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Lucius Calpurnius Piso Caesoninus

jeudi 17 juin 2021, par ljallamion

Lucius Calpurnius Piso Caesoninus (consul en 58 av. jc) (105/101-

Homme politique romain-Consul en 58-Censeur en 50

Il fut le dernier beau-père de Jules César, par le mariage de sa fille Calpurnia et protecteur du philosophe épicurien [1] Philodème de Gadara.

On connaît surtout sa carrière entre 59 et 43, via des textes et la correspondance de Cicéron. Cicéron fut l’un de ses détracteurs les plus vifs, il convient donc de relativiser cette source. Dion Cassius, Appien et Plutarque apportent d’utiles indications.

Il appartenait à la branche des Pisones [2] de la gens plébéienne des Calpurnii [3]. Cette famille accumulait les charges depuis un premier Pison préteur en 211 av. jc. C’est après lui que les Pisones se scindèrent en Frugi et Caesonini. Il appartenait donc à une gens hautement impliquée dans la politique romaine, où l’on comptait nombre de préteurs [4] et de consuls.

Sa mère n’appartenait pas à ce milieu, elle provenait de la haute bourgeoisie de la colonie de Placentia [5] en Gaule Cisalpine [6] où son père était un riche homme d’affaires. On suppose que ce mariage avait pour but de fournir une vaste clientèle aux Pisones dans ces régions stratégiques en cours de romanisation.

En 59, Jules César épousa en quatrième et dernière noce sa fille Calpurnia, non sans polémique. Depuis cette date jusqu’à son assassinat de 44, César fut donc son gendre.

Après 43, les sources restent quasi muettes sur son sort. On ignore la date de son décès.

Il est un des rares de ses contemporains à avoir parcouru l’entièreté du cursus honorum : questure [7], édilité [8] en 64, préture en 61, consulat en 58, proconsulat [9] en Macédoine [10] de 57 à 55 et censure [11] en 50. Cela lui assura une très haute auctoritas [12] à la fin de sa carrière. Au moment où se déclenche la guerre civile entre César et Pompée en 49 [13], ils ne sont que 3 de ce rang au Sénat.

Le peu que nous en connaissons provient d’ouvrages où Cicéron règle ses comptes avec lui.

Durant les crises que traversait la république, Pison semble avoir toujours voulu jouer un rôle de conciliateur et ne prit jamais une position partisane. Qu’il fut le beau-père de César n’en fit pas un césarien. Il se retira de Rome au début de la guerre civile en 49 et demeura neutre.

Après l’assassinat de son gendre en mars 44, il organisa ses funérailles et s’occupa de son héritage testamentaire, non sans difficultés. Il soutint Marc Antoine dans sa politique conciliatrice des premiers mois puis s’en détacha lorsqu’il se radicalisa en juin.

En août 44, il fut le premier à ouvrir les hostilités au Sénat contre Antoine, par un discours qui fit grand bruit. Cicéron le suivit à partir de septembre avec ses Philippiques. Au printemps 43, alors qu’une nouvelle guerre civile s’annonçait, il tenta une ultime conciliation et fut envoyé par le Sénat en ambassade auprès d’Antoine qui assiégeait Decimus Junius Brutus à Modène [14]. Ce fut là la dernière intervention politique que mentionnent les sources.

Légaliste et exécuteur testamentaire de César, il se rapprocha alors de son fils adoptif et héritier, Octavien, futur Auguste. On ne sait s’il joua un rôle actif dans son ascension.

Les Pisones protégeaient depuis longtemps les lettres, en particulier les philosophes. Lucius respecta la tradition familiale et prit sous son aile un philosophe épicurien contemporain de renom, Philodème de Gadara, dont on a retrouvé la bibliothèque à Herculanum [15] dans une propriété dont on pense qu’elle appartenait à Lucius.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Benfehrat Y, Cives Epicurei. Les épicuriens et l’idée de monarchie à Rome et en Italie de Sylla à Octave, Bruxelles, éditions Latomus, 2005.

Notes

[1] L’épicurisme est une philosophie qui se vit : elle propose d’atteindre le bonheur en évitant tout ce qui peut troubler la quiétude ; le bonheur est alors défini comme l’absence de troubles (ataraxie). Philodème suit ce précepte, tout en assouplissant la règle et en étendant le champ d’application de cette philosophie à des domaines que le fondateur de l’école, Épicure, n’avait pas abordés ou tenait comme mineurs : l’esthétique, et notamment la musique, la politique.

