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Les Vendéens se soulèvent contre la Convention

dimanche 22 septembre 2013, par ljallamion

Les Vendéens se soulèvent contre la Convention

Exaspérées par le décret sur la levée de 300000 hommes voté par la Convention le 24 février 1793, comme par la Constitution civile du clergé qui heurte leurs croyances et par les difficultés économiques, les populations paysannes, soutenues par les nobles et par les prêtres réfractaires, constituent une armée qu’ils qualifient de “catholique et royale”. Cathelineau jurant de défendre sa foi plâtre de Caravanniez, Ecomusée de la Vendée Le 10 mars 1793, l’assemblée de la Convention crée le Tribunal révolutionnaire pour pourchasser les ennemis de la Révolution. Le même jour, un dimanche, commence dans tout le pays la levée en masse de 300.000 hommes en vertu du décret du 24 février. C’est l’étincelle qui va mettre le feu à la Vendée pour de longues années. Des registres sont ouverts dans chaque commune pour l’inscription des volontaires et si ceux-ci font défaut, les autorités se disposent à faire un tirage au sort parmi tous les jeunes hommes célibataires. Danton, le 31 janvier 1793, a proclamé devant la Convention le dogme des « frontières naturelles » : « Les limites de la France sont marquées par la nature. Nous les atteindrons dans leurs quatre points : à l’Océan, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées ». Cela sous-entend la conquête des Pays-Bas et de la Belgique. Les puissances européennes soucieuses d’équilibre ne peuvent pas le tolérer. Elles forment une coalition à l’instigation de l’Angleterre. C’est pour y faire face et suppléer au manque de combattants volontaires que la Convention organise une réquisition autoritaire. Le nombre d’appelés n’est pas très important au regard de la population totale (28 millions d’habitants) mais le principe de la réquisition révulse les paysans. Les refus de « tirer au sort » s’étendent des Flandres aux Pyrénées, de la Bourgogne à l’Orléanais et à la Vendée. Dans le Massif central, des zones entières échappent à l’autorité révolutionnaire. Mais le plus grave survient au sud de la Loire. Dans le bocage vendéen, les paysans sont déjà échaudés par la mort du roi et les mesures antireligieuses des révolutionnaires parisiens. Ils n’ont reçu d’autre instruction que les leçons de leur catéchisme, les conseils de leurs parents et l’expérience de la vie. Ils pratiquent leur religion comme le leur ont appris les disciples du père Louis-Marie Grignion de Monfort, décédé en 1716 et inhumé à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Au cours du siècle des Lumières, les Montfortains ont prêché de nombreuses missions au sud de la Loire et revivifié les pratiques religieuses dans ces régions alors qu’elles régressaient dans le reste de la France. La réquisition du 10 mars 1793 est l’étincelle qui embrase la région. Le jour même, les paysans se rebellent et assaillent les autorités municipales dans les Mauges, le Choletais, le bocage vendéen, le marais de Challans et le pays de Retz. Le lendemain se produit l’affreux massacre de Machecoul* (aujourd’hui Loire-Atlantique). Les habitants massacrent sauvagement des prêtres constitutionnels et 300 sympathisants de la Convention. C’est le début des guerres de Vendée. Les combattants sont des paysans, c’est-à-dire des gens du pays. La moitié sont des artisans, les autres des laboureurs ou des gens de la terre. Ils choisissent leurs chefs dans leurs rangs. Ainsi Jacques Cathelineau, colporteur voiturier au Pin-en-Mauges, Stofflet, garde-chasse des Colbert à Maulévrier. Mais ils manquent d’expérience militaire et les paysans vont bientôt quérir en complément des chefs plus expérimentés : d’Elbée, lieutenant de cavalerie, Charette, ancien officier de marine, Bonchamps, d’Autichamp, Lescure, Sapinaud, Talmond... Ces aristocrates se montrent au départ assez réticents à prendre la tête d’une armée de paysans mais ils ne tardent pas à faire la preuve de leur sincérité militante. Le plus hardi de ces chefs nobles est le jeune Henri du Vergier, comte de la Rochejaquelein âgé de 20 ans. Ce sous-lieutenant de cavalerie, issu d’une famille de haute noblesse, avertit ceux qui viennent le solliciter : « Allons chercher l’ennemi : si je recule, tuez-moi ; si j’avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi ». Armés de faux et de fourches, résolus et enthousiastes, les insurgés chassent les “Bleus*” (les soldats de la République étaient ainsi nommés en raison de leur uniforme) et rétablissent le culte catholique dans leurs villages. Le 19 mars, une colonne républicaine de 3000 hommes conduite par le général Marcé s’engage dans un défilé, au Pont-Charrault, près de Saint-Vincent. Attaqués