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L’histoire pour le plaisir

Gabriel Naudé

mercredi 12 mai 2021, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 9 novembre 2012).

Gabriel Naudé (1600-1653)

Bibliothécaire

Gabriel Naudé Bibliothécaire

Il naît à Paris dans une famille relativement modeste. Son père Gilles Naudé possèdait un petit office au bureau des finances [1], sa mère Marguerite Descamin ne savait pas lire. Il possède en revanche un oncle, Pierre Nodé, qui s’est élevé grâce à l’Église, appartenant à l’ordre des Minimes [2], il préside plusieurs années le chapitre de Paris.

Il étudia successivement dans plusieurs collèges, cardinal-Lemoine [3], d’Harcourt [4], de Navarre [5] grâce au soutien de Gabriel de Guénégaud , trésorier de l’Épargne [6]. Il suit dans ce dernier collège les cours du sceptique Pierre Belurgey. Il lit les auteurs tant modernes qu’anciens, dit particulièrement apprécier Montaigne et Charron , et recopia de nombreux textes dans ses carnets. Il obtint le titre de maîtres ès arts, son entourage lui conseilla de tenter d’obtenir le titre de docteur en théologie, l’Église demeurant le meilleur moyen de s’établir socialement pour un jeune issu d’une famille modeste, mais Naudé choisit finalement la médecine. C’est au cours de ces études qu’il rencontra un jeune homme qui demeura son ami sa vie entière, Guy Patin.

Sa réputation s’établit rapidement. Sa très grande culture encyclopédique et son talent de bibliographe furent reconnus et il publia en 1620, à ses frais, Le “Marfore ou Discours contre les libelles”. Dans cet opuscule, il prend la défense du connétable de Luynes contre les pamphlets qui l’attaquent, sa très bonne connaissance des textes anciens lui permet d’utiliser de très nombreuses citations afin de s’opposer aux démagogues qui ruinent l’autorité du roi.

En 1622 Son goût pour les livres et les connaissances qu’il acquiert dans ce domaine, déterminent le président de Mesme [7] à lui confier la direction de sa bibliothèque privée, une des plus belles de l’époque, riche de 8000 volumes, dont de nombreux manuscrits latins et grecs.

Il préfère continuer ses études médicales, mais il rédige à l’intention du président, en 1627, “un célèbre Advis pour dresser une bibliothèque”, où il prône l’ouverture aux hommes de lettres d’une bibliothèque universelle rassemblant tous les ouvrages utiles à la communauté savante ; ces ouvrages seraient classés selon un ordre « naturel », qui en ferait un instrument d’invention.

Sa grande passion reste cependant les livres : toute sa vie, il recherchera les éditions rares et les livres audacieux, cataloguera et classera une énorme masse d’ouvrages. En 1628, le cardinal Giovanni Francesco Guidi di Bagno le choisit comme bibliothécaire et l’emmène à Rome. En 1633, il est nommé Médecin ordinaire de Louis XIII et part recevoir le titre de docteur à Padoue [8]. Après la mort du cardinal de Bagni, il devient bibliothécaire au service du cardinal Barberini.

Rappelé en 1642 par Richelieu peu avant la mort de celui-ci, il sera finalement attaché au service de Mazarin et constitua une bibliothèque qui est la base de l’actuelle bibliothèque Mazarine. Parcourant l’Europe pendant 10 ans, il aida Mazarin à la constitution de sa bibliothèque, ramenant plus de 40 000 volumes avec une grande partie de précieux manuscrits. Une grande partie de ces ouvrages sera malheureusement dispersée durant la Fronde.

En 1652, la reine Christine lui propose la direction de sa bibliothèque à Stockholm [9], mais sa santé délicate ne résiste pas aux rigueurs du climat suédois et il meurt sur le chemin du retour à l’âge de 53 ans.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Robert Damien, Bibliothèque et État. Naissance d’une raison politique dans la France du xviie siècle, Paris, Presses universitaires de France, 1995, 316 p. (ISBN 2-13-046694-X).

Notes

[1] En France, le bureau des Finances est une administration financière régionale d’Ancien Régime. Elle a connu de nombreuses modifications de structure entre 1577 et 1789.

[2] L’ordre des Minimes, c’est-à-dire « les tout petits », est un institut religieux d’ermites mendiants et pénitents fondé en 1436 par saint François de Paule, et approuvé en 1474 par les autorités ecclésiastiques. A l’exemple du fondateur, les prêtres et frères Minimes cherchent à vivre une vie de pénitence perpétuelle dans un grand dépouillement évangélique.

