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Publius Cornelius Tacitus dit Tacite

jeudi 20 février 2020 (Date de rédaction antérieure : 2 août 2011).

Publius Cornelius Tacitus dit Tacite (55-vers 120)

Historien romain

Publius Cornelius Tacitus dit Tacite Historien romain

Né en Gaule narbonnaise [1], sous Néron, et probablement issu d’une famille de l’ordre équestre [2] de la Gaule transalpine [3], classe sociale dynamique et prospère qui servait de soutien à l’Empire depuis le déclin des familles patriciennes romaines

Fort de son éducation sévère et disciplinée, il fréquente le grammaticus [4], le rhetor [5] et devient même, sans doute, l’élève de Quintilien. Ses études brillantes lui ouvrent les portes du forum et c’est ainsi que commence, vers 75, sa carrière d’avocat. Il fréquente alors les avocats gaulois de Rome.

En 77, il épouse la fille du consul Julius Agricola. C’est pour lui le début d’une grande carrière politique de haut fonctionnaire. Vespasien lui accorde le laticlave [6], le tribunat militaire [7] et Tacite devient membre des Viginti Sex Viri,Le Conseil des 26  [8].

En 81, sous Titus, il devient questeur [9]. En 87, il est membre du Quindecimvir Sacris Fatiundis [10]. Sa fonction politique se double alors d’une carrière sacerdotale. En 88, sous Domitien, il devient préteur [11] puis tribun de la plèbe [12]. De 89 à 93, il devient légat [13] de province en Gaule belgique [14]. En 93, il retourne à Rome et, pour ne pas attirer sur lui l’attention de l’empereur Domitien, toujours prêt à exiler ou à faire assassiner les personnages illustres de l’Empire, Tacite reste à l’écart du pouvoir.

Il n’accepte le consulat qu’en 97, devenant consul suffect [15], sous l’empereur Nerva. La même année, il fut chargé de l’oraison funèbre du consul Verginius Rufus.

En 98, lorsque Trajan accède au pouvoir, Tacite devient l’un des familiers de l’empereur et se retire de la politique sous Trajan pour se consacrer à l’histoire et son écriture.

En 100, il se fait l’avocat de la province d’Asie [16] contre l’ancien gouverneur Marius Priscus.

De 112 à 114, il est gouverneur de la province d’Asie et accède, par là même, à la plus haute fonction politique. Il serait mort dans les années 120.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Antony R. Birley, « The Life and Death of Cornelius Tacitus », Historia, no 49,‎ 2000

Notes

[1] L’expression Gaule narbonnaise désigne, chez certains historiens du 19ème siècle, une province romaine ainsi nommée dès 118 av. jc après la fondation de la colonie romaine de Narbonne. En réalité, la province a été successivement nommée : « Gaule transalpine » après sa conquête par Rome ; « Gaule romaine » après la conquête du reste de la Gaule par Jules César, pour la distinguer de la Gaule chevelue (mais l’expression « Gaule transalpine » a continué d’être utilisée) ; « Narbonnaise » après la réorganisation des Gaules par l’empereur Auguste, en même temps que sont créées les provinces de Gaule belgique, de Gaule lyonnaise et d’Aquitaine. À la suite de la réorganisation de l’Empire par Dioclétien (vers 300), sont créées les provinces de Narbonnaise première, de Narbonnaise seconde et de Viennoise.

[2] Les chevaliers sont un groupe de citoyens de la Rome antique appartenant à l’ordre équestre (equester ordo), sous la Royauté, la République et l’Empire. Choisis par les censeurs, ce sont les plus fortunés (au moins 400 000 sesterces du 2ème siècle av. jc, jusqu’au début de l’Empire) et les plus honorables des citoyens (en dehors des sénateurs). Cette appartenance pouvait être théoriquement remise en cause à chaque censure. En pratique elle était héréditaire. Le chevalier se reconnaît à la bande de pourpre étroite cousue sur sa tunique (tunique dite angusticlave), et au port de l’anneau d’or. Les chevaliers se virent attribuer un poids politique supplémentaire au motif qu’ils étaient capables financièrement de s’équiper pour servir dans l’armée à cheval. De plus l’appartenance à l’ordre équestre était nécessaire pour accéder aux postes d’officier dans l’armée.

