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L’histoire pour le plaisir

Li Si

vendredi 19 janvier 2018, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 28 juillet 2011).

Li Si (vers 280-208 av.jc)

Premier ministre chinois

Li Si chancelier impérialOriginaire de Shang Cai dans le royaume de Chu [1]. Jeune, il était un fonctionnaire mineur de cet État. Après avoir achevé sa formation auprès du célèbre philosophe confucianiste [2] Xun Zi, auprès duquel il avait eu Han Fei Zi comme condisciple, il partit pour l’état le plus puissant à ce moment, Qin [3], où il s’établit, avec l’ambition d’y faire une carrière politique.

Lors de son installation au Qin, il fut l’invité du Premier ministre Lü Buwei , qui avait attiré de nombreux lettrés à sa cour lors de la composition d’une compilation des savoirs, un travail collectif connu sous le nom des Annales des Printemps et des Automnes de Lu [4]. Là, il se démarqua et devint secrétaire pour le Premier ministre régent. Il eut alors l’occasion de développer ses théories politiques. Ayant eu un jour la chance d’être entendu par le roi de Qin Ying Zheng, Li Si saisit cette opportunité et séduisit le souverain par un discours habile sur la puissance de Qin. Selon les annales, le souverain le nomma alors grand archiviste, ce qui peut signifier très probablement que le régent Lü Buwei le nomma auprès du jeune roi en qualité de précepteur.

Finalement, les mérites de Li Si lui valurent un poste dans l’administration du Qin, en tant que Ministre de la justice.

Lü Buwei fut disgracié en 238 av. jc, après la tentative de coup d’État d’un favori de la reine mère qui avait été son obligé. La situation à la cour du Qin était alors troublée, et le roi avait ordonné une enquête générale pour expulser les étrangers. Li Si donna ses conseils dans une requête au trône qui impressionna le roi Ying Zheng. Le décret d’expulsion des étrangers fut suspendu, et Li Si nommé à la tête du gouvernement du Qin.

Il devint premier Ministre du royaume de Qin de 238 à 221, puis de l’empire fondé par la dynastie Qin de 221 à 208 av. jc. Légiste célèbre et convaincu, il avait pour ambition de mettre fin à l’organisation traditionnelle et féodale de l’état. C’était également un calligraphe talentueux. Devenu le plus proche des conseillers du trône, il exposa ses vues sur les moyens d’unifier les royaumes, moyens qui séduisirent le roi de Qin, et qui furent mis en œuvre dans les années qui suivirent. Ainsi frappa-t-il rapidement le royaume de Han [5] afin d’effrayer les autres royaumes. Toujours selon les conseils de Li Si, le souverain dépensa généreusement pour soudoyer ou tromper les ministres influents des états rivaux, allant même jusqu’à envoyer des assassins afin d’abattre les lettrés les plus importants de ces royaumes.

Il servit sous 2 souverains, Qin Shi Huangdi, Roi de Qin devenu Premier Empereur de Qin, puis, à la mort de ce dernier, il participa au complot qui plaça le fils de celui-ci Qin Er Shi, sur le trône. C’est sous le règne de ce dernier qu’il fut exécuté, conformément aux règlements qu’il avait lui-même établis.

Ministre puissant, il contribua, de façon décisive, au projet d’unification du roi de Qin, clôturant la période féodale des Royaumes combattants. Jusqu’à sa mort, il joua un rôle central dans la politique du Qin, autant dans ses conquêtes militaires que dans la centralisation draconienne et le contrôle de l’état, la standardisation des poids, des mesures et de l’écriture. On lui impute également la persécution des lettrés et des opposants au légisme.

C’est à Li Si que les lettrés chinois attribuent tous les succès et tous les revers de la dynastie Qin. Ses méthodes de gouvernement sont considérées par certains comme une forme de totalitarisme. Sa mort annonce la fin de la suprématie de l’école légiste.

En 230, le royaume de Han se soumit au Qin. Dans la décennie qui suivit les 5 autres royaumes firent de même. Lorsque le royaume de Qi se rendit en 221, le roi Ying Zheng avait achevé l’unification de l’empire.

