Bienvenu sur mon site historique. Bon surf

L’histoire pour le plaisir

Accueil du site > Histoire du 13ème siècle > Ladislas 1er le Bref dit Ladislas 1er le Nain

Ladislas 1er le Bref dit Ladislas 1er le Nain

mercredi 6 juin 2012, par ljallamion

Ladislas 1er le Bref dit Ladislas 1er le Nain (v.1261-1333)

Duc de Brześć et de Sieradz de 1288 à 1300 et de 1304 à 1333-Duc de Sandomierz de 1289 à 1292 et de 1305 à 1333-Régent du duché de Dobrzyń de 1293 à 1295-Duc de Łęczyca de 1294-1300 et de 1304 à 1333-Duc de Grande Pologne et de Poméranie de 1296 à 1300-Duc de Cracovie de 1306à 1333- Roi de Pologne de 1320 à 1333

3ème fils de Casimir 1er de Cujavie, en 1267, il devient duc des régions de Brześć Kujawski et de Dobrzyń nad Wisłą. Trop jeune pour régner, c’est sa mère, Euphrosyne d’Opole, qui assure la régence. De 1275 à 1288, il doit partager le pouvoir avec ses frères.

Ladislas a beaucoup de difficultés à imposer son autorité en Grande Pologne. Le brigandage est généralisé. Le camp des opposants à Ladislas est de plus en plus puissant, avec à sa tête l’évêque de Poznań, André Zaremba. L’archevêque Jakub Świnka, qui constate l’incapacité de Ladislas à gouverner efficacement, prend ses distances.

En juin 1298, à Kościan, Henri III de Głogów conclut un accord avec André Zaremba. En échange d’un soutien pour s’emparer de la Grande Pologne, de la Poméranie de Gdańsk et de la couronne de Pologne, Henri promet d’élargir les privilèges de l’Église et d’offrir le poste de chancelier du royaume à une personne du camp des opposants à Ladislas.

Durant la même période Venceslas II, devenu roi de Bohême en 1297, a aussi l’ambition de devenir roi de Pologne, Pour cela, il doit éliminer Ladislas, son adversaire le plus dangereux. En 1299, Ladislas doit de nouveau rendre un hommage de vassalité à Venceslas. En juillet 1300, sous le prétexte que Ladislas ne remplit pas ses devoirs de vassal, Venceslas II organise une expédition punitive. Ladislas réussit à s’enfuir et à quitter le pays alors que sa femme et ses enfants se cachent à Radziejów.

En 1304, Ladislas, disposant du soutien du Saint Empire et de la Hongrie, revient d’exil et s’empare de Wiślica et de Lelów. Ce retour triomphal aurait sans doute été de courte durée s’il n’a avait eu le décès de Venceslas II le 21 juin 1305. Continuant sur sa lancée, Ladislas s’empare avant la fin de l’année des duchés de Sandomierz, Sieradz, Łęczyca et Brześć. Il bénéficie une nouvelle fois de circonstances favorables lorsque Venceslas III, en route vers la Pologne à la tête d’une armée pour revendiquer la couronne, est assassiné à Olomouc le 4 août 1306. Sa mort est suivie d’une guerre civile en Bohême, laissant les mains libres à Ladislas. Ayant rallié à lui la majorité des chevaliers de Petite Pologne, il fait plier les patriciens de Cracovie et Jan Muskata, en accordant de nouveaux privilèges à la ville de Cracovie et à l’évêque.

Il s’installe au Wawel le 1er septembre 1306. Ses deux priorités sont de reprendre le contrôle de la Grande Pologne et de la Poméranie. En Grande Pologne, il ne réussit qu’à s’emparer de villes frontalières avec la Cujavie : Konin, Koło et Nakło. Le reste de la Grande Pologne est envahit par Henri III de Głogów. Fin 1306, à proximité de Tczew, Ladislas le Bref affronte l’armée du Brandebourg et s’empare de la Poméranie de Gdańsk qu’il confie à des gouverneurs.

En Poméranie, la bourgeoisie allemande de Tczew et de Gdańsk lorgne vers les margraves de Brandebourg alors que la noblesse polonaise des campagnes reste loyale à Ladislas le Bref. En août 1308, le Brandebourg, à l’appel de la bourgeoisie, envahit la Poméranie et assiège Gdańsk. Les Chevaliers teutoniques sont appelés à l’aide par les Polonais. Mais après avoir rejeté le Brandebourg, l’Ordre teutonique entend bien conserver la région pour l’intégrer à son État. Le 13 octobre 1308, les Teutoniques s’emparent de Gdańsk, massacrent les habitants polonais et conservent la ville. Ladislas ne contrôle plus que la partie méridionale de la Poméranie.

En février 1309, les Teutoniques s’emparent de Tczew. En avril, ils demandent aux Polonais de leur payer une forte rançon pour quitter la Poméranie de Gdańsk, ce que Ladislas refuse. La conquête de la Poméranie s’achève en septembre 1309, lorsque les Teutoniques s’emparent de Świecie après un siège de 2 mois. Le contrôle de la Poméranie permet aux Teutoniques de transférer leur capitale de Venise à la forteresse de Marienburg.

Si Ladislas le Bref ne s’est pas engagé plus activement dans la défense de la Poméranie, c’est parce qu’il devait faire face à une importante opposition intérieure en Petite Pologne, dirigée par Jan Muskata et par le maire de Cracovie.

Jean Muskata noue des contacts avec les deux grands ennemis de Ladislas : Bolko 1er d’Opole et Henri III de Głogów. En juin 1308, Jakub Świnka, l’archevêque de Gniezno, vient au secours de Ladislas en privant l’évêque de Cracovie de sa mitre, suite à un procès canonique. En janvier 1309, Ladislas fait arrêter Muskata et l’emprisonne pendant six mois avant de l’expulser de la région. Ce n’est qu’en 1317 qu’il sera autorisé à revenir suite à une intervention du pape Jean XXII.

En mai 1311, il doit affronter une tentative de coup d’état fomentée par la bourgeoisie allemande de Cracovie et de Sandomierz, et dirigée par Albert, le maire de Cracovie. Les mutins appellent Bolko 1er d’Opole à monter sur le trône. Les rebelles s’emparent de la ville mais pas du Wawel, défendu par les fidèles de Ladislas. On ne sait si Bolko intervient à titre personnel ou en tant que vassal du nouveau roi de Bohême Jean de Luxembourg. Ladislas écrase la mutinerie grâce à l’aide des Hongrois et Bolko doit fuir Cracovie en juin 1312. Ladislas sanctionne lourdement les meneurs et supprime de nombreux privilèges qui avaient été accordés à la ville.

La normalisation de la situation en Petite Pologne lui permet de se tourner vers la Grande Pologne. Après le décès d’Henri III de Głogów le 9 décembre 1309, son territoire est partagé entre ses 5 fils qui doivent affronter la chevalerie opposée au démembrement du duché. Au début 1314, une révolte éclate, sans doute inspirée par Ladislas. Les insurgés se rendent vite maître de toute la Grande Pologne, à l’exception de Poznań qui résiste. Ils appellent Ladislas à monter sur le trône. Ce n’est qu’en novembre 1314 qu’il obtient la réédition de Poznań. Il ne laisse aux enfants d’Henri III qu’un petit territoire situé sur l’Obra. Ayant réalisé la conquête de la Grande Pologne, il peut mener une politique étrangère plus active. En 1315, il conclut avec les monarchies scandinaves (Danemark, Suède et Norvège), le Mecklembourg et la Poméranie, une alliance dirigée contre le Brandebourg. La guerre éclate un an plus tard, mais n’a pour conséquence que la dévastation des zones frontalières.

À cette époque, il commence à manœuvrer pour obtenir que le pape autorise son couronnement en tant que roi de Pologne. Il est activement soutenu par l’Église polonaise, l’archevêque de Gniezno Borzysław, qui a succédé à Jakub Świnka en 1314, et l’évêque de Cujavie Gerward en tête. En 1318, Gerward est envoyé à Avignon par Ladislas. Gerward est sans doute l’auteur de la supplique de Sulejów qu’il remet à Jean XXII. Avant que Gerward ne quitte la Pologne, une assemblée générale des dignitaires de Pologne a eu lieu à Sulejów pour signer un document demandant au pape une couronne royale pour Ladislas. Le pape donne son accord le 20 août 1319.

