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Alphonse II d’Aragon dit Alphonse le Chaste

lundi 21 mars 2022, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 13 mars 2012).

Alphonse II d’Aragon dit Alphonse le Chaste (1157-1196)

Roi d’Aragon sous le nom d’Alphonse II-Comte de Barcelone-de Provence et de Roussillon sous le nom d’Alphonse 1er

Alphonse II d'Aragon (miniature du Liber feudorum maior, 1192).Fils de Raimond Bérenger IV, comte de Barcelone [1] et de Pétronille Ramirez dite Pétronille d’Aragon , héritière du royaume d’Aragon, il voit son père mourir alors qu’il n’a que 5 ans. Pour suivre la volonté du défunt, la succession du royaume est prise en charge par une assemblée de nobles aragonais et catalans en octobre 1162. Ce n’est qu’en 1163 qu’il prit réellement le pouvoir. Le 18 janvier 1174, à Saragosse [2] en Espagne, il épouse Sancha de Castille.

En 1172, le dernier comte de Roussillon [3] indépendant, Girard II , meurt sans enfants en lui léguant son comté. Il complète ainsi l’entreprise d’unification des comtés catalans entreprise par ses ancêtres.

Il s’attacha par ailleurs à réunifier son territoire composé d’un royaume, relativement peu peuplé, et d’un comté, beaucoup plus riche, 2 composantes indépendantes ayant chacune leurs propres usages, langues et organes de gouvernement.

Son œuvre fiscale par la création de nouveaux impôts, tel que le bovatge [4] à partir de 1175 et juridique par la rédaction du Liber feudorum maior [5] en 1194 suscita notamment le mécontentement d’une grande partie de la noblesse catalane.

Il conclut en 1179 le traité de Cazola [6] qui répartit avec la Castille [7] les terres du Sud à reconquérir sur les Maures [8].

En 1177 il fonde Puigcerda [9], qui devient la capitale de la Cerdagne [10] dépossédant du titre de capitale Llivia [11] qui conserve toutefois un intérêt militaire grâce à son château [12].

Malgré son accession à la couronne royale d’Aragon [13], il demeure vassal du roi de France pour le titre de comte de Barcelone. En 1180, pour bien marquer son indépendance de facto, il interdit lors des Cortes [14] de Tarragone [15] de dater les actes des années du règne du roi de France.

Il fait alors fortifier la frontière Nord de ses états dès 1192, améliore le château de Puigcerda.

Il fonde le château de Puyvalador en 1192 et celui de Salses [16] la même année. Dans une même optique, il autorise l’abbé de Cuxa [17] et celui d’Arles [18] à fortifier certaines de leurs possessions.

Il prit le parti de la croisade en 1195 et se prépara en effectuant un voyage à Saint-Jacques-de-Compostelle [19], mais mourut à son retour le 25 avril 1196 à Perpignan [20].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Armand de Fluvià (préf. Josep M. Salrach), Els primitius comtats i vescomptats de Catalunya : Cronologia de comtes i vescomtes, Barcelone, Enciclopèdia catalana, coll. « Biblioteca universitària » (no 11), avril 1989, 238 p. (ISBN 84-7739-076-2)

Notes

[1] Le comté de Barcelone est à l’origine une subdivision du royaume wisigoth en Hispanie. Conquis par les Maures à la fin du 8ème siècle, reconquis par Charlemagne en 801, il est intégré à la marche d’Espagne, province frontière face aux musulmans d’Al-Andalus. Des comtes nommés par les souverains carolingiens se succèdent à la tête de ce comté, considéré comme le plus important de la marche. À l’extinction de la dynastie carolingienne, les comtes se succèdent de façon héréditaire dans la descendance du comte Guifred, dit le Velu. Cette dynastie domine également les comtés de Girone et de Ausone, et rassemble peu à peu sous son autorité directe ou indirecte tous les comtés formant l’actuelle Catalogne : Besalú, Cerdagne, Empuries, Pallars, Roussillon et Urgell.

