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L’expédition d’Egypte

samedi 14 mars 2015

L’expédition d’Egypte

En 1797, les conquêtes de Bonaparte en Italie et le traité de Campo Formio avaient permis de remplir les caisses du Directoire et d’obtenir des frontières naturelles sur le Rhin.

La République acquiert avec ces victoires la volonté de convertir le monde à ses principes. Elle poursuit sa politique expansionniste aux Antilles, en Irlande, en Europe et même aux Indes.

L’époque est aux réminiscences antiques. La République rêve d’envoyer ses légions reconstituer la Mare nostrum des Romains. L’Espagne est une alliée, des Républiques sœurs ont été semées jusqu’en Calabre, les Iles Ioniennes sont maintenant françaises.

L’empire ottoman, allié fidèle de la France depuis François 1er, apparaît soudain comme une puissance rétrograde qui opprime une Grèce idéalisée. Bonaparte caresse le rêve d’une expédition orientale. Le ministre des Relations extérieures Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, partage son rêve. Le moment semble propice. L’Angleterre du Premier ministre William Pitt vit des moments difficiles, révolte en Irlande, mutinerie des marins à Portsmouth, faillite financière.

L’Égypte offre un point d’appui pour assurer une communication terrestre avec l’Orient menacé par la suprématie maritime britannique.

Talleyrand se fait fort de convaincre le Grand Turc que la future expédition n’est pas dirigée contre lui. Malheureusement, le général Aubert-Dubayet, ambassadeur français à Istanbul, meurt en décembre 1797 et n’est pas remplacé, ce qui laisse le champ libre aux menées britanniques.

Mais malgré les rapports venus de France et d’Italie, les Anglais ne veulent pas croire à une expédition française au Levant.

A Paris, le Directoire décide, début 1798, d’envahir la Confédération suisse, alliée séculaire de la France, afin de financer la future expédition d’Orient avec le trésor de Berne.

Une campagne de promotion bien conduite permet à Bonaparte, récemment nommé membre de l’Institut, de rassembler une pléiade de jeunes scientifiques, ingénieurs, artistes et humanistes issus des écoles d’État, notamment Polytechnique nouvellement établie. Parmi eux, l’artiste aventurier Vivant Denon, le mathématicien Gaspard Monge, le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire.

Pour la première fois depuis la campagne d’Alexandre le Grand en Asie, une armée s’aventure dans un pays à conquérir avec une nombreuse équipe de savants. La décision d’emmener des scientifiques en Egypte revient au chef de l’expédition, qui n’est autre que le général Bonaparte.

Après la paix de Campoformio en 1797, la France n’est plus en guerre qu’avec l’Angleterre. Ayant conclu à l’impossibilité d’un débarquement, Bonaparte, qui a été nommé général en chef de l’armée d’Angleterre, propose, avec Talleyrand, de porter la guerre en Egypte. Cela permettra de couper la route de l’Inde aux Anglais et de s’assurer le contrôle de la mer Rouge. C’est le général Bonaparte qui est chargé de l’expédition. Militairement, celle-ci s’avérera magnifique du temps de Bonaparte, mais malheureusement dramatique après le départ de ce dernier. En septembre 1801, l’armée française, alors commandée par le général Menou, se rend aux Anglais. Ceux-ci rapatrient le corps expéditionnaire, les savants et leurs documents. Sur le plan scientifique, en revanche, l’expédition est une belle réussite.

L’armée fut formée à Toulon, Gênes, Ajaccio, CivitaVecchia. Elle se compose de 10 000 marins et de 35 0000 hommes, montés sur 500 embarcations, dont 15 vaisseaux de ligne et 15 frégates. Au brillant état-major militaire de Bonaparte, à bord de l’Orient, sont joints des savants, des artistes, des imprimeurs, etc…, qui donnent à cette entreprise son caractère original.

Le 19 mai 1798 à lieu le départ de Bonaparte pour la campagne d’Egypte. Le Directoire n’est pas mécontent de voir s’embarquer pour l’Egypte ce général qui commence à être trop populaire. Le but de la mission qui lui est confiée est militaire, il s’agit de couper à l’Angleterre l’une des routes des Indes. Par ailleurs, la France envisage de fonder une colonie, mais aussi celle-ci sera une expédition scientifique. Le général Bonaparte est accompagné de savants et d’artistes tels que Berthollet, Monge et Quesnot.

L’expédition, partie de Toulon, rallia les petits corps expéditionnaires et prit Malte sans coup férir le 10 juin. Le 1er juillet ils débarquèrent à Alexandrie. Le combat s’engagea dans les rues, Kléber fut blessé, la ville capitula. L’armé se dirigea sur le Caire, la flottille par le Nil, l’armée par le désert de Damanhour. Elles se joignent, au bout de 4 pénibles journées, à Ramanieh, où à lieu la première rencontre avec les Mamelucks le 10 juillet. Le 13, dans un vif engagement à Chébréiss contre Mourad Bey.

