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Ambrogio Traversari ou Ambroise le Camaldule

jeudi 20 janvier 2022, par ljallamion

Ambrogio Traversari ou Ambroise le Camaldule (1386-1439)

Moine italien-Prieur général de l’ordre camaldule à partir de 1431-Théologien, hagiographe, et traducteur

Il est issu de l’illustre famille Traversari [1] de Ravenne [2]. À 14 ans, il entre au couvent Sainte-Marie-des-Anges [3], à Florence [4]. Il se fait rapidement connaître autant par sa piété que par ses dons intellectuels et son ardeur pour l’étude.

Le grec étant à l’honneur à Florence depuis que Manuel Chrysoloras l’y a enseigné, Ambrogio apprend rapidement cette langue dans les années suivantes, en autodidacte selon ses propres dires. Mais en 1406, le Grec Démétrios Scaranos se retire au couvent Sainte-Marie-des-Anges. Si apparemment il n’a pas été le professeur de grec d’Ambrogio, sa présence dans le même couvent n’a sûrement pas été étrangère à la parfaite maîtrise de cette langue à laquelle le jeune moine est parvenu.

Quant à Manuel Chrysoloras, Ambrogio le rencontre à l’occasion des deux séjours qu’il fait à Florence pendant l’été 1413 et en janvier-février 1414, et le vieux lettré byzantin est impressionné par la culture bilingue du jeune moine ; il lui adresse une longue lettre philosophique en grec sur le thème de l’amitié.

Ambrogio lui-même exprime dans ses lettres la plus grande considération pour Chrysoloras, et de l’émotion pour la bienveillance qu’il lui a témoignée ; en mars 1416, il demande à Francesco Barbaro de lui trouver une copie de l’Échelle du paradis de Jean Climaque , texte que Chrysoloras lui a conseillé de lire en grec et qu’il veut aussi traduire en latin.

Il faut aussi signaler sa proximité avec le riche érudit humaniste Niccolò Niccoli, grand collectionneur tant de livres que d’objets antiques, l’un des pivots des cercles humanistes de l’époque, qui lui ouvre sa bibliothèque et apprécie fort sa connaissance du grec. Traversari devient son collaborateur intellectuel et son conseiller spirituel, et leur étroite amitié dure jusqu’à la mort de Niccoli, veillé par Traversari, en 1437.

Dans une lettre de 1433, le moine affirme que le vieil humaniste le harcèle en permanence pour qu’il poursuive son activité de traducteur des Pères de l’Église grecque en latin. Traversari amène Niccoli à sa rapprocher du christianisme à la fin de sa vie, et à communier à nouveau ; inversement, Niccoli l’introduit à la culture humaniste et le met en relation suivie avec les cercles érudits de Florence, notamment Leonardo Bruni, et aussi Cosme de Médicis, mais également de Rome et de Venise [5].

En 1423, le pape Martin V envoie deux lettres, l’une au prieur du couvent Sainte-Marie-des-Anges, le Père Matteo, l’autre à Traversari lui-même, exprimant son soutien au grand développement des études patristiques [6] dans cet établissement, et tout particulièrement au travail de traduction des Pères grecs mené par Traversari.

Le pape a en vue les négociations qu’il mène alors avec l’Église grecque, début 1423, son légat Antoine de Massa est revenu de Constantinople [7] et rapporte avec lui plusieurs manuscrits grecs qui seront confiés à Traversari pour traduction.

En octobre 1431, le nouveau pape Eugène IV convoque un chapitre général de l’ordre camaldule [8], sous la présidence du cardinal protecteur de l’ordre, avec au programme un état des lieux de la corruption et la nécessité proclamée d’une réforme ; le prieur général, accusé de détournements, est arrêté, incarcéré et contraint à la démission ; Traversari est élu à sa place le 26 octobre avec le soutien du cardinal-protecteur et du pape Eugène IV lui-même, dont il va devenir un proche collaborateur.

Entre novembre 1431 et l’été 1434, il entreprend une grande tournée d’inspection et de réforme des établissements de l’ordre en Italie, dont il tient un journal en latin, intitulé “Hodœporicon ou Itinerarium”, qui ne sera publié que bien plus tard, en 1680, et deviendra le principal texte original légué par Traversari avec sa correspondance.