[3] Le concept de « Gaule transalpine » (Gallia Transalpina ou Gallia Ulterior) est une dénomination romaine pour désigner une région qui comprend presque l’ensemble des Gaules, en dehors de la Gaule cisalpine. Le terme signifie Gaule au-delà des Alpes. Elle se distingue ainsi de la Gaule cisalpine, qui était avant les Alpes du point de vue romain.

[4] Le grammaticus, souvent traduit par « grammairien » en français, est, dans l’Antiquité à l’époque hellénistique et romaine, l’enseignant qui instruit les adolescents entre 11 ou 12 ans et 15 ou 16 ans. Il prend les élèves à la suite du ludi magister, litterator, chargé de l’enseignement primaire ; après leur scolarité auprès du grammaticus, les jeunes suivent les cours des rhéteurs. Le rôle du grammaticus est principalement de faire connaître la littérature, en particulier les grands poètes épiques : Homère et Virgile, et de développer la maîtrise de la langue.

[5] La rhétorique est d’abord l’art de l’éloquence. Elle a d’abord concerné la communication orale. La rhétorique traditionnelle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), la dispositio (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’elocutio (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments → style), l’actio (diction, gestes de l’orateur, etc.) et la memoria (procédés pour mémoriser le discours).

[6] Le terme laticlave désigne, dans la Rome antique, un insigne honorifique (ornamentum) réservé aux membres de l’ordre sénatorial. Il se compose de larges bandes pourpres qui couvrent verticalement les tuniques des sénateurs. On peut parler de tunica laticlavia ou simplement de « laticlave » pour la tunique elle-même. Le laticlave se distinguait de l’angusticlave, plus étroit, porté par les chevaliers et de la tunica recta, qui n’avait aucune bande. Le terme de laticlavii désignait les jeunes hommes qui deviendraient sénateurs. Sous la République, son usage est plus répandu et son attribution hiérarchique semble dater de Sylla. Il ne s’agissait auparavant que d’un élément de prestige, certainement héréditaire, propre à la classe patricienne et à l’aristocratie ; il est probable que son origine soit étrusque. Le port de la tunique laticlave semble s’être poursuivi à l’époque du christianisme primitif, comme l’incitent à penser certaines représentations du Christ (peut-être un lien existe-t-il avec son appartenance à l’ancienne royauté romaine qui exclusivement l’arborait, lien que les patriciens préservèrent entre eux, renvoyant au partage des pouvoirs auparavant attribués au roi aux seuls sénateurs).

[7] Le tribun militaire (en latin Tribunus militum) est un officier supérieur qui sert dans la légion romaine sous la Rome antique.

[8] Le vigintivirat est, durant le Haut Empire romain, un collège de vingt magistrats mineurs (magistratus minores) élus chaque année et répartis en quatre sous collèges. Il s’agit de l’évolution du vigintisexvirat républicain après la suppression de deux sous collèges sous Auguste. Au moins à partir du règne de Tibère, il constitue une première étape vers une carrière sénatoriale auquel accèdent les fils de familles équestres et sénatoriales après leur service militaire, âgés entre 25 et 30 ans, avant de briguer la questure. La fonction est également accessible aux jeunes plébéiens à condition de bénéficier de la protection de l’empereur qui se sert de cette magistrature pour accélérer l’ascension politique d’un favori.

[9] Dans la Rome antique, les questeurs sont des magistrats romains annuels comptables des finances, responsables du règlement des dépenses et de l’encaissement des recettes publiques. Ils sont les gardiens du Trésor public, chargés des finances de l’armée et des provinces, en relation avec les consuls, les promagistrats et les publicains. Maintenue sous le Haut Empire avec son rôle comptable, cette fonction se réduit sous le Bas-Empire à une magistrature honorifique et coûteuse exercée uniquement à Rome.