Le 21 juillet 1798, non loin des pyramides de Gizeh à l’ouest du Nil, après que les troupes de Bonaparte ont repoussé les avant-gardes jusqu’aux retranchements de l’armée ennemie, Mourad Bey lance ces 4 000 cavaliers sur les carrés que forment deux divisions. Les assauts des mamelouks*(Les Mamelouks d’après un mot arabe qui signifie homme acheté constituent une caste militaire. Dirigés par 370 chefs de toutes origines, ils gouvernent l’Égypte depuis plus de 2 siècles, officiellement au nom du sultan turc d’Istanbul.), se brisent contre l’infanterie et les canons de Bonaparte qui ne tirent que lorsque les chevaux sont à cinquante pas. Lorsque le général Rampon se lance à l’attaque des retranchements des mamelouks, une seconde charge en sort au grand galop. Elle se brise sur une grêle de balles et les baïonnettes des soldats. C’est la déroute. Ibrahim, pour empêcher les Français de traverser le fleuve et de se lancer à sa poursuite, brûle sa propre flotte. Au soir, dans la lumière de l’incendie des bateaux, les soldats français se laissent aller à l’ivresse de la victoire et pillent les trésors que les Ottomans ont abandonnés. Le 23 juillet 1798 à lieu la prise du Caire. Desaix entre au Caire, Bonaparte, qui n’entrera que le lendemain dans la ville, assiste à la première séance de l’Institut d’Egypte qu’il vient de créer.

Le 1er et 2 août 1798 a lieu le désastre d’Aboukir. Les 13 vaisseaux et les quatre frégates de l’amiral Brueys avaient débarqué l’armée de Napoléon près d’Alexandrie le 1er juillet. Le contre-amiral français Ganteaume mouilla ensuite dans la rade d’Aboukir pour refaire ses réserves d’eau et de vivres. L’amiral Nelson le surprend 1 mois plus tard. Brueys veut soutenir le combat en restant au mouillage. Les 14 vaisseaux anglais longent la ligne de vaisseaux français de part et d’autre, dans le sens du rivage vers le large, et les coulent. De la flotte française en Méditerranée, il ne reste plus que 2 vaisseaux et 2 frégates. Brueys est tué. 1 an plus tard les français remporteront une victoire à Aboukir le 25 juillet 1799.

Bonaparte acheva de soumettre l’Egypte. Kléber, laissé à Alexandrie, réduisait le Delta. Desaix remontait le Nil à la poursuite de Mourad Bey, le battait à Sédiman le 10 octobre et visitant la Haute Egypte en conquérant et en explorateur.

L’équipe de savants découvre l’Egypte dans des conditions difficiles et souvent dangereuses. Il leur est impossible de circuler seuls dans ce pays en guerre. Que ce soit dans le Delta, dans la vallée du Nil ou dans les déserts, ces hommes sont contraints de suivre les soldats. Il n’est pas rare qu’ils aient à refermer brusquement leurs portefeuilles de dessins pour s’enfuir. Dès octobre 1798, le diplomate et administrateur Dominique Vivant Denon parcourt le pays avec l’armée du général Desaix qui poursuit les troupes ennemies. Il est le premier membre de l’expédition à publier un récit de l’aventure égyptienne. Celui-ci s’accompagne de dessins des monuments antiques, mais ces reproductions sont entièrement dépourvus de prétention scientifique. Il n’en va pas de même des planches gravées de la Description de l’Egypte. Les relevés soigneux qui sont à l’origine de ces illustrations sont dus, pour la plupart, à deux jeunes gens, Prosper Jollos et Edouard Devilliers. Ces deux hommes, ingénieurs fraîchement sortis de l’Ecole polytechnique, arrivent en Egypte en 1799. Membres de la sous-commission qui étudie le régime du Nil et le système d’irrigation, ils se passionnent bien davantage pour les monuments anciens qu’ils découvrent. Sitôt achevé le travail qui leur est imparti, ils se hâtent vers les monuments. Les temples de Dendérah, Esnèh, Edfou, Kom-Ombo, Philae, Louqsor et Karnak, ainsi que Thèbes, l’ancienne Antinoë, érigée par l’empereur romain Hadrien, reprennent vie sous leurs crayons. Avant même le déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion en 1822, le reportage de Vivant Denon et surtout la partie antique de la Description de l’Egypte, qui demeure encore un livre de référence, donnent naissance à une nouvelle discipline : l’égyptologie, ou étude de l’Egypte ancienne.

Outre les antiquités, les savants traitent de nombreux sujets. Une enquête, intégrée au relevé de la carte de l’Egypte, leur demande de noter le nom arabe des localités visitées, de dénombrer les habitants et les familles, de décrire les occupations des villageois et des citadins. D’autres membres de l’expédition partagent puis évoquent la vie des nomades du désert. Les médecins font l’inventaire des maladies rencontrées dans le pays. Les botanistes classifient et dessinent les plantes sauvages et les plantes cultivées. Les minéralogistes étudient les roches et les pétrifications. La politique et l’économie sont également passées au crible. Ces travaux sont exposés par les savants à l’institut d’Egypte, fondé en 1798 par Bonaparte sur le modèle français.