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Clodion dit le Chevelu

lundi 10 août 2015, par ljallamion

Clodion dit le Chevelu (vers 390-vers 450)

Chef des Francs saliens

« Clodion roy de France » par Jean Dassier (1676-1763), Bibliothèque nationale de FranceIl est essentiellement connu pour être le plus ancien roi de la dynastie des Mérovingiens dont l’existence soit certaine.

Vers le milieu du 5ème siècle, Clodion pénètre avec son armée en territoire romain et s’empare du Cambrésis et de l’Artois méridional. Il fonde ainsi un petit royaume franc dont héritera Clovis 1er et qui sera l’embryon du futur Royaume de France.

Avant l’avènement de Clodion, depuis 342 les Francs saliens [1] sont installés comme fédérés à l’intérieur de l’Empire romain, dans le Nord de la Gaule, en Toxandrie [2], entre les marais mosans, au nord de l’actuelle Maastricht, et la forêt Charbonnière. Depuis le 17 janvier 395, l’Empire romain est divisé en deux parties : l’Empire d’Orient et l’Empire d’Occident.

À partir de 407, plusieurs peuples germaniques pénètrent en Gaule et s’y installent. Les Wisigoths [3] fondent un royaume en Aquitaine [4], les Alains [5] prennent leurs quartiers près d’Orléans, les Burgondes [6] et les Alamans [7] s’établissent le long du Rhin. Durant le règne de Clodion, c’est Valentinien III qui dirige la partie occidentale de l’Empire romain.

Clodion commence à régner en 428. Il succède peut-être au roi des Francs Théodomir , sans que l’on sache s’il y a des années d’interrègne entre les deux rois. Il dirige le peuple des Francs saliens depuis sa capitale, la forteresse de Dispargum [8] située à l’est du Rhin.

Vers 432-435, Clodion apprend que les villes de la province romaine de Belgique seconde sont sans défense. En effet, Aetius le général romain chargé de la défense de la Gaule a prélevé beaucoup de soldats de ces territoires pour combattre tour à tour les Burgondes, les Alains, les Francs rhénans, les révoltes antifiscales et les Wisigoths.

Clodion décide donc de monter une expédition et mobilise toute son armée. Traversant la forêt Charbonnière, les Francs s’emparent de Tournai, emportent Cambrai et Arras au premier assaut et réduisent tout le pays des environs jusqu’à la Somme. En fait, plus que des pillages faciles, Clodion cherche à conférer à son autorité de roi guerrier une assise territoriale, qu’il veut voir s’étendre sur le riche territoire entre le Rhin, la Somme, la Meuse et la mer du Nord. L’occupation perdure quelques années sans qu’Aetius tente d’y mettre fin. Le général romain a en effet beaucoup à faire ailleurs.

En 448, Clodion, qui célèbre les noces d’un membre important de son armée au bourg d’Helena près d’Arras, est attaqué par le général Aetius et son lieutenant Majorien. Le général veut remettre au pas les Francs saliens qui ont annexé des territoires sans son autorisation. Clodion, qui n’est pas préparé à l’affrontement, est contraint de fuir. Cependant, Aetius est conscient qu’il n’a pas les moyens militaires pour occuper à nouveau le territoire. Il préfère donc renégocier avec Clodion le fœdus [9] qui fait des Francs saliens des fédérés combattant pour Rome. Il les autorise à s’installer dans l’Empire, en l’occurrence sur les territoires qu’ils ont déjà conquis à Arras, Cambrai et Tournai. Clodion reçoit d’ailleurs cette dernière ville comme capitale. Il s’agit là des origines du futur royaume franc de Clovis.

Après plus d’une vingtaine d’années de règne, Clodion meurt peu avant l’an 451. Selon la coutume franque, son royaume est divisé entre ses fils. L’aîné, sans doute Mérovée, obtient la ville de Tournai et sa région. Un second héritier a peut-être obtenu Cambrai et un troisième Tongres.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Hervé Inglebert, Atlas de Rome et des Barbares, iiie ‑ vie siècle, Paris, Éditions Autrement,‎ 2009

Notes

[1] Tribu franque d’origine germanique installée au 4ème siècle en Toxandrie, région comprise entre la Meuse et l’Escaut. Avec les Francs ripuaires, ils constituent la principale peuplade franque. Ils envahissent la Gaule au 5ème siècle sous l’impulsion de leur chef Mérovée, ancêtre des Mérovingiens. Sous le règne de Clovis, ils se rendent maîtres d’une grande partie de la Gaule et rédigent leurs coutumes dans un texte connu sous le nom de loi salique.

