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Napoléon et son état-major

mardi 20 octobre 2020, par ljallamion

Napoléon et son état-major

Le 18 mai 1804 Napoléon Bonaparte recevait le Sénat venu le proclamer empereur des français.

Napoléon était né le 15 août 1769 à Ajaccio, dans cette Corse annexée à la France depuis exactement un an. Le petit garçon batailleur qui courait les rochers sauvages de son île natale n’avait d’abord montré que des dispositions pour le calcul, puis il avait été envoyé en France, sa nouvelle patrie, pour y devenir officier du Roi.

En 1784, il était cadet-gentihomme de l’école de Mars* ; à 16 ans il devint Lieutenant en second au régiment de La Fère. Blessé deux fois au siège de Toulon en 1793, il en chassait les Anglais et était nommé général de brigade sur la recommandation de son chef.   Général de division à 26 ans et commandant en chef de l’armée de l’intérieur, il était, en 1796, nommé général en chef de l’armée d’Italie ou il allait conquérir à la République les plus belles contrées de l’Europe.   Avec l’Empire naquit une haute société militaire destinée à hausser le prestige de la France impériale au niveau de celui de l’ancien régime.   Philippe Auguste avait décerné le premier titre de maréchal de France en 1185, la République avait aboli cette dignité, Napoléon la recréait par un décret en date du 19 mai 1804 et nommait maréchaux d’Empire quatorze de ses anciens compagnons d’armes qui l’avait aidé à gravir les échelons du pouvoir.   Ils avaient une moyenne d’âge de 40 ans et s’appelaient : Augereau, Bernadotte, Berthier, Bessières, Brune, Davout, Jourdan, Lannes, Masséna, Moncey, Mortier, Murat, Ney, Soult.   Ce nombre fut porté à 18 par la création de quatre maréchaux honoraires en 1804, puis encore augmenté par la nomination de Victor en 1807, Oudinot, Macdonald et Marmont en 1809, Gouvion-Saint-Cyr en 1812, Poniatowski en 1813 et Grouchy en 1815.   Les effectifs des généraux s’enflèrent considérablement eux aussi : 259 généraux de division, 703 généraux de brigade furent nommés entre 1805 et 1815.   Pourtant, ces cadres brillants, qui allaient d’année en année payer un tribut de plus en plus lourd en entraînant au combat des soldats de plus en plus jeune et inexpérimentés, ne trouvaient auprès de l’Empereur que suspicion et que réserve hautaine confinant au mépris.   A part quelques exceptions, les grands chefs militaires de l’Empire acceptèrent cette soumission qui allait dans certains cas jusqu’à la plus écœurante servilité.   Les rivalités, fondées surtout sur de vieilles inimitiés, opposaient les maréchaux et les aveuglaient parfois à un tel point qu’ils suscitèrent de véritables catastrophes en refusant de s’entraider, loin il est vrai de l’œil du maître.   Avec la gloire et la renommée, les maréchaux furent aussi trop nombreux à céder à l’appât du gain, encouragés d’ailleurs par leur chef qui croyait, par un raisonnement un peu sommaire, que l’ambition et la convoitise constituaient les plus surs garants de l’attachement de ses maréchaux à sa personne.   L’Empereur avait rejeté sur ses officiers tous les galons et les plumets dont il n’avait que faire. Cette débauche d’or et de broderies ne s’étendait pas au-delà des généraux de brigade.   D’une mise plus discrète et prenant rang immédiatement après les généraux de brigade, les adjudants généraux ou adjudants commandants étaient employés comme chefs d’état-major.   Ensuite venaient les aides de camp chargés de seconder les officiers généraux. Leur nombre était fixé à 6, pour le service d’un maréchal, à 3 pour un général de division et à 2 pour un général de brigade.   