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Vasak de Siounie ou Vasak Siouni

samedi 28 septembre 2019

Vasak de Siounie ou Vasak Siouni (mort en 452)

Prince de Siounie de 410 à 452-Second marzbân d’Arménie de 442 à 452

Fils du prince Babik, c’est un neveu de la reine Pharantzem, épouse d’Aršak II, roi d’Arménie selon Cyrille Toumanoff.

Aux dires d’ Elišé Vartabed , Vasak n’avait pas obtenu légalement la principauté de Siwnik [1], mais avait tué, à force de trahison et d’intrigues, son oncle Valinak et repris alors le titre.

En 428, à la demande des nakharark [2] d’Arménie, le roi sassanide [3] Vahram V décide de déposer le roi Artaxias IV d’Arménie et d’abolir la monarchie arsacide [4] en Arménie.

Pour gouverner cet ancien royaume devenu province, il nomme le seigneur iranien Veh Mihr Chapour avec le titre de marzbân [5]. Les grands féodaux arméniens, comme Archavir Kamsarakan, Sahak II Bagratouni , Vasak Siouni, Vardan II Mamikonian et Nerchapouh Arçrouni, conservent une place prépondérante dans les affaires du pays. Veh Mihr Chapour meurt en 442, après une administration considérée comme juste et libérale, en ayant su maintenir l’ordre sans heurter de front le sentiment national. Il est remplacé par Vasak de Siounie, qui avait montré des positions favorables aux Perses.

Vahram V avait permis le maintien du christianisme en Arménie, tout en cherchant à détacher l’Église d’Arménie de l’influence de Byzance pour la rattacher à l’Église syriaque [6]. Son fils et successeur, Yazdgard II, est au contraire un mazdéen piétiste et entreprit d’imposer le mazdéisme [7] à toute la population de l’Arménie, en s’appuyant sur Varazvahan, gendre de Vasak de Siounie.

Il commença par envoyer en premières lignes les contingents arméniens lors des guerres contre les Huns Hephtalites [8], à dégrader les seigneurs arméniens qui refusaient de se convertir, voire à supplicier des nakharark qui célébraient leur foi sans discrétion. Ensuite, en 449, un édit mettait les Arméniens en demeure d’embrasser la foi mazdéiste. L’épiscopat et la noblesse arménienne se réunirent alors et envoyèrent au roi perse une réponse collective assurant de l’obéissance absolue de l’Arménie, mais repoussèrent toute idée d’apostasie.

En réponse à ce manifeste, Yazdgard II convoque les principaux nakharark, dont le marzban Vasak de Siounie. Il les reçoit froidement, et exige qu’ils accomplissent face au Soleil les prosternations requises par le rite mazdéen. Sur le conseil d’un officier chrétien de la cour, il s’exécute, mais en sous-entendant qu’elles ne s’adressent qu’au vrai Dieu, même si Vardan Mamikonian répugnait à s’y prêter et ne le fit qu’après l’insistance des autres. Persuadé de la sincérité de leur conversion, Yazdgard II les renvoie en Arménie, accompagnés de prêtres mazdéens chargés de convertir le peuple arménien, d’élever des temples dans les villes et de transformer des églises en pyrées [9] et de fermer les autres.

La résistance partit du clergé, gagna la population et finit par entraîner les nakharark. Ceux-ci, réticents, consultèrent Vasak de Siounie, qui tenait à conserver les bonnes grâces des Perses et les incita à ne pas rejoindre la révolte. Vardan Mamikonian, partagé entre sa foi chrétienne et sa fidélité au roi perse, décida de s’installer en territoire byzantin, mais le marzban Vasak, ne pouvant laisser le clan le plus puissant passer sous l’influence byzantine, le supplia de revenir. Il revint, mais décida d’organiser une révolte générale. Surpris par l’ampleur de celle-ci, Vasak de Siounie fut contraint d’y adhérer. Surprises, les garnisons perses sont massacrées.

