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L’histoire pour le plaisir

Boril

dimanche 31 octobre 2021, par ljallamion

Boril (mort après 1217)

Tsar de Bulgarie de 1207 à 1217

Fils d’une sœur des rois Ivan Asen 1er , Pierre IV de Bulgarie et Kaloyan et d’un boyard [1] nommé Strêz.

Après l’assassinat de Kaloyan le 8 octobre 1207 par le chef couman [2] Manastras lors du siège de Salonique [3], Boril, qui était sans doute impliqué dans la conspiration, monte sur le trône et épouse la femme de son prédécesseur elle aussi coumane.

Son autorité est immédiatement contestée. L’héritier légitime, le prince Jean Asen dit Ivan Asen II, et son frère Alexandre Asen passent le Danube [4], se réfugient en Principauté de Galicie-Volhynie [5] et commencent à intriguer contre lui. Un autre neveu de Kalojan, son cousin Alexis Slave , dans les Rhodopes [6] autour du mont Rila et un troisième parent du défunt Dobromir Strêz plus à l’ouest sur le Vardar [7] autour de la forteresse de Prosêk proclament leur indépendance. Cet affaiblissement de la monarchie profite aux Hongrois [8] et aux Serbes [9] qui détachent du royaume bulgare [10] les régions de Belgrade [11], Branitchevo et Nich [12].

Pour satisfaire ses boyards [13] et ses auxiliaires coumans, Boril reprend la politique de son prédécesseur contre l’Empire latin de Constantinople [14] et en mai 1208 il envahit la Thrace [15]. L’armée bulgaro-valaque et les Coumans sont écrasés le 31 juillet 1208 devant Philippopolis [16] par le nouvel empereur Henri de Hainaut. Alexis Slave dont la capitale était située à Tsépéna dans une vallée des Rhodopes sur un affluent de la haute Maritsa [17] se rend auprès de l’empereur latin à Krytzimos et le reconnaît comme son seigneur. Henri de Hainaut lui donne comme épouse une fille, sans doute illégitime.

Boril aux prises avec les Bogomiles [18] se rapproche du pape et, espérant stabiliser sa situation, il réunit le 11 février 1211 un synode connu sous le nom de synode de Boril mais il ne parvient pas à anéantir la secte qui soutient Ivan Asen II.

Pendant une campagne de l’empereur en Asie mineure [19], Boril tente d’envahir de nouveau le royaume de Thessalonique [20] mais il est vaincu dans la plaine de Monastir [21] pendant l’été 1211 par le régent Berthold de Katzenelbogen et Eustache le frère d’Henri de Hainaut alliés à Alexis Slav.

De son côté Dobromir Strêz qui s’était allié aux Grecs de Michel Ange-Comnène est également vaincu par les Latins. Le tsar Boril doit alors s’accorder avec l’empereur Henri de Hainaut qui, veuf, épouse sa fille. En 1217 le prétendant Ivan Asen II revient en Bulgarie appuyé par une armée russe et coumane et ne tarde pas à assiéger la capitale. La ville est prise, Boril, capturé, est aveuglé et relégué dans un monastère où il meurt.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Dimitrina Aslanian Histoire de la Bulgarie, de l’Antiquité à nos jours Trimontium, 2004 (ISBN 2951994613)

Notes

[1] Les mots français boyard ou boïer désignent l’aristocratie des pays orthodoxes non-grecs d’Europe de l’Est (dans les pays grecs, on parlait d’archontes). C’est une dénomination traditionnelle, antérieure à l’introduction, à partir du 17ème siècle, des titres aristocratiques occidentaux dans ces pays.

[2] Les Coumans désignent les Turcs kiptchaks (Kaptchaks ou Qiptchaqs) de la région du fleuve Kouban. Ils étaient appelés en russe Polovtses (« de couleur fauve »). Peuple turcophone semi-nomade, les Kiptchaks occupèrent un vaste territoire qui s’étendait du nord de la mer d’Aral jusqu’à la région au nord de la mer Noire. En 888, les Coumans, alors établis entre la Volga et le fleuve Oural, avaient chassé les Petchenègues de ces territoires. Au 11ème siècle, ils se répandirent sur la steppe pontique entre le Dniepr, le Don, la Volga et le fleuve Oural (Iaïk), puis ils ont occupé une partie de l’Ukraine actuelle au 12ème siècle en affrontant la Rus’ de Kiev. Au 11ème siècle, ils se sont répandus dans les territoires peuplés de Valaques, qui formeront plus tard la Moldavie, la Valachie et la Transylvanie. De là, ils continuèrent leurs campagnes dans l’Empire byzantin, dans le royaume de Hongrie, en Serbie et dans l’Empire bulgare, soit comme pillards, soit s’engageant comme mercenaires. La plus grande partie d’entre eux passa en Hongrie, où ils s’établirent dans la région appelée depuis Coumanie.

