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Déclaration d’indépendance des Corses à Orezza

lundi 15 juillet 2013, par ljallamion

Déclaration d’indépendance des Corses à Orezza

Sud Province de Bastia 1764 Bellin

A peine moins peuplée qu’aujourd’hui, avec près de 200.000 habitants, la Corse avait vécu pendant de nombreux siècles dans une certaine autonomie, sous la souveraineté théorique de Gênes, qui en avait chassé les musulmans au 11ème siècle.

Cette société de pasteurs et de paysans avait forgé son esprit de résistance en luttant contre les pirates barbaresques venus de la côte nord-africaine. Le drapeau de la Corse perpétue ce souvenir avec le profil d’un prisonnier maure.

La Corse avait aussi du résister aux représentants de l’Office Saint-Georges, une compagnie parapublique qui avait reçu de Gênes délégation pour exploiter le pays.

Sous la Renaissance, certaines parties de l’île, comme le pays de l’En-deça des Monts avaient pu conserver une démocratie locale héritée du Moyen Âge à l’image des montagnards suisses, tandis que les grands États européens s’orientaient vers la monarchie absolue.

A noter que, dans ces communautés, les femmes corses participaient aux débats publics. Ce droit de vote leur sera confirmé par la Constitution de 1735, au 18ème siècle.

A l’orée du « siècle des Lumières », Gênes est au plus mal. Le port est même bombardé par la flotte française d’Abraham Duquesne. Fait sans précédent, le doge doit s’agenouiller humblement devant Louis XIV, le Roi-Soleil.

Les Corses ne supportent plus leur allégeance à la République gênoise. Ils s’insurgent en 1729 et le général Hyacinthe Paoli prend bientôt la tête du mouvement.

Le 30 janvier 1735, une assemblée corse, la Consulta d’Orezza, rejette la domination de Gênes et donne une Constitution à l’île. La Constitution du Royaume de Corse introduit la souveraineté du peuple et la séparation des pouvoirs. Elle prévoit un exécutif de 3 Primats et une Assemblée populaire la Consulta formée par les élus des 90 pièvi* (cantons).

Rédigée par l’avocat ajaccien Sebastianu Costa, cette Constitution, la première de l’Histoire, n’entra jamais vraiment en application mais elle inspira quelques décennies plus tard les Insurgents d’Amérique et les révolutionnaires de Paris.

Par la même occasion, les insurgés corses se donnent un hymne national. C’est le « Dio vi Salvi Régina ».

Sans le savoir, ils travaillent pour la France ! Celle-ci ambitionne de prendre pied sur l’île et d’en chasser la Sérénissime République de Gênes qui l’administre tant bien que mal depuis un demi millénaire.

A l’orée du Siècle des Lumières, la République de Gênes n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les Corses ne supportent plus leur allégeance à la République Sérénissime. C’est le début d’une Guerre de 40 ans.

Une première révolte éclate le 27 décembre 1729 lorsqu’un magistrat prétend soutirer une pièce à un berger du village du Borziu sous prétexte d’impôt. Un an plus tard, la révolte paysanne est relayée par les notables. Une assemblée ou consulta désigne 3 d’entre eux à la tête de l’insurrection.

Il s’agit de Luigi Giafferi, Andrea Ceccaldi et l’abbé Marc-Aurèle Raffaelli. Gênes fait appel à l’archiduc d’Allemagne Charles VI qui lui envoie 8000 hommes sous le commandement du baron de Wachtendonck. Grâce à ces renforts, Gênes soumet les notables corses et les amadoue avec de belles promesses.

Le répit est de courte durée. Dès 1734, la guerre reprend à l’initiative du général Giacinto ou Hyacinthe Paoli. L’assemblée d’Orezza se donne une Constitution et rejette la souveraineté génoise. Elle se met par ailleurs en quête d’un monarque et offre la couronne de Corse au roi d’Espagne. Mais celui-ci la refuse.

Le 20 mars 1736, un curieux personnage débarque à Aléria d’un bateau anglais. Le baron Théodore von Neuhoff amène avec lui quantité d’armes et de bottes. Il met sa fortune au service des insurgés et reçoit d’eux, en récompense, la couronne qu’avait dédaignée le roi d’Espagne. Mais quelques mois plus tard, découragé par les disputes intestines et par la contre-offensive diplomatique de Gênes, le roi Théodore reprend le bateau pour le continent, en quête de soutiens diplomatiques.