Les Perses réagissent en envoyant une de leurs armées en Aghbanie [10]. Le patriarche Hovsep de Holotsim et les principaux nakharark, Vasak de Siounie en tête, envoient une ambassade à Constantinople pour leur demander de l’aide. Mais l’Empire romain fait alors face à la menace des Huns d’Attila et ne peut pas intervenir. Les Arméniens se retrouvent seuls et s’organisent pour faire face aux Perses. Vardan Mamikonian remporte quelques succès, mais Vasak en profite pour se rendre maître de places fortes arméniennes et pour prendre en otage les enfants de maisons hostiles à sa politique. Vardan Mamikonian revient alors dans la province de l’Ayrarat [11] que Vasak évacue, après en avoir épuisé les vivres. Faute de pouvoir les ravitailler, Vardan Mamikonian est obligé de disperser ses troupes.

Vasak se rend à la cour du roi de Perse et obtient un édit de tolérance pour le culte chrétien en Arménie et une amnistie pour les rebelles. Vardan continue la révolte, mais est tué lors de la bataille d’Avarayr en 451 [12]. Yazdgard II enlève la charge de marzban à Vasak et la donne à un Iranien du nom d’ Adhour Hordmidz et convoque les nakharark à la cour.

Vasak, qui s’attendait à des honneurs pour sa politique iranophile, est emprisonné et jeté dans un cachot où il meurt peu après de maladie. La Siounie est donnée à son gendre Varazvahan. Les nakharark sont emprisonnés en Hyrcanie [13] et gardés en otage pour assurer la docilité de l’Arménie

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Christian Settipani, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs. Les princes caucasiens et l’Empire du vie au ixe siècle, Paris, de Boccard, 2006, 634 p. (ISBN 978-2-7018-0226-8)

Notes

[1] Le Syunik ou Siwnik ou encore Syunig ; en français Siounie ; autrefois également Zanguezour) est le marz le plus méridional d’Arménie, et le plus riche en minéraux. Sa capitale est la ville de Kapan. Il est bordé au nord-ouest par le marz de Vayots Dzor, au nord et à l’est par l’Azerbaïdjan (territoires contrôlés par le Haut-Karabagh), au sud par l’Iran, et à l’ouest par le Nakhitchevan (république autonome d’Azerbaïdjan). Son origine remonte à l’ancienne région historique de Siounie, existant depuis le 3ème siècle.

[2] Le nakharar est un satrape héréditaire en Arménie. Ce titre est de premier ordre au sein de la noblesse arménienne antique et médiévale. Durant cette période, l’Arménie est divisée en larges domaines, propriétés d’une famille noble et gouvernés par l’un de ses membres, auquel les titres nahapet (« chef de famille ») ou tanuter (« maître de maison ») sont donnés. Les autres membres d’une famille de nakharar gouvernent à leur tour des portions plus petites du domaine familial. Les ’nakharark’ jouissant d’une grande autorité sont reconnus comme ishkhans (princes).

[3] Les Sassanides règnent sur le Grand Iran de 224 jusqu’à l’invasion musulmane des Arabes en 651. Cette période constitue un âge d’or pour la région, tant sur le plan artistique que politique et religieux. Avec l’Empire romano byzantin, cet empire a été l’une des grandes puissances en Asie occidentale pendant plus de quatre cents ans. Fondée par Ardashir (Ardéchir), qui met en déroute Artaban V, le dernier roi parthe (arsacide), elle prend fin lors de la défaite du dernier roi des rois (empereur) Yazdgard III. Ce dernier, après quatorze ans de lutte, ne parvient pas à enrayer la progression du califat arabe, le premier des empires islamiques. Le territoire de l’Empire sassanide englobe alors la totalité de l’Iran actuel, l’Irak, l’Arménie d’aujourd’hui ainsi que le Caucase sud (Transcaucasie), y compris le Daghestan du sud, l’Asie centrale du sud-ouest, l’Afghanistan occidental, des fragments de la Turquie (Anatolie) et de la Syrie d’aujourd’hui, une partie de la côte de la péninsule arabe, la région du golfe persique et des fragments du Pakistan occidental. Les Sassanides appelaient leur empire Eranshahr, « l’Empire iranien », ou Empire des Aryens.

