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L’histoire pour le plaisir

Louis XIII

samedi 22 janvier 2022, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 11 novembre 2012).

Louis XIII (1601-1643)

Roi de France et de Navarre de 1610 à 1643

Louis XIII Roi de France et de Navarre de 1610 à 1643

Déclaré roi à la mort de son père Henri IV, le 14 mai 1610, sacré à Reims le 12 octobre 1614, année où il fut proclamé majeur, Louis XIII est élevé par Gilles de Souvré , Françoise de Montglat et le médecin Jean Héroard . S’il aime la musique avec passion, comme la vénerie et la fauconnerie, il n’a que faire de l’histoire ou des mathématiques.

S’il aime la vie brutale et rude des campements militaires, il est souvent malade. Pudique, il est misogyne et la beauté de jeunes hommes comme Charles d’Albert, duc de Luynes, Henri Coiffier de Ruzé d’Effiat marquis de Cinq-Mars ou celle des frères Cadenet le trouble.

Personnage sévère et ombrageux, dont la personnalité tranchait avec celle de son père, le roi Henri IV. Pendant toute la minorité de Louis XIII, sa mère Marie de Médicis assure une régence désastreuse, secondée par le couple Concini. Le 12 juillet 1610, Concini entre au conseil des Finances et le 26 janvier 1611 Sully remet sa démission. Le 19 novembre 1612, Concini devient maréchal de France [1].

En octobre 1614, c’est la fin officielle de la régence de Marie de Médicis. En pratique, la reine mère gouverne cependant toujours, flanquées des Concini. Marie de Médicis mène une politique pro espagnole qui culmine avec le mariage de Louis XIII avec l’infante d’Espagne Anne d’Autriche.

En novembre 1615, Une partie des protestants se révolte. Le 28 novembre 1615 à lieu le mariage du roi avec Anne d’Autriche. Louis XIII finit enfin par se débarrasser de la tutelle de son encombrante mère et de ses séides Concini.

Très pieux il devait, en 1638, mettre la France sous la protection de la Vierge Marie et rédiger, avec son confesseur, le père Nicolas Caussin , un livre de prières, imbu de la grandeur royale, mais souffrant d’une affection chronique qui se traduisait par des crises de fièvre et de violents maux d’estomac, et sujet à des accès de mélancolie comme à des engouements passionnés, il se montra certes influençable pendant sa jeunesse, mais sut aussi tenir tête à sa mère et faire preuve de fermeté. En 1617, le jeune roi, conseillé par son confident, Charles d’Albert, duc de Luynes, congédia brusquement Concini, qu’il fit assassiner, et exila sa mère.

Mais ce coup de force ne fit que remplacer un favori par un autre ; Luynes, nommé connétable [2], accumulant titres et honneurs, se montra un médiocre ministre. À l’origine d’une politique de rapprochement avec les Habsbourgs [3], alors que ceux-ci travaillaient sans relâche à modifier l’équilibre européen en leur faveur, il poussa le roi à exiger la restitution des biens ecclésiastiques en Béarn, ce qui provoqua un nouveau soulèvement des huguenots, tout en excitant contre sa personne l’hostilité de la noblesse ; réunis derrière Marie de Médicis, les Grands livrèrent une courte lutte armée contre le pouvoir central, mais durent capituler aux Ponts-de-Cé [4], en août 1620.

Le duc de Luynes ayant trouvé la mort peu après le siège infructueux de Montauban en 1621, Louis XIII, décidé à participer davantage aux affaires de l’État, gouverna avec Nicolas Brûlart de Sillery et son fils, le marquis de Puisieux Pierre IV Brûlart de Sillery , ainsi qu’avec Charles 1er de La Vieuville , refusant dès lors de se lier à un seul ministre.

En 1624, dans l’espoir de reconquérir son influence politique, Marie de Médicis convainquit Louis XIII de faire entrer au Conseil le cardinal de Richelieu, qui jouissait d’une grande réputation malgré ses liens passés avec Concini. Louis XIII, éprouvant d’abord peu de sympathie pour le personnage, se laissa peu à peu convaincre par sa force de caractère et par sa volonté inlassablement réaffirmée de s’opposer à la maison d’Autriche ; il ne tarda pas à en faire son principal ministre avec lequel il poursuivit durant plus de 20 ans une politique visant à limiter les privilèges dont jouissaient les protestants depuis l’édit de Nantes [5], à affirmer l’autorité royale contre les Grands et à faire barrage à l’expansionnisme des Habsbourgs en Europe.

Le 19 octobre 1622 par l’Edit de Montpellier [6], modification de l’édit de Nantes. Extension de la liberté d’exercice de culte des Protestants. Diminution du nombre de leurs places de sûreté à 2, La Rochelle et Montauban. Si les droits des Protestants sont renforcés, ils en sortent affaiblis politiquement.

Richelieu revient en grâce. La reine mère ne lui pardonnera jamais d’avoir abandonné son parti. Elle cherchera dès lors à lui nuire par tous les moyens.

Avec l’assassinat de Concini en 1617, avec la “journée des Dupes” [7] le 11 novembre 1630, Louis XIII signifie à sa mère Marie de Médicis comme aux Grands et à l’Europe qu’il détient le pouvoir et que le cardinal de Richelieu ne l’exerce que par son bon vouloir, que parce qu’il met en œuvre une politique qui est la sienne. Richelieu lui-même en est parfaitement conscient puisqu’il affirme : “Les quatre pieds carré du cabinet du roi me sont plus difficiles à conquérir que tous les champs de bataille d’Europe.”

Avec Richelieu, Louis XIII forma une association très étroite, à tel point que l’on a parfois décrit, y compris à l’époque, le souverain comme un fantoche.

En fait, entre ces deux hommes, que lia vers la fin de leur vie une réelle affection, il y eut toujours un partage des responsabilités, et jamais le roi, extrêmement jaloux de ses prérogatives, ne se désintéressa de la gestion quotidienne du royaume, même s’il se consacrait plus particulièrement aux affaires militaires.

Les deux hommes partageaient une même conception de la grandeur de la France et des priorités qui s’imposaient dans le domaine politique : à l’intérieur, pacifier le pays, depuis trop longtemps en butte à l’agitation de la noblesse et continuellement menacé par la puissance des protestants, devenus un État dans l’État ; à l’extérieur, reprendre la lutte contre la maison d’Autriche.

Cette politique se concrétisa par la reprise de l’affrontement avec les protestants, qui s’acheva en 1628, après le siège de La Rochelle [8], auquel le roi avait personnellement participé. La reddition de la ville huguenote fut suivie de la promulgation de l’édit de grâce d’Alès [9] le 28 juin 1629, interdisant les assemblées politiques et supprimant les places de sûreté protestantes.

Après l’édit d’Alès, la cour et le pays sont partagés en deux partis. Le parti « dévot » avec Marie de Médicis, Anne d’Autriche et Gaston d’Orléans, farouchement anti-protestant et partisan d’une alliance avec les Habsbourgs pour éradiquer l’hérésie.

Le parti des « bons français » avec Richelieu, Parti qui refuse l’ingérence des questions religieuses dans les affaires de l’Etat et qui considère que les Habsbourgs sont beaucoup plus dangereux pour la France que les Protestants.

Pourtant, peu après ce qui était incontestablement un succès dû à la ténacité de son ministre, Louis XIII dut faire face à l’offensive d’une partie de la famille royale contre Richelieu. La journée des Dupes le 11 novembre 1630, pendant laquelle la cour crut le cardinal congédié, à la suite d’une violente altercation entre le roi et la reine mère, se termina par un triomphe éclatant du ministre ; son principal ennemi, le garde des Sceaux Michel de Marillac fut écarté, tandis que la reine était à nouveau contrainte à l’exil.

Peu après, Gaston d’Orléans, le frère du roi, d’autant plus indiscipliné que le couple royal n’avait toujours pas de descendance, tenta de soulever l’Orléanais puis se réfugia en Lorraine auprès du duc Charles IV , fidèle soutien des Habsbourgs. La réconciliation entre Louis XIII et son frère, déjà compromis dans la conspiration de Chalais en 1626, ne devait avoir lieu qu’en 1634. Enfin, l’exécution du duc de Montmorency Henri II De Montmorency en 1632, qui avait tenté de soulever le Languedoc, manifesta encore une fois la détermination de Louis XIII et de Richelieu à affirmer l’autorité royale contre toutes les velléités d’opposition. L’édit interdisant les duels, dont la transgression par François de Montmorency-Bouteville , en 1627, avait provoqué son exécution, procédait de la même logique.

Si le projet de "rabaisser l’orgueil des Grands", consigné par Richelieu dans ses Mémoires, fut à peu près atteint à partir de cette époque, ce furent les affaires étrangères, avec l’internationalisation de la guerre de Trente Ans, qui accaparèrent désormais les affaires du gouvernement. Entre 1630 et 1635, la France, alliée à Gustave II Adolphe par le traité de Bärwalde de 1631 [10], lutta de manière indirecte contre les Habsbourgs, en soutenant la Suède protestante et en faisant quelques incursions armées dans les terres d’Empire, en Alsace, en Lorraine et en Italie du Nord ; mais, lorsque la Suède subit d’importants revers, l’affrontement direct contre l’Espagne apparut inévitable et Louis XIII prit personnellement la tête des opérations militaires.

La guerre, dont l’issue demeura incertaine jusqu’à la victoire de Condé à Rocroi en 1643 [11], imposa de lourds sacrifices au royaume : elle se traduisit par une augmentation du montant de la taille et, en matière administrative, par un renforcement du rôle des intendants.

Louis XIII, après la mort du cardinal de Richelieu en décembre 1642, ne change rien aux choix politiques faits par le cardinal. C’est que depuis avril 1624, date à laquelle le cardinal est rentré dans son Conseil, celui-ci n’a eu d’autres ennemis, comme il le dit sur son lit de mort, “que ceux de l’Eglise et de l’Etat”.

Le 14 mai 1643, le roi s’éteint. Son fils, le futur Louis XIV, n’a que 5 ans. D’une phrase, Louis XIII résume ce que fut son règne : “La France a bien fait voir qu’étant unie elle est invincible et que de son union dépend sa grandeur, comme sa ruine de sa division.”

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Jean-Christian Petitfils, Louis XIII, Paris, Perrin, 2008, 970 p. (ISBN 978-2-262-02385-0)

Notes

[1] Depuis la création du titre, en 1185, il y a eu 342 maréchaux de France. L’office de maréchal n’est devenu militaire que depuis le début du 13ème siècle. À son origine, le maréchal de France n’a qu’un rôle d’intendance sur les chevaux du roi. Son office devient militaire au début du 13ème siècle, tout en étant subordonné au connétable. Le premier à porter le titre de maréchal du roi de France avec une fonction militaire était Albéric Clément, seigneur de Mez, désigné par Philippe Auguste, en 1185. Après l’abolition de l’office de connétable par Richelieu en 1624, les maréchaux deviennent les chefs suprêmes de l’armée. Parfois le roi crée une charge de maréchal général des camps et armées du roi, qu’il confie au plus prestigieux de ses maréchaux. Outre leurs fonctions militaires, les maréchaux ont aussi la responsabilité du maintien de l’ordre dans les campagnes, par l’intermédiaire des prévôts des maréchaux, d’où l’appellation de « maréchaussée » donnée à l’ancêtre de la gendarmerie. Jusqu’en 1793, date de l’abolition de cette charge, il y eut 263 maréchaux de France.

[2] Le connétable sous l’Ancien Régime apparaît dès la dynastie mérovingienne. Son rôle se cantonnait à la gestion des écuries royales. Mais suite à l’effritement du pouvoir royal, ce dernier prend de l’ampleur envers tous les corps d’armée. Sous les Capétiens, le connétable de France est le « chef souverain des armées de France ».

[3] La maison de Habsbourg ou maison d’Autriche est une importante Maison souveraine d’Europe connue entre autres pour avoir fourni tous les empereurs du Saint Empire romain germanique entre 1452 et 1740, ainsi qu’une importante lignée de souverains d’Espagne et de l’empire d’Autriche, puis de la double monarchie austro-hongroise. La dynastie a pris le nom de « Maison de Habsbourg-Lorraine » depuis 1780.

[4] La bataille des Ponts-de-Cé, connue également sous le nom de Drôlerie des Ponts-de-Cé, est un conflit survenu, le 7 août 1620 au Ponts-de-Cé, entre les partisans du roi Louis XIII et ceux de sa mère, Marie de Médicis, que son fils avait écartée de la régence 3 ans plus tôt, et qui tentait de revenir au pouvoir.