[3] Thessalonique ou Salonique est une ville de Grèce, chef-lieu du district régional du même nom, située au fond du golfe Thermaïque. Aujourd’hui, elle est la capitale de la périphérie (région) de Macédoine centrale en Macédoine grecque mais aussi celle du diocèse décentralisé de Macédoine-Thrace.

[4] Le Danube est le deuxième fleuve d’Europe par sa longueur (après la Volga qui coule entièrement en Russie). Il prend sa source dans la Forêt-Noire en Allemagne lorsque deux cours d’eau, la Brigach et la Breg, se rencontrent à Donaueschingen où le fleuve prend le nom de Danube. La longueur du Danube dépend du point de départ considéré : 2 852 km pour la confluence de Donaueschingen mais 3 019 km à partir de la source de la Breg. Il coule vers l’est et baigne plusieurs capitales de l’Europe centrale, orientale et méridionale

[5] La principauté (ou royaume) de Galicie-Volhynie, appelée aussi Galicie-Volhynie en français ou Rus’ de Halych-Volodymyr, a été un État de l’Europe orientale formé par l’union des principautés ruthènes de Galicie et Volhynie (dite aussi Lodomérie) à la fin du 12ème siècle. Outre son territoire proprement dit, la principauté étendait son influence sur ses vassaux : la principauté de Tourov et Pinsk et les principautés moldaves d’Onut, Soroca, Baïa et Bârlad. Elle fut l’État le plus puissant de l’Europe Orientale aux 13ème et 14ème siècles, et s’étendait du Boug au Wieprz.

[6] Les Rhodopes sont un massif montagneux des Balkans, situé dans le Sud-Ouest de la Bulgarie ne débordant qu’en Macédoine-Orientale-et-Thrace, dans le Nord-Est de la Grèce. Avec les massifs du Rila et du Pirin, il forme un même ensemble montagneux. Son plus haut sommet, le Goljam Perelik (2 191 m), est le septième sommet de Bulgarie par son altitude.

[7] Le Vardar est le plus long fleuve de la Macédoine géographique. Avec ses 388 km il traverse la République de Macédoine du Nord et le nord de la Grèce. La partie grecque du fleuve est longue de 87 km

[8] La Hongrie fut fondée à la fin du 9ème siècle par le prince et commandant militaire Árpád après la conquête du territoire. Son arrière-petit-fils Étienne 1er de Hongrie, en l’an 1000, convertit le pays au catholicisme. En 1526, après la bataille de Mohács, la Hongrie perdit sa souveraineté au profit de l’Empire ottoman de 1541 à 1699. Elle fut sous la tutelle des Habsbourg et, plus tard, elle fit partie de l’Empire austro-hongrois

[9] Parmi les tribus slaves en expansion à partir du 4ème siècle de notre ère, on trouve les Serbes blancs ou aujourd’hui Sorabes qui migrèrent d’abord vers l’ouest à travers la Pologne et la Tchéquie actuelles. Leurs descendants vivent aujourd’hui en Lusace, à l’est de l’Allemagne, plus exactement entre l’Elbe et la Saale, dans ce qui était jadis la Grande-Moravie. Cette région, s’appelle la « Serbie blanche », le blanc symbolisant l’ouest chez les Slaves. Au 7ème siècle, à l’époque de l’Empereur byzantin Héraclius, la majeure partie des serbes blancs migra en plusieurs vagues entre 610-641 vers la région centrale des Balkans où ils assimilèrent les Valaques et les Illyriens locaux, donnant ainsi naissance au peuple Serbe. Plusieurs principautés serbes furent fondées au 9ème siècle mais se disloquèrent à la fin du 12ème siècle. Le processus de christianisation fut engagé par les moines Cyrille et Méthode, qui évangélisèrent tous les peuples slaves, y compris les Serbes, et qui inventèrent l’alphabet cyrillique à partir des lettres grecques. Les premiers prénoms chrétiens, comme Stefan ou Petar firent alors leur apparition. La dynastie des Nemanjić, ou Némanides, qui régna sur la Serbie de 1170 à 1371 transforma l’État indépendant de Rascie (Raška) en un vaste empire.

[10] Le Second Empire bulgare est une ancienne monarchie médiévale des Balkans s’étendant non seulement sur l’actuelle Bulgarie (sauf le littoral) mais aussi sur l’Albanie, le sud de la Roumanie et de la Moldavie, le sud-ouest de l’Ukraine, la Macédoine du Nord, la Grèce septentrionale et la Serbie orientale.

