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Guillaume II de Villehardouin

mardi 22 mars 2022, par ljallamion

Guillaume II de Villehardouin (vers 1211-1278)

Prince d’Achaïe de 1246 à 1278

C’est sous son règne que la principauté d’Achaïe [1] atteint son apogée, mais aussi qu’elle amorça son déclin. Il fut le dernier prince d’Achaïe de la famille des Villehardouin.

Guillaume naquit au château familial de Kalamata [2]. Il était le dernier des enfants de Geoffroi 1er de Villehardouin et d’Elisabeth.

En tant que cadet, il reçut en apanage la baronnie de Kalamata. Son frère Geoffroy II succéda à leur père entre 1228 et 1230 ; Guillaume assurait la régence lorsque ce dernier s’absentait de la principauté.

Guillaume II de Villehardouin épouse en 1239 la fille de Narjot de Toucy , régent de l’Empire latin de Constantinople [3] de la Maison de Toucy [4].

Guillaume II devint prince d’Achaïe probablement en 1246 à la mort de son frère aîné. Il entreprit rapidement la conquête de la partie du Péloponnèse [5] restant encore aux mains des Grecs, au sud-est.

En 1248 il prit ainsi Monemvasia [6] et la Tsakonie [7], puis fit construire les forteresses de Mistra [8] et du Grand Magne [9] pour surveiller les tribus slaves du Taygète [10]. Probablement la même année, il reçut de l’empereur latin Baudouin II la suzeraineté sur le duché de Naxos [11] et sur les seigneuries de Négrepont [12] et de Tinos-Mykonos.

Durant l’hiver 1248-1249, il accueillit à Lacédémone [13] le duc Hugues IV de Bourgogne qui se rendait à la 7ème croisade organisée par Saint Louis. Il l’accompagna au printemps à Chypre [14] pour rejoindre les troupes royales, accompagné de 400 chevaliers, puis en Égypte. C’est à cette occasion qu’il aurait reçu du roi l’autorisation de battre monnaie sur le modèle de celle de France. Il ne repartit en Grèce qu’au printemps 1250, au moment du départ de Saint Louis pour Saint-Jean-d’Acre [15].

À partir de 1255, il entra en conflit avec une partie des seigneurs de Grèce centrale, dont les tierciers d’Eubée [16] et le duché d’Athènes [17], soutenus par Venise [18] et par certains de ses vassaux dont son neveu Geoffroy de Briel . Il réussit à imposer son autorité, notamment à la suite de sa victoire à la bataille du mont Karydi [19].

En 1258 il épousa à Arta [20] la fille de son allié le despote d’Épire [21] Michel II Doukas, Anne Ange Comnène ou Anna Comnène Doukaina .

Battu et capturé à la bataille de Pélagonia [22] fin septembre 1259, il resta prisonnier plusieurs années et dut finalement remettre aux Byzantins [23] les forteresses de Mistra, Monemvasia et du Magne en échange de sa liberté.

Revenu dans la principauté en 1262, il ne tarda pas à entrer à nouveau en conflit avec les Byzantins, qui envahirent l’Achaïe mais furent repoussés en 1263 à Prinitza [24] puis à Makryplagi [25].

Menacé par les Byzantins, il devint en 1267 vassal du roi angevin Charles 1er de Sicile, dans le cadre du traité de Viterbe [26].

En tant que vassal, Guillaume participa en 1268 à la bataille de Tagliacozzo [27] aux côtés de Charles, la chronique de Morée lui attribuant même le rôle décisif dans la victoire.

Cependant Philippe étant décédé avant son père en 1277, la principauté passa donc à Charles à la mort de Guillaume en 1278.

