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Constantin VII Porphyrogénète

vendredi 24 juin 2016

Constantin VII Porphyrogénète (905-959)

Empereur byzantin de 913 jusqu’à sa mort

Fils de l’empereur Léon VI le Sage et de sa maîtresse Zoé Carbonopsina . L’empereur n’ayant pas d’autre fils, il épouse Zoé, en quatrième mariage [1], en violation autant des règles de l’Église que du code de lois qu’il avait lui-même promulgué et qui prohibait toute union au-delà de la deuxième.

Pour l’Église orthodoxe, en effet, le premier mariage revêt un caractère sacré ; à la mort de l’épouse, un second mariage est autorisé afin de permettre la perpétuation de la famille ; le troisième et a fortiori le quatrième mariages sont considérés comme des fornications et condamnés, les enfants issus de ces unions étant regardés comme illégitimes. Issu d’une quatrième union, Constantin est donc regardé comme illégitime.

Léon lutte pendant plus d’un an pour imposer cette légitimation, forçant pour cela à l’abdication le patriarche Nicolas , et le remplaçant par Euthyme , qui accorde à Léon la dispense nécessaire pour épouser Zoé et légitimer Constantin.

Constantin y gagne son surnom de Porphyrogénète [2]. Il signifie né dans la famille impériale, c’est loin d’être la règle générale pour les empereurs romains, dont la succession n’est pas réglée par des dispositions claires, sans parler des nombreux coups d’État et implique donc la légitimité de la filiation.

À la mort de Léon, le 11 mai 912, son frère lui succède sous le nom d’ Alexandre . Peu avant sa mort en 913, il confirme Constantin, âgé de 7 ans, comme successeur, mais organise un conseil de régence avec Nicolas à sa tête, et en écartant, contre tous les usages, Zoé, la mère de l’empereur.

Nicolas envoie Zoé dans un couvent. Mais il se discrédite en concluant seul un accord trop défavorable avec le roi des Bulgares Siméon Ier de Bulgarie , et le conseil de régence impose le rappel en 914 de Zoé, à laquelle il reconnaît à nouveau le titre d’impératrice.

En 918, après des succès initiaux, ses armées sont à leur tour vaincues par les Bulgares. Constantin, encouragé par son précepteur, fait appel à l’amiral Romain Lécapène pour éviter, une probable prise du pouvoir par le général Léon Phocas , appelé par Zoé.

Romain Lécapène s’impose, fait épouser sa fille Hélène à Constantin et, en 920, il renvoie Zoé au couvent, puis le 17 décembre, se proclame lui même Basileus. Bien qu’exerçant tout le pouvoir, il respecte la personne de Constantin et son titre, le reconnaissant comme coempereur, mais à la seconde place. Il fait plus tard proclamer ses trois fils coempereurs, plaçant l’aîné, Christophe Lécapène , à la deuxième place, et reléguant donc Constantin en troisième position.

Cependant, après la mort de Christophe, le seul de ses fils qu’il estimait digne de lui succéder, Romain vieillissant confirme la deuxième place de Constantin et prépare la succession pour le fils de celui-ci, né en 939 et prénommé Romain II , qui est aussi son propre petit-fils. En décembre 944, ses deux autres fils, Constantin Lécapène et Étienne Lécapène , le renversent et l’enferment dans un monastère. Mais une émeute populaire leur impose de partager le pouvoir avec le Porphyrogénète.

En janvier 945, ils essaient de se débarrasser de lui mais échouent, et on les enferme aussi dans des monastères. Désormais, Constantin VII est seul empereur.

Confiné au palais impérial sous le règne de son beau-père Romain 1er, Constantin VII s’avère être un peintre de talent et se lance dans une grande entreprise de recherches érudites, qui le conduit à composer notamment trois ouvrages formant un triptyque sur la question du gouvernement de l’empire, le “De Ceremoniis Aulæ Byzantinæ” [3], vaste compilation de textes sur la vie et les rituels de la cour impériale, comprenant d’ailleurs aussi des informations sur l’armée et les campagnes militaires, et sur l’administration des finances, le “De Administrando Imperio”, qu’il destine à l’éducation de son fils Romain, futur Romain II, et qui est notamment consacré aux relations avec les peuples étrangers, sur lesquels sont données diverses informations ; enfin le De Thematibus, qui décrit la situation des thèmes  [4].