Le 20 janvier 1320, il se fait couronner roi à Cracovie, dans la cathédrale du Wawel, par Janisław, le nouvel archevêque de Gniezno. Ce couronnement marque la reconstruction d’un royaume solide. Dans les faits, Ladislas est plus le roi de Cracovie que celui de la Pologne. Il a pu atteindre son objectif parce que Jean de Luxembourg, qui revendique aussi la couronne, doit faire face à beaucoup de difficultés intérieures en Bohême.

L’année 1320 est également cruciale pour Ladislas dans d’autres domaines. Le 14 avril 1320, à Inowrocław débute le premier procès, organisé par le Saint-Siège, opposant la Pologne et les Teutoniques au sujet de la Poméranie. Le pape Jean XXII a nommé Janisław, l’archevêque de Gniezno, comme juge. Le procès se termine le 9 février 1321 à Brześć Kujawski. Les Teutoniques sont condamnés à rendre la Poméranie à la Pologne et à payer un dédommagement. Ils ne se plient pas au verdict.

Toujours en 1320, Élisabeth, la fille de Ladislas, épouse Charles Robert de Hongrie, renforçant l’alliance entre les deux nations.

3 ans après sa conclusion, l’alliance entre la Pologne et la Hongrie est mise à contribution. Dans la Russie de Halych-Volodymyr, la dynastie issue de Roman de Halicz s’éteint, suite à la mort des 2 héritiers du trône qui affrontaient les Tatars. La Pologne et la Hongrie soutiennent avec succès un Piast de Mazovie, Boleslas, le fils de Trojden 1er de Czersk, qui s’empare du trône et prend le nom de Jerzy II pour diriger ce pays orthodoxe. C’est le début d’une influence grandissante de la Pologne dans la région, qui permettra son annexion par Casimir III le Grand.

En 1325, Ladislas conclut une alliance avec Gediminas, le grand-duc de Lituanie. Casimir III le Grand, le fils et successeur de Ladislas, épouse la fille de Gediminas. Le 10 février 1326, les armées polonaise et lituanienne lancent une offensive contre la Nouvelle Marche et s’emparent de la place forte de Międzyrzecz. La même année, Ladislas s’empare de la région de Wieluń, qui appartenait à Boleslas l’Aîné, un allié de la Bohême.

L’année suivante, il met sur pied une nouvelle expédition militaire, cette fois contre la Mazovie. L’objectif est de soumettre Wacław, le duc de Płock. Malgré la prise et l’incendie de Płock, la campagne est un échec. En effet, les Teutoniques, ensuite Jean du Luxembourg, alliés de la Mazovie, sont entrés dans la guerre. Alors que les Teutoniques repoussent Ladislas, Jean de Luxembourg assure sa domination sur une grande partie de la Silésie. Les ducs de Haute-Silésie lui rendent un hommage de vassalité à Opava, ce qui se traduit par la perte de la région pour la Pologne.

Toujours en 1327, il donne les duchés de Łęczyca et de Sieradz à ses neveux (Boleslas et Ladislas) et à Przemysł d’Inowrocław, en échange des régions stratégiques d’Inowrocław et de Dobrzyń nad Wisłą.

Au début de l’année 1329, les armées de Bohême et de l’Ordre teutonique partent en croisade, attaquent et s’emparent des places fortes les plus importantes de Lituanie. Au même moment, Ladislas commence à envahir les terres contrôlées par l’Ordre en Prusse. Les croisés se replient sur la Pologne et s’emparent de la région de Dobrzyń que Jean de Luxembourg offre aux Teutoniques. Ensuite, Waclaw de Płock est obligé de rendre un hommage de vassalité à Jean de Luxembourg. Le duché de Płock, qui jusque là avait réussi à se maintenir en dehors de la souveraineté polonaise, devient un fief de la Bohême. Les Teutoniques, profitant du fait que la Cujavie n’est pas prête pour la guerre, traversent la Vistule pour piller et incendier les villes de Włocławek, Raciąż et Przedecz.

