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L’histoire pour le plaisir

Áedán mac Gabráin

mercredi 9 décembre 2020, par ljallamion

Áedán mac Gabráin (vers 532/533-606/608)

Roi de Dál Riata de 574 à 608

Empreinte de pied, utilisée lors des cérémonies d'intronisation des rois de Dal Riada à DunaddAidan est, selon les généalogies galloises, le fils de Gabrán mac Domangairt et de Luan, fille du roi breton Brychan de Gododdin [1]. Le règne du nouveau roi a laissé de nombreuses traces dans les chroniques du fait de sa grande activité guerrière contre ses voisins pictes [2], bretons [3] et angles [4] de Bernicie [5], nouveaux venus dans la région.

Avant d’être roi, Aidan aurait combattu à la bataille d’Arfderydd [6], allié de Morgant et de Gwenddolau ap Ceidiaw ou Gwenddolew ap Ceidio roi de Galloway [7], contre Rhydderch Hael , roi de Strathclyde [8] et Urien , roi de Rheged [9]. Il semble qu’à cette époque, le Dal riada irlandais [10] était vassalisé par Báetán mac Cairill , roi du Dál Fiatach [11] et « rig h-Erenn [12]Alban, à qui il devait payer un tribut

Après la mort du roi Scot [13] Conall mac Comgaill en 574, son fils et successeur Dunchad est tué dans une bataille à Delgon dans le Kintyre [14], soit lors d’un combat contre les Pictes ou dans une guerre civile contre ses cousins du Cinel nGabráin qui périrent nombreux dans la rencontre en 576.

L’abbé Colomba usa de son influence pour couronner roi à Iona [15] Áedan mac Gabráin, fils du prédécesseur du roi défunt, en conformité avec les règles de la tanistrie [16] pratiquées dans les royaumes irlandais, mais au détriment des droits d’Eòganán mac Gabráin, le fils aîné de Gabhran, écarté de la royauté par colomba qui lui était pourtant favorable à la suite de l’intervention d’un ange.

En 575, le roi, accompagné de saint Colomba, participe au concile de Druim Ceat [17], en Irlande, où le Dal riada écossais est reconnu indépendant par Áed mac Ainmerech du Cenél Conaill [18] des O’Neill du Nord [19], le futur ard ri Érenn, sous réserve qu’il le soutienne toujours dans les conflits purement irlandais. Ensuite, Aedan participe également à des expéditions dans l’île de Man [20] en 581/582 sans doute consécutives à la disparition de Báetán mac Cairill aux Orcades [21]

Saint Adomnan rapporte qu’un jour, le roi des Scots demanda à saint Colomba lequel de ses trois fils aînés, devrait selon lui succéder à sa mort. L’évêque répondit qu’aucun d’eux ne régnerait jamais car ils seraient tous tués au combat. Le saint demanda alors au roi de faire venir ses plus jeunes fils et lorsque Eochaid Buide , quatrième héritier mâle, se présenta devant lui, il le bénit et déclara à son père : Voilà celui qui te survivra !

Afin de briser l’offensive des Angles, qui avaient écrasé les royaumes brittoniques du nord, Aedan s’était allié aux Bretons contre le conquérant Ethelfrith de Northumbrie. Les Annales irlandaises mentionnent en 600 une bataille des Saxons perdue [22], mais où le frère du roi des Angles Ainfrith aurait été tué par Máel Umai mac Báetáin de Dál nAraidi [23]. Il semble que le même événement soit évoqué par la Chronique anglo-saxonne en 603. Quant à Bède le Vénérable, pour la même année, il précise que ce combat eu lieu à Degsastan et nomme Théodbald le frère du roi des Angles tué avant de conclure que depuis cette époque jusqu’au temps présent aucun roi des Scots de Bretagne ne se risqua plus en Bretagne pour faire la guerre au peuple des Angles.

Aedan serait mort après un règne de 28 ans, âgé d’environ 75 ans, sans doute après avoir abdiqué.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de James E.Fraser From Caledonia to Pictland, Scotland to 795 The New Edinburgh History of Scotland. Edinburgh University Press 2009 (ISBN 9780748612321).

