlerinage à Rome en 620, où son compagnon Moschus meurt. À ce moment Sophrone craint que le pape Honorius 1er ne soit tenté de prendre une position neutre et dangereuse pour la doctrine catholique. Il lui envoie Étienne de Dora alors qu’au même moment, en 634, il succède à Modeste en qualité de nouveau patriarche de Jérusalem, quelques années après les destructions et les massacres perpétrés par les Perses.

Témoin de la prise de Jérusalem par les troupes du calife Omar en 637, il tient un rôle important dans l’établissement du traité de paix avec les vainqueurs notamment en négociant un statut pour les populations chrétiennes, juives et zoroastriennes. Selon les versions, il serait mort à Jérusalem en 638, ou aurait été obligé de fuir de la ville à Alexandrie où il meurt en 639.

Sophrone a laissé de nombreux textes liturgiques, des homélies des textes théologiques, hagiographiques et poétiques. Dans les Poèmes anacréontiques, il traduit les sentiments que lui inspirait Jérusalem lors de l’un de ses nombreux périples. À travers ses poésies, on peut suivre en filigrane les circuits des lieux les plus sacrés de Jérusalem à la fin du 6ème siècle, âge d’or de la chrétienté en Terre sainte.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Christoph von Schönborn : Sophrone de Jérusalem, Vie monastique et confession dogmatique, Paris, Beauchesne, 1972.

Notes

[1] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques (un record) dont quatre seulement viennent d’Occident.

[2] Le mot calife, khalife est une romanisation de l’arabe khalîfa littéralement successeur (sous-entendu du prophète), terme dérivé du verbe khalafa signifiant succéder, titre porté par les successeurs de Mahomet après sa mort en 632 et, pour les sunnites, jusqu’à l’abolition de cette fonction par Mustafa Kemal Atatürk en 1924.

[3] professeur de rhétorique

[4] La Judée est le nom historique et biblique d’une région montagneuse qui correspond aujourd’hui à une partie de la Cisjordanie et du sud d’Israël. Son nom vient de la tribu de Juda dont elle constituait le territoire. Dans l’Antiquité, c’était une région plutôt reculée au relief escarpé. La Judée a été le centre de plusieurs royaumes et provinces antiques : le royaume de Juda à l’âge du fer, la province perse de Yehoud Medinata, les dynasties des hasmonéens et des hérodiens puis la province romaine de Iudaea.

[5] Le monastère de Théodose le Grand est historiquement le premier monastère, ou laure, de moines cénobites en Palestine. Il se trouve à onze kilomètres à l’est de Bethléem dans le désert de Juda qui fait partie du territoire actuel de la Cisjordanie.

[6] Le Pré Spirituel est l’un des plus riches trésors de la littérature monastique des premiers siècles de l’Église. Moschus qui, comme il le dit dans sa Préface, a recueilli à la manière des adroites abeilles les édifiantes actions des Pères, nous fait connaître le monachisme tel qu’il se présentait au 6ème siècle. À cette époque, le moine est « celui qui est parti », qui a quitté le siècle, ses plaisirs, ses dangers, ses agitations, pour trouver au désert la tranquillité d’âme, le repos en Dieu, l’entier assoupissement des passions.

[7] Le monothélisme est un courant de pensée du christianisme, développé au 7ème siècle dans le but de réunifier l’Église chalcédonienne et les Églises des trois conciles, et condamné comme hérésie au troisième concile de Constantinople en 681.

[8] Les Pères du désert sont principalement des représentants du clergé régulier et parfois séculier de l’Antiquité tardive (3ème et 4ème siècles) qui ont vécu en communauté ou en ermite dans le désert d’Égypte.

[9] Anargyre est une épithète signifiant littéralement « sans argent » : il qualifie les saints thaumaturges orthodoxes qui, contrairement aux médecins, exerçaient leur talent de guérisseur sans être payés.

[10] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.