Ne pouvant se battre sur deux fronts, Ladislas propose un armistice au Brandebourg. Celui-ci, confronté à une guerre civile, accepte.

En 1330, la guerre contre les Teutoniques reprend. Ceux-ci mènent des raids contre des villes de Cujavie et de Grande Pologne, mettant à sac Radziejów, Bydgoszcz et Nakło. En représailles, Ladislas, soutenu par les Lituaniens, traverse la Vistule et attaque la région de Chełmno. Une trève de sept mois est conclue le 18 octobre 1330. Malheureusement pour la Pologne, l’alliance avec la Lituanie se rompt suite à une querelle entre Ladislas et Gediminas.

En juillet 1331, les armées bohémienne et teutonique lancent une attaque conjointe contre la Grande Pologne et la Cujavie, les 2 armées devant se rejoindre à Kalisz. La ville de Gniezno est dévastée mais la cathédrale est épargnée. En septembre, les Teutoniques, commandés par Dietrich von Altenburg, arrivent aux portes de Kalisz. L’armée tchèque n’est pas là. Jean de Luxembourg, qui s’est arrêté en Silésie pour régler la succession du duché de Głogów, a du faire face à la résistance de Bolko II le Petit. Ne pouvant se permettre de laisser du temps à Ladislas, les Teutoniques décident d’envahir la Cujavie sans attendre l’arrivée des Tchèques.

La nuit du 23 au 24 septembre, le premier affrontement direct entre Polonais et Teutoniques se produit dans la région de Konin. 3 jours plus tard, dans la région de Radziejów, une armée polonaise de 5 000 hommes, avec à sa tête Ladislas et Casimir le Grand, tombe sur l’arrière-garde des Teutoniques. Profitant de l’effet de surprise, les Polonais gagnent la bataille et capturent Dietrich von Altenburg. L’affrontement final a lieu l’après-midi, près du village de Płowce. Les Polonais sont vainqueurs mais la bataille ne se termine pas. Pour une raison inconnue, une partie des Polonais, emmenés par le prince Casimir, quitte le champ de bataille. Profitant de la confusion, Dietrich von Altenburg s’évade et se replie avec ses troupes sur Toruń. Cette bataille a un grand impact psychologique sur les Polonais. Elle montre que les Teutoniques ne sont pas invincibles. Cette victoire montre aussi les limites de la puissance de Ladislas. Il peut repousser les offensives mais il est dans l’incapacité de reconquérir.

Peu de temps après, des négociations s’ouvrent avec les Teutoniques à Inowrocław mais elles n’aboutissent pas à un traité de paix. En 1332, l’Ordre teutonique, sous le commandement d’Othon von Luterberg, lance une nouvelle grande offensive militaire contre la Cujavie. Cette fois, les forces polonaises ne peuvent arrêter la marée teutonique. Le 20 avril 1332, après 2 semaines de siège, les Teutoniques s’emparent de Brześć Kujawski, la capitale de la Cujavie. Les 2 autres plus importantes places fortes de la région, Inowrocław et Gniewkowo, tombent aussi très vite dans leurs mains. Ladislas ne peut que constater la perte du duché qu’il avait hérité de son père. En août 1332, Jean de Luxembourg et Charles Robert sont appelés à être arbitres dans le conflit entre Polonais et Teutoniques. Le légat du pape impose un armistice qui laissent aux Teutoniques leurs conquêtes récentes, la région de Dobrzyń et la Cujavie. En janvier 1333, profitant de la mort de Przemko II, Ladislas envahit le petit duché de Kościan, appartenant aux ducs de Głogów, vassaux de Jean de Luxembourg. C’est sa dernière conquête.

Ladislas décède le 2 mars 1333 au château du Wawel, à Cracovie. Il laisse un royaume plus petit que celui qu’il a reçu lors de son couronnement en 1320. Il est inhumé dans la cathédrale du Wawel.