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Louis de Rouvroy ou duc de Saint-Simon

vendredi 28 juillet 2017 (Date de rédaction antérieure : 18 juillet 2013).

Louis de Rouvroy ou duc de Saint-Simon (1675-1755)

Écrivain et mémorialiste français

Louis de Rouvroy ou duc de Saint-Simon Écrivain et mémorialiste français

Né à Paris, fils unique du second mariage du duc Claude , écuyer de Louis XIII devenu duc et pair.

Il fut tenu sur les fonds baptismaux par Louis XIV et Marie Thérèse en la chapelle du château de Versailles.

Frêle et seul, Louis reçoit une formation intellectuelle et morale supérieure à celle que recevait habituellement un jeune seigneur et reçoit de sa mère une éducation austère et soignée. Particulièrement attiré par l’histoire, il n’aime pas trop le métier des armes. Mais ne devant pas déroger à la règle, il participe à diverses campagnes de Louis XIV de 1692 à 1701.

Il vint très jeune à La Ferté-Vidame [1], où il fut souvent parrain de ses vassaux en l’église Saint Nicolas reconstruite par son père en 1659-1660.

Il est certain qu’il noua dans la région de solides attaches seigneuriales, familiales et religieuses qui ne se relâcheront pas tout au long de sa vie.

Il porta d’abord le titre de vidame [2] de Chartres, connut dès l’enfance le jeune duc de Chartres, qui fut ensuite le Régent, et pour qui il conçut la plus vive affection et entra à 16 ans dans les Mousquetaires [3].

Il participe en 1692 comme mousquetaire au siège de Namur  [4] , il a alors 17 ans. En 1693 il succéda à son père dans ses gouvernements de Blaye [5] et de Senlis [6] et son titre de duc et pair à dix-huit ans, L’année suivante, il est engagé dans la bataille de Neerwinden [7]. IL reçut une compagnie au régiment de Royal Roussillon,

Après la mort de son père, il sait qu’il faut consolider ses appuis à la cour. Il se marie donc en 1695 avec Marie Gabrielle de Durfort de Lorge , fille aînée du maréchal duc de Lorge qui le commanda pendant les campagnes du Rhin et dont la mère, née Frémont, vient d’une famille roturière, mais fournit une dot importante. Elle est la petite-nièce de Turenne et cousine du roi d’Angleterre Guillaume III d’Orange-Nassau.

Peu de temps après, Louis achète le régiment Royal-Carabiniers, et devient mestre de camp [8]. Ses responsabilités militaires passent pourtant au second plan face aux responsabilités de la pairie. Saint-Simon prend son nouveau rang très à cœur, et s’engage rapidement dans un grand procès contre le maréchal-duc de Luxembourg , qui veut faire modifier son rang parmi les pairs. Il s’indigne aussi du rang intermédiaire accordé aux bâtards de Louis XIV, le duc du Maine et le comte de Toulouse , qui les fait passer au-dessus des pairs immédiatement sous les princes du sang

En 1697, il mène une expédition en Alsace sous le commandement du maréchal de Choiseul . C’est son dernier séjour aux armées. Il supporte de plus en plus mal l’obligation qui lui est faite de passer 2 mois par an avec son régiment. D’ailleurs, le sien est réformé. Il n’est plus que mestre de camp à la suite, sous les ordres d’un simple gentilhomme.

En 1702, alors qu’il néglige son régiment pour la vie de Cour, il se voit dépassé pour une promotion par des officiers plus récents que lui dans leur grade. Parmi eux, le comte d’Ayen futur duc de Noailles , qui est, sa vie durant, l’ennemi juré du duc. Devant ce qu’il considère comme une injustice flagrante, Saint-Simon quitte l’armée prétextant des raisons de santé. Louis XIV lui tient longtemps rigueur de cette défection.

Bien que détesté par Louis XIV, en 1710 on lui a permis de s’établir à la cour de Versailles, où il s’est associé à Louis duc de Bourgogne, jusqu’à la mort du duc en 1712.

Alors qu’on le croit désœuvré et inoffensif, il passe son temps à épier les faits et gestes de la cour. Il arpente les corridors du pouvoir, compte les sourires et les sourcils froncés du roi, épie le va-et-vient des ministres, des maîtresses, des confesseurs, des favoris, recueille les souvenirs des vieux courtisans et écoute au besoin aux portes. C’est la nuit dans un cagibi qu’il consigne les événements mémorables de la journée.

La mort du Dauphin en 1711, celle du duc de Bourgogne en 1712 et celle de Louis XIV en 1715 vont profondément modifier l’existence de Saint-Simon.

