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Philétas ou Philitas de Cos

dimanche 25 février 2024, par lucien jallamion

Philétas ou Philitas de Cos (vers 340-vers 285 av. jc)

Erudit et poète du début de l’époque hellénistique de la Grèce antique

Plan de l'Alexandrie antique. Source : wiki/Alexandrie/ domaine publicHabitant Alexandrie [1], il vécut dans la seconde moitié du 4ème siècle av. jc. et fut nommé précepteur de l’héritier du trône de l’Égypte ptolémaïque, le futur Ptolémée II. Il était mince et frêle ; Athénée le caricatura comme un érudit tellement plongé dans ses études qu’il en dépérit et en mourut.


Philétas fut le premier grand écrivain à la fois savant et poète. Sa réputation perdura pendant des siècles, sur la base de son étude pionnière des mots et de la métrique élégiaque. Sa liste de vocabulaire, “Mélanges”, décrit la signification des mots littéraires rares, y compris ceux qui avaient été utilisés par Homère. Sa poésie, notamment son poème élégiaque “Déméter”, était très respectée des poètes antiques. Toutefois, la plupart de ses œuvres ont été perdues.


La vie de Philétas est mal connue. D’après les sources anciennes, il serait originaire de Cos [2]. Son élève Théocrite a écrit que le père de Philétas se nommait Télèphe et sa mère, en supposant que le manuscrit ait été complété correctement, Euctione.

Selon sa biographie contenue dans la Souda [3], il serait né en 340 av. jc environ, et il aurait établi sa réputation à Cos en 309-308 av. jc. Lors des guerres des diadoques [4], qui suivirent la mort d’Alexandre le Grand et divisèrent son empire, Ptolémée 1er prit Cos à son rival, Antigone le Borgne, en 310 av. jc, et son fils, Ptolémée II Philadelphe, y naquit en 308 av. jc. C’était aussi l’un des lieux de villégiature favoris des hommes de lettres alexandrins.

Philétas fut nommé précepteur ou tuteur de Ptolémée II, ce qui laisse supposer qu’il s’installa à Alexandrie en 297/296 av. jc pour enseigner la rhétorique [5], et rentra à Cos à la fin des années 290 av. jc. Il a peut-être aussi eu comme élève Arsinoé II, sœur aînée de Ptolémée II. Les tuteurs des enfants royaux de la dynastie des Ptolémées qui succédèrent à Philétas furent également à la tête de la bibliothèque d’Alexandrie [6], mais on ignore si ce dernier occupa cette fonction. Philétas fut également le maître des poètes Hermésianax et Théocrite ainsi que du grammairien Zénodote. Revenu à Cos, il semble qu’il ait passé au moins 10 années dans une confrérie d’intellectuels et de poètes, notamment avec Aratos, Hermésianax et Théocrite.

Philétas était mince et frêle, et il mourut peut-être de dépérissement. Il semble qu’il soit mort à Cos, peut-être dans les années 280 av. jc. Son élève Hermésianax écrivit que sa statue avait été érigée sous un platane par les habitants de Cos, le montrant comme épuisé par l’étude de tous les mots et tous les dialectes. Son contemporain Posidippe écrivit que Ptolémée II avait commandé un bronze de Philétas dans la vieillesse au sculpteur Hécatée.


Philétas était la figure intellectuelle la plus importante des premières années de la civilisation hellénistique. Il a gagné une reconnaissance instantanée à la fois dans la poésie et l’érudition littéraire et, autant qu’on le sache, a été la première personne appelée poète autant qu’érudit. En tant que tuteur de Ptolémée II, il est considéré comme ayant eu une grande influence sur le développement du Museion d’Alexandrie, une institution savante qui incluait la célèbre bibliothèque d’Alexandrie. Une statue le représentant a été érigée, éventuellement dans un Museion de Cos et son travail a été explicitement reconnu par Théocrite et Callimaque.

Sa réputation d’érudit fut connue pendant au moins un siècle. À Athènes [7], le dramaturge comique Strato fit des blagues qui supposaient que le public connaissait la liste de mots Mélanges de Philétas, et cette liste a été critiquée plus d’un siècle plus tard par le savant influencé par l’école homérique Aristarque de Samothrace dans son “Contre Philétas”. Le géographe Strabon dit de lui qu’il s’illustra à la fois comme poète et comme critique.

