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Yves de Chartres dit Saint Yves de Chartres

dimanche 16 janvier 2022, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 6 décembre 2011).

Yves de Chartres dit Saint Yves de Chartres (vers 1040-vers 1116)

Icône représentant Yves de ChartresFormé à l’école épiscopale de Beauvais [1], puis à l’abbaye du Bec [2], il eut comme maître Lanfranc et comme condisciple saint Anselme. En 1078, il devient prieur de Saint-Quentin de Beauvais [3] et 12 ans plus tard, le pape Urbain II l’appela à succéder à l’évêque Godefroy de Chartres, accusé de simonie [4].

Il combattit la cupidité des dignitaires ecclésiastiques et laïques de l’époque soutenu dans un premier temps par le roi Philippe 1er avant la répudiation de Berthe de Hollande en 1090. Des lors, il devint l’un des grands adversaires du roi et son remariage avec Bertrade de Montfort en 1092 n’arrangea pas leur relation. Sa dénonciation de l’adultère du roi, lui valut la prison au château d’ Hugues 1er du Puiset entre 1092 et 1093. Il fut acquitté lors d’un procès qui eut lieu 2 ans plus tard.

Il était réputé comme spécialiste du droit canonique. C’est la Querelle des Investitures [5] qui lui valut sa renommée. Le noyau de sa théorie est la distinction entre le temporel et le spirituel. Il soutient que l’investiture n’est pas un sacrement et peut être donnée par un laïc. Par la suite, il fait une distinction entre la consécration épiscopale avec remise de charge pastorale de guider tous les chrétiens du diocèse et d’autre part l’investiture temporelle. Cette distinction pouvait permettre au roi de ne pas passer par la remise de la crosse et de l’anneau.

Ses théories rencontrent l’opposition de son chapitre, soutenu par le roi Louis VI le Gros. Finalement une bulle papale donne raison à l’évêque de Chartres en 1114.

Il est l’auteur de trois collections canoniques importantes pour la scolastique et le droit canon du haut moyen âge.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de François-Olivier Touati, Yves de Chartres (1040-1116) : Aux origines de la révolution hospitalière médiévale, Paris, Les Indes savantes, 2017, 89 p. (ISBN 978-2-84654-479-5).

Notes

[1] Depuis qu’il a été érigé au 3ème siècle, le diocèse de Beauvais a connu plusieurs évêques. À l’occasion du concordat de 1801, le diocèse fut supprimé le 21 novembre 1801 et regroupé avec celui d’Amiens, mais, reconstitué le 6 octobre 1822, le diocèse est depuis la réforme des circonscriptions françaises de 2002 appelé « diocèse de Beauvais, de Noyon et de Senlis ».

[2] L’abbaye Notre-Dame du Bec est une abbaye catholique bénédictine faisant aujourd’hui partie de la congrégation de Sainte-Marie de Mont-Olivet et située au Bec-Hellouin, près de Brionne, dans le département de l’Eure. Elle a été fondée en 1034 par Herluin, chevalier du comte Gilbert de Brionne. Avec l’arrivée de l’Italien Lanfranc de Pavie, prieur et maître de l’école monastique, puis d’Anselme de Cantorbéry, le Bec devient l’un des principaux foyers de la vie intellectuelle du 11ème siècle : le futur pape Alexandre II y étudie vers 1050 ainsi que nombre de futurs légats et évêques.

[3] L’abbaye Saint-Quentin de Beauvais était une abbaye de chanoines réguliers fondée au 11ème siècle à Beauvais, dans le département de l’ Oise et supprimée à la Révolution française. C’est aujourd’hui l’hôtel de préfecture de l’Oise.

[4] La simonie est, pour les catholiques, l’achat et la vente de biens spirituels, tout particulièrement d’un sacrement et, par conséquent, d’une charge ecclésiastique.

[5] La querelle des Investitures est le conflit qui opposa la papauté et le Saint Empire romain germanique entre 1075 et 1122. Elle tire son nom de l’investiture des évêques. Au Moyen Âge, l’investiture est un acte par lequel une personne met une autre en possession d’une chose. Au 11ème siècle, les souverains estiment que le fait de confier à un évêque ou à un curé des biens matériels leur permet de choisir l’officiant et de lui accorder les investitures spirituelles. Cette mainmise du pouvoir temporel sur le pouvoir spirituel a comme conséquence une défaillance profonde du clergé, qui n’assure plus son rôle. La réforme grégorienne qui débute au milieu du 11ème siècle entend lutter contre les manquements du clergé à ses devoirs, ce qui incite le pape à vouloir le contrôler, au détriment du pouvoir politique. Les monarques du Saint Empire romain germanique, pour qui les évêques sont aussi des relais de l’autorité impériale, s’opposent alors à cette prétention. Après une lutte sans merci entre les empereurs et les papes, la querelle des Investitures aboutit à une victoire provisoire du spirituel sur le temporel.