Guillaume II de Villehardouin était bilingue en français et grec ; deux chansons du manuscrit du Roi lui sont attribuées par certains auteurs. Il était amateur de littérature courtoise, mais aussi de tournoi.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de R.-J. Loenertz, Les Ghisi : dynastes vénitiens dans l’Archipel (1207-1390), Florence, Olschki, 1975

Notes

[1] La principauté d’Achaïe également écrit Achaye ou de Morée est une seigneurie fondée par Guillaume de Champlitte pendant la quatrième croisade (1202/1204). La principauté, s’étendant au départ sur tout le Péloponnèse, est vassale du royaume de Thessalonique jusqu’à la disparition de celui-ci, date à laquelle elle devient la principale puissance franque de la région. La bataille des îles Échinades en 1427 ouvre la voie à sa reconquête par les troupes byzantines. La Chronique de Morée relate la conquête franque et une partie de l’histoire de la principauté.

[2] Kalamata est une ville de Grèce située dans le sud du Péloponnèse, dans le district régional de Messénie dont c’est le chef-lieu. Située au fond du golfe de Messénie, au pied du Taygète, elle est la deuxième plus grande ville de la péninsule après Patras.

[3] L’Empire latin de Constantinople est un État éphémère fondé en avril 1204 sur le territoire de l’Empire byzantin à la suite de la quatrième croisade et la chute de Constantinople aux mains des Latins. Il dure jusqu’en 1261, année de la reconquête de la ville par Michel Paléologue, qui restaure l’Empire byzantin.

[4] La maison de Toucy est une famille noble du Moyen Âge dont le fief principal est Toucy à l’ouest d’Auxerre, dans l’Yonne actuelle et dans le duché de Bourgogne d’alors. Elle inclut deux régents de l’empire latin de Constantinople dont l’un est également amiral du royaume de Sicile, plusieurs évêques et autres personnages notables, et est alliée à la Maison de France, aux comtes de Bar qui amènent une alliance avec la Maison d’Angleterre.

[5] Le Péloponnèse est une péninsule grecque, qui couvre 21 379 km². Elle a donné son nom à la périphérie du même nom qui couvre une part importante de la péninsule, regroupant cinq des sept nomes modernes qui la divisent. Seuls deux nomes (l’Achaïe et l’Élide) situés au nord-ouest de celle-ci sont rattachés à la périphérie de Grèce-Occidentale.

[6] Monemvasia est une ville fortifiée de Grèce située au sud du Péloponnèse, sur la côte est du district régional de Laconie.

[7] La Tsakonie est une région de Grèce, centrée autour de villages sur la côte est de la Laconie : Leonídio, Agios Andréas et Prastos, leur capitale, brûlée par Ibrahim Pacha en 1826 au cours de la Guerre d’indépendance grecque et quasiment abandonnée. On y parlait jadis le tsakonien, langue redécouverte par Jean-Baptiste-Gaspard d’Ansse de Villoison. Sous l’Empire ottoman, les habitants jouissaient d’une certaine aisance et avaient une haute réputation de droiture.

[8] La cité de Mistra ou Mystrás est une ancienne cité de Morée (Péloponnèse) fondée par les Francs au 13ème siècle, près de l’antique Sparte. Elle est aujourd’hui en ruines. Mistra fut fondée en 1249 par Guillaume II de Villehardouin, alors prince d’Achaïe, qui cherchait à construire une forteresse sur les hauteurs du Taygète dans le but de protéger Sparte, alors lieu de résidence favori des Villehardouin. Fondée par les Francs, Mistra ne reste pas longtemps en leur possession. Fait prisonnier en 1259 à la Bataille de Pélagonia, Guillaume doit céder Mistra en même temps que d’autres forteresses à Michel VIII Paléologue, en guise de rançon. L’empereur fait alors de Mistra la capitale du Despotat de Morée, statut qu’elle conserve jusqu’à la chute de l’Empire byzantin. En 1348, l’empereur Jean VI Cantacuzène nomme son fils Manuel à la tête du despotat, marquant le début d’une période de prospérité, à la fois économique, mais surtout culturelle, pour la ville. Désormais, Mistra est gouvernée par les fils ou les frères des empereurs byzantins. Sous le despote Théodore, Mistra est la deuxième plus grande ville de l’Empire après Constantinople, et l’ancien palais de Guillaume II devient la deuxième résidence des empereurs.

