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La fin de règne

jeudi 1er août 2013

La fin de règne

1789/1792. 3 années de descente aux enfers. Louis XVI ne parvient pas à incarner le roi constitutionnel qui aurait pu le sauver. Dès le lendemain de la fuite à Varennes, l’idée de république fait son chemin. Inexorablement.

L’attitude de Louis XVI, ses réponses aux événements, sa personnalité, tiennent une place cruciale dans l’enchaînement des faits qui l’ont conduit de la cour de Versailles à la tour du Temple. Restaurateur de la liberté française, tel est le titre que l’Assemblée nationale décerne au roi le 13 août 1789. Les députés se rendent au château pour en informer le souverain, puis on chante un Te Deum . L’Assemblée peut se permettre une telle manifestation d’égards pour le roi, sans pour autant prendre un grand risque politique. Les députés sont maîtres du jeu depuis que, le 17 juillet, Louis XVI est venu à Paris approuver les conséquences de la journée révolutionnaire du 14 et placer une cocarde tricolore sur son couvre-chef. 2 questions se posent alors. Quel est le pouvoir réel de Louis XVI ? Quels seront ses pouvoirs dans la future Constitution du royaume ? Le double enjeu se concentre d’abord sur les limites du droit de veto. A l’occasion de ces débats, commencent à se former les tendances politiques parmi les députés, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en fonction de l’importance qu’ils veulent concéder au souverain dans la Constitution. Le 11 septembre, l’Assemblée lui accorde le droit de refuser une loi pendant 2 législatures, c’est-à-dire 4 ans. C’est le veto suspensif. Dans l’immédiat, le sort des décisions capitales prises la nuit du 4 août et le 26 août restent juridiquement en suspens, puisqu’elles doivent être ratifiées par le roi pour avoir force légale. Or, début octobre, Louis XVI n’a toujours rien signé. Cette situation explique pour une part les fameuses Journées d’octobre, mouvement peut-être spontané au départ, dont certains meneurs prennent ensuite la tête. Necker déconseille à Louis XVI de résister militairement, comme il en a encore les moyens. Le roi accepte alors de signer les décrets consacrant les décisions prises la nuit du 4 août. Le principe d’égalité de tous devant la loi est entériné. Mais politiquement, c’est une nouvelle reculade.

Pendant ce temps, le peuple réclame de voir la reine, qui paraît au balcon. Des armes sont tournées vers elle. Aucun coup de feu n’est tiré. Une nouvelle revendication surgit. On exige que la famille royale s’installe à Paris. Il s’agit de soustraire le roi aux intrigues de l’aristocratie et de le mettre, ainsi que l’Assemblée qui doit le suivre, sous la dépendance des insurgés parisiens. Le roi s’incline. Le transfert à lieu dans l’après-midi du 6 octobre. Entre le 14 juillet et le 6 octobre, le véritable vainqueur des événements est le peuple de Paris. Il s’est imposé comme le moteur de l’action politique à la place de l’Assemblée. Désormais, le roi et les députés devront compter avec lui. Les Journées d’octobre mettent également fin aux espoirs des “monarchiens”, révolutionnaires modérés qui souhaitent établir une royauté constitutionnelle inspirée du modèle anglais.

A Rome, la cour du pape Pie VI peine à comprendre ce qui se passe à Paris. L’incompréhension redouble lorsqu’on apprend qu’un évêque, Mgr de Talleyrand-Périgord, a fait voter la nationalisation des biens de l’Eglise pour combler le déficit de l’Etat.

Qui va stabiliser la Révolution ? Le roi est l’enjeu de la partie, mais il n’a plus l’initiative. A la fin de l’année 1789, Mirabeau tente de prendre la main. Aussitôt, l’Assemblée s’en inquiète et décrète, le 7 novembre, qu’aucun député ne pourra devenir ministre pendant la durée de la session. C’est une manière de lui barrer l’accès au pouvoir. Mais la mesure ne peut empêcher son influence de s’accroître. Le débat sur la question du droit de paix et de guerre, qui occupe la Constituante au printemps de 1790, est un bon indice de l’ascendant qu’il prend à l’Assemblée. Le pouvoir législatif doit-il considérer que la diplomatie de la France est engagée par les liens familiaux de son souverain ? Qui, du roi ou de l’Assemblée, doit conduire la politique étrangère et, le cas échéant, voter la guerre ou la paix ? L’affaire est loin d’être secondaire. Elle révèle au contraire la part de sacralité que la Révolution entend laisser au roi. En effet, les compétences en matière diplomatique et militaire sont les manifestations les plus nettes du pouvoir monarchique. Mirabeau parvient à faire la synthèse, notamment contre l’opinion de Barnave, nettement moins favorable à la couronne. Le compromis est adopté à une large majorité. Le droit de guerre appartient à la nation. La déclaration de guerre par l’Assemblée ne peut intervenir qu’après une proposition formelle du roi. Les traités seront signés par le roi mais ratifiés par l’Assemblée.