Au lendemain de la réunification des Royaumes combattants, le souverain de Qin convoqua un conseil auquel participa Li Si. Le protocole du nouveau nom de l’Empereur fut établi, et le souverain prit le nom de “Premier auguste souverain”, en référence aux souverains antiques, les 3 Augustes et les 5 Empereurs.

L’empire était désormais un ensemble très vaste, et les conseillers du nouvel Empereur, conformément aux traditions des dynasties précédentes, préconisèrent le découpage en fiefs attribués à des fils du souverain, princes impériaux ayant les pleins pouvoirs sur leurs domaines. Mais Li Si s’éleva énergiquement contre cette organisation, démontrant de manière convaincante les grands torts qu’elle avait causés aux anciens rois. Suivant son conseil, l’empire fut découpé en 36 commanderies, dirigé de manière non héréditaire par des administrateurs civils et militaires nommés pour leur mérite par l’empereur. Les théories de Li Si furent appliquées et le pouvoir fut extrêmement centralisé, la politique autoritaire et la loi sévère.

Il fut l’architecte des nombreuses réformes décidées par le souverain, depuis la normalisation des poids et des mesures, jusqu’à la largeur des essieux ou l’adoption d’une écriture commune. Dans ce dernier domaine, on attribue à Li Si la formalisation et l’instauration comme standard impérial de l’écriture dite du "Petit Sceau" ou "petit sigillaire", inventé sur la base du "grand sigillaire" alors en vigueur.

L’empereur, qui avait une peur obsessionnelle de la mort, s’entourait de nombreux lettrés, devins, magiciens ou charlatans dont certains, en admirateurs des traditions, remettaient en question la validité des réformes du gouvernement Qin. Selon Sima Qian , Li Si persuada Qin Shi Huang de lutter fermement contre toutes dissidences intellectuelles. Il prépara lui-même l’édit impérial qui ordonnait la destruction systématique de tous les ouvrages, annales historiques ou compositions littéraires, à l’exception des seuls livres d’agriculture et de médecine, ordre qui fut appliqué lors de grands autodafés en 213.

L’année suivante, lorsque les lettrés protestèrent contre cette mesure, plusieurs centaines d’entre eux furent exécutés à Xianyang [6], capitale de l’empire. La nouvelle fut propagée dans tout l’empire, afin de servir d’avertissement. De nombreux autres condamnés furent déportés à la frontière ou à la grande muraille.

Lorsque l’héritier présomptif, le prince Fu Su , osa blâmer son père pour sa sévérité, l’empereur l’exila également dans le nord, avec la charge de surveiller Meng Tian , occupé à repousser les barbares et à édifier la grande muraille.

Li Si ne perdit jamais la faveur du Premier Empereur, et demeura Premier Ministre de Qin durant tout le règne. Ses fils, puis ses petits-fils obtinrent des charges et des dignités.

Durant son règne, Qin Shi Huangdi fit plusieurs tournées d’inspection au sein de son empire, entouré de sa cour et de ses ministres, notamment Li Si et le chef des eunuques Zhao Gao, ses plus proches conseillers.

Lorsqu’en 210, l’empereur tomba malade alors qu’il rentrait d’un de ses voyages, il fit écrire une lettre au prince Fu Su, accompagnée du sceau impérial et confiée à Zhao Gao. Mais il mourut avant que le message n’ait été envoyé. Ennemi de la famille Meng qui avait la faveurs du prince Fu Su, Zhao Gao décida alors de garder ces dernières volonté par devers lui, et fut l’instigateur du complot destiné à placer sur le trône un fils cadet dont il était le précepteur, le prince Hu Hai, qui faisait partie du voyage. Sachant que l’héritier désigné Fu Su ne leur serait pas favorable, Li Si et l’eunuque gardèrent le décès secret jusqu’à leur retour à la capitale. Ayant convaincu le jeune prince, celui-ci contrefit les dernières volontés de l’empereur, ordonnant au prince Fu Su de se suicider, et désignant son cadet comme successeur.

En fils obéissant, Fu Su se supprima, Meng Tian fut arrêté et Hu Hai fut sacré sous le nom de Qin Ershi Huangdi. Li Si conserva sa charge de premier ministre.

Le nouvel empereur fut un souverain fantoche, qui s’appuya toujours davantage sur son conseiller Zhao Gao, nommé grand intendant de la maison impériale. Bientôt, nul ne put approcher l’empereur sans son consentement. Les lois déjà dures devinrent tyranniques.

