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Pierre Flotte

mardi 18 janvier 2022, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 2 juin 2012).

Pierre Flotte (1250-1302)

Chancelier de France

Pierre Flotte Chancelier de France

Il est l’un des légistes les plus connus du règne de Philippe le Bel.

Pour certains, il est né en Dauphiné [1] au milieu du 13ème siècle. Il serait le fils cadet d’Arnaldus Flotte, seigneur de La Roche-des-Arnauds [2]. Pour d’autres, celui de Raimond 1er, petit-fils d’Arnaud II et d’Adélaïs de Comps.

Il est de 1273 à 1291 l’homme de confiance d’Humbert 1er du Viennois qui deviendra par son mariage en 1273 Dauphin du Viennois [3].

Il est témoin à la donation par Béatrix de la Tour du Pin [4] le 24 février 1280 pour la chartreuse de la Sainte-Croix [5].

En 1283, il intervient comme garant du contrat de mariage de la fille d’Humbert. En 1287, il négocie les problèmes de frontière entre le Dauphiné et Amédée V de Savoie . En 1294, il intervint dans le traité entre le roi et le dauphin pour la fourniture de 200 lances. Gilles 1er Aycelin de Montaigut, dont le père Pierre II Aycelin [6] pourrait avoir épousé la sœur de Pierre Flote, fut un de ses proches.

Toujours en 1294, à l’occasion du conflit franco-anglais, il est négociateur pour Philippe IV en Gascogne [7].

En 1295, il est nommé chancelier de France [8], charge jusqu’alors réservée au clergé. Il entre au Conseil du roi en 1296 et organise dès lors la stratégie de lutte contre la papauté. Boniface VIII venait alors de publier sa décrétale Clericis laicos [9] rappelant au roi le consentement pontifical pour imposer le clergé.

Sur le conseil de Flote et des autres légistes, Philippe IV interdit toute sortie d’or et d’argent hors du royaume, privant ainsi le pape d’une bonne partie de ses revenus. Boniface VIII revient alors à de meilleurs sentiments. Sa bulle “Romana mater ecclesia” de 1298 annule les décisions de Clericis laicos.

En 1297, Pierre Flote reçoit en cadeau de Philippe le Bel le château de Ravel [10], en Auvergne.

Le conflit reprend en 1301 lorsque le roi fait arrêter et condamner l’évêque de Pamiers [11], Bernard Saisset, accusé de trahison. Une nouvelle bulle du pape, Ausculta fili [12], réaffirme la prééminence du spirituel sur le temporel et dénie au roi le droit de juger un membre du clergé français. C’est Pierre Flote qui organise de nouveau la riposte royale.

Il fait convoquer à Notre-Dame de Paris [13], en avril 1302, une assemblée de barons, de prélats et de bourgeois que certains historiens considèrent comme les premiers États généraux de l’Histoire. Là, il leur résume à sa façon la dernière bulle pontificale en la ramenant à six propositions dont celle-ci : « Nous voulons que tu saches que tu nous es soumis au spirituel et au temporel ». Par la même occasion, il leur fait approuver la politique anti-papale du roi. Les membres de l’assemblée donnent leur appui mais le clergé le fait avec moins d’enthousiasme que les autres.

Trois mois plus tard, le 11 juillet, Pierre Flote est tué à la bataille de Courtrai [14]. Guillaume de Nogaret prend alors sa place comme stratège de la politique royale à l’égard du Saint-Siège.

Son fils Guillaume Flote est lui aussi un grand serviteur de la monarchie et devient chancelier de Philippe VI de Valois.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Jean Favier, Philippe le Bel, Fayard, 1978

Notes

[1] Le Dauphiné est une entité historique et culturelle. Elle occupe l’ancienne province Viennoise située dans le quart sud-est de la France actuelle. Le Dauphiné de Viennois fut un État, sous l’autorité des comtes d’Albon, qui prirent le titre de dauphins, ce dernier terme ayant donné au Dauphiné son nom. Cette entité apparaît dans l’ancienne Provence, et était une subdivision du Saint Empire romain germanique, de ses origines admises au 11ème siècle, jusqu’à son rattachement en 1349 au royaume de France. Le Dauphiné de Viennois devient alors la province du Dauphiné, et conserve une certaine autonomie jusqu’en 1457.

[2] La Roche-des-Arnauds est une commune française située dans le département des Hautes-Alpes, à proximité de Gap.

[3] Les comtes d’Albon puis dauphins de Viennois, seigneurs du Dauphiné de Viennois, furent les premiers à porter le titre de dauphins de Viennois.

[4] La famille de La Tour du Pin est une famille subsistante de la noblesse française originaire du Viennois où une commune porte ce nom aujourd’hui. Elle est à l’origine de plusieurs dauphins de Viennois à partir de Humbert 1er de la Tour du Pin devenant Humbert 1er de Viennois de 1282 à 1306, suivi de son fils Jean II de la Tour du Pin ou de Viennois de 1306 à 1319 né d’ Anne d’Albon, sœur du dernier dauphin du Viennois et comte d’Albon Jean d’Albon, mort prématurément d’une chute de cheval. Jean II aura deux fils dauphins de Viennois de Béatrice de Hongrie : Guigues VIII jusqu’en 1333, puis Humbert II de Viennois jusqu’en 1349.