[2] Saragosse est une ville espagnole, capitale de la province du même nom et de l’Aragon. Saragosse est située sur l’Èbre à mi-chemin entre Madrid et Barcelone, environ 300 kilomètres de chacune d’elles, et à 340 kilomètres de Valence. Un important traité fut signé à Saragosse (traité de Saragosse) en 1529 entre Espagnols et Portugais pour le partage des découvertes du Nouveau Monde.

[3] Le comté de Roussillon est une ancienne principauté féodale située dans les Pyrénées orientales. Le comté de Roussillon serait né à l’époque wisigothique comme une subdivision administrative du royaume wisigoth. Ses limites correspondaient à la civitas Ruscinonensis antique (d’où il tient son nom), c’est-à-dire l’actuel département des Pyrénées-Orientales sans la Cerdagne ni le Capcir. Probablement détruit par l’invasion arabe de 721, le comté renaquit au moment de la reconquête carolingienne, et fut intégré à la Marche d’Espagne, puis au marquisat de Gothie. Le Roussillon est alors aux mains de comtes nommés ou reconnus par le pouvoir impérial, mais cette tutelle se fait moins forte au cours du 9ème siècle, et après la fin de la dynastie carolingienne, il est considéré comme un bien patrimonial qui passe au tout début du 10ème siècle aux mains de la dynastie d’Empuries. À ce moment, son territoire se réduit à la partie orientale de l’actuel département des Pyrénées-Orientales. La capitale de ce comté est d’abord Château-Roussillon, puis la ville de Perpignan. Le comté reste dans les mains de cette dynastie jusqu’en 1172, à la mort du comte Girard II de Roussillon, qui lègue son comté à son parent et suzerain le roi Alphonse II d’Aragon.

[4] Le bovatge était un impôt que les rois percevaient normalement au début du règne. Il semble avoir taxé la possession de bétail (le nom vient des bœufs qui étaient pris comme référence de richesse) et les biens mobiliers et assis. Elle existait déjà à l’ époque de Ramon Berenguer III, qui la demanda pour la première fois en 1118 et peut être liée à l’ institution de la Paix et de la Trêve de Dieu . Il sera plus tard chargé par un groupe de serviteurs de la couronne juive, comme en témoignent les registres qui mélangent le catalan et l’hébreu. En 1299, les seigneurs séculiers et les villes et villages rachetèrent leur paiement.

[5] Le Liber feudorum maior (en latin médiéval : grand livre des fiefs, originellement Liber domini regis) est un cartulaire enluminé, œuvre de Ramon de Caldes qui a recueilli les documents se rapportant à la Maison de Barcelone ainsi qu’aux autres maisons comtales qui se sont intégrées à elle. Il a été collationné vers 1192 pour le roi Alphonse le Chaste et il est conservé aux Archives de la couronne d’Aragon.

[6] Le traité de Cazola (également appelé de Cazorla) est signé le 20 mars 1179 à Soria entre Alphonse II d’Aragon et Alphonse VIII de Castille, afin de répartir les futurs territoires conquis sur les musulmans au sud de la Péninsule Ibérique.

[7] Le royaume de Castille est un ancien royaume du Moyen Âge qui trouve ses origines au nord de la péninsule Ibérique, dans l’actuelle Espagne. À la fin du Moyen Âge, le royaume de Castille s’étend depuis le golfe de Gascogne au nord jusqu’à l’Andalousie au sud et comprend la majeure partie du centre de la péninsule Ibérique. En 1037, date à laquelle Ferdinand 1er fonde le Royaume uni de Castille et León. En 1058, Ferdinand est à l’origine d’une série de guerres contre les Maures, se lançant à la conquête de ce qui allait devenir la Nouvelle-Castille (bataille d’Alarcos et bataille de Las Navas de Tolosa). La région s’agrandit particulièrement sous le règne d’Alphonse VI (1065-1109) et d’Alphonse VII (1126-1157). Sous Alphonse X, la vie culturelle du royaume se développe, mais une longue période de conflits internes suit. En 1469, le mