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Paul 1er d’Alexandrie

vendredi 9 février 2018

Paul 1er d’Alexandrie

Patriarche d’Alexandrie de 537 à 539

Fin 536, le patriarche Théodose, monophysite [1] disciple de Sévère d’Antioche, avait été convoqué à Constantinople par l’empereur Justinien. Il y fut déclaré hérétique et déposé, et ne put plus revenir à Alexandrie jusqu’à sa mort en 566. Mais il continua d’être considéré comme le patriarche légitime par les monophysites sévériens [2].

Pour le remplacer, Justinien se passa de la procédure habituelle [3]. Paul, higoumène [4] du monastère des Tabennésiotes de Canope [5], se trouvait à Constantinople pour régler un conflit qui l’opposait à ses moines. Ancien monophysite, mais devenu partisan du concile de Chalcédoine [6], il est choisi par l’empereur pour remplacer Théodose. Avant même d’être intronisé, il adresse de Constantinople à toutes les églises d’Égypte une encyclique où il proclame sa foi chalcédonienne. Il est sacré par le patriarche de Constantinople, Mennas, en présence de représentants du pape et des patriarches d’Antioche et de Jérusalem. Après cette cérémonie pompeuse, fin 537, il est conduit à Alexandrie. Il est le premier patriarche chalcédonien de cette ville depuis 482.

Il arrive à Alexandrie imposé de l’extérieur, entouré d’une escorte de soldats. Il est accueilli par des insultes et des groupes d’émeutiers. Justinien, qui ne faisait pas de différence entre l’Église et l’État, lui avait conféré des pouvoirs spéciaux, le plaçant même au-dessus du préfet d’Égypte [7]. De tempérament violent, Paul était décidé à recourir à la force armée.

Il commence par faire fermer tous les lieux de culte des monophysites à Alexandrie et à les faire garder par des soldats. Le déploiement de force dans la ville dissuade toute insurrection. Pendant un an, tous les chrétiens de foi monophysite sont privés d’offices et de sacrements.

En 539, les clercs de cette tendance prennent une résolution lourde de conséquences. Ils décident d’aménager des sanctuaires clandestins dans d’autres bâtiments, voire dans des sous-sols. C’est le premier pas vers la séparation entre deux Églises.

Paul organise des expéditions de conversion dans le pays. Des paysans sont soumis à la torture et en meurent. Les couvents sont également soumis à de fortes pressions.

Mais Paul tombe rapidement, victime de sa violence aveugle, ou d’un complot. Il avait décidé de démettre de ses fonctions Élie, duc d’Égypte [8]. Il le soupçonnait, étant d’ethnie égyptienne et parlant copte, d’avoir des sympathies monophysites. Un diacre d’Alexandrie nommé Psoïs a connaissance de cette décision et veut en informer Élie par une lettre écrite en copte. Cette lettre est interceptée et remise au patriarche, qui subodore un complot.

Accusant Psoïs de prévarication, il le fait arrêter par le préfet Rhodon. Le diacre est soumis à la torture et il en meurt. Paul nia avoir ordonné de le faire torturer, mais Rhodon prétendit le contraire. Les fils de Psoïs se rendirent à Constantinople pour en appeler à la justice de l’empereur. Paul essaya d’étouffer l’affaire en distribuant de l’argent, ce qui aurait dû normalement réussir. Mais il est probable que Théodora, protectrice des monophysites, profita de l’affaire pour abattre Paul.

Le préfet Rhodon fut décapité. Paul fut exilé à Gaza, où des légats du pape et des patriarches d’Antioche et de Jérusalem vinrent le déposer. Ils le remplacèrent par un moine nommé Zoïle.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Jean Maspero, Histoire des patriarches d’Alexandrie depuis la mort de l’empereur Anastase jusqu’à la réconciliation des Églises jacobites (518-616), Bibliothèque de l’École des Hautes Études, Sciences historiques et philologiques, É. Champion, Paris, 1923.

Notes

[1] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[2] partisans de Sévère d’Antioche

[3] trois candidats proposés à l’empereur par le clergé et les notables de la cité

[4] Un higoumène ou hégoumène est le supérieur d’un monastère orthodoxe ou catholique oriental. Le terme équivaut à celui d’abbé ou d’abbesse dans l’Église latine.

[5] En 391, l’évêque Théophile d’Alexandrie installa à Canope un important monastère de l’ordre fondé par Pacôme le Grand, appelé monastère de la Metanoia (de la Pénitence) ou monastère des Tabennésiotes. Cet établissement resta occupé au moins jusqu’à la fin du 7ème siècle. Mais vers 485, un temple clandestin d’Isis fut découvert tout près, à Ménouthis, ce qui provoqua une persécution contre les païens.

[6] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques dont quatre seulement viennent d’Occident. Dans la continuité des conciles précédents, il s’intéresse à divers problèmes christologiques et condamne en particulier le monophysisme d’Eutychès sur la base de la lettre du pape Léon 1er intitulée Tome à Flavien (nom du patriarche de Constantinople, destinataire de la lettre du pape).

[7] Le préfet d’Égypte est un haut fonctionnaire désigné par l’empereur romain, son délégué personnel, pour diriger Alexandrie et l’Égypte. Il s’agit donc du gouverneur impérial de la province, poste réservée aux chevaliers romains. L’intitulé latin complet est praefectus Alexandriae et Aegypti.

[8] c’est-à-dire commandant militaire de la province