En 1435, Traversari est envoyé par le pape Eugène IV comme légat [9] auprès du concile de Bâle [10], où il défend avec intransigeance le principe de la primauté du pape, remise en cause par les évêques de ce concile. Il négocie aussi avec l’empereur Sigismond. Il joue un rôle important dans le transfert officiel du concile à Ferrare [11] le 18 septembre 1437, la raison invoquée étant d’accueillir les délégations des Églises orientales pour mettre fin au schisme entre l’Orient et l’Occident chrétiens.

Les Orientaux arrivent à Ferrare en mars 1438, et le concile est à nouveau transféré à Florence en janvier 1439 à cause d’une peste. C’est Ambrogio Traversari qui est chargé, avec Basile Bessarion, de rédiger le décret d’union des Églises qui est lu en grec et en latin, le 6 juillet 1439, dans la cathédrale Santa Maria del Fiore [12].

Il meurt 3 mois plus tard, à 53 ans, dans le couvent San Salvatore di Camaldoli de Florence, et alors qu’Eugène IV s’apprêtait paraît-il à le nommer cardinal. Son corps est transporté à l’ermitage de Camaldoli [13] où il est enseveli.

En dehors de son “Hodœporicon”, texte très important pour l’histoire de l’Italie de la Renaissance, il est l’auteur de 2 traités de théologie, l’un sur l’eucharistie, l’autre sur la procession du Saint-Esprit, point d’achoppement entre les Églises latine et grecque, de plusieurs vies de saints, et d’une importante correspondance.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Cécile Caby, « Culte monastique et fortune humaniste : Ambrogio Traversari, vir illuster de l’ordre camaldule », Mélanges de l’École française de Rome. Moyen Âge, vol. 108, n°1, 1996

Notes

[1] Les Traversari (ou domus Traversariorum, selon les chroniqueurs médiévaux) sont une famille noble italienne. La dynastie voit son histoire principalement liée à la ville de Ravenne qu’elle domina aux 12ème et 13ème siècles et fut rendue célèbre non seulement par des chevaliers, ducs et capitaines, mais aussi par des souveraines et reines, et par des prêtres, moines, évêques et saints. Des Traversari ont aussi été poètes, écrivains, peintres et musiciens. Saint Romuald, né en 952, était le fils du duc Sergio degli Onesti, de Ravenne, et de Traversara Traversari qui était la fille de Teodoro Traversari, fils de Paolo 1er Traversari ; il se fit moine bénédictin et fonda en 1012 la maison religieuse de Camaldoli qui donna son nom à l’ordre des Camaldules. L’étang Traversari créé à proximité est également historiquement important.

[2] Ravenne est une ville italienne de la province de Ravenne en Émilie-Romagne. Elle est considérée comme la capitale mondiale de la mosaïque. Ravenne fut une cité de première importance au tournant de l’Antiquité et du Moyen Âge. En 402, pendant le règne d’Honorius, elle fut, du fait de sa position stratégique plus favorable, élevée au rang de capitale de l’Empire romain d’Occident en lieu et place de Milan, trop exposée aux attaques terrestres des barbares. Son port de grande capacité, sur l’Adriatique, la mettait en communication aisée avec Constantinople, capitale de l’Empire romain d’Orient. La cité continua d’être le centre de l’Empire d’Occident jusqu’à la chute de celui-ci en 476. Elle devint alors la capitale du royaume d’Italie d’Odoacre, puis à partir de 493 celle du royaume des Ostrogoths, sous Théodoric le Grand, qui englobait l’Italie, la Rhétie, la Dalmatie et la Sicile. En 540, sous le règne de Justinien 1er, Ravenne fut conquise par le général de l’Empire d’orient Bélisaire ; elle fut ensuite reconquise par les Ostrogoths avant d’être à nouveau reprise par le général de l’Empire d’orient Narsès en 552. C’est pour contrer le danger né de l’invasion des Lombards en Italie à partir de 568, que Ravenne devint le siège de l’exarchat byzantin d’Italie, par décision de l’empereur Maurice. La concentration de tous les pouvoirs civils et militaires entre les mains de l’exarque, représentant personnel de l’empereur byzantin favorisa, à long terme, l’émancipation des territoires du nord de l’Italie vis-à-vis du pouvoir impérial. Ravenne fut prise en 752 par Aistolf, roi des Lombards. Deux ans après, Pépin le Bref, roi des Francs, la lui enleva et la donna au Saint-Siège.

[3] Le couvent Sainte-Marie-des-Anges est un ancien couvent de Florence, situé sur la via degli Alfani. Ayant été un des plus importants et des plus riches de Florence, il comprend d’importantes créations architecturales et picturales du 17ème siècle s’inspirant de la Renaissance italienne. Supprimé comme les autres lieux des ordres monastiques par Napoléon en 1808, sa destination devient communale. Ses bâtiments hébergent aujourd’hui la Faculté de Lettres et de Philosophie de l’Université de Florence.

[4] Florence est la huitième ville d’Italie par sa population, capitale de la région de Toscane et siège de la ville métropolitaine de Florence. Berceau de la Renaissance en Italie, capitale du royaume d’Italie entre 1865 et 1870

[5] Venise est une ville portuaire du nord-est de l’Italie, sur les rives de la mer Adriatique. Elle s’étend sur un ensemble de 121 petites îles séparées par un réseau de canaux et reliées par 435 ponts. Située au large de la lagune vénète, entre les estuaires du Pô et du Piave, Venise est renommée pour cette particularité, ainsi que pour son architecture et son patrimoine culturel

[6] La patristique est la discipline qui traite de la vie, de l’œuvre et de la doctrine des Pères de l’Église dans le christianisme ancien. Elle s’intéresse à l’ensemble de leurs écrits en matière de théologie, y compris leurs controverses avec les hérétiques ou encore leurs textes liturgiques. La patristique est à distinguer de la patrologie, qui ne concerne les Pères de l’Église que dans le domaine de la foi. La littérature patristique comprend de nombreux genres littéraires (commentaires, homélies, scolies, catenae, etc.) qui se fondent essentiellement sur la Bible, l’« autorité suprême » étudiée dans son sens littéral et historique mais surtout dans son sens spirituel, appelé allégorique. Elle s’appuie également sur l’analyse linguistique et va de pair avec l’histoire du christianisme et de ses dogmes.

[7] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[8] L’ordre camaldule ou ordre des Camaldules est un ordre monastique bénédictin de droit pontifical fondé par saint Romuald de Ravenne en 1012 à Camaldoli, frazione de Poppi, dans la haute vallée de l’Arno en Toscane (Italie), sous la règle de saint Benoît. Les moines camaldules allient la vie commune de travail et de l’office bénédictin à l’érémitisme. Ils portent l’habit blanc et la barbe pleine.

[9] Le légat apostolique ou plus communément légat du pape, ou légat pontifical, est un représentant extraordinaire du pape chargé d’une mission spécifique, généralement diplomatique. Il se distingue en cela du nonce apostolique qui est un ambassadeur permanent du Saint Siège auprès des gouvernements étrangers.

[10] Le 17ème concile œcuménique de l’Église catholique commence à Bâle le 23 juillet 1431. Transféré par Eugène IV à Ferrare en 1437 puis à Florence en 1439, il se termine à Rome en 1441.

[11] Ferrare est une ville italienne de la province de Ferrare en Émilie-Romagne. Située dans le delta du Pô sur le bras nommé Pô de Volano, la cité actuelle remonte au 14ème siècle, alors qu’elle était gouvernée par la famille d’Este. Sans héritier mâle, en 1597 Ferrare fut déclarée fief vacant par le pape Clément VIII. Par la Dévolution de 1598, la ville et son territoire, abandonnés par les Este passent sous le contrôle politique et administratif direct du Saint-Siège jusqu’à son intégration dans le Royaume de Sardaigne en 1859.

[12] La cathédrale Santa Maria del Fiore (Sainte Marie de la Fleur, baptisée ainsi en rapport au Lys de Florence ou le Duomo) est la cathédrale / dôme du 13ème siècle de l’archidiocèse de Florence à Florence en Toscane. Située piazza del Duomo dans le centre historique de Florence, elle est accolée au campanile de Giotto et face à la porte du Paradis du Baptistère Saint-Jean et à la Loggia del Bigallo. Avec son dôme de l’architecte Filippo Brunelleschi de 1436 (le plus grand du monde avec 45 mètres de diamètre) qui marque le début de l’architecture de la Renaissance

[13] Camaldoli est un écart (frazione) de la commune italienne de Poppi, de la province d’Arezzo, dans le massif forestier du Casentino, qui constitue un parc naturel. Ce lieu a été rendu célèbre par la fondation d’un ermitage, au début du 11ème siècle, par le moine bénédictin Romuald de Ravenne un établissement qui a été le foyer historique de la Congrégation bénédictine des camaldules (Congregatio Camaldulensium). Les camaldules se distinguent visuellement des autres bénédictins en portant un habit blanc (et non noir) et la barbe pleine.