Philétas est le premier écrivain dont les œuvres présentent les caractéristiques de la poésie hellénistique : variété, érudition, et utilisation des sources homériques dans des œuvres non épiques. Il a directement influencé les poètes hellénistiques majeurs comme Callimaque de Cyrène et Apollonios de Rhodes. Sa poésie a été mentionnée ou brièvement citée par son rival Callimaque et par d’autres auteurs antiques et sa réputation poétique a perduré pendant au moins 3 siècles, les poètes augustéens l’identifiant à une grande œuvre élégiaque


Quintilien, orateur du 1er siècle, plaça Philétas après Callimaque au plus haut rang des poètes élégiaques. L’influence de Philétas a été trouvée ou présumée dans une grande série d’œuvres.

Longus dans “Daphnis et Chloé” du 2ème siècle présente un personnage vraisemblablement nommé d’après Philétas et qui, sous les traits d’un vieux berger, joue le rôle d’éducateur à la passion amoureuse. Presque tout ce qu’il a écrit semble avoir disparu dans les 2 siècles après sa mort. Il est donc peu probable que des écrivains postérieurs au 2ème siècle av. jc aient pu lire son œuvre mais seulement quelques-uns de ses vers.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Philetas of Cos »

Notes

[1] Alexandrie est une ville en Égypte. Elle fut fondée par Alexandre le Grand en 331 av. jc. Dans l’Antiquité, elle a été la capitale du pays, un grand centre de commerce (port d’Égypte) et un des plus grands foyers culturels hellénistiques de la mer Méditerranée centré sur la fameuse bibliothèque, qui fonda sa notoriété. La ville d’Alexandrie est située à l’ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Cette dernière était rattachée à la création de la ville par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d’aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.

[2] île du Dodécanèse en mer Égée

[3] La Souda est une encyclopédie grecque de la fin du 9ème siècle. C’est un ouvrage de référence, en particulier pour les citations, très souvent utilisé dans les travaux portant sur l’Antiquité.

[4] Les guerres des Diadoques sont les conflits qui interviennent pour le partage de l’empire d’Alexandre le Grand, mort en 323 av. jc, entre ses successeurs ou Diadoques. Elles se déroulent de 322 à 281 (bataille de Couroupédion) avec des périodes de trêve. Elles opposent dans un premier temps le régent Perdiccas aux « forces centrifuges » dont Ptolémée, Séleucos et Antigone, les principaux satrapes macédoniens. Elles opposent ensuite les Antigonides, candidats à un empire eurasiatique, à une coalition regroupant Ptolémée, Séleucos, Lysimaque et Cassandre, bientôt devenus rois, tandis que les héritiers légitimes d’Alexandre sont éliminés. En Europe, elles mettent en jeu la succession d’Antipater, alors que certaines cités grecques luttent toujours contre l’hégémonie de la Macédoine. Les guerres des Diadoques aboutissent finalement à une division de l’empire d’Alexandre entre les dynasties antigonide, lagide et séleucide.

[5] La rhétorique est d’abord l’art de l’éloquence. Elle a d’abord concerné la communication orale. La rhétorique traditionnelle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), la dispositio (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’elocutio (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments → style), l’actio (diction, gestes de l’orateur, etc.) et la memoria (procédés pour mémoriser le discours).

[6] Le Mouseîon d’Alexandrie en Égypte ptolémaïque, est l’un des plus importants centres intellectuels du monde hellénistique. La construction du musée est l’une des nombreuses illustrations de la politique culturelle de Ptolémée 1er, celle de la recherche d’une véritable suprématie intellectuelle lagide. L’ancien sômatophylaque d’Alexandre le Grand voulut faire de son musée celui du monde grec, à l’image du vers d’un poète grec rapporté par Athénée de Naucratis dans son Deipnosophistes, faisant du musée du mont Hélicon celui de la Grèce. Expression du désir constant de conserver des liens avec la tradition et culture grecque, le musée d’Alexandrie a été par la même occasion le moyen pour les Ptolémées de prôner une supériorité culturelle face à des rivaux antigonides et attalides qui redoublaient d’efforts pour édifier de nombreux musées et académies. Malgré son important endommagement en 47 av.jc, le musée d’Alexandrie a survécu, notamment par l’héritage qu’il a légué partout en Europe. Le Mouseîon est définitivement fermé le 16 juin 391, sur un édit de l’empereur Théodose 1er, ce dernier ordonnant la fermeture de tous les temples païens, acte signant la mort du polythéisme par son interdiction

[7] Athènes est l’une des plus anciennes villes au monde, avec une présence humaine attestée dès le Néolithique. Fondée vers 800 av. jc autour de la colline de l’Acropole par le héros Thésée, selon la légende, la cité domine la Grèce au cours du 1er millénaire av. jc. Elle connaît son âge d’or au 5ème siècle av. jc, sous la domination du stratège Périclès