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Al-Mundhir III ibn al-Harith

mercredi 20 mai 2015

Al-Mundhir III ibn al-Harith

Roi des Ghassanides de 569 à environ 581

Fils d’ Al-Harith V ibn Jabalah , il succède à son père en tant que roi de sa tribu en 569, mais également à la tête des clients et alliés arabes de l’Empire byzantin à l’est, avec le rang de patrice. Malgré d’importantes victoires sur les rivaux Lakhmides [1], tribu arabe à la solde de l’Empire perse, les relations avec Byzance se détériorent sous son règne à cause de son monophysisme [2] convaincu, opposé au chalcédonisme [3] préféré par le pouvoir byzantin.

L’alliance se rompt totalement en 572, lorsqu’il découvre un projet d’assassinat commandité par les Byzantins. En effet, après ses succès militaire, Mundhir écrit à l’empereur byzantin Justin II afin de lui demander d’envoyer de l’or pour ses hommes. Cette requête rend Justin furieux. Il envoie à son commandant local une lettre lui ordonnant d’attirer le roi arabe dans un piège et de le faire tuer. Cette lettre tombe dans les mains de Mundhir qui rompt alors ses relations avec l’Empire et refuse d’engager ses forces aux côtés des Byzantins lors d’une nouvelle guerre avec l’Empire sassanide en 572.

Les relations sont restaurées en 575 et Mundhir obtient de l’empereur la reconnaissance de son statut royal et la promesse de tolérance envers l’Église monophysite. Immédiatement après cette réconciliation, Mundhir rassemble secrètement une armée et lance une attaque contre Hirah [4], la capitale lakhmide qui, à cette époque, est probablement la ville du monde arabe la plus grande, la plus prospère, et la plus active culturellement. La ville est mise à sac, pillée et brûlée, excepté les églises. La même année, Mundhir se rend à Constantinople où il est récompensé d’une couronne ou diadème [5], marquant le renouvellement formel de son rôle en tant que chef des clients arabes de Byzance.

En 580, Mundhir est invité par l’empereur Tibère II à se rendre à nouveau à la capitale. Il y arrive le 8 février, accompagné par deux de ses fils, et est fastueusement reçu. À cette occasion, parmi une multitude d’autres cadeaux, il se voit offrir une couronne royale, remplaçant la couronne plus simple ou le diadème précédemment reçu.

Lors de son séjour à Constantinople, Mundhir reçoit la permission de l’empereur de tenir un concile d’Église monophysite, qui se réunit le 2 mars 580. Ce concile réussit, bien que pour une brève période, à réconcilier les diverses factions et sectes des monophysites. C’est un objectif qui tient à cœur à Mundhir, comme lorsqu’il intervient dans la querelle entre Jacques Baradée et Paul le Noir , le patriarche monophysite d’Antioche [6]. Avant de quitter la capitale impériale, le roi des Ghassanides [7] obtient également la promesse de l’empereur que les persécutions des Monophysites cesseront.

Lorsqu’il retourne chez lui, Mundhir découvre que les Lakhmides et les Perses ont tiré profit de son absence pour lancer des raids sur ses domaines. Réunissant ses forces, il fond sur leur armée, les bat et retourne dans ses terres avec le butin de guerre.

En 580 et 581 Mundhir participe à une infructueuse campagne contre la capitale perse Ctésiphon [8], aux côtés du général byzantin et futur empereur Maurice. L’échec de la campagne provoque une dispute entre les deux hommes, Maurice accusant Mundhir de trahison.

Les deux hommes coopèrent cependant pour forcer Adarmahan à se retirer, et lui infligent une défaite à Callinicum [9]. Lors de son retour, Mundhir apprend qu’une force perso-lakhmide se prépare à une nouvelle attaque contre le domaine ghassanide. Il se rend immédiatement à leur rencontre, engage le combat et écrase leur armée, avant de continuer et de capturer le camp ennemi.

Convoqué à Constantinople pour répondre des accusations de trahison, Mundhir choisit pour avocat son ami, le curator Magnus. Ce dernier, probablement byzantin originaire de la ville de Huwarine [10], dans le désert entre Damas et Palmyre [11], y aurait construit une église. Il convie Mundhir à le rejoindre avec le patriarche d’Antioche Grégoire 1er pour la cérémonie de consécration. Mundhir, uniquement accompagné d’une petite escorte, est arrêté par les troupes byzantines qui stationnent en secret dans la ville. Il est conduit à Constantinople, rejoint sur le chemin par sa femme et trois de ses enfants.

À la capitale, il est bien traité par Tibère, qui lui alloue une résidence confortable et une subvention, mais lui refuse une audience. Ce traitement généreux et l’absence de procès indiqueraient que Tibère lui non plus ne croit pas aux charges retenues, mais qu’il a ordonné l’arrestation pour apaiser la forte faction anti-monophysite de la capitale impériale.

Son arrestation provoque un soulèvement parmi les Ghassanides conduits par son fils, al-Nu’man VI .

Pendant deux ans, l’armée ghassanide mène des raids dans les provinces byzantines à partir de diverses bases dans le désert, arrivant même à battre et tuer le duc byzantin d’Arabie lors d’une bataille à Bostra [12]. Tibère réagit en élevant au rang de roi l’un des frères de Mundhir, de confession chalcédonienne.

Une grande armée conduite par Magnus est envoyée à l’est pour contrer Nu`man et installer son oncle comme roi. La mission est un succès, mais le nouveau souverain meurt après seulement vingt jours de règne. Magnus réussit par ailleurs à soumettre ou subvertir l’allégeance de quelques tribus arabes mineures alors soumises aux Ghassanides. Magnus meurt en août 582, peu avant Tibère.