[2] Les Calpurnii Piso sont des patriciens romains membres d’une branche de la gens des Calpurnii

[3] Les Calpurnii sont les membres d’une ancienne famille plébéienne romaine, la gens Calpurnia.

[4] Le préteur est un magistrat de la Rome antique. Il était de rang sénatorial, pouvait s’asseoir sur la chaise curule, et porter la toge prétexte. Il était assisté par 2 licteurs à l’intérieur de Rome, et 6 hors du pomerium de l’Urbs. Il était élu pour une durée de 1 an par les comices centuriates. La fonction de préteur fut créée vers 366 av. jc pour alléger la charge des consuls, en particulier dans le domaine de la justice. Le premier préteur élu fut le patricien Spurius Furius, le fils de Marcus Furius Camillu. Égal en pouvoir au consul, auquel il n’a pas de compte à rendre, le préteur prêtait le même serment, le même jour, et détenait le même pouvoir. À l’origine, il n’y en avait qu’un seul, le préteur urbain, auquel s’est ajouté vers 242 av. jc le préteur pérégrin qui était chargé de rendre la justice dans les affaires impliquant les étrangers. Cette figure permit le développement du ius gentium, véritable droit commercial, par contraste avec le ius civile applicable uniquement aux litiges entre citoyens romain. Pour recruter, pour former ou pour mener des armées au combat ; sur le terrain, le préteur n’est soumis à personne. Les préteurs ont aussi un rôle religieux, et doivent mener des occasions religieuses telles que sacrifices et des jeux. Ils remplissent d’autres fonctions diverses, comme l’investigation sur les subversions, la désignation de commissionnaires, et la distribution d’aides. Lors de la vacance du consulat, les préteurs, avant la création des consuls suffects, pouvaient remplacer les consuls : on parle alors de préteurs consulaires.

[5] Plaisance

[6] vallée du Pô

[7] Dans la Rome antique, les questeurs sont des magistrats romains annuels comptables des finances, responsables du règlement des dépenses et de l’encaissement des recettes publiques. Ils sont les gardiens du Trésor public, chargés des finances de l’armée et des provinces, en relation avec les consuls, les promagistrats et les publicains. Maintenue sous le Haut Empire avec son rôle comptable, cette fonction se réduit sous le Bas-Empire à une magistrature honorifique et coûteuse exercée uniquement à Rome.

[8] Les édiles étaient des magistrats de la Rome antique. Leur fonction primitive était liée à l’administration urbaine de Rome. L’édilité est intégrée au cursus honorum. En 365 av.jc, le Sénat crée deux nouveaux édiles, les édiles curules, qui sont eux recrutés parmi les patriciens. Ils furent mis en place parce que les deux édiles plébéiens refusaient d’étendre les ludi maximi à quatre jours au lieu de trois. L’édilité curule fut néanmoins ouverte rapidement aux plébéiens. Les deux édiles curules sont supérieurs aux deux édiles plébéiens : ils disposent de la chaise curule (les édiles plébéiens doivent se contenter du subsellium), de la toge prétexte, ils ont le ius edicendi, c’est-à-dire le pouvoir de publier des édits dans leurs domaines d’action. Au Sénat ils ont la préséance sur leurs collègues plébéiens.

[9] La fonction de proconsul dans la Rome antique correspond à la notion actuelle de gouverneur. Étymologiquement, ce terme vient du préfixe latin pro, à la place de, et consul. Le premier cas de proconsulat historiquement cité par Denys d’Halicarnasse date de 464 av. jc, lorsque Titus Quinctius Capitolinus Barbatus reçut le pouvoir de diriger une armée (imperium) pour aller au secours d’un consul assiégé. Il s’agit alors d’une solution improvisée sous la pression des événements. La fonction réapparaît avec l’agrandissement de la République romaine au 4ème siècle av. jc, lorsqu’un consul doit finir une campagne militaire ou doit gouverner un territoire au-delà de la durée normale de son mandat de consul (un an). Son pouvoir (imperium consulaire) est alors prolongé, en général pour une durée d’un an et toujours sur un territoire précis, le plus souvent une province. Le terme « proconsul » tient au fait que son titulaire exerçait un pouvoir consulaire ; cependant, tous les proconsuls n’étaient pas forcément d’anciens consuls.