Un certain nombre de jeunes officiers furent choisis parmi les différentes armes pour servir à la transmission des ordres de l’Empereur et furent intégrés dans sa maison. Ils prirent le titre d’officiers d’ordonnance et ne dépassèrent jamais le nombre de12. Napoléon récompensait leur bonne conduite en les intégrant dans un régiment de ligne avec le grade immédiatement supérieur à celui qu’ils occupaient auprès de sa personne.   La cavalerie   La cavalerie impériale se subdivisait en grosse cavalerie : cuirassiers et carabiniers ; en cavalerie de ligne : dragons et lanciers, et en cavalerie légère : hussards et chasseurs à cheval.   Les cuirassiers :   Les cuirassiers, surnommés familièrement les gros frères, étaient cavaliers d’Empire par excellence. La trombe impitoyable de leurs charges furieuses et meurtrières fit trembler le sol de tous les champs de bataille. Spécialement conçus pour la charge, ils reçurent le casque et la cuirasse à l’épreuve des balles. A Montmirail*, en 1814, ils réduiront d’un tiers un corps de 30 000 Russes en une seule charge, et ils se feront tuer à Waterloo. Outre son sabre droit, le cuirassier était armé de deux pistolets, auxquels s’adjoignit en 1812 un mousqueton à baïonnette par le décret du 25 décembre 1811.   Les carabiniers :   Leur nom venait de la carabine dont ils étaient toujours armés. En plus de la carabine, les carabiniers étaient armés de deux pistolets et du sabre de cavalerie lourde, modèle An XI.   En 1806, Napoléon, qui tenait ces grenadiers de la cavalerie en haute considération, leur donna son frère Louis pour colonel général de leur 1er régiment et son beau-frère Borghèse pour colonel. Par un curieux caprice, il en fit, en 1809, une espèce particulière de cuirassiers. Les carabiniers disparurent presque tous dans la désastreuse campagne de Russie, dont ils ne revinrent qu’à moins de 300.   Les dragons :   En 1805, en Allemagne, les dragons avaient profondément déçu l’Empereur : ils ne savaient combattre convenablement ni à pied ni à cheval. Leur défaillances étaient dues à des officiers qui, par désir de briller, avaient inconsidérément compliqué les exercices ; et cela n’avait produit sur le terrain que désordre et confusion.   Toutefois, à Wertingen*, le 8 octobre, les dragons se rachetèrent brillamment : ils conquirent pied à pied toutes les maisons du village, préludant ainsi à la prise d’Augsbourg*.   Napoléon en fut tellement impressionné qu’il admit, l’année suivante, un régiment de dragons dans sa fameuse Garde.   Envoyés en Espagne ou ils achevèrent de s’aguerrir, les dragons acquirent une telle réputation que leur rappel en France, lors des désastres de 1814, fut considéré comme le dernier espoir de salut.   A Nangis* et à Provins*, l’impétuosité de leurs charges fit reculer l’envahisseur, mais leurs efforts héroïques ne purent détourner la marche inexorable du Destin. Il y eut 30 régiments de dragons pendant les guerres napoléoniennes.   En fait d’armement, le dragon était doté du sabre droit, d’un pistolet et d’un fusil du modèle 1777 plus court que celui de l’infanterie (1,41m), sur lequel s’adaptait une baïonnette.   Les chevau-légers lanciers :   Tard venus dans l’armée impériale, les chevau-légers français avaient été créées le 18 juin 1811. Les premiers contacts avec les Cosaques avaient montré à Napoléon que leur arme, la lance, manquait encore à son armée. Il avait alors levé, en Pologne, trois régiments de lanciers et avait ensuite étendu cette innovation à l’armée française en adjoignant aux cuirassiers six régiments de chevau-légers lanciers, composés de soldats tirés des régiments de dragons.   La lance ainsi introduite dans la panoplie de la Grande Armée mesurait 2,75m de long. Le sabre de cavalerie légère, un pistolet et un mousqueton ajouté à la lance constituaient une lourde et encombrante charge pour le cavalier, qui ne manquait pas de se débarrasser soit de sa lance, soit de son mousqueton à la première occasion.   