Seuls les Anglais se montrent intéressés à aider les insurgés. C’est qu’ils veulent tirer parti de l’insurrection pour prendre pied en Corse. Mais le Premier ministre français, le cardinal Fleury, riposte en apportant son aide aux Gênois en 1737. Les troupes françaises entrent en lice en 1738, sous le commandement du comte de Boissieux puis du maréchal de Maillebois.

Battus, les insurgés reprennent les armes un peu plus tard, en 1743. Le marquis de Cursay pacifie l’île et les Français se retirent enfin 10 ans plus tard.

Pasquale ou Pascal Paoli âgé de 30 ans prend la relève de son père et soulève le peuple. Il est proclamé général en chef à la consulta de 1755. Une nouvelle Constitution est votée la même année à Corte. Elle établit la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Elle accorde aussi le droit de vote aux citoyens et citoyennes de plus de 25 ans. Les circonstances ne permettront pas de l’appliquer intégralement.

Pasquale Paoli repousse les Gênois sur la côte, modernise les institutions de l’île et demande même au philosophe Jean-Jacques Rousseau, qui vient de publier le Contrat social, un nouveau projet de constitution pour la Corse en 1765. Il fait assécher les marais, fonde l’Ile Rousse, ouvre une Université à Corte.

Lasse de la guerre, Gênes cède provisoirement ses droits sur la Corse à la France par le traité de Versailles du 15 mai 1768.

La France convient de restituer l’île dès que la Sérénissime République lui aura versé 40 millions de livres en rémunération de son intervention contre les rebelles. Le remboursement se faisant toujours attendre, le duc de Choiseul veut offrir aux nobles français une occasion de guerre et une revanche après l’humiliant traité de Paris qui a mis fin à la guerre de Sept Ans. Il veut aussi offrir à la France une base stratégique en Méditerranée pour faire front aux Anglais, présents à Minorque et surtout à Gibraltar. Il veut enfin détourner les esprits des problèmes intérieurs qui minent la France sous le règne finissant de Louis XV. Les privilégiés et les parlementaires repoussent toute réforme de l’État cependant que la haute noblesse accapare les évêchés et les commandements militaires.

Pas moins de 20.000 hommes débarquent en Corse pour soumettre les Corses sous le commandement du lieutenant général Chauvelin puis du comte de Vaux.

Le 9 mai 1769, au terme d’une bataille de plusieurs jours, les indépendantistes corses sont défaits par l’armée française à Ponte-Novo, entre Corte et Bastia.

La bataille se déroule près d’un pont qui franchit le fleuve du Golo, sur la route de Corte à Bastia. Elle met aux prises plusieurs dizaines de milliers de combattants. Les Corses laissent sur le terrain 4324 morts et plus de 6000 blessés.

C’en est fini d’une guerre de 40 ans qui a mis aux prises le peuple corse avec la République de Gênes puis le roi de France. Pasquale Paoli gagne la côte et s’embarque sur un navire à destination de Livourne, en Italie, avec 300 fidèles.

Parmi les partisans qui l’accompagnent jusqu’à la côte figure son aide de camp, un avocat d’Ajaccio du nom de Charles Buonaparte. Sa jeune épouse, Laetitia âgée de 18 ans est alors enceinte de 7 mois. Après une fuite dans la montagne corse, elle donnera le jour à un petit Napoléon. Les Français établissent en Corse un Conseil supérieur comme dans leurs colonies des Antilles, sous le gouvernement de Marbeuf.

Ils invitent les nobles à faire enregistrer leurs quartiers de noblesse. Seules 86 familles se résoudront à cette démarche. Parmi elles, la famille Bonaparte, ce qui permettra au jeune Napoléon d’obtenir plus tard une bourse pour entrer dans une école militaire réservée à la noblesse.

Pasquale Paoli reviendra en Corse au début de la Révolution pour gouverner celle-ci au nom de l’Assemblée Législative avec le titre de lieutenant général. Mais bientôt déçu par les députés jacobins de la Convention, il livrera la Corse aux Anglais.

Il appartiendra au général Napoléon Bonaparte d’organiser la reconquête de l’île à partir de 1796.

Sous le Premier Empire, la pacification sera confiée au général Morand. Elle prendra un tour extrêmement brutal.