[10] Le Collège des 15

[11] Le préteur est un magistrat de la Rome antique. Il était de rang sénatorial, pouvait s’asseoir sur la chaise curule, et porter la toge prétexte. Il était assisté par 2 licteurs à l’intérieur de Rome, et 6 hors du pomerium de l’Urbs. Il était élu pour une durée de 1 an par les comices centuriates. La fonction de préteur fut créée vers 366 av. jc pour alléger la charge des consuls, en particulier dans le domaine de la justice. Le premier préteur élu fut le patricien Spurius Furius, le fils de Marcus Furius Camillu. Égal en pouvoir au consul, auquel il n’a pas de compte à rendre, le préteur prêtait le même serment, le même jour, et détenait le même pouvoir. À l’origine, il n’y en avait qu’un seul, le préteur urbain, auquel s’est ajouté vers 242 av. jc le préteur pérégrin qui était chargé de rendre la justice dans les affaires impliquant les étrangers. Cette figure permit le développement du ius gentium, véritable droit commercial, par contraste avec le ius civile applicable uniquement aux litiges entre citoyens romain. Pour recruter, pour former ou pour mener des armées au combat ; sur le terrain, le préteur n’est soumis à personne. Les préteurs ont aussi un rôle religieux, et doivent mener des occasions religieuses telles que sacrifices et des jeux. Ils remplissent d’autres fonctions diverses, comme l’investigation sur les subversions, la désignation de commissionnaires, et la distribution d’aides. Lors de la vacance du consulat, les préteurs, avant la création des consuls suffects, pouvaient remplacer les consuls : on parle alors de préteurs consulaires.

[12] Dans la Rome antique, les tribuns de la plèbe sont les représentants de la plèbe, élus pour une durée d’un an par le concile plébéien.

[13] Titre porté par les représentants officiels de la Rome antique. Les ambassadeurs étaient des légats du Sénat romain. Sous la République romaine, les consuls, proconsuls, préteurs en campagne pouvaient charger temporairement des légats du commandement de la cavalerie, des réserves ou même d’une légion entière et de plusieurs légions. Sous l’Empire romain, à partir d’Auguste, la fonction de ces légats militaires devint permanente. Désignés par l’empereur, ils le représentaient dans les provinces et les légions. On distingua alors les légats consulaires et les légats prétoriens, qui gouvernaient les provinces « impériales » et exerçaient le pouvoir militaire, et les légats de légion, officiers expérimentés, de rang sénatorial, qui étaient chef d’une légion. Le titre de légat se transmit de l’Empire romain à l’Église catholique

[14] La Gaule belgique est une des trois parties entre lesquelles, d’après Jules César, la Gaule était divisée lors de la guerre des Gaules (58-51/50 av. jc). Elle correspond à la partie de la Gaule qui était habitée par les Belges. D’après César, elle comprenait le Belgium, région habitée par les Calètes, les Véliocasses, les Bellovaques, les Ambiens et les Suessions ainsi, peut-être, que par les Atrébates et les Viromanduens. D’après César, la Gaule belgique comprenait, d’autre part, la région habitée par les peuples qu’il qualifie de Germains cisrhénans, à savoir : les Condruses, les Éburons, les Caerèses, les Pémanes et les Sègnes. D’après César, la Gaule belgique comprenait, enfin, les régions habitées par les Morins, les Ménapiens, les Nerviens, les Aduatuques, les Trévires et les Rèmes.

[15] Parfois, un consul décède ou démissionne avant la fin de son mandat de douze mois. Le consul restant rétablit la collégialité par l’élection intermédiaire si le délai restant le permet ou par la désignation directe d’un consul suffectus (du participe passé du verbe sufficere, « remplacer »). Ce consul entre en fonction immédiatement, il a les mêmes privilèges et les mêmes pouvoirs que le consul remplacé mais il n’est en charge que pour la durée du mandat qui reste à couvrir. Enfin, le consul suffect ne donne pas son nom à l’année, à l’inverse du consul dit ordinaire.

[16] La province romaine d’Asie comprenait la Carie, la Lydie, la Mysie, la Phrygie et la Troade.