C’est au duc d’Orléans qu’échoit la Régence. Bien que très différents, les hommes ont l’un vers l’autre une amitié très solide. Appartenant au Conseil de Régence, Saint-Simon est très déçu par la réalité du pouvoir.

Il s’opposa au système de Law [9], refusa de tremper dans les spéculations qui enrichirent tant de grands seigneurs, montra contre le parlement une hostilité souvent violente, s’efforça vainement de maintenir le Régent dans la politique de l’union avec l’Espagne et, après l’accession de cette puissance au traité de la quadruple alliance [10], accepta avec joie en 1721 l’ambassade extraordinaire en Espagne d’octobre à avril 1722 pendant laquelle il négocia le mariage de l’infante Marie Anne Victoire avec Louis XV et celui du prince des Asturies avec une fille du Régent Louise-Élisabeth d’Orléans .

En décembre 1723 la mort du Régent met fin à sa vie publique. Fleury et le duc de Bourbon lui font comprendre que sa présence à la cour n’était désormais plus indispensable.

Il se retire alors de la cour, tout en y gardant son appartement versaillais, sa vie durant, pour les cérémonies officielles et la commodité de ses enfants sur ses terres de La Ferté-Vidame pour poursuivre la rédaction de ses Mémoires et où il mène une vie de gentilhomme campagnard, véritablement soucieux des conditions de vie de ses paysans, et tentant de moderniser leurs techniques

Disposant à Paris d’une documentation sans cesse accrue environs 6 000 volumes et un cabinet de manuscrits dont une bonne partie se trouve conservée aux Archives Diplomatiques, il décida d’entreprendre la rédaction de ses mémoires.

Pendant les trente ans qui lui restent à vivre, plusieurs dizaines de milliers de pages sortiront de sa plume surchauffée. Il fera revivre, sous le règne de Louis XV dont il boude la cour, les règnes de Louis XIII et de Louis XIV.

L’immense manuscrit que sera ses « Mémoires » prend forme, il fut interrompu à la mort de sa femme, en janvier 1743, puis repris 6 mois plus tard. Une autre interruption le voit rédiger ce chef-d’œuvre qu’est le Parallèle des trois premiers rois bourbons en 1746, et ce n’est qu’en 1749 qu’il achève le manuscrit de 2854 pages, reliées en 11 portefeuilles à ses armes et destinées à une publication posthume.

Il meurt à Paris le 2 mars 1755. Conformément à son souhait, il fut enterré, avec son épouse, dans l’église de La Ferté-Vidame.

Les Mémoires achevées en 1753, furent, après la mort de leur auteur, confisquées avec d’autres papiers sur l’ordre de Louis XV contresigné par Choiseul au Ministère des Affaires Etrangères, où ils furent conservés depuis. Quelques privilégiés en eurent connaissance et en firent des extraits lus dans des salons parisiens puis publiés peu à peu. Leur première édition, incomplète, date de 1829-1830, et leur première édition complète de 1879-1928.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Imago Mundi/ Saint-Simon/ Le petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 1171

Notes

[1] La Ferté-Vidame est une commune française située dans le département d’Eure-et-Loir. En 1635 Claude de Rouvroy duc de St-Simon, favori de Louis XIII et Grand Louvetier, achète Beaussart, le château et la terre de la Ferté avec le titre de vidame, à la comtesse de Soissons (Anne de Montafié ?), créancière des derniers vidames. Il épouse Charlotte de L’Aubespine marquise de Ruffec, et leur fils Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, célèbre mémorialiste et ami du Régent, en hérite. En 1764, ils vendent La Ferté et la vidamie au financier Jean-Joseph de Laborde, qui doit céder La Ferté-Vidame au duc de Penthièvre (grand-père du roi Louis-Philippe, qui héritera du domaine) en 1784, tout en gardant le titre de dernier vidame de Chartres. Au cours de la Révolution française, la commune porta provisoirement le nom de La Ferté-les-Bois

[2] Un "vidame" désigne à l’origine celui qui mène l’armée d’un évêque et exerce au nom de celui-ci un certain nombre de droits féodaux. À l’époque moderne, le titre de vidame est intégré à la hiérarchie nobiliaire, et considéré comme équivalent à celui de vicomte. Certains titres de vidames étaient attachés à des fiefs, d’autres étaient héréditaires : les vidames de Chartres relèvent de la deuxième sorte, ils ne sont pas liés à une terre précise, même si sous l’Ancien Régime on les associe volontiers à la terre de La Ferté-Arnaud (devenue La Ferté-Vidame).