[9] Le Magne est une péninsule grecque située dans le sud du Péloponnèse entre le golfe de Messénie à l’ouest et le golfe de Laconie à l’est. Le Magne correspond au prolongement vers le sud des Monts du Taygète, jusqu’au Ténare, qui forme sa pointe méridionale. Il est bordé au nord-est par la ville de Kalamata et ses deux principales localités sont Areópoli et Gýthio. Les habitants du Magne sont les Maniotes. L’ensemble du Magne constitue le territoire d’un évêché orthodoxe, la métropole du Magne.

[10] Le Taygète est une chaîne de montagnes grecque située dans le Péloponnèse.

[11] Le Duché de Naxos est un des États croisés fondés après la quatrième croisade sur des territoires byzantins. Il s’étendit sur une partie des Cyclades, îles de la mer Égée en Grèce. Il était centré sur Naxos, conquise en premier par Marco Sanudo. Le duché, fondé par des Vénitiens se plaça rapidement sous la suzeraineté de l’empereur latin de Constantinople. Le système féodal occidental fut surimposé au système byzantin. Les deux christianismes, catholique et orthodoxe, cohabitèrent ainsi. Le duché fut d’abord gouverné par la dynastie des Sanudi (13ème et 14ème siècles) puis par celle des Crispi (15ème et 16ème siècles). En 1537, l’attaque par Khayr ad-Din Barberousse soumit le duché à la suzeraineté ottomane faisant du duc un tributaire du Sultan. En 1566, le dernier duc italien, fonctionnaire ottoman, fut remplacé par Sélim II qui nomma Joseph Nassi. Celui-ci géra le duché jusqu’en 1579 ; après une période intermédiaire où le titre fut attribué à divers personnages, le duché fut dissous vers 1617.

[12] L’Eubée est la deuxième des îles grecques après la Crète par la superficie : elle est longue de 156 km pour 3 685 km². Située en mer Égée en face de l’Attique et de la Béotie, elle en est séparée par le détroit de l’Euripe. Avec l’île de Skyros, ainsi qu’une partie continentale (Anthidona et Avlida), l’île forme le district régional d’Eubée de la périphérie de Grèce-Centrale.

[13] Sparte ou Lacédémone est une ancienne ville grecque du Péloponnèse, perpétuée aujourd’hui par une ville moderne du même nom. Située sur l’Eurotas, dans la plaine de Laconie, entre le Taygète et le Parnon, elle est l’une des cités-États les plus puissantes de la Grèce antique, avec Athènes et Thèbes.

[14] L’île de Chypre, que les anciens Égyptiens nommaient « Alachia », les anciens Assyriens « Iatnana » et les Phéniciens « Enkomi », était dès l’Antiquité au carrefour d’importants courants commerciaux, assimilant au fil des siècles différentes cultures provenant de la Crète minoenne, de la Grèce mycénienne et de tout le pourtour du bassin Levantin ; son nom de « Kupros » signifie cuivre, en référence aux importants gisements de ce métal, qui assurèrent sa renommée et sa prospérité dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Chypre était aussi connue pour ses nombreuses épices et plantations. L’histoire de Chypre fut très mouvementée et l’île subit de nombreuses tutelles : hellénistique, romaine, byzantine, arabe, franque, vénitienne, ottomane et enfin britannique.

[15] Acre est une ville d’Israël, située au nord de la baie de Haïfa, sur un promontoire et dotée d’un port en eaux profondes. Acre est située à 152 km de Jérusalem et dépend administrativement du district nord. Cette ville côtière donne son nom à la plaine d’Acre qui comporte plusieurs villages. Son ancien port de commerce florissant dans l’Antiquité, est devenu une zone de pêche et de plaisance de moindre importance. Elle devient au 13ème siècle la capitale du Royaume de Jérusalem et le principal port de Terre sainte.

[16] Les seigneurs tierciers d’Eubée furent des co-seigneurs d’origine lombarde qui gouvernèrent l’île d’Eubée après sa conquête lors de la Quatrième croisade. Les Tierciers d’Eubée étaient intégrés à la société féodale franque en se reconnaissant vassaux de la Principauté de Morée. Tous trois figurent parmi les douze pairs mentionnés par les « Assises de Romanie ».

