Pierre Abelard (1079-1142)
Philosophe et théologien

Alors qu’il est destiné à la carrière des armes, il étudie à Chartres [1], à Loches*, puis à Paris. L’acuité de son intelligence et son orgueil lui valent d’être bientôt remarqué. Ils lui valent aussi de s’opposer à l’un de ceux qui furent ses maîtres, Guillaume de Champeaux.
Lorsqu’il n’a pas même 23 ans, il a sa propre école à Melun [2], à Corbeille [3], puis à Paris. La chaire de philosophie à l’école Notre-dame [4] lui est bientôt confiée. Sa renommée est telle que, de toute l’Europe, on vient pour assister à ses leçons. Sa rencontre avec Héloïse et ses amours avec elle, son mariage secret le condamne à être émasculé.
Après sa mutilation, lui qui n’a été jusqu’alors que clerc, fait profession à l’abbaye de Saint-Denis [5]. Il y reprend ses leçons de théologie scolastique [6] et de logique. Héloïse, quant à elle, prend le voile dans un couvent d’Argenteuil [7]. Les doctrines d’Abélard qui prétend appliquer les méthodes de la dialectique [8] à la théologie sont condamnées lors d’un concile qui se réunit à Soissons en 1121 et qui fait brûler son traité de l’unité et de la Trinité divine.
Cette condamnation ne l’empêche pas de continuer à enseigner au Paraclet à Reims, et à nouveau à Paris. Vers 1122, il écrit un traité intitulé “Sic et Non” qui confronte et recense les contradictions apparentes qu’il y a entre les textes de l’Écriture et ceux des pères de l’Église. Dans la même période, semble-t-il, il écrit encore une théologie chrétienne, une introduction à la théologie et un traité d’éthique. Le texte “Historia Calamitatum Abaelardi et les Epistulae Ad Heloissam” sont les seuls qui permettent de connaître l’histoire qui est la sienne.
En 1140, il est à nouveau condamné au concile de Sens [9]. Celui qui l’accuse et qui en appelle au pape est Bernard de Clairvaux. Le pape Innocent II confirme la condamnation prononcée à Sens. Il meurt en 1142.
Notes
[1]
Chartres est une commune française, préfecture du département
d’Eure-et-Loir. La ville est à environ 90 km au sud-ouest de Paris.
La ville tient son nom de l’ancien peuple gaulois des Carnutes dont
elle était le chef lieu et dont César mentionne que c’est dans leur
cité que chaque année se réunissaient les druides de toutes les
Gaules, au milieu d’une vaste forêt. De capitale des Carnutes,
Chartres est devenue sous le Bas-Empire un diocèse dont la liste des
évêques débute au 4ème siècle et dont l’étendue était au 17ème
siècle la plus considérable de France puisqu’elle comprenait une
partie du Gâtinais, la Beauce, une partie de la Sologne, le Blésois
et Vendômois, le Dunois, le Perche et sa partie voisine de la
Normandie, le Drouais, le Thymerais, le Mantois, le Pincerais (pays
de Poissy) et le Hurepoix. Son église cathédrale a été le siège
de plusieurs conciles et reste le lieu de plusieurs pèlerinages
annuels.
[2] Le vice-comté puis comté de Melun appartint avec sa capitale Melun dès le 13ème siècle à la famille qui en hérita du nom. La maison de Melun reçut également par mariage le comté de Tancarville vers le milieu du 14ème siècle avant de s’éteindre en 1415. Vers les années 1050, Melun est encore une vicomté. Le comté de Melun a été confié par Hugues Capet à son fidèle Bouchard, comte de Vendôme. De ce fait, institutionnellement, il fallait procéder à la nomination d’un vicomte pour représenter le titulaire du comté empêché d’exercer du fait de son cumul de charges. L’extinction de la lignée des comtes de Vendôme ne change pas la règle. Le lignage vicomtal se perpétue. Il va donner lieu à une très buissonnante et prestigieuse lignée aristocratique, qui s’élèvera au rang comtal.