depuis les hauteurs, les soldats se débandent et s’enfuient contre toute attente. La Convention prend le même jour un décret punissant de mort les personnes arborant la cocarde blanche du roi. Qu’à cela ne tienne, les Vendéens ont désormais le champ libre. Dans les villes de la région, à Beaupréau, à Vihiers, à Cholet le 17 mars, Chemillé le 11 avril, Bressuire le 12 mai, Thouars le 5, Fontenay le 25, Saumur le 9 juin, ils trouvent les fusils et les canons qui leur manquent. Prenant de l’assurance, ils constituent une « armée catholique et royale ». Cette armée est formée d’environ 40.000 hommes indisciplinés et sans expérience militaire à l’exception d’une dizaine de milliers d’anciens soldats. La plupart ne se privent pas de rentrer chez eux quand cela leur chante ou sitôt que le danger est passé. Cette armée va néanmoins aller de succès en succès jusqu’à conquérir Angers le 18 juin. Face à elle, il est vrai, les 40.000 à 70.000 Bleus n’ont dans l’ensemble guère plus d’expérience militaire. Ce sont pour la plupart des volontaires issus des différentes régions du pays. Cathelineau, le général en chef vendéen, échoue devant Nantes le 29 juin. Blessé, il est transporté à Saint-Florent et y meurt le 14 juillet 1793. D’Elbée le remplace comme généralissime. Le 14 août, « l’armée catholique et royale » défait les républicains dans la plaine de Luçon. En deux jours, plus de cent villages de l’Ouest se rebellent. Dès la fin du mois, 20.000 insurgés se rendent maîtres de la région et en excluent ou massacrent les républicains. Ils menacent de marcher sur Paris. Prenant la mesure du péril, la Convention envoie en Vendée 100.000 hommes, dont les invincibles « Mayençais », des soldats d’élite qui ont capitulé avec honneur à Mayence, sur le Rhin. Ils sont placés sous les ordres de Kléber et Haxo. Du 19 au 22 septembre, les royalistes remportent encore 5 victoires en 5 jours, à Torfou, le Pont-Barré, Montaigu, Clisson et Saint-Fulgent. Ils mettent les républicains en déroute. Mais les chefs vendéens commencent à se disputer. C’est ainsi que, le 17 octobre 1793, ils éprouvent à Cholet leur premier revers grave. En effet, 40.000 combattants sont cernés par trois armées républicaines et tentent sans succès de rompre l’enclercement. Le généralissime d’Elbée est grièvement blessé et doit se réfugier à Noirmoutier où il sera plus tard capturé et fusillé dans son fauteuil. Ses compagnons Bonchamps et Lescure sont blessés à mort. A l’instant de franchir le fleuve avec femmes et enfants, les Vendéens se demandent que faire des 5.000 prisonniers qui les embarrassent. L’idée de les exécuter se répand. C’est alors que Charles de Bonchamps âgé de 33 ans se soulève sur son lit de souffrances et dans un ultime soupir, lance, “Grâce aux prisonniers !” Respectueux de son dernier vœu, les Vendéens libèrent les malheureux. Parmi eux figure le père du sculpteur David d’Angers. En témoignage de reconnaissance pour le chef ennemi, l’artiste exécutera plus tard son tombeau dans l’église de Saint-Florent-le-Vieil* (Maine-et-Loire). Le 18 octobre 1793, 90.000 Vendéens, dont 40.000 combattants, traversent la Loire à Saint-Florent. Débute un long périple, la « virée de Galerne » . Henri de La Rochejaquelein, alors âgé de 21 ans, est élu généralissime. Il se dirige avec l’armée vers Laval. Il écrase les Bleus à Entrammes le 27 octobre. Puis l’armée, contre son avis, se dirige vers Granville dans l’espoir d’y trouver un secours anglais. C’est un échec. Au retour vers la Loire les républicains barrent la route. La Rochejaquelein ouvre le passage par 3 victoires, Pontorson, Dol et Antrain, entre les 20 et 22 novembre. Mais l’hiver, la malnutrition et la dysenterie déciment son armée. Beaucoup meurent sur la route. Les Vendéens passent à La Flèche le 2 décembre puis se dirigent vers Angers où ils subissent un échec le 4 décembre. Ils entament alors le chemin du retour vers l’est, dans des conditions encore plus éprouvantes qu’à l’aller. A Baugé, Kléber, qui garde la Loire, les repousse vers La Flèche. Le pont du Loir est coupé. La Rochejaquelein réussit néanmoins à passer à gué près du moulin de la Bruère. Il fait réparer le pont pour faire traverser son armée et repousse les Bleus. Quittant La Flèche le 10 décembre, les Vendéens arrivent au Mans où se livre une terrible bataille les 12 et 13 décembre. 15.000 Vendéens sont massacrés. Les rescapés s’enfuient vers l’ouest jusqu’à Laval puis se dirigent vers la Loire. À Ancenis, par manque de bateau, ils sont peu nombreux à pouvoir traverser avec leur généralissime. Les républicains les rejoignent et les exterminent à Savenay le 23 décembre. C’est la fin de la “Grande Armée Catholique et Royale”. Les paysans du bocage n’auront pas résisté plus de 9 mois.