[11] Belgrade est la capitale et la plus grande ville de Serbie. Belgrade est l’une des plus anciennes cités d’Europe, avec une histoire qui s’étend sur plus de 7 000 ans. Selon les historiens, on évalue la destruction de la ville entre 28 et 33 fois, sa position stratégique en Europe étant son bonheur et son malheur

[12] Niš est l’une des plus anciennes villes des Balkans et d’Europe ; les Thraces habitèrent le secteur à l’âge du fer ; les Triballes s’y installèrent puis, après l’invasion de 279 av. jc, la tribu celte des Scordiques. En 75 av. jc, la ville fut conquise par les Romains qui lui donnèrent le nom de Naissus. Trois empereurs y virent le jour : Constantin 1er, qui fut le premier empereur romain chrétien, Constance III et Justin 1er. Les Huns d’Attila la conquirent en 441, massacrant sa population. Au Moyen Âge, la ville devint byzantine, serbe, bulgare puis ottomane ; elle fut libérée de la présence turque en 1878 et fut alors intégrée au Royaume de Serbie.

[13] Les mots français boyard ou boïer désignent l’aristocratie des pays orthodoxes non-grecs d’Europe de l’Est (dans les pays grecs, on parlait d’archontes). C’est une dénomination traditionnelle, antérieure à l’introduction, à partir du 17ème siècle, des titres aristocratiques occidentaux dans ces pays.

[14] L’Empire latin de Constantinople est un État éphémère fondé en avril 1204 sur le territoire de l’Empire byzantin à la suite de la quatrième croisade et la chute de Constantinople aux mains des Latins. Il dure jusqu’en 1261, année de la reconquête de la ville par Michel Paléologue, qui restaure l’Empire byzantin.

[15] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[16] Plovdiv est la deuxième ville de Bulgarie, chef-lieu de l’oblast de Plovdiv et unique territoire de l’opština Plovdiv-Grad, sur la Maritsa. En 342 av. jc, elle fut conquise par Philippe II de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, qui la renomma Philippopolis. Plus tard, elle devint indépendante dans le cadre des royaumes thraces, jusqu’à son intégration à l’Empire romain, sous lequel elle fut appelée Trimontium (ville des trois collines). Elle devint alors la capitale de la province de Thrace (Thracia). Trimontium était un carrefour important dans l’Empire romain. Les Slaves s’installèrent dans la région au milieu du 6ème siècle. Plovdiv devint bulgare pour la première fois en 815. Au cours des siècles, elle passa successivement entre les mains des Byzantins et des Bulgares, avant que la ville soit conquise par l’empire ottoman en 1364. Le nom « Plovdiv » apparaît pour la première fois au 15ème siècle et dérive d’un des noms antiques de la ville, « Pulpudeva », connue par les Slaves d’abord comme « Păldin »

[17] La Maritsa ou Maritza, ou l’Évros ou l’antique Hèbre, ou Mériç, est un fleuve de la péninsule balkanique arrosant la Bulgarie avant de servir de frontière entre la Grèce et la Turquie d’Europe.

[18] Le bogomilisme était un mouvement chrétien hétérodoxe né au 10ème siècle, aujourd’hui disparu dont le nom vient du prêtre bulgare Bogomil. Il s’est développé en Bulgarie, puis en Serbie et ensuite en Bosnie, influençant une grande partie des Balkans. Les empereurs byzantins eurent une attitude ambiguë à son égard, parfois le réprimant, parfois l’utilisant à leur profit. Inspiré par les gnostiques chrétiens et le manichéisme, il fut considéré comme une hérésie par l’Église catholique et par l’Église orthodoxe qui l’ont violemment combattu.

[19] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[20] Le royaume de Thessalonique est l’un des États latins qui apparurent après la conquête de Constantinople par les Croisés en 1204. Érigé autour de Thessalonique, qui avait été la deuxième ville en importance de l’empire byzantin, vassal de l’empire latin de Constantinople, son existence fut éphémère, se terminant vingt ans après sa création par la prise de la ville par le despote d’Épire, Théodore 1er l’Ange, et la création d’un « empire de Thessalonique » encore plus éphémère.

[21] Bitola est une municipalité et une ville du sud-ouest de la Macédoine du Nord. À la fin du 14ème siècle, les Turcs commencent à envahir les Balkans et prennent Bitola en 1382 qu’ils conserveront définitivement après la bataille de Kosovo Polje en 1389. Ils la rebaptisent Monastir et en font le chef-lieu d’un sandjak (district). Monastir devient un grand centre commercial, qui commerce surtout avec l’Albanie et la Grèce. La ville accueille un très grand nombre de Turcs et devient la troisième plus grande ville de l’Empire ottoman. Au 16ème siècle, Monastir accueille également une importante communauté juive, originaire d’Espagne et du Portugal, pays alors soumis à l’Inquisition. Alors que les Turcs et les Juifs s’installent dans la ville, les Slaves occupent surtout les villages alentour.