[3] Corbeil-Essonnes est une commune française située à 29 kilomètres au sud-est de Paris, dans le département de l’Essonne, issue de la fusion en 1951 des communes de Corbeil et d’Essonnes. Corbeil, cité gallo-romaine, château de défense de la Seine au Moyen Âge puis ville royale dès 1120, et Essonnes qui connut l’implantation de chasseurs au Paléolithique, de potiers gaulois et qui devint dès le 12ème siècle une importante ville industrielle sur la route de Paris, ont très tôt été liées dans leur développement économique et démographique, bénéficiant de la présence de la Seine et de l’Essonne, cours d’eau sources d’énergie pour les nombreux moulins, et des régions agricoles de Beauce et de Brie aux portes de la capitale.
[4] L’École cathédrale de Paris ou École du cloître (escoles du cloistre) ou École de Paris était l’école de la cathédrale Notre-Dame de Paris. L’école cathédrale était surtout une école de théologie mais on y enseignait aussi le droit, la médecine, et les arts libéraux. Elle est à l’origine de l’Université de Paris qui reçut un statut officiel en 1200 au travers d’une charte du roi Philippe Auguste puis fut reconnue par le pape Innocent III en 1215. Le succès des écoles de l’École cathédrale de Paris fut fondé sur la théologie évangélique enseignée selon une nouvelle méthode pour l’explication et l’interprétation par la procédure de legere, disputare, praedicare, et des exercices scolastiques qui furent couronnés par une vraie « maîtrise » dans l’Écriture Sainte. Vers 1100, Guillaume de Champeaux attirait beaucoup d’étudiants par l’enseignement de la dialectique. Son disciple Pierre Abélard fut encore plus réputé et enseigna la dialectique et la théologie. Pierre Lombard enseigne à l’école Notre-Dame à partir de 1140 et contribue à assurer l’essor du studium parisien. En 1167, de nombreux étudiants étrangers durent quitter Paris et la France à cause d’une guerre. Pierre le Chantre, chanoine de Notre-Dame, commence à enseigner après 1168.
[5] La basilique de Saint-Denis est une église de style gothique située au centre de la ville de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, à 5 kilomètres au nord de Paris. Fondée en tant qu’abbatiale, elle a aussi le statut de cathédrale du diocèse de Saint-Denis depuis 1966.
[6] La scolastique est la philosophie développée et enseignée au Moyen Âge dans les universités : elle vise à concilier l’apport de la philosophie grecque (particulièrement l’enseignement d’Aristote et des péripatéticiens) avec la théologie chrétienne héritée des Pères de l’Église et d’Anselme. De ce fait, on peut dire qu’elle est un courant de la philosophie médiévale.
[7] L’abbaye Notre-Dame d’Argenteuil (ou abbaye Notre-Dame d’Humilité) est à ses origines un monastère de bénédictines situé à Argenteuil dont l’existence est attestée dès le 7ème siècle. Selon la tradition, la Sainte Tunique y est déposée par Charlemagne en 803. Un siècle et demi plus tard le monastère est sous l’autorité d’Eremburge lorsque Héloïse y fait ses études. Bien connue pour ses amours avec Abélard, elle en devient prieure en 1129 et entre en conflit avec l’abbé Suger qui fait valoir la clause de 828. Un concile tenu en l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés décide l’expulsion de la communauté féminine qui se réfugie en partie à l’abbaye du Paraclet. L’abbaye d’Argenteuil devient alors un prieuré d’hommes dépendant de l’abbaye de Saint-Denis, qui y développe l’agriculture et le vignoble. Il est détruit sous la Révolution française.
[8] méthode de raisonnement qui cherche à établir la vérité en défendant successivement des thèses opposées
[9] Le concile de Sens fut tenu en 1140. Il fut l’objet de discussions théologiques sur les positions d’Abélard. Celles-ci furent considérées comme approximatives et condamnées à l’instigation de saint Bernard. Abélard avait déjà été condamné au concile de Soissons en 1121 pour ses vues peu orthodoxes, notamment au sujet de la Trinité.