Apparus aux mauvais jours, les élégants chevau-légers entrèrent dans la légende avec la campagne de Russie, pour finir à Waterloo, mêlés aux cuirassiers dans des charges frénétiques, désespérées et inutiles.   Les hussards :   Au nombre de 13 en 1793, les régiments de hussards avaient successivement été réduits à 12 régiments en 1799 puis à 10 en 1803. En 1810, le 11ème régiment de hussards fut créé à partir d’un régiment de hussards hollandais.   La témérité et l’audace des hussards éclaircissaient rapidement leurs rangs. Ainsi le 10ème régiment, qui s’était vu attribuer 25 croix de la Légion d’honneur par l’Empereur à la veille de la bataille de Lützen* en 1813, ne comptait plus dans ses rangs, à l’appel du lendemain soir, que 5 de ses nouveaux décorés ! Comme armes, le hussard avait le sabre de l’An IV et le mousqueton du modèle 1786.   Les chasseurs à cheval :   Forts de 24 régiments en 1804, moins les 17ème et 18ème vacants, les chasseurs à cheval s’augmentèrent par la suite de sept nouveaux régiments.   Cavaliers légers, les chasseurs avaient pour mission d’éclairer le terrain, de surveiller l’ennemi, de surprendre ses avant-postes et ses convois. Ils n’hésitaient pas à charger les carrés ennemis et s’illustrèrent sur tous les champs de bataille.   L’armement comprenait un sabre courbe de cavalerie légère, modèle An II, un mousqueton long de 1,11 m et des pistolets.   La gendarmerie :   C’est en Espagne, de 1808 à 1814, que l’organisation de la gendarmerie prit la consistance militaire qui devait la rendre à jamais célèbre.   La petite gendarmerie d’Espagne y donna maints exemples de son courage et de sa discipline.   Elle rentra en France en 1814 pour prêter main-forte à la vieille armée qui tentait d’endiguer l’invasion des Coalisés, et comme les dragons, se distingua à Nangis puis à Montereau*.   L’armement se composait d’un sabre de cavalerie légère et d’un mousqueton.   Ce corps eut pour tâche aussi pour tâche ingrate de traquer les réfractaires au service militaire, qui se faisaient plus nombreux d’année en année et tentaient de se cacher dans les campagnes.   L’artillerie   L’artillerie napoléonienne se composait de pièces de 4, 8 et 12 livres* (poids du boulet) et d’obusiers de 6 pouces. C’était, à quelques modifications près, l’artillerie mise au point par l’ingénieur Gribeauval en 1776.   Les projectiles étaient, pour les canons, des boulets pleins en fonte de fer, aussi dangereux par ricochets que par impact direct. La portée efficace était de 500 à 900 mètres selon le calibre, mais la pièce de 4 se révélait encore dangereuse à 1250 mètres et celle de 12 jusqu’à 1800 mètres.   Lorsque l’ennemi était assez proche, les artilleurs utilisaient un autre type de projectile, le biscaïen* (ou boîte à mitraille), qui expédiait ses balles à la façon dont un fusil de chasse disperse ses chevrotines. Le boulet était toujours ensaboté* (c’est-à-dire fixé à un sabot de bois cylindrique qu’on glissait dans un sachet en serge contenant la gargousse pleine de poudre).   Pour tirer, on introduisait cette espèce de cartouche dans la gueule du canon et on l’y enfonçait en la calant d’un bouchon de paille avec l’aide du refouloir. Par la lumière qui s’ouvrait sur la culasse pour la mise à feu, on crevait la gargousse* à l’aide du dégorgeoir, ce qui répandait la poudre dans la culasse. On plaçait alors une mèche dans la lumière et on y mettait le feu. Le personnel nécessaire au service d’une pièce variait, selon son calibre, de 8 à 15 hommes.   Les munitions étaient transportées dans des caissons qui contenaient de 48 à 100 cartouches à boulets et 20 à 50 cartouches à mitraille. Les caissons étaient au nombre de 2 à 5 selon le calibre de la pièce. En outre, chaque canon disposait d’un coffret d’affût ou 9 à 18 cartouches à boulet lui permettaient de faire face à toute éventualité en attendant l’arrivée de ses caissons.   