[4] Les Arsacides sont la dynastie des rois parthes ayant régné sur l’Iran pour former l’empire parthe. Fondée en 250 av. jc par Arsace 1er, elle conserve le trône jusqu’en l’an 224 de notre ère, et est remplacée par celle des Sassanides. Selon les Chroniques géorgiennes, une lignée de princes arsacides règne également sur l’Ibérie (Karthli) à partir de 189 avec Rev 1er le Juste fils d’un « Grand Roi » parthe anonyme identifié par Cyrille Toumanoff avec Vologèse V et d’une princesse autochtone. Cette famille s’éteint avec la princesse Abechoura, fille du roi Aspagour 1er, qui épouse en 284 Mirvan III d’Ibérie, le fondateur de la dynastie dite des Chosroïdes.

[5] Le marzpanat ou marzbanat est le système de gouvernement instauré par les Sassanides en Arménie, en vigueur de 428 à 646. À sa tête est installé un marzpan ou marzban (« gouverneur »).

[6] L’Église de Perse ou Église de l’Orient, parfois appelée Église d’Assyrie ou Église de Mésopotamie, fut une des premières Églises chrétiennes. Selon la tradition, elle aurait été fondée par l’apôtre Thomas. D’abord dans la juridiction de l’Église d’Antioche, elle proclama son indépendance en 424 en tant que Catholicosat de Séleucie-Ctésiphon. Elle a connu plusieurs schismes au cours de son histoire et aujourd’hui plusieurs Églises, appartenant à des communions différentes, en sont les héritières directes

[7] Le mazdéisme est une religion iranienne qui doit son nom à son dieu principal, Ahura Mazda. Le livre sacré du mazdéisme est l’Avesta.

[8] Les Huns blancs, sont un peuple nomade, nommé Hephthalites par les Grecs. On les rattache généralement aux autres peuples appelés Huns. Ils ont joué un rôle important dans l’histoire de l’Asie centrale, de la Perse et de l’Inde. Les Chinois les ont mentionnés pour la première fois en 125 comme vivant au sud de la Dzoungarie, sous le nom de Hua. Ils franchirent le Syr-Daria avant 450 et envahirent la Transoxiane (habitée par les Sogdiens), la Bactriane et le Khorasan, au Nord-Est de la Perse. Un historien arménien du 5ème siècle, Elishe Vardapet, a mentionné une bataille entre l’empereur sassanide Yazdgard II et les Hephthalites en 442. Plus tard, vers l’an 500, ils prirent possession des oasis du bassin du Tarim, qui était pourtant beaucoup plus proche que la Transoxiane de leur territoire d’origine.

[9] Lieu, autel, petit temple, où les prêtres mazdéens entretenaient un feu sacré.

[10] L’Aghbanie ou Aghouanie ou Albanie du Caucase est un royaume antique couvrant le territoire actuel de la république d’Azerbaïdjan et le sud du Daguestan.

[11] L’Ayrarat ou Aïrarat est une ancienne province du royaume d’Arménie selon le géographe arménien du 7ème siècle Anania de Shirak. Il couvre des régions actuellement situées en Turquie et en Arménie, avec notamment les villes d’Artachat, d’Etchmiadzin et de Dvin.

[12] La bataille d’Avarayr ou d’Avaraïr, aussi connue sous le nom de bataille de Vartanantz, est une des grandes batailles de l’histoire de l’Arménie. Elle oppose le 26 mai 451 les rebelles arméniens menés par Vardan Mamikonian et leurs suzerains sassanides. Bien que les Perses soient victorieux, les Arméniens réussissent à assurer leur indépendance religieuse.

[13] L’Hyrcanie est le nom qui dans l’Antiquité est donné aux régions d’Asie situées au sud-est de la Mer Caspienne (anciennement l’Océan Hyrcanien) au nord-est de l’Iran actuel, autour de l’actuelle Gorgan. L’Hyrcanie est une province de la Médie puis de l’empire perse des Achéménides et c’est à la frontière entre cette satrapie et la Parthie que Darius III, en fuite devant Alexandre le Grand, est assassiné en 330 av. jc. Plus tard cette région est englobée dans le royaume des Parthes.