[10] La province romaine de Macédoine s’étendait sur le nord de la Grèce actuelle. Elle englobait l’Albanie et la République de Macédoine actuelles. La province fut fondée en 146 av. jc. Elle succédait au royaume de Macédoine dont le dernier souverain, Andriscus, avait été défait en 148 av. jc par le général Q. Cæcilius Metellus. Cette province était sénatoriale gouvernée par un ancien préteur

[11] Le censeur est un magistrat romain. Deux censeurs sont élus tous les cinq ans parmi les anciens consuls par les comices centuriates. Le pouvoir des censeurs est absolu : aucun magistrat ne peut s’opposer à leurs décisions, seul un autre censeur qui leur succède peut les annuler. Après 18 mois de mandat, ils président une grande cérémonie de purification, le lustrum, à la suite de laquelle ils abdiquent. La censure est la seule magistrature romaine qui n’autorise pas la réélection. Les censeurs ne sont plus élus à partir de la dictature de Sylla, et leurs pouvoirs sont repris par les empereurs romains.

[12] crédit

[13] La guerre civile de César, appelée aussi guerre civile romaine de 49 av. J.-C. ou guerre civile entre César et Pompée, est un des derniers conflits intérieurs de la République romaine, et fait partie de la liste des nombreuses guerres civiles romaines. Elle a consisté en une série de heurts politiques et militaires entre Jules César, ses alliés politiques et ses légions d’une part, et la faction conservatrice du Sénat romain, appelée aussi optimates, épaulée par les légions de Pompée d’autre part.

[14] Modène est une ville italienne, chef-lieu de la province du même nom située en Emilie Romagne. La ville se situe sur la Via Emilia, route romaine qui relie Piacenza jusqu’à Rimini sur la côte Adriatique. Au cœur de la vallée du Pô, la ville est entourée de deux rivières, la Secchia et le Panaro qui sont deux affluents du Pô, le plus important fleuve du territoire italien. La ville s’élève à 34 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer, dans une zone complètement plate. Au sud de la province de Modène se trouve le parc régional de l’Appennino modenese, au cœur de la chaîne de montagne des Appennini.

[15] Herculanum était une ville romaine antique située dans la région italienne de Campanie, détruite par l’éruption du Vésuve de 79, conservée pendant des siècles dans une gangue volcanique et remise au jour à partir du 18ème siècle par les Bourbons qui régnaient sur Naples. L’origine d’Herculanum est liée à la figure mythique du demi-dieu Hercule. D’après la légende rapportée par Denys d’Halicarnasse, c’est lui qui a fondé la ville lors de son passage en Italie de retour d’Espagne avec les bœufs de Géryon. La région fit l’objet d’une active colonisation grecque, avec la prépondérance régionale de Cumes, fondée en 740 av. jc. La poussée étrusque vers le sud, marquée par la fondation de Capoue en 524 av. jc, se heurte à la présence grecque. La défaite étrusque de 474 contre la coalition de Cumes et de Hiéron de Syracuse fait passer Herculanum et Pompéi sous l’influence grecque, pour quelques décennies seulement. Vers 420 av. jc d’après Diodore de Sicile et Tite-Live, des montagnards samnites prennent le nom de Campaniens, s’emparent de Cumes et des cités de la baie de Naples, dont Herculanum et Pompéi, s’y installent à la place des anciens habitants et y exercent une influence durable. Avec l’expansion romaine vers la Campanie et les guerres samnites, Herculanum et Pompéi passent dans l’alliance romaine, qui se maintient lors des incursions en Italie de Pyrrhus et d’Hannibal. Mais malgré leur fidélité à Rome, les habitants d’Herculanum et de Pompéi se voient refuser le droit de cité romaine, ce qui les pousse à la révolte en 90 av. jc lors de la guerre sociale. En juin 89 av. jc, T. Didius, légat de Sylla, prend d’assaut Herculanum qui reçoit ensuite le peuplement de vétérans de Sylla. Si en 80 avant jc, Pompéi devient une colonie de droit romain, Herculanum a dû attendre la fin des années 30 avant notre ère pour obtenir le statut de municipe.