Lorsque son pouvoir fut affermi, Zhao Gao s’en prit à son ancien complice, minant peu à peu la position du Premier ministre et cultivant le ressentiment de Qin Er Shi à son encontre.

Dès 209, à la suite de Chen Sheng, de nombreuses révoltes avaient éclaté dans l’empire. Li You, fils de Li Si et administrateur de commanderie dans le sud, périt face à Xiang Liang, meneur de la rébellion dans l’ancien royaume de Chu. Alors que le pouvoir des Qin se désagrégeait, Zhao Gao convainquit l’empereur d’abattre Li Si.

En 208, le Premier ministre, ainsi que toute sa famille sur trois générations, furent arrêtés pour haute trahison. Il fut torturé, avouant tout ce qu’on lui demandait et il fut condamné à un châtiment particulièrement sévère.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Li Si/ Portail du monde chinois/ Catégories : Période des Royaumes combattants/ Dynastie Qin

Notes

[1] Chu ou l’état de Chu était un État des périodes des Printemps et Automnes et des Royaumes combattants, établi sur le fleuve Yangzi. Chu a été annexé par les Qin en 223 av. jc. La maison royale de Chu à l’origine portait le nom ancestral Nai et le nom de clan Yan mais ceux-ci sont devenus plus tard Mi et Xiong.

[2] Le confucianisme, est l’une des plus grandes écoles philosophiques, morales, politiques et dans une moindre mesure religieuses de Chine. Elle s’est développée pendant plus de deux millénaires à partir de l’oeuvre attribuée au philosophe Kongfuzi, connu en Occident sous le nom latinisé de Confucius. Après avoir été confrontée aux écoles de pensée concurrentes pendant la Période des Royaumes combattants et violemment combattue sous le règne de Qin Shi Huang, fondateur du premier empire, elle fut imposée par l’empereur Han Wudi en tant que doctrine d’État et l’est restée jusqu’à la fondation de la République de Chine en 1911. Elle a aussi pénétré au Viêt Nam, en Corée et au Japon où elle a été adaptée aux circonstances locales.

[3] L’État de Qin ou Ts’in apparaît au début de la dynastie des Zhou Orientaux, dans la vallée de la Wei (actuelle province du Shaanxi). État semi-barbare aux confins occidentaux de la Chine des Zhou, son influence s’accroît au cours de la période des Printemps et des Automnes et surtout des Royaumes combattants, à la fin de laquelle le roi de Qin, ayant annexé ses six principaux rivaux (Qi, Chu, Han, Yan, Zhao, et Wei) fonde la dynastie Qin. La famille régnante du Qin portait le nom de Ying

[4] Le Lüshi Chunqiu, ou Annales des Printemps et des Automnes de Lü est un ouvrage de synthèse chinois rédigé sous la direction de Lü Buwei, le premier ministre de l’État de Qin au moment de la fondation de l’Empire de Chine par Qin Shi Huang. Dans cet ouvrage, Lü Buwei avait pour but de compiler l’ensemble du savoir de l’époque dans une grande encyclopédie de référence. Il fut rédigé en 239 av. jc par un groupe de lettrés dirigé par Lü.

[5] Han était un État de la période des Royaumes combattants de la Chine (453/403 -230av.jc). Initialement clan de grands feudataires de l’État de Jin, le Han fut l’un des trois États créés par la partition de celui-ci. Placé entre le puissant État du Qin et la plaine de Chine du Nord, qui constituait un objectif militaire de ce dernier, il fut l’objet de nombreuses opérations militaires de la part de son voisin. Bien que le Han ait tenté plusieurs réformes, notamment sous l’égide du philosophe légiste Shen Buhai, il ne parvint jamais à surpasser le Qin. De fait, il fut le premier État conquis par le Qin à la fin de la période des Royaumes combattants.

[6] Xianyang est une ville-préfecture de la province du Shaanxi en Chine. Elle se trouve sur la rive Nord du Yangzi Jiang, et à 25 km au Nord-ouest de Xi’an, la capitale provinciale. Xianyang fut la capitale de la dynastie Qin, et le célèbre mausolée de l’empereur Qin se trouve à proximité.