[5] actuel village de Sainte-Croix-en-Jarez

[6] La famille Aycelin de Montaigut (ou Montaigu, ou Montagu) est une famille originaire de Glaine-Montaigut (l’ancien Montaigut-sur-Billom) dans le Puy-de-Dôme. D’origine modeste, elle s’éleva grâce à l’Église, s’allia à la famille de La Tour d’Auvergne et s’est éteinte dans la maison de Montaigut-Listenois.

[7] La Gascogne est une ancienne province située sur le territoire actuel des départements français des Landes, du Gers, des Hautes-Pyrénées et, pour partie, d’autres départements des régions de Nouvelle-Aquitaine et d’Occitanie. Successivement appelée Aquitaine, Novempopulanie, Vasconie puis Gascogne, elle a disparu en tant qu’entité politique propre en 1063 lors du rattachement au Duché d’Aquitaine ; toutefois le nom de Gascogne est resté usité jusqu’à la révolution française.

[8] Le chancelier de France est un important personnage de l’Ancien Régime, il est le second officier de la couronne, puis le premier, en 1627, avec la suppression du connétable et de l’amiral de France. La conservation d’une copie de tous les actes de gouvernement (édits, traités, capitulaires, dénombrements, etc.) est une des fonctions principales du chancelier. La France a sans doute, après le Vatican, la seconde plus vieille chancellerie du monde, puisqu’elle conserve encore 47 actes originaux datant des rois mérovingiens (481-751). La collection des plus anciens, toujours appelée Trésor des Chartes, constitue le fonds original des Archives nationales de France. Lacunaires jusqu’au 12ème siècle, ce n’est qu’à partir de sa réorganisation par frère Guérin, évêque de Senlis et garde des Sceaux de Philippe Auguste, que l’on conserve véritablement au palais du roi à Paris un exemplaire de tous les actes expédiés ou reçus par le roi. L’office de chancelier, ou cancellariat, dérive de celui de secrétaires et de notaires du roi, il est le chef de l’administration de la justice, et de tous les conseils du roi. Il est le dépositaire des sceaux de France, dont il use pour la distribution de la justice, dons, grâces, et offices. Il préside le conseil du roi, et expose les volontés du roi devant le parlement quand il va y tenir son lit de justice. Cet office ne peut être récusé, sauf démission et forfaiture. Le chancelier est le porte-parole et le représentant du roi, et à la mort de celui-ci, il est le seul personnage de la cour à ne pas porter le deuil pour marquer la pérennité de sa charge. Il est deuxième grand officier de la couronne dans l’ordre des préséances. Il y a toujours un chancelier chef de la justice et il devient de fait l’officier le plus important de la couronne.

[9] Clericis laicos est une bulle du pape Boniface VIII datée du 25 février 1296, qui interdisait, sous peine d’excommunication, toute levée d’impôts nouveaux sur le clergé sans l’autorisation du pape. Cette bulle a été à l’origine d’un violent conflit entre Philippe le Bel et Boniface VIII. Elle sera suivie, en 1301, dans le même cadre conflictuel, d’une deuxième sévère admonestation du pape, Ausculta fili, et enfin, en 1302, d’une dernière tentative, avec la bulle Unam Sanctam.

[10] Le château de Ravel est un château situé dans la commune de Ravel, dans le département du Puy-de-Dôme. Ancienne forteresse royale du 12ème siècle, réaménagé sans destruction au 18ème siècle

[11] Le diocèse de Pamiers est une église particulière de l’Église catholique en France. Érigé en 1295, il est le diocèse historique du comté de Foix. Supprimé en 1801, il est rétabli dès 1822. Il couvre la majeure partie du département de l’Ariège. Il est suffragant de l’archidiocèse de Toulouse.

[12] Ausculta, fili est l’incipit et donc le titre donné à une bulle, adressée par le pape Boniface VIII au roi Philippe IV le Bel le 5 décembre 1301. Ausculta fili rappelle la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, et convoque pour le mois de novembre 1302 un concile à Rome, où le roi de France peut se présenter.

[13] La cathédrale Notre-Dame de Paris, communément appelée Notre-Dame, est l’un des monuments les plus emblématiques de Paris et de la France. Elle est située sur l’île de la Cité et est un lieu de culte catholique, siège de l’archidiocèse de Paris, dédiée à la Vierge Marie. Commencée sous l’impulsion de l’évêque Maurice de Sully, sa construction s’étend sur plus de 2 siècles, de 1163 au milieu du 14ème siècle.

[14] La bataille de Courtrai, connue sous le nom de bataille des éperons d’or, opposa l’armée du roi Philippe IV de France appuyée par les Brabançons de Godefroid de Brabant et les Hennuyers de Jean Sans-Merci, aux milices communales flamandes appuyées par des milices venues de Zélande et, peut-être, de Namur, le 11 juillet 1302 près de Courtrai