[3] Le collège du Cardinal-Lemoine est un « collège » (au sens du xive siècle), rattaché à l’université de Paris. Le cardinal Lemoine légat pontifical commença par fonder la chapelle qu’on appela l’autel des paresseux, proche du chœur dans la nef de Notre-Dame de Paris, et en 1303 il acheta aux Augustins l’emplacement qu’ils avaient occupé et y établit un collège qui fut nommé la maison du cardinal, prévu pour cent boursiers, rue Saint-Victor (un des murs jouxtait le collège des Bons-Enfants-Saint-Victor). Le cardinal mourut en 1313 et fut enterré dans la chapelle du collège. Ses parents augmentèrent par de nouveaux dons les revenus et le nombre des boursiers de ce collège qui fut alors appelé le collège du cardinal Lemoine. Au temps de la pré-renaissance, le collège du cardinal Lemoine, comme celui d’Harcourt ou de Sainte Barbe ou de Montaigu, avait pour fonction de former les étudiants préparant leur entrée dans la Faculté des Arts qui n’acceptait pas les moines mais à côté des clercs, admettait des laïcs auxquels elle interdisait le mariage. Les étudiants et les maîtres s’y répartissaient en quatre nations (France, Picardie, Normandie, Allemagne). Le collège du cardinal Lemoine recevait surtout les étudiants de la nation picarde. Les bâtiments furent réaménagés en 1757. En 1790, le collège fut supprimé et devint bien national.

[4] Le collège d’Harcourt est un collège de l’université de Paris, fondé en 1280 et fermé en 1793, et sis au 94, rue de la Harpe, à l’emplacement de l’actuel lycée Saint-Louis.

[5] Le collège de Navarre a été fondé en 1304 à Paris grâce à Jeanne Ire de Navarre. Épouse de Philippe le Bel, elle lègue son hôtel de la rue Saint André des Arts pour y établir un collège destiné à recevoir des étudiants de sa province. Supprimé à la Révolution, c’est dans les locaux désaffectés du collège de Navarre, rue de la Montagne Sainte-Geneviève et du collège de Boncourt que s’est installée l’École Polytechnique en 1804.

[6] La charge de trésorier de l’Épargne a été instituée sous l’Ancien Régime en France par le roi François 1er par lettres patentes du 18 mars 1523 pour recevoir les revenus du domaine royal et des impositions et contrôler les recettes et les dépenses de la monarchie.

[7] La famille de Mesmes est une ancienne famille originaire de la province du Béarn. Elle a donné à la France de nombreux grands commis de l’État

[8] Padoue est une ville italienne de la région de la Vénétie, située au nord de la péninsule dans la plaine du Pô, à 40 kilomètres de Venise, sur la rivière Bacchiglione. À partir de 1405 la ville fut sous la domination vénitienne. Durant une brève période, pendant la guerre de la Ligue de Cambrai en 1509, la ville changea de mains. Le 10 décembre 1508, les représentants de la papauté, de la France, du Saint Empire romain germanique et de Ferdinand II d’Aragon conclurent une alliance (la Ligue de Cambrai) contre la République. L’accord prévoyait le démembrement complet du territoire de Venise en Italie et son partage entre les signataires : l’empereur Maximilien 1er de Habsbourg devait recevoir Padoue, en plus de Vérone et d’autres territoires. En 1509, Padoue passa pendant quelques semaines sous le contrôle des partisans de l’Empire. Les troupes vénitiennes récupérèrent rapidement la ville qui fut défendue avec succès durant le siège de Padoue par les troupes impériales en 1509. Entre 1507 et 1544, Venise construisit à Padoue de nouveaux murs, agrémentés d’une série de portes monumentales.

[9] Stockholm est la capitale et la plus grande ville de Suède. Elle est le siège du gouvernement et du parlement suédois ainsi que le lieu de résidence officiel du roi. Située au bord de la mer Baltique, la ville est construite en partie sur plusieurs îles, à l’embouchure du lac Mälar, ce qui lui a valu, à l’instar d’autres cités européennes, son surnom de « Venise du Nord » Au 17ème siècle, Stockholm devient une ville européenne d’envergure. Entre 1610 et 1680, sa population est multipliée par six. Ladugårdslandet, maintenant appelé Östermalm ainsi que l’île de Kungsholmen sont alors rattachés à la ville. En 1628, le Vasa coule dans Stockholm. Peu après, sont instaurées des règles qui donnent à celle ci un monopole sur les échanges entre les négociants étrangers et les territoires scandinaves. À cette époque, sont bâtis nombre de châteaux et de palais, dont la maison de la noblesse (riddarhuset) et au 18ème siècle le palais royal.