L’obusier tirait des projectiles sphériques creux, remplis de poudre et dotés d’une fusée dont la longueur déterminait l’explosion en l’air ou au sol. Ces obus étaient particulièrement utiles pour l’incendie et la destruction des maisons transformées en fortins par l’adversaire. Le rythme de tir de toute cette artillerie était de 1 ou 2 coups à la minute.   A côté de cet arsenal mobile venaient les pièces de l’artillerie de place et des côtes, qui alignait des canons de 10 et 12 pouces.   L’artillerie de campagne était tractée par des chevaux que conduisaient les soldats du train, à raison de quatre chevaux par pièce.   Les soldats du train d’artillerie constituaient par définition un corps passif, astreint à la dépendance, qui assistait aux batailles plutôt qu’il n’y participait. Le stoïcisme de ces soldats tranquilles et méprisant le danger leur valut une réputation de bravoure qui n’était certes pas usurpée.   A la fin de l’Empire, ils formaient 26 bataillons. Napoléon, qui ne disposa jamais de tous les canons qu’il avait souhaités, ne cessa jamais d’augmenter de son mieux cette artillerie qui devait compenser à ses yeux la diminution de valeur de son infanterie, dont les vieux soldats disparaissaient, dévorés par les campagnes successives.   L’artillerie comptait 300 compagnies dans les derniers temps de l’Empire, ayant chacune 6 ou 8 pièces. Elles se répartissaient entre les 9 régiments à pied et les 6 régiments à cheval.   L’artilleur à pied était armé d’un fusil court avec baïonnette. L’artilleur à cheval lui disposait de l’armement de cavalier léger.   Les pontonniers – le génie   Issus, eux aussi, de l’artillerie, les mineurs passèrent dans le corps du génie en 1793 sur la proposition de Carnot, créateur des 14 armées de la République. Un décret impérial porta les compagnies de mineurs à 16 et les constitua en 2 bataillons.   Pour peu nombreux qu’ils étaient, les mineurs surent suppléer au nombre par une activité, une ingéniosité redoutable. La guerre d’Espagne leur donna maintes occasions de prouver leur valeur et leur intrépidité, notamment au siège de Saragosse en 1808/1809.   Bien qu’ils avaient le même uniforme, les sapeurs formaient un corps à part de celui des mineurs dans l’armée du génie. Ils comptaient 5 bataillons en 1813. Les sapeurs portaient, pendant les sièges, un casque et une cuirasse renforcés. Un décret impérial de 1810 créa une compagnie du génie attachée à la Garde.   Le train du génie avait été créé en 1806. Le train des équipages fus mis sur pied en 1807 et remplaça avantageusement les entrepreneurs civils, qui laissaient trop souvent l’armée dépourvue des mille choses nécessaires à son entretien.   A côté de ces corps peu connus, sinon des spécialistes, il en existait une quantité d’autres dont on parle moins encore et qu’il nous paraît intéressant de citer, notamment les vétérinaires.   Il y avait encore les ouvriers d’administration et le corps militaire des douanes, dont les hommes rendirent maints service dans les dernières guerres, après avoir été organisés provisoirement en bataillons sous les ordres des officiers généraux commandant les frontières de la France. Aussi peu connus sont les services des poudres et salpêtres et de la poste militaire.   Les vieux soldats, usés, affaiblis et déclarés inaptes au service en campagne, étaient versés dans les compagnies de vétérans. Inutiles, ils étaient une charge pour l’Etat, et ces hommes qui avaient concouru à la gloire de l’Empire voyaient l’administration réduite de jour en jour le maigre budget qui leur était alloué.   En ce qui concerne l’infanterie et les ouvriers de la Marine furent absorbés par les régiments de ligne en 1812