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Eugène (usurpateur romain)

dimanche 19 avril 2020, par ljallamion

Eugène (usurpateur romain) (mort en 394)

Rhéteur et grammairien-Proclamé empereur romain en 392 contre Théodose 1er

Silique (petite monnaie romaine d'argent) représentant Eugène avec les insignes impériaux.Eugène professe la rhétorique [1] à Vienne [2]. Sa compétence est remarquée par le Franc Richomer. Celui-ci le recommande à son neveu, le général Arbogast, qui le nomme secrétaire dans l’administration de Valentinien II. Lorsque le jeune Valentinien II est trouvé mort dans sa chambre en mai 392, Arbogast craint d’être accusé de ce décès, l’usurpation du pouvoir est sa seule issue, mais ses origines franques lui interdisent l’accès au titre impérial. Il proclame donc Eugène au titre d’Auguste, en août 392, à Vienne ou à Lugdunum [3].

Dans un premier temps, Eugène cherche l’entente avec Théodose 1er, qui règne à Constantinople [4], comme en témoignent ses premières frappes monétaires et son envoi d’une ambassade, mais Théodose refuse ces propositions, probablement influencé par son épouse Aelia Galla, sœur de Valentinien II, et par le préfet du prétoire [5] Flavius Rufinus, qui déteste Arbogast.

En Italie même, l’évêque Ambroise de Milan, autorité morale de l’époque, lui refuse son soutien. En revanche le comte Gildon qui gère l’Afrique romaine [6], précédemment révolté contre Valentinien II, reprend ses livraisons de ravitaillements à Rome, mais ne le reconnaît pas comme empereur. Quand en novembre 392 ou en janvier 393, Théodose élève son fils Flavius Honorius au rang d’Auguste d’Occident, l’affrontement est inévitable.

Eugène et Arbogast assurent d’abord leurs arrières sur le limes [7] du Rhin par des accords de paix avec les Francs et les Alamans [8]. Début 393, ils marchent sur l’Italie avec une armée de fédérés francs et alamans.

À Milan [9], Ambroise persiste dans son attitude de refus ; mais l’aristocratie sénatoriale de Rome, dirigée par Quintus Aurelius Symmaque et Virius Nicomachus Flavianus, leur fait bon accueil, dans le contexte de réaction païenne face à l’interdiction du paganisme promulguée fin 392 par Théodose 1er. Eugène, chrétien modéré, rend aux sénateurs païens les biens qu’on leur avait confisqués, tout en laissant aux églises les biens pris aux temples. L’autel de la Victoire que Gratien avait fait enlever en 382 est replacé dans la Curie, tandis que se multiplient les cérémonies aux cultes anciens, un sénateur chrétien apostasie et des pamphlets circulent [10].

En Orient, Théodose prépare longuement son expédition et quitte Constantinople en mai 394, avec une armée commandée par Stilicon et Gaïnas, constituée en majorité de Wisigoths [11], renforcée de contingents de Huns [12]. La rencontre a lieu le 6 septembre 394, à la bataille de la rivière froide [13] près d’Aquilée [14]. Malgré un succès initial, Arbogast et Eugène sont trahis par la défection d’une unité franque et vaincus. Eugène est décapité, ou se suicide. Arbogast se donne la mort, ainsi que Virius Nicomachus Flavianus.

Cette bataille marque la fin des tentatives pour rétablir le paganisme dans l’Empire romain, qui se voit réunifié pour quelques mois sous le pouvoir de Théodose 1er, qui meurt peu après en janvier 395 à Milan.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de François Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs romains, édition Errance, 1995, (ISBN 2877722260).

Notes

[1] La rhétorique est d’abord l’art de l’éloquence. Elle a d’abord concerné la communication orale. La rhétorique traditionnelle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), la dispositio (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’elocutio (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments → style), l’actio (diction, gestes de l’orateur, etc.) et la memoria (procédés pour mémoriser le discours).