[17] Le duché d’Athènes était l’un des États des croisés mis en place en Grèce après la quatrième croisade au détriment de l’Empire byzantin. Le duché s’étendait sur l’Attique et la Béotie, mais il est difficile de restituer ses frontières avec précision. L’acropole d’Athènes était le symbole du pouvoir ducal, mais le centre réel du duché était la ville de Thèbes.

[18] La république de Venise, parfois surnommée « la Sérénissime », est une ancienne thalassocratie d’Italie, progressivement constituée au Moyen Âge autour de la cité de Venise, et qui s’est développée par l’annexion de territoires divers en Italie du Nord, le long des côtes de la mer Adriatique et en Méditerranée orientale : les « Domini di Terraferma », l’Istrie, la Dalmatie, les bouches de Cattaro, l’Albanie vénitienne, les îles Ioniennes, la Crète, l’Eubée, Chypre et d’autres îles grecques, jusqu’à devenir une des principales puissances économiques européennes.

[19] La bataille de Karydi est un affrontement armé qui clot la guerre de succession de Négrepont en 1258, une guerre civile entre la principauté d’Achaïe et ses vassaux les seigneurs terciers d’Eubée allié au duché d’Athènes et d’autres vassaux achéens. Elle se déroule près du mont Karydi, un col entre Athènes et Mégare. La principauté d’Achaïe y remporte une victoire décisive.

[20] Árta est une ville d’Épire en Grèce du nord. Elle est située, à 362 km d’Athènes, dans une boucle du fleuve Arachthos. La ville est dominée par sa forteresse du 13ème siècle : le frourion. Ses églises byzantines, dont l’église de la Parigoritissa (Notre-Dame de la Consolation), datant de 1290 font, avec son pont du 17ème siècle, sa réputation touristique.

[21] Le despotat d’Épire est un des États successeurs de l’empire byzantin né après la quatrième croisade en Épire, une région qui s’étend sur la côte adriatique entre le sud de l’Albanie actuelle et le golfe de Corinthe. Le terme de despotat est formé sur celui de despote, qui désigne alors à la cour de Constantinople un membre de la famille impériale. Son équivalent le plus proche est prince ; un despotat serait donc une principauté.

[22] La bataille de Pélagonia eu lieu en septembre 1259, entre l’empire de Nicée et une alliance entre la principauté d’Achaïe et le despotat d’Épire. Ce fut un événement décisif dans l’histoire du Proche-Orient, assurant la reconquête byzantine de Constantinople et la fin de l’Empire latin de Constantinople en 1261, et le début de la reconquête byzantine de la Grèce.

[23] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[24] La bataille de Prinitza se déroule en 1263 entre l’Empire byzantin qui cherche à s’emparer d’Andravida, la capitale de la principauté d’Achaïe et une petite force achéenne. Cette dernière lance une attaque surprise contre la force supérieure en nombre des Byzantins très confiants et parvient à la vaincre et à la disperser, sauvant ainsi la principauté de la conquête.

[25] La bataille de Makryplagi se déroule vers 1263-1264 entre l’Empire byzantin et la principauté d’Achaïe. Les Byzantins, affaiblis et démoralisés par la défection de nombreux mercenaires turcs passés au service de leur adversaire, essuient une lourde défaite qui, avec la défaite de Prinitza l’année précédente sonne le glas de la tentative de reconquête de la Morée.

[26] aux termes duquel le fils de Charles, Philippe, devait épouser la fille aînée de Guillaume, Isabelle, le couple devant théoriquement hériter de la principauté au détriment d’un éventuel héritier de Guillaume

[27] La bataille de Tagliacozzo opposa, le 23 août 1268, les prétendants au royaume de Sicile Charles d’Anjou et Conrad de Hohenstaufen. En dépit de son infériorité numérique, Charles remporta la victoire grâce à une feinte. La capture et l’exécution de Conradin mirent fin à la lignée des Hohenstaufen. La bataille permit à Charles de conserver le royaume jusqu’en mars 1282.