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Pierre III d’Antioche dit Pierre de Callinicum

lundi 14 mars 2022, par ljallamion

Pierre III d’Antioche dit Pierre de Callinicum (mort en 591)

39ème patriarche d’Antioche selon le décompte de l’Église jacobite de 581 à sa mort

Église syriaque orthodoxeSon prédécesseur, Paul le Noir , avait été excommunié par Jacques Baradée en 572 pour avoir signé un accord d’union avec l’Église byzantine, puis réintégré par le même en 575 mais rejeté par les Égyptiens, qui en 576 élurent comme patriarche d’Alexandrie [1] Pierre IV , lequel excommunia Paul et son candidat pour Alexandrie, l’archimandrite [2] Théodore.

Jacques Baradée, condamnant d’abord le coup de force des Égyptiens, alla négocier à Alexandrie avec Pierre IV et abandonna Paul. Mais son revirement fut mal accepté en Syrie [3], où se produisit un schisme entre “Paulites” et Jacobites.

En 578, Damien d’Alexandrie succéda à Pierre IV ; Jacques Baradée mourut le 30 juillet de cette année, en route pour l’Égypte pour rencontrer Damien. Celui-ci se rendit à Antioche [4] pour sacrer un patriarche contre Paul le Noir, mais dénoncé aux autorités byzantines, il ne pu mener à bien son projet.

Un synode de réconciliation fut organisé en février 580, à Constantinople [5], par l’émir des Ghassanides [6], al-Mundhir, soutien des monophysites [7]. Mais Damien, ignorant cette démarche, continua à mobiliser les opposants de Paul le Noir en Syrie, et en 581 il consacra Pierre de Callinicum patriarche d’Antioche à Alexandrie, alors que Paul était toujours vivant, à Constantinople.

Le nouveau patriarche était fils d’un certain Paul, de la ville de Callinicum [8]. Il était venu à Alexandrie avec deux hommes savants, Probus ou Proba et l’archimandrite Jean Barbur. Les deux commencèrent par combattre la doctrine d’Étienne le Sophiste, un chrétien monophysite qui enseignait dans la ville, mais ils finirent par se rallier à lui, surtout Probus.

Le patriarche Damien condamna leur doctrine, excommunia Étienne, qui passa dans l’Église melkite [9], et expulsa Probus et Jean Barbur d’Alexandrie [10]. Ceux-ci regagnèrent la Syrie, où ils se mirent à propager leur doctrine dans l’Église jacobite [11].

Pierre de Callinicum s’était installé dans le monastère de Gubbo Baroyo près de Mabboug [12]. Il s’employa à rédiger une réfutation de la doctrine de Probus et de Jean Barbur. Il tenta d’y démontrer, à l’aide des témoignages des Pères de l’Église, qu’en vérité il subsiste, même après la pensée de l’union, la différence des natures dont le Christ est fait. Fondée sur la logique d’Aristote, la doctrine d’Étienne le Sophiste, reprise par Probus et Jean Barbur, forçait à choisir entre le monophysisme extrême et la reconnaissance de deux natures distinctes, selon le concile de Chalcédoine [13]. Les patriarches Damien et Pierre de Callinicum rejetèrent l’alternative.

En 584/585 ou 585/586, un synode tenu à Gubbo Baroyo condamne Probus et Jean Barbur. Désavoués, ceux-ci rejoignent avec leurs partisans l’Église melkite. Après la mort de Pierre de Callinicum, ils firent une ultime tentative de rallier à leurs idées leurs anciens coreligionnaires.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de R. Y. Ebied, A. van Roey, L. R. Wickham (éd.), Petri Callicinensis Patriarchæ Antiocheni Tractatus contra Damianum, Corpus Christianorum Series Græca 29-32-35-54, Brepols, Turnhout, 1994-2004 (syriaque et anglais ; publication en « Series Græca » parce que c’est un texte originellement grec).

Notes

[1] L’Histoire des patriarches de l’Église d’Alexandrie, en fait à l’origine Biographies de la Sainte Église (Siyar al-Bī’ah al-Muqaddasah), est un ouvrage historiographique majeur de la tradition de l’Église copte. Il s’agit de l’équivalent pour le patriarcat copte de ce qu’est le Liber Pontificalis pour la papauté romaine : un recueil des biographies de tous les patriarches successifs, rédigées, puis compilées, à différentes époques. Ces biographies sont toutes en arabe. Le recueil nous est parvenu dans deux recensions divergentes, l’une désignée par les spécialistes comme « recension primitive », l’autre comme « vulgate ». La tradition d’ajouter des biographies au recueil a été poursuivie jusqu’au 20ème siècle.

[2] Un archimandrite est, dans les Églises de rite byzantin, un titre honorifique accordé aux higoumènes (supérieurs de monastère) ou aux recteurs (curés) de paroisses importantes.