[5] L’édit de Nantes est un édit de tolérance promulgué en avril 1598 par le roi de France Henri IV. Cet édit accordait notamment des droits de culte, des droits civils et des droits politiques aux protestants dans certaines parties du royaume et leur concédait, dans des annexes appelées « brevets », un certain nombre de lieux de refuge (dont environ 60 places de sûretés) et une indemnité annuelle à verser par les finances royales. La promulgation de cet édit mettait fin aux guerres de Religion qui avaient ravagé le royaume de France depuis 1562. La première version de l’édit, effectivement signée et scellée à Nantes, est perdue et n’est plus connue que par une copie conservée à la Bibliothèque de Genève. C’est donc la seconde version, toujours datée d’avril 1598 quoique probablement rédigée plus tard, qui constitue le texte authentique et qui fut adressée aux parlements pour enregistrement. L’édit de Nantes sera révoqué par Louis XIV en octobre 1685 dans un nouvel édit, l’édit de Fontainebleau.

[6] Le traité de Montpellier (également connu sous les noms de paix de Montpellier et édit de Montpellier) fut signé le 18 octobre 1622 à Montpellier entre le roi Louis XIII de France et le duc de Rohan, chef des forces huguenotes, pour mettre fin aux rébellions huguenotes.

[7] La journée des Dupes désigne les événements des dimanche 10 et lundi 11 novembre 1630 au cours desquels le roi de France Louis XIII réitère contre toute attente sa confiance à son ministre Richelieu, élimine ses adversaires politiques et contraint la reine mère Marie de Médicis à l’exil.

[8] Le siège de La Rochelle, ordonné par Louis XIII et commandé par le cardinal de Richelieu, principal ministre du roi, commence le 10 septembre 1627 et se termine par la capitulation de la cité, le 28 octobre 1628.

[9] La paix d’Alès (ou « édit de grâce », tirant son nom de la ville d’Alès, ou encore édit d’Alès) est un édit promulgué par le roi de France Louis XIII le 28 juin 1629, à la suite du siège d’Alès. La signature de l’édit intervient après la reddition de la Rochelle, dernière place de sûreté protestante en France, à l’issue d’un siège de plus d’un an qui s’achève en 1628, et après les sièges de Privas en mai 1629 et d’Alès le mois suivant, qui met fin aux tentatives de rébellion dans le bas-Vivarais.

[10] Le traité de Barwald ou traité de Bärwalde est un traité signé à Bärwalde entre les souverains de France (Louis XIII) et de Suède (Gustave-Adolphe), le 23 janvier 1631, durant la Guerre de Trente Ans. Cet acte diplomatique scelle une alliance militaire, commerciale et politique entre les deux pays. En effet, « il y aura une alliance pour la défense de leurs amis, pour la sauvegarde des mers Baltiques et Océanes, la liberté du commerce et la restitution des États opprimés du Saint Empire Romain ; et aussi afin que les forteresses et les fortifications qui ont été construites dans les ports et sur les plages de la Baltique et de la Mer Océane et dans les Grisons soient démolies et remises en l’état où elles se trouvaient avant les commencements de la présente guerre allemande ». Ce traité marque donc l’entrée larvée de la France dans le conflit européen (guerre de Trente Ans) : Louis XIII ne déclare pas directement la guerre au Saint Empire romain germanique, mais il soutient les ennemis des Habsbourg. Le traité a été l’initiative de Richelieu qui ne souhaitait pas faire engager les troupes françaises dans ce conflit mais laisser les autres le faire en leur apportant un soutien financier conséquent.

[11] La bataille de Rocroi a lieu le 19 mai 1643 pendant la guerre de Trente Ans. Elle met aux prises l’armée des Flandres, armée espagnole commandée par Francisco de Melo, qui assiégeait Rocroi, et l’armée de Picardie, armée française menée par Louis de Bourbon, duc d’Enghien (le futur Grand Condé). C’est une importante victoire française, qui marque la fin de la suprématie militaire des tercios espagnols et le début du renversement de l’équilibre des forces en Europe.