[2] Dauphiné

[3] Lyon

[4] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[5] Le préfet du prétoire (præfectus prætorio) est l’officier commandant la garde prétorienne à Rome, sous le Haut-Empire, et un haut fonctionnaire à la tête d’un groupe de provinces, la préfecture du prétoire, dans l’Antiquité tardive.

[6] L’Afrique ou Afrique proconsulaire, est une ancienne province romaine qui correspond à l’actuelle Tunisie, plus une partie de l’Algérie et de la Libye actuelle.

[7] Le limes est le nom donné par les historiens modernes aux systèmes de fortifications romains établis au long de certaines des frontières de l’empire. Le limes peut comporter deux significations :
- Dans le premier cas, le mot peut être considéré comme "frontière" ou "limite", avec comme équivalent la Grande Muraille de Chine ou plus tard la Ligne Maginot. Pour les Romains, ce terme signifie qu’il s’agit d’une barrière pour défendre l’intérieur de l’Empire romain. Dans le deuxième cas, ce terme peut signifier "chemin" ou "route", c’est-à-dire la voie qui mène vers des territoires nouvellement conquis ou à conquérir, comme par exemple le limes germanique sous Auguste, qui longe la rivière Lippe. Cette frontière était gardée par plusieurs places d’auxiliaires ou de légionnaires.

[8] Les Alamans ou Alémans étaient un ensemble de tribus germaniques établies d’abord sur le cours moyen et inférieur de l’Elbe puis le long du Main, où ils furent mentionnés pour la première fois par Dion Cassius en 213. Ces peuples avaient pour point commun de rivaliser avec les Francs, sans doute à l’origine un autre regroupement d’ethnies établies plus au nord sur la rive droite du Rhin. Le royaume alaman désigne le territoire des Alamans décrit à partir de 269.

[9] Milan est une ville d’Italie située au nord de la péninsule, à proximité des Alpes. Chef-lieu de la région Lombardie, située au milieu de la plaine du Pô.

[10] Carmen contra Flavianum

[11] Les Wisigoths entrent en Gaule, ruinée par les invasions des années 407/409. En 416 les Wisigoths et leur roi Wallia continuent leur invasion en Espagne, où ils sont envoyés à la solde de Rome pour combattre d’autres Barbares. Lorsque la paix avec les Romains fut conclue par le fœdus de 418, Honorius accorda aux Wisigoths des terres dans la province Aquitaine seconde. La sédentarisation en Aquitaine a lieu après la mort de Wallia. Les Wisigoths pénétrèrent en Espagne dès 414, comme fédérés de l’Empire romain. Le royaume des Wisigoths eut d’abord Toulouse comme capitale. Lorsque Clovis battit les Wisigoths à la bataille de Vouillé en 507, ces derniers ne conservent que la Septimanie, correspondant au Languedoc et une partie de la Provence avec l’aide des Ostrogoths. Les Wisigoths installèrent alors leur capitale à Tolède pour toute la suite. En 575 ils conquièrent le royaume des Suèves situé dans le nord du Portugal et la Galice. En 711 le royaume est conquis par les musulmans.

[12] Les Huns sont un ancien peuple nomade originaire de l’Asie centrale, dont la présence en Europe est attestée à partir du 4ème siècle et qui y établirent le vaste empire hunnique. L’origine des Huns est disputée. Les Huns ont joué un rôle important dans le cadre des grandes invasions qui contribuèrent à l’écroulement de l’Empire romain d’Occident. Sous le règne d’Attila, l’empire est unifié mais ne lui survit pas plus d’un an. Les descendants et successeurs des Huns occupent encore diverses parties de l’Europe de l’Est et d’Asie centrale entre les 4ème et 6ème siècles, et laissent encore quelques traces dans le Caucase jusqu’au début du 8ème siècle.

[13] bataille du Frigidus

[14] Aquilée est une commune de la province d’Udine dans la région du Frioul Vénétie julienne en Italie. Historiquement, la ville, fondée en 181 av.jc fut, à son apogée, une des villes les plus importantes de l’Empire romain. Aquilée a également été un centre religieux chrétien de premier plan, entre le 4ème siècle et le 15ème siècle, siège du patriarcat d’Aquilée.