Notes

[1] Le Gododdin était un des royaumes bretons du nord de l’île de Bretagne (Northumbrie), au nord du mur d’Hadrien et, partiellement, au sud du mur d’Antonin, qui s’était constitué après le départ des troupes romaines.

[2] Les Pictes étaient un peuple établi principalement dans les Lowlands de l’Écosse. Les migrations Pictes s’installent entre les différentes vagues de migrations goïdeliques (gaëliques) et gallo-britonniques. Leurs ancêtres seraient venus du continent à la fin de la préhistoire, peut-être au cours du 1er millénaire avant jc. Leur première mention est due à l’orateur breton Eumenius, en 297, ce dernier les cite aux côtés des Hibernii (les Irlandais) comme ennemis des Bretons.

[3] Le nom Bretons désigne d’abord les habitants de l’île de Bretagne, ou Bretagne insulaire (en latin : Britannia), ou plus exactement habitant la partie de l’île limitée au nord par les fleuves Clyde et Forth (en Écosse aujourd’hui).

[4] Le peuple des Angles, qui donne son nom aux Anglais et à l’Angleterre, est une peuplade germanique possiblement originaire de la péninsule d’Angeln dans l’actuel Schleswig, en Allemagne, ou bien de l’Angrie, autre région historique de l’Allemagne, située plus au sud. Durant les années 449-455, le roi breton Vortigern fit appel aux Angles pour se battre à ses côtés contre les Pictes.

[5] La Bernicie est un royaume anglo-saxon situé dans le nord de l’Angleterre et le sud de l’Écosse actuelles. Fondé au 6ème siècle, il est uni au royaume voisin de Deira au début du 7ème siècle pour former le royaume de Northumbrie. Son territoire se serait étendu depuis la Tyne vers le nord, atteignant finalement le Firth of Forth. Sa frontière occidentale s’est graduellement étendue, mordant sur les royaumes de langue brittonique de Rheged, Gododdin et Dumbarton. La résidence royale principale est le château de Bamburgh, près de l’île de Lindisfarne.

[6] La Bataille d’Arfderydd, selon les Annales Cambriae, opposa en 573 Gwenddolew ap Ceidio, roi de Caer Guendoleu à une coalition de princes bretons dirigée par le roi d’Ebrauc Peredur mab Eliffer et qui comprenait son frère Gwrgi, le roi Rhydderch Hael de Strathclyde. Gwenddolew ap Ceidio fut vaincu et tué mais Ebrauc fut affaibli et ne put résister aux Angles de Deira et de Bernicie qui le détruisirent 7 ans plus tard. La bataille aurait eu lieu à proximité de la petite ville actuelle de Longtown (Longtown, Cumbria), dans le comté de Cumbria au nord-ouest de l’Angleterre, près de Carlisle.

[7] Galloway désigne aujourd’hui l’ancien comté de Wigtownshire (délimité par la côte à l’ouest, les collines de Galloway au nord, et le fleuve Cree à l’est) et la Stewartry of Kirkcudbright (qui s’étend du Nith au Cree, et est limité également par les collines de Galloway au Nord) dans le sud-ouest de l’Écosse, mais dont la taille a beaucoup varié au cours de l’Histoire.

[8] Le Strathclyde est l’un des royaumes celtes brittoniques qui résista aux Anglo-Saxons, aux Pictes, aux Scots et aux Vikings durant le haut Moyen Âge avant d’être réuni au royaume des Pictes et des Scots vers le milieu du 11ème siècle.

[9] Le Rheged était l’un des royaumes bretons, de langue cambrienne, qui s’étaient constitués, vers le 5ème siècle, après le départ des troupes romaines, au nord de l’île de Bretagne, dans une zone qui est aujourd’hui le nord-ouest de l’Angleterre et le sud-ouest de l’Écosse.

[10] Le Dal Riada était un royaume scot situé sur la côte nord-est de l’Irlande et la côte ouest de l’Écosse.

[11] Le Dál Fiatach est une dynastie issue de Fiatach Finn mac Dáire, un roi d’Ulster et Ard ri Erenn, légendaire Son territoire correspond aux peuples des Voluntii et Darini du géographe grec antique Ptolémée, sans doute directement les prédécesseurs du proto-historique Dáirine, puis Corcu Loígde du Munster apparenté avec l’Osraige et aussi de façon plus lointaine avec le Dál Riata. Les Ulaid, dont le Dál Fiatach est la dynastie régnante, sont associés avec les soi-disant Érainn par les génealogistes et les linguistes, et semblent avoir jusqu’à un certain point formé une population unique dans les temps immémoriaux proto-historique dont le vague souvenir est demeuré dans la période du Haut Moyen Âge. Le Dál Fiatach se prévalait de la royauté avec comme ancêtre le légendaire Cú Roí mac Dáire et le Clanna Dedad

[12] Le Ard rí Érenn désigne, dans la mythologie celtique et l’histoire médiévale de l’Irlande, le souverain qui règne sur la totalité de l’île. Ard rí signifie « roi suprême » et « Érenn » provient de la déesse Ériu, véritable personnification du pays

[13] Les Scots sont un peuple celte originaire de l’est de l’Irlande qui commença à s’établir dans l’île de Bretagne entre les rivières Clyde et Solway aux 3ème et 4ème siècles de l’ère chrétienne. L’Écosse actuelle leur doit son nom (Scotland). Les premiers Scots affrontèrent les Britto-romains lors de raids qui se transformèrent en établissements durables, profitant sans doute d’un dépeuplement précoce des régions où ils effectuaient leur piraterie. Peu avant 500, ces Scots s’établirent sur les côtes du Devon et du pays de Galles, mais ils n’y établirent pas d’ensembles politiques durables. On leur doit toutefois l’introduction de l’écriture oghamique sur l’île. Plus au nord, les Scots devinrent dans un premier temps les voisins immédiats et les rivaux occidentaux des Pictes, les anciens habitants de la Calédonie. Cette région, qui n’avait jamais été conquise par Rome, passa progressivement sous leur contrôle du 6ème au 9ème siècle. Dès le 6ème siècle, les Scots durent cependant résister aux Anglo-Saxons, établis durablement au sud du Forth avant 500, contrairement aux Bretons, les Scots nouèrent de nombreux contacts avec ces nouveaux venus, surtout à l’est avec le royaume septentrional de Northumbrie. Au 7ème siècle, les Scots chrétiens jouèrent en particulier un rôle important dans l’évangélisation des Anglo-Saxons, rôle qui fut ensuite éclipsé par Rome.

[14] Le Kintyre est une péninsule du sud-ouest de l’Écosse, dans le Council area d’Argyll and Bute. Cette région s’étend sur une longueur de près de cinquante kilomètres, de Tarbert au nord jusqu’au Mull of Kintyre au sud.

[15] Iona est une petite île du nord-ouest de l’Écosse, dans les Hébrides intérieures, séparée de l’île de Mull par le détroit d’Iona. L’île, avec 4,8 km du nord au sud et 2,4 km de d’est en ouest, s’étend sur 800 hectares. Le point le plus élevé, Dun I, culmine à 101 m. En 563, saint Colomba d’Iona ou Columcille, exilé d’Irlande, a fondé un monastère sur l’île sous le double patronage de Conall mac Comgaill, roi de Dal Riada, et de Brude mac Maelchon, roi des Pictes. Sa communauté connut une belle évolution, comme en témoignent les croix savamment sculptées et les pierres tombales, mais fut décimée par les invasions nordiques au 8ème et au 9ème siècles.

[16] La tanistrie ou tanistry est une loi de succession coutumière qui fut pratiquée sous une forme ou sous une autre par certains groupes celtes et pictes. Elle fut également pratiquée par certains peuples germaniques et slaves, et fut une coutume germanique durant le Moyen Âge. Suivant cette coutume, le successeur d’un roi ou d’un chef de clan doit être choisi parmi sa parenté, mais de préférence parmi des collatéraux (frères, cousins, neveux) plutôt que parmi ses descendants directs. Le successeur est en général choisi du vivant du chef précédent et est alors appelé tanist. La loi précise généralement que le tanist, ne doit souffrir d’aucune infirmité mentale ou physique, et qu’il doit être reconnu comme le plus méritant parmi les candidats. Suivant les cas, il est choisi par le roi précédent lui-même ou par un conseil des anciens, des chefs et des princes.