Il fait aussi rassembler un ensemble de récits historiques prenant la suite de la Chronique de Théophane le Confesseur, qui s’interrompt à la chute de l’empereur Michel 1er Rhangabé en 813. Ces récits, organisés par règnes d’empereur, couvrent la période allant de 813 à 961. L’ensemble est appelé la Continuation de Théophaneµ (en latin Theophanes Continuatus). À l’intérieur de cet ensemble, le cinquième livre, qui est la Vie de Basile, est de Constantin lui-même, qui n’a laissé à personne le soin de célébrer le fondateur de sa dynastie.

Il fait aussi compiler ce qu’on appelle les “Excerpta” [5]. C’est également à son initiative que sont compilés les “Geoponica sur l’agriculture, les Iatrica sur la médecine, les Strategica sur l’art militaire”, et qu’est réalisé le ménologe de Syméon Métaphraste . L’ensemble de ces travaux d’érudition revêt un caractère encyclopédique.

Ennemie de la famille Lécapène, la famille Phocas jouit des préférences de l’empereur : Bardas Phocas est ainsi nommé général des armées d’Orient, tandis que ses fils Nicéphore II Phocas et Léon Phocas dit le jeune deviennent stratèges des Anatoliques [6] et de Cappadoce [7].

Sur le plan intérieur, Constantin VII poursuit la politique mise en œuvre par Romain 1er et favorise les petits propriétaires paysans, ordonnant même en 947 que soient restituées sans compensation toutes leurs terres acquises par la grande aristocratie terrienne depuis le début de son règne, en 913. Les petits propriétaires paysans sont la base de la puissance militaire et surtout fiscale de l’empire, et les empereurs forts les protègent.

En 949, il tente de reprendre la Crète aux Arabes, mais comme son père en 911, il échoue. Il provoque une attaque arabe contre les territoires byzantins en Syrie, en Arménie, et en Italie. Les territoires à l’est sont reconquis par le général Jean Tzimiskès . En 957, une flotte arabe est détruite par le feu grégeois. En 958, il reçoit la visite d’ Olga , une princesse russe de Kiev [8], qui est baptisée sous le nom d’Hélène et commence à convertir son peuple. La christianisation de la Russie ne se fait cependant que sous son petit-fils Vladimir.

À la mort de Constantin en 959, son fils Romain II lui succède.

P.-S.

Jean Skylitzès, Empereurs de Constantinople, « Synopsis Historiôn » traduit par Bernard Flusin et annoté pat Jean-Claude Cheynet, éditions P. Lethilleux, Paris, 2003

Notes

[1] une « tétragamie »

[2] « né dans la pourpre », la pourpre symbolisant l’empereur

[3] Le livre des cérémonies

[4] c’est-à-dire des circonscriptions administratives et militaires de l’empire

[5] ensemble de 53 anthologies thématiques d’extraits d’œuvres littéraires anciennes autrement perdues, notamment historiques ; il en reste 4, d’ailleurs incomplètes : Sur les ambassades, Sur les conjurations, Sur les vertus et les vices, Sur les incendies

[6] Les Anatoliques ou le thème des Anatoliques sont un thème de l’Empire byzantin situé en Asie Mineure (Turquie actuelle). Après la division de l’Opsikion au milieu du 8ème siècle, il devient le plus important des thèmes de l’empire.

[7] Le thème de Cappadoce est un thème de l’Empire byzantin comprenant la partie méridionale de la région du même nom. Établi au début du 9ème siècle, il subsiste jusqu’à la fin du 11ème siècle. Le thème comprend la majeure partie de la province romaine de Cappadoce Seconde et des portions de celle de Cappadoce Première (provinces du Bas-Empire romain). Au début du 10ème siècle, il est bordé au nord-ouest par le thème des Bucellaires, approximativement le long de la ligne reliant le lac Salé à Mokissos, au nord et par-delà l’Halys et Césarée par celui des Arméniaques puis de Charsianon, au sud par le Taurus, la frontière avec le Caliphat et la zone frontalière de Cilicie, et à l’est par celui des Anatoliques, de la région d’Héraclée Cybistre au lac Salé

[8] La Rous’ de Kiev appelée aussi Russie kiévienne, principauté de Kiev ou Ruthénie prémongole, est une principauté slave orientale qui a existé du milieu du 9ème siècle au milieu du 13ème siècle, se désagrégeant en une multitude de principautés avant de disparaître formellement du fait de l’invasion mongole de 1240. La Rous’ est la plus ancienne entité politique commune à l’histoire des trois États slaves orientaux modernes : Russie, Ukraine et Biélorussie.