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Clovis

jeudi 27 février 2014, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 20 août 2011).

Clovis (vers 463-27 nov. 511)

Roi des Francs (481-511)

Clovis Roi des Francs selon François-Louis Dejuinne (1786-1844). Peinture Réalisée en 1835 conservée à Versailles, musée national du château et des Trianons.

Clovis serait le descendant de Mérovée, roi légendaire d’une tribu de Francs Saliens [1], qui a donné son nom à la dynastie mérovingienne. Les Francs apparaissent au courant du 3ème siècle comme un regroupement de petits peuples germaniques pas encore convertis au christianisme. Dans leur langue, le francique, plus proche de l’actuel néerlandais que de l’allemand, leur nom signifierait “libres” ou “hardis. Hardis, les Francs le sont certainement, et brutaux et belliqueux. On redoute la saisissante adresse et efficacité de leurs guerriers. Pour eux, c’est un jeu de lancer dans l’espace leur francisque [2], de mesurer du regard l’endroit qu’ils sont sûrs de frapper, de faire tourner leur bouclier, de bondir plus vite que les javelots qu’ils ont décochés et d’atteindre l’ennemi avant eux.

A la mort de son père Childéric 1er, Clovis est élevé sur le pavois par ses soldats, comme le veut la coutume franque. Il a 15 ans. Il hérite d’un royaume resserré entre la mer du Nord, l’Escaut à l’Est, les diocèses de Thérouane et de Boulogne à l’Ouest et le diocèse de Cambrai au Sud. Ce modeste héritage, Clovis ne tardera pas à l’étendre. En 20 ans, par la diplomatie ou par la force, il va devenir maître de la Gaule. A son avènement en 481 ou 482, sa situation est claire aux yeux des Gallo-romains, que commandeSyagrius. Clovis est reconnu rex [3], autrement dit chef militaire d’un peuple allié de l’Empire.

Cependant, Syagrius lui-même, dernier représentant de l’autorité romaine en Gaule du Nord, est dans une position délicate. Son père, Aegidius, ayant rompu avec Rome, il ne peut plus compter militairement que sur ses propres forces, privé d’ordres, d’hommes ou de subsides venant de la capitale.

Clovis profita de cet état de faiblesse, et en 486, près de Soissons, il attaqua et écrasa Syagrius qui dut se réfugier chez les Wisigoths [4] en Aquitaine. Clovis avait le champ libre pour occuper la Gaule du Nord jusqu’à la Loire et obliger ce qui restait de l’armée romaine à passer à son service. L’épisode quasi légendaire du “vase de Soissons n’est pas qu’une belle histoire. Il témoigne de la volonté politique de Clovis.

En refusant le partage égal du butin à la mode germanique, il imposa à ses guerriers son pouvoir supérieur. En réservant un vase liturgique pour le restituer à l’évêque de Reims, il s’assura l’alliance essentielle avec le haut clergé de Gaule. Cette même intelligence politique fit choisir à Clovis de ne pas poursuivre aussitôt sa conquête vers le sud, mais d’affermir ses positions à l’est. Des luttes sanglantes, mal connues eurent lieu, pour soumettre les autres tribus franques et les Thuringiens [5], pour contenir la poussée des Alamans. Ces derniers sont vaincus et dispersés en 496 à la bataille dite de Tolbiac [6] et la partie rhénane de leur royaume passa sous protectorat franc. Après cette victoire, il est convenu de situer le baptême de Clovis, avec 3 000 de ses guerriers, par Saint Rémi, évêque de Reims. Cet acte décidera non seulement de l’avenir de Clovis, mais aussi de notre histoire nationale.

Probablement influencée par la reine Clotilde, princesse Burgonde et catholique, épousée en 496, cette conversion plaça Clovis, le barbare païen, dans l’ordre religieux du côté de ses sujets gallo-romains.

Quel meilleur parti pouvait-il prendre pour gagner la sympathie du peuple de la Gaule et obtenir le soutien des évêques, alors seule force véritablement agissante ? D’ailleurs, l’évêque de Vienne, Avit écrivit au nouveau baptisé : “Votre foi est notre victoire.” Désormais, Clovis put exploiter le mouvement d’opinion en sa faveur et sa campagne décisive contre les Wisigoths apparaîtra comme une croisade pour la Chrétienté. Plus que la neutralité du royaume des Burgondes, il obtint la participation de quelques contingents de soldats ainsi que celle de troupes rhénanes. Fort d’une puissante armée, et après une étape à Tours où il se mit sous la protection de Saint Martin, il attaqua le royaume wisigoth. A Vouillé, près de Poitiers, il mit en déroute l’armée du roi Alaric II. Alaric meurt dans la bataille en 507. Son peuple reflua vers l’Espagne, laissant les villes de Bordeaux et de Toulouse aux mains de Clovis, qui s’empara bientôt de toutes les régions situées entre la Loire et les Pyrénées à l’exception du bas Languedoc, sous protectorat ostrogoth [7].