[3] La Syrie fut occupée successivement par les Cananéens, les Phéniciens, les Hébreux, les Araméens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Arméniens, les Romains, les Nabatéens, les Byzantins, les Arabes, et partiellement par les Croisés, par les Turcs Ottomans et enfin par les Français à qui la SDN confia un protectorat provisoire pour mettre en place, ainsi qu’au Liban, les conditions d’une future indépendance politique.

[4] Antioche est une ville de Turquie proche de la frontière syrienne, chef-lieu de la province de Hatay.

[5] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[6] Les Ghassanides sont une tribu arabe chrétienne qui a fondé un royaume arabe pré-islamique dans la Jordanie actuelle. Ils adoptèrent le christianisme monophysite probablement sous l’influence de leur environnement araméen (Ils faisaient partie de l’Église syriaque orthodoxe). Ils furent longtemps des vassaux de l’empire byzantin et contribuèrent à contenir les Perses sassanides hors des frontières de l’empire. Un autre royaume arabe rival, vassal de la Perse, s’était établi dans le sud de l’Irak (le royaume des Lakhmides).

[7] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[8] Raqqa, Racca, ou ar-Raqqah, est une ville du centre de la Syrie. C’est la capitale éponyme du gouvernorat de Raqqa. Fondée sous le nom de Nikephorion, au roi Séleucos 1er qui règne de 305 à 281 av. jc. Vers 244, Séleucos II fait agrandir la ville et la renomme d’après son surnom Kallinikos (latinisé en Callinicum) signifiant « grand vainqueur ». Elle fait alors partie de l’Osroène. Par la suite, elle porte successivement le nom de Léontopolis sous le règne de l’empereur byzantin Léon 1er le Thrace puis Constantinopolis. La ville devenue musulmane en 639 gagne en splendeur sous les califes Hicham, qui y fait construire deux palais, et Al Mansour, qui restaure la ville en 754 avant d’en faire la capitale du califat abbasside, remplaçant Bagdad. Sa position stratégique lui permet de protéger Bagdad face à la menace byzantine.

[9] L’Église orthodoxe, aussi connue sous le nom d’Église des sept conciles ou encore Communion orthodoxe, est, la troisième plus grande confession du christianisme, après l’Église catholique et l’ensemble des confessions protestantes. L’Église orthodoxe consiste en une communion d’Églises autocéphales fondée sur les dogmes édictés par les sept premiers conciles œcuméniques chrétiens, sur le modèle de la Pentarchie. Le christianisme orthodoxe professe ainsi descendre directement des communautés fondées par les apôtres de Jésus dans les provinces orientales de l’Empire romain et être ce qu’il était avant la séparation des Églises d’Orient et d’Occident. Initialement au nombre de cinq patriarcats, puis quatre après la séparation avec l’Église de Rome, les Églises autocéphales devinrent de plus en plus nombreuses, principalement car l’Église de Constantinople reconnut de nouvelles Églises autocéphales dans les États orthodoxes émergents. On dénombre aujourd’hui seize Églises autocéphales canoniques et dix-neuf Églises orthodoxes autonomes.

[10] Alexandrie est une ville en Égypte. Elle fut fondée par Alexandre le Grand en -331 av. jc. Dans l’Antiquité, elle a été la capitale du pays, un grand centre de commerce (port d’Égypte) et un des plus grands foyers culturels hellénistiques de la mer Méditerranée centré sur la fameuse bibliothèque, qui fonda sa notoriété. La ville d’Alexandrie est située à l’ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Cette dernière était rattachée à la création de la ville par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d’aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.

[11] L’Église syriaque orthodoxe est une Église orientale autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles dites aussi « Églises antéchalcédoniennes ». Le chef de l’Église, porte le titre de Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, avec résidence à Damas. Du fait des querelles « christologiques » et des schismes qui s’ensuivirent, le titre de Patriarche d’Antioche se trouve porté également par quatre autres chefs d’Église.

[12] Manbij, Manbidj ou Minbej est une ville syrienne du gouvernorat d’Alep, chef-lieu du district homonyme et à environ 30 km à l’ouest de l’Euphrate. À partir de 341, elle est une ville importante et un épiscopat de l’Euphratèse, province romaine du Bas-Empire romain. Procope de Césarée la considère comme la plus belle ville de cette partie du monde. L’empereur Justinien ne réussit pas à la protéger. Khosro 1er la met à l’amende. Hâroun ar-Rachîd la restaure, en fait la capitale fortifiée de la province d’Al-’Awasim, tampon à la frontière byzantine.

[13] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques dont quatre seulement viennent d’Occident. Dans la continuité des conciles précédents, il s’intéresse à divers problèmes christologiques et condamne en particulier le monophysisme d’Eutychès sur la base de la lettre du pape Léon 1er intitulée Tome à Flavien (nom du patriarche de Constantinople, destinataire de la lettre du pape).