Lors de l’accession de Maurice au trône, Nu`man se rend à la capitale impériale pour tenter une réconciliation avec Byzance. Au lieu de cela, il est lui aussi arrêté, jugé et condamné à mort, peine rapidement commuée en assignation à résidence.

Mundhir demeure à Constantinople jusqu’à la mort de Tibère. À l’accession au trône de Maurice, il est exilé en Sicile.

Les arrestations de Mundhir et de son fils Nu`man mettent un terme à l’ancienne alliance. En 584, Maurice fragmente le royaume ghassanide en quinze entités plus petites, criblées de dissensions et de conflits. Certaines tribus arabes chrétiennes monophysites rejoignent alors l’Empire perse.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Al-Mundhir III ibn al-Harith »

Notes

[1] Les Lakhmides sont une tribu pré-islamique arabe du sud de l’Irak alliée des Perses, avec pour capitale Al-Hira. Rivaux des Ghassanides, ils faisaient partie de l’Église de l’Orient. Par contre, les souverains lakhmides ne sont pas chrétiens, à l’exception du dernier, An-Nu’man III, exécuté en 602 par les Perses.

[2] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[3] Le chalcédonisme est une doctrine christologique englobant les églises et les théologiens chrétiens qui acceptent la définition donnée au concile de Chalcédoine (451) concernant la liaison entre la nature divine et humaine de Jésus-Christ. Bien que la plupart des Églises chrétiennes modernes soient chalcédoniennes, entre le 5ème et 8ème siècle, l’ascendance du christianisme chalcédonien n’était pas toujours assurée. Les disputes dogmatiques soulevées lors du synode conduisirent au schisme chalcédonien et à la formation d’un corps d’Églises non chalcédoniennes, connues sous le nom d’Églises orthodoxes orientales ou Églises des trois conciles. Les Églises chalcédoniennes restèrent unies à Rome, Constantinople et les trois autres patriarcats grecs de l’Est (Alexandrie, Antioche et Jérusalem), et furent organisées sous Justinien II au concile in Trullo sous le nom de Pentarchie. La majorité des Chrétiens arméniens, syriens, coptes et éthiopiens rejetèrent la définition chalcédonienne, et sont rassemblées dans les Églises orthodoxes orientales. Cependant, certains Chrétiens arméniens (en particulier en Cappadoce et dans la région de Trébizonde dans l’Empire byzantin), acceptèrent les décisions du concile de Chalcédoine et prirent part à des polémiques contre l’Église apostolique arménienne. Les Églises de tradition syriaque parmi les Églises catholiques orientales sont également chalcédoniennes.

[4] Al-Hîra est une ville d’Irak située sur la rive droite de l’Euphrate à 18 km au sud-est de Nadjaf.

[5] stemma

[6] Le titre de « patriarche d’Antioche » est traditionnellement porté par l’évêque d’Antioche (dans l’actuelle Turquie). L’Église d’Antioche est l’une des plus anciennes de la chrétienté, son institution remontant à l’apôtre Pierre. Aujourd’hui, pas moins de cinq chefs d’Église, dont trois catholiques, portent le titre de « patriarche d’Antioche ». Aucun d’entre eux ne réside à Antioche / Antakya depuis la présence musulmane majoritaire en Turquie.

[7] Les Ghassanides sont une tribu arabe chrétienne qui a fondé un royaume arabe pré-islamique dans la Jordanie actuelle. Ils adoptèrent le christianisme monophysite probablement sous l’influence de leur environnement araméen (Ils faisaient partie de l’Église syriaque orthodoxe). Ils furent longtemps des vassaux de l’empire byzantin et contribuèrent à contenir les Perses sassanides hors des frontières de l’empire. Un autre royaume arabe rival, vassal de la Perse, s’était établi dans le sud de l’Irak (le royaume des Lakhmides).

[8] Ctésiphon est une ancienne ville parthe, située face à Séleucie du Tigre, sur la rive gauche du Tigre, à 30 km au sud-est de la ville actuelle de Bagdad, en Irak. Elle est fondée par les Parthes dont les rois en font leur résidence d’hiver. Elle fut la capitale des Perses sous les Sassanides.

[9] Racca, Rakka, Raqqa, est une ville du centre de la Syrie sur les rives de l’Euphrate en aval du Lac el-Assad, à environ 160 km à l’est d’Alep. C’est la capitale du gouvernorat homonyme. Appartenant de jure à la Syrie, la ville est contrôlée par l’État islamique.

[10] Huwwarin est un village de Syrie centrale, dans le Gouvernorat de Homs, au sud de la ville d’Homs. Situé dans le désert syrien, le village est adjacent au sud de la ville de Mahin, à l’est de Sadad et à l’est de al-Qaryatayn.

[11] Palmyre est une oasis du désert de Syrie, à 210 km au nord-est de Damas. Son nom sémitique, attesté déjà dans les archives de Mari (18ème siècle av. jc), est Tadmor ou Tedmor. C’est toujours son nom actuel.

[12] Bosra ou Bostra, est une ville du sud de la Syrie, capitale de la région du Hauran. Située dans une région très fertile, au débouché des caravanes venant d’Arabie, Bosra connut la prospérité et joua un important rôle commercial, comptant jusqu’à 50 000 habitants. Jadis capitale de la province romaine d’Arabie et importante étape sur l’ancienne route caravanière de La Mecque, Bosra conserve, enserrés dans ses épaisses murailles, un théâtre romain du 2ème siècle, des ruines paléochrétiennes et plusieurs mosquées.