[2] La Toxandrie est une région au nord de la Gaule romaine, dont l’emplacement pourrait être la région sablonneuse comprise entre l’Escaut et la Meuse (Campine, Brabant, Limbourg). C’est la région où s’installèrent des Francs saliens combattus par l’empereur Constant 1er entre 340 et 350, puis admis sur ce territoire avec un statut de peuple fédéré. Cet îlot franc à l’intérieur de l’Empire romain resta mal soumis, et en 358 l’empereur Julien dut après son intervention militaire reconnaître l’installation d’autres émigrés Francs saliens en Toxandrie. Au haut Moyen Âge, la Toxandrie devint un pagus, puis un comté. Celui-ci correspondait, dans sa majeure partie, à la région campinienne ; il était limité au nord par la Meuse, à l’ouest par l’Escaut, au sud par la Dyle ; à l’est il ne paraît pas s’être étendu au delà des marais du Peel, qui le séparait du Masau.

[3] Les Wisigoths ou Tervinges étaient un peuple germanique issu des Goths. Les Wisigoths sont ceux qui, migrant depuis la région de la mer Noire, s’installèrent vers 270-275 dans la province romaine abandonnée de Dacie (actuelle Roumanie), au sein de l’Empire romain, alors que les Ostrogoths s’installèrent, pour leur part, en Sarmatie (actuelle Ukraine). Les Wisigoths migrèrent à nouveau vers l’ouest dès 376 et vécurent au sein de l’Empire romain d’Occident, en Hispanie et en Aquitaine. Les Ostrogoths, eux, migrèrent aussi vers l’ouest, mais plus tard que les Wisigoths, et vécurent en Italie. Wisigoths et Ostrogoths sont classés dans la branche ostique des peuples germaniques. Après la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, les Wisigoths ont continué pendant près de 250 ans à jouer un rôle important en Europe occidentale.

[4] La Gaule aquitaine est une des trois provinces romaines (avec la Belgique et la Lyonnaise) créées par Auguste en 27 av. jc. Le territoire de l’Aquitaine antique, limité au triangle Pyrénées – Atlantique – Garonne, facilement conquis par Publius Crassus, lieutenant de Jules César, en 55 av. jc, est ainsi augmenté d’une partie de la Gaule centrale, jusqu’à la Loire.

[5] peuple non germanique

[6] Les Burgondes sont un peuple germanique appartenant au rameau ostique, probablement originaire de l’île de Bornholm dans la mer Baltique. Pline l’Ancien cite pour la première fois le nom de ce peuple au 1er siècle. Cet écrivain romain le localise sur l’Oder, dans l’actuelle Pologne. Les Burgondes participent aux invasions et migrations de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen Âge, période durant laquelle ils s’établissent durablement dans le sud-est de la Gaule, comme peuple fédéré de l’Empire romain. À la fin du 5ème siècle, profitant de l’effondrement de l’Empire romain d’Occident, les Burgondes fondent un royaume qu’ils étendent vers la Suisse romande actuelle et le quart sud-est de la Gaule. Cependant, dès 534, le royaume des Burgondes est intégré au royaume des Francs mérovingiens, dans le cadre duquel, à la fin du 6ème siècle, il prend le nom de regnum Burgundiæ (« royaume de Burgondie » ou « royaume de Bourgogne »), dont est issu le nom actuel de la Bourgogne.

[7] Les Alamans ou Alémans étaient une confédération de tribus germaniques principalement suèves établis d’abord sur le cours moyen et inférieur de l’Elbe puis le long du Main. Apparaissant pour la première fois dans les textes romains en 213, ils conquirent les Champs Décumates en 260 pour se répandre ensuite sur un territoire couvrant une partie de l’Helvétie (la Suisse), la Décumanie (le pays de Bade) et une partie de la Séquanaise (l’Alsace) où ils contribuèrent à la germanisation de ces régions précédemment romanisées. En 496, les Alamans furent vaincus par le Franc Clovis, qui annexa leur territoire à son royaume. Après le traité de Verdun, ces territoires firent partie de la Francie orientale avant de constituer le duché de Souabe du 10ème au 13ème siècle.

[8] La seule information que donne Grégoire de Tours pour situer Dispargum est que, à son époque (seconde moitié du 6ème siècle), cette forteresse est située dans un territoire occupé par les Thuringiens. Malheureusement ni Grégoire de Tours ni son contemporain le poète Venance Fortunat n’indiquent les limites de la Thuringe au 6ème siècle.

[9] le traité d’alliance de 342