[3] Le mousquetaire est un fantassin armé d’un mousquet. Le corps des mousquetaires de la maison militaire du roi de France est créé en 1622 lorsque Louis XIII dote de mousquets, arme plus puissante que l’arquebuse, une compagnie de chevau-légers de la Garde, créée par Henri IV. Elle est connue sous le nom de Compagnie des Mousquetaires du Roi. De 1622 à 1629, les mousquetaires dépendent du capitaine-lieutenant des chevau-légers. Le premier occupant du poste en 1622 est Jean de Bérard de Montalet. En 1634, le roi le fait capitaine-lieutenant de la compagnie des mousquetaires, le titre de capitaine revenant à Louis XIII. Le commandement effectif est assuré par Jean-Armand du Peyrer, comte de Tréville. Ce corps est nommé d’abord Compagnie de Mousquetons du Roi, puis des Mousquetaires du Roi. Les mousquetaires sont recrutés uniquement parmi les gentilshommes ayant déjà servi dans les Gardes. L’accès aux mousquetaires, corps d’élite et de parade, proche du roi, représente une promotion. En quittant ses rangs, on est nommé enseigne ou lieutenant dans les Gardes ou officier dans les régiments. En l’absence d’école militaire, le passage sous les yeux du souverain permet de vérifier la compétence et la fidélité de chaque homme. Les mousquetaires sont d’abord des combattants à cheval, puis indifféremment à pied ou à cheval. Ils forment la garde habituelle du roi à l’extérieur, la garde à l’intérieur des appartements royaux étant assurée par les gardes du corps et des gardes suisses.

[4] Le siège de Namur est un épisode de la guerre de la Ligue d’Augsbourg au cours duquel les armées françaises commandées par Boufflers et Vauban assiègent pendant un mois la ville de Namur (alors dans les Pays-Bas espagnols). La ville finit par se rendre le 30 juin 1692.

[5] Blaye est une commune du Sud-Ouest de la France, située dans le département de la Gironde. Durant des siècles, Blaye fut un point de passage particulièrement commode pour qui venait du nord et se rendait à Bordeaux ou plus au sud, vers l’Espagne et le Portugal. Fortifié depuis l’antiquité, ce site d’une importance stratégique régionale avérée n’a été modernisé qu’à la fin du 17ème siècle, sous l’égide de Vauban. Au 17ème siècle, le gouvernorat en est confié au duc de Saint-Simon, favori de Louis XIII. Son fils, l’auteur des célèbres Mémoires, exerce cette fonction à sa suite, mais il la délègue à des lieutenants de roi, parfois issu de sa propre famille, et ne séjourne que deux fois à Blaye.

[6] Senlis est une commune française, sous-préfecture du département de l’Oise. Elle se situe sur la Nonette, entre les forêts de Chantilly et d’Ermenonville au sud, et d’Halatte au nord, à quarante kilomètres au nord de Paris.

[7] La bataille de Neerwinden ou de Landen eut lieu dans le cadre de la guerre de la Ligue d’Augsbourg le 29 juillet 1693 entre l’armée française sous le commandement du maréchal de Luxembourg et les forces alliées sous les ordres de Guillaume d’Orange.

[8] Mestre de camp est un grade militaire de l’Ancien Régime. Lorsque la charge de colonel général est supprimée en 1661 pour l’infanterie le mestre de camp prend le titre de colonel. Les régiments de cavalerie, qui par contre restent sous l’autorité d’un colonel général, sont commandés individuellement par des mestres de camp jusqu’à la Révolution. Comme celle de capitaine, la charge de mestre de camp est vénale, c’est-à-dire achetable et transmissible librement. En effet des riches familles étaient propriétaires de leur régiment et contribuaient à le financer. Cela était fort onéreux mais très prestigieux. Par conséquent, les enfants de la haute noblesse pouvaient accéder au grade à un âge très précoce et ainsi être en bonne position pour obtenir des promotions à l’ancienneté au grade de brigadier. Le grade de mestre de camp se manifestait par le port d’une paire d’épaulettes à franges dorées ou argentées. Le grade fut supprimé à la Révolution et remplacé par celui de colonel (de 1791 à 1793 et après 1803) et de chef de brigade (de 1793 à 1803).

[9] Le système de Law, imaginé par l’Écossais John Law en développant l’utilisation de papier-monnaie plutôt que d’espèces métalliques, et afin de faciliter le commerce et l’investissement, a été mis en place en France, sous la régence de Philippe d’Orléans, de 1716 à 1720, dans le but de liquider la dette laissée par Louis XIV.

[10] Le traité de Londres, signé le 2 août 1718, est également appelé traité de la Quadruple-Alliance en raison du nombre des parties en présence : le Royaume de France, la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et le Saint-Empire romain germanique. Ce traité a été voulu pour confirmer le traité d’Utrecht.