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Agnès de Poitou ou Agnès d’Aquitaine

jeudi 10 mars 2016 (Date de rédaction antérieure : 24 novembre 2011).

Agnès de Poitou ou Agnès d’Aquitaine (vers 1025-1077)

Fille de Guillaume V de Poitiers, duc d’Aquitaine et de sa 3ème épouse, Agnès de Bourgogne. Elle fut couronnée reine à Mayence en 1043 et, en novembre de la même année, elle épousa à Ingelheim [1] Henri III dit le Noir, empereur germanique. Tous 2 furent couronnés empereur et impératrice le 25 décembre 1046 à Rome. On peut penser qu’Agnès encouragea Henri dans sa conception religieuse de l’autorité, qu’elle soutint et même inspira son action dans sa politique de réforme religieuse.

Devenue veuve en 1056, elle assuma la régence du Saint Empire romain germanique jusqu’à la majorité de son fils Henri IV le Grand en 1062. Elle essaya bien au début de continuer la politique de son mari en s’appuyant surtout sur Hugues de Cluny et le pape Victor II. Ce dernier, en tant qu’évêque d’Eichstätt [2] et administrateur de l’Empire, faisait tout ce qu’il pouvait pour maintenir le pouvoir des Franconiens [3], issu de Conrad le Salique. Mais elle se heurta à des résistances considérables dans l’Empire, particulièrement en Saxe

Pourtant, le pouvoir dans l’Empire échappait de plus en plus aux mains de la maison salienne, puisque Agnès n’avait pas encore réussi à s’imposer politiquement. Dans l’Empire, biens et droits passaient des mains de la noblesse dans celles de l’Église impériale, ce qui affaiblissait le pouvoir des Brunonen [4] et des Billunger [5] et créait de sérieux problèmes en Saxe.

L’impératrice était bien forcée d’agir. Comme son autorité n’était pas aussi grande que celle d’Henri III, elle commença bientôt à s’attacher les nobles en leur concédant en fiefs des duchés, ce qui n’était pas possible sans leur accorder des droits seigneuriaux directs.

En 1061 les difficultés de la politique extérieure, entre autres le différend avec la Hongrie, contraignirent l’impératrice à se dessaisir aussi de la Bavière, qui était le dernier duché relevant encore directement de la maison royale et le plus important de l’Allemagne du Sud. Elle nomma duc le comte saxon Otto von Northeim , chef de guerre expérimenté. C’est à lui qu’incomberait désormais la défense du sud-est de l’Empire.

La même année, après la mort du pape Nicolas II et contrairement à la coutume, le Sacré Collège ne fit pas confirmer l’élection d’Alexandre II par le Saint Empire. L’aristocratie de Rome contesta l’élection et fit appel à Agnès, qui fit élire à Bâle l’antipape Honorius II. Le schisme dura peu, puisque Honorius fut désavoué par tous en 1064, mais encouragea la papauté dans sa réforme, ce qui conduira à la Querelle des Investitures [6].

Pendant la régence, les grands féodaux et les grands évêques du royaume d’Allemagne se révoltèrent et vont jusqu’à enlever en 1062 son fils Henri, roi des Romains. Après un voyage en France, elle se retira dans un couvent en Italie, d’où on l’appela en 1072 pour réconcilier le duc de Souabe Rodolphe de Rheinfelden avec son fils. Après avoir évité la guerre civile, elle se retira à nouveau et meurt à Rome.

Femme érudite, elle fit traduire les ouvrages de Constantin l’Africain, moine médecin de l’abbaye du Mont Cassin. Bien que femme, elle a dirigé l’un des plus grands empires européens, pendant presque 10 ans, mais sa régence a été une période de réformes ecclésiastiques et l’occasion pour le trône de Saint-Pierre de commencer à s’émanciper de la monarchie germanique, émancipation dans laquelle elle joua un rôle.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Francis Rapp, Le Saint-Empire romain germanique, d’Othon le Grand à Charles Quint, Point Histoire, Seuil, 2003, (ISBN 978-2-02-055527-2)

Notes

[1] Ingelheim am Rhein (sur le Rhin) est une ville allemande située sur la rive gauche du Rhin. Elle est la capitale du district de Mainz-Bingen dans l’État de Rhénanie-Palatinat. Au 8ème siècle Charlemagne fit édifier une résidence d’été, appelée le Kaiserpfalz, à Ingelheim.

[2] Le diocèse d’Eichstätt est un diocèse catholique d’Allemagne, situé en Haute Bavière. Il a son siège à la cathédrale Notre Dame de l’Assomption d’Eichstätt, et est suffragant de l’archidiocèse de Bamberg. Créé en 745, par Saint Boniface, l’évêque de Mayence, elle constitua une principauté ecclésiastique du Saint Empire romain germanique et resta suffragant de l’ancienne province ecclésiastique de Mayence, jusqu’en 1805.

[3] La dynastie franconienne, aussi appelée dynastie salienne, fut une dynastie du Haut Moyen Âge qui régna sur le Saint Empire romain germanique de 1027 à 1125. Elle doit son nom à ses origines dans le duché de Franconie. À la mort d’Henri II le Saint, dernier membre de la dynastie ottonienne, en 1024, la couronne de roi de Germanie, puis trois ans plus tard celle du Saint Empire, passe à Conrad II, premier empereur salien.

[4] Les Brunonides sont une famille noble de Saxe qui au 10ème et 11ème siècle détenait des domaines en Ostphalie (autour de Brunswick) et en Frise.

[5] Les Billung sont une famille de la noblesse saxonne au service de la dynastie ottonienne. Billung de Stubenskorn, né en 890 et décédé en 951 est au service d’Henri 1er l’Oiseleur, puis d’Othon 1er. Il est le père de Henri Billung, duc de Saxe sous le nom de Hermann 1er qui fonde avec son fils Bernard une seconde dynastie saxonne associée à la marche des Billung. Cette dynastie s’impose après la disparition des Ottoniens en 1024 jusqu’en 1106. Elle est représentée par des ducs de Saxe et des rois de Saxe.

[6] La querelle des Investitures est le conflit qui opposa la papauté et le Saint Empire romain germanique entre 1075 et 1122. Elle tire son nom de l’investiture des évêques. Au Moyen Âge, l’investiture est un acte par lequel une personne met une autre en possession d’une chose. Au 11ème siècle, les souverains estiment que le fait de confier à un évêque ou à un curé des biens matériels leur permet de choisir l’officiant et de lui accorder les investitures spirituelles. Cette mainmise du pouvoir temporel sur le pouvoir spirituel a comme conséquence une défaillance profonde du clergé, qui n’assure plus son rôle.