[17] Comté de Derry

[18] Les Cenél Conaill est le nom des descendants de Conall Gulban, fils de Niall Noigiallach, reconnu par l’histoire orale et écrite comme le cofondateur avec son frère Eoghan mac Néill dont est issu le Cenél nEógain de la puissance des Uí Néill du Nord en Ulster. Le Cenél Conaill était également connu en Écosse comme la famille de saint Columba.

[19] Les Uí Néill étaient une grande dynastie irlandaise. Il signifiait les « descendants de Niall Noigiallach », et se rapportait à un groupe de parenté irlandais. Les Uí Néill n’étaient ni une tribu, ni une confédération de tribus, mais une dynastie, c’est-à-dire qu’ils étaient composés, dès le 6ème siècle, de quelques douzaines de personnes réparties sur un vaste territoire au nord et au centre de l’Irlande. Ils devinrent à partir de la seconde moitié du 6ème siècle la dynastie dominante de la moitié nord de l’Irlande. Ses diverses branches donnèrent un certain nombre de hauts rois d’Irlande entre les 7ème et 11ème siècles.

[20] L’île de Man, est un territoire formé d’une île principale et de quelques îlots situés en mer d’Irlande, au centre des îles Britanniques. L’île de Man forme une dépendance de la Couronne britannique, c’est-à-dire que l’île n’appartient ni au Royaume-Uni ni à l’Union européenne mais relève directement de la propriété du souverain britannique, actuellement la reine Élisabeth II, qui agit en qualité de « seigneur de Man ». Ce statut n’en fait pas un État reconnu indépendant, mais l’île dispose d’une large autonomie politique et économique. L’île de Man est une terre celte depuis la protohistoire, puis devient un royaume viking au Moyen Âge, soumis à l’influence anglo-saxonne. Les dominateurs scandinaves y ont fondé un système politique basé sur le principe des « citoyens libres » et s’organisant autour du Tynwald qui serait le plus ancien parlement en fonctionnement continu du monde.

[21] Les Orcades, sont un archipel situé au nord de l’Écosse à 16 km de la côte de Caithness. Cet archipel compte 67 îles légèrement vallonnées, dont 16 seulement sont habitées.

[22] La bataille de Degsastan ou de Degastan oppose les rois Ethelfrith de Bernicie et Áedan mac Gabráin de Dal Riada, qui a envahi le royaume d’Ethelfrith. Bède le Vénérable date la bataille de 603, et indique que malgré l’infériorité numérique des Northumbriens et la mort de Théodbald, frère d’Ethelfrith, avec la majeure partie de ses forces, Áedan est vaincu et forcé de fuir. Le manuscrit E de la Chronique anglo-saxonne, qui donne la même année que Bède, précise que Hering, fils du roi Hussa de Bernicie (le prédécesseur d’Ethelfrith), combat aux côtés d’Áedan, ce qui implique peut-être des querelles dynastiques au sein de la lignée bernicienne.

[23] Dál nAraidi ou Dál Araide est un royaume Cruithnes ou peut-être une confédération de tribus Cruthines, du Nord-Est de l’Irlande pendant le Moyen Âge. Il est une patrie du royaume provincial d’Ulaid, et ses souverains luttent contre ceux du Dál Fiatach pour la suzerainté de la province. Lors de sa plus grande expansion les frontières du Dál nAraidi correspondaient à peu près à celle de Comté d’Antrim, et semblaient à celles des Robogdii de la Géographie de Claude Ptolémée , une région partager avec le Dál Riata. Leurs capitale était établie à Ráth Mór dans les environ d’Antrim, et leur fondateur éponyme était Fiachu Araide.