Revenu à Tours, Clovis y fit une entrée triomphale, à la manière d’un général romain et reçut les insignes royaux par l’empereur d’Orient, Anastase. Son pouvoir fut désormais légitimé. Il remonta sur Paris, dont il fit, à la place de Soissons, sa capitale. C’est là qu’il engagea la construction d’une basilique dédiée à sainte Geneviève et destinée à recevoir son propre tombeau et celui de la reine Clotilde.

Dernier acte politique de son règne, Clovis fit réunir à Orléans un grand concile des évêques de Gaule en juillet 511. En échange de toutes sortes de largesses, il se vit reconnaître le contrôle des ordinations. A sa mort, le 27 novembre 511, on l’enterra dans la basilique des Saints Apôtres à Paris. Sa femme Clotilde se retira dans un monastère à Tours.

Clovis était le maître de presque toute la Gaule. Sa sagesse de ne pas avoir réduit les vaincus en servitude, de ne pas les avoir spoliés de leurs terres, et son habileté à faire collaborer l’aristocratie militaire franque avec l’élite gallo-romaine, civile ou ecclésiastique, avaient largement contribué à assurer son autorité de roi des Francs. Le royaume, qui sera longtemps considéré comme un bien patrimonial, sera partagé entre ses quatre fils : Thierry, Clodomir, Childebert 1er et Clotaire 1er.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article du petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 269/ encyclopédie/Larousse / personnage/Clovis/….

Notes

[1] Tribu franque d’origine germanique installée au 4ème siècle en Toxandrie, région comprise entre la Meuse et l’Escaut. Avec les Francs ripuaires, ils constituent la principale peuplade franque. Ils envahissent la Gaule au 5ème siècle sous l’impulsion de leur chef Mérovée, ancêtre des Mérovingiens. Sous le règne de Clovis, ils se rendent maîtres d’une grande partie de la Gaule et rédigent leurs coutumes dans un texte connu sous le nom de loi salique.

[2] hache à deux tranchants

[3] Roi

[4] Les Wisigoths entrent en Gaule, ruinée par les invasions des années 407/409. En 416 les Wisigoths et leur roi Wallia continuent leur invasion en Espagne, où ils sont envoyés à la solde de Rome pour combattre d’autres Barbares. Lorsque la paix avec les Romains fut conclue par le fœdus de 418, Honorius accorda aux Wisigoths des terres dans la province Aquitaine seconde. La sédentarisation en Aquitaine a lieu après la mort de Wallia. Les Wisigoths pénétrèrent en Espagne dès 414, comme fédérés de l’Empire romain. Le royaume des Wisigoths eut d’abord Toulouse comme capitale. Lorsque Clovis battit les Wisigoths à la bataille de Vouillé en 507, ces derniers ne conservent que la Septimanie, correspondant au Languedoc et une partie de la Provence avec l’aide des Ostrogoths. Les Wisigoths installèrent alors leur capitale à Tolède pour toute la suite. En 575 ils conquièrent le royaume des Suèves situé dans le nord du Portugal et la Galice. En 711 le royaume est conquis par les musulmans.

[5] La ligue des Thuringes est formée parmi les « Germains de la mer du Nord ». Constituée après 453, elle prend les terres d’origines de la confédération des Alamans lorsque cette dernière migre vers le sud. La disparition de l’empire hunnique sur cette zone restitue une autorité propre aux peuples des Warnes et des Angles, qui forment une aristocratie majoritaire parmi les autres (Chauques, Jutes, Frisons et Saxons). Comme la ligue reste en dehors de l’Empire romain, aucun chroniqueur latin n’en parle ; décrire leur protohistoire n’est donc possible que par les cultures archéologiques trouvées sur les terres où ils vécurent. Inévitablement, leur terre portera leur nom de Thuringe par la suite. Compte tenu de la composition de la ligue, ces terres sont vraisemblablement celles du premier duché de Saxe.

[6] A l’issue de l’épisode légendaire du vase de Soissons , Clovis choisit avec intelligence de ne pas poursuivre aussitôt sa conquête vers le sud, mais d’affermir ses positions à l’est. Luttes sanglantes, mais mal connues, pour soumettre les autres tribus franques et les Thuringiens, pour contenir la poussée des Alamans. Ces derniers sont vaincus et dispersés en 496 ou 506 à la bataille dite de Tolbiac aujourd’hui Zülpich et la partie rhénane de leur royaume passe sous protectorat franc. Après cette victoire, il est convenu de situer le baptême de Clovis, avec 3 000 de ses guerriers, par saint Remi, évêque de Reims. Cette conversion place Clovis, le barbare païen, dans l’ordre religieux du côté de ses sujets gallo-romains.

[7] Les Ostrogoths étaient une des deux fractions des Goths, peuple germanique venu des confins de la Baltique et établi au 4ème siècle en Ukraine et en Russie méridionale, au nord de la mer Noire, l’autre fraction étant celle des Wisigoths. Ils jouèrent un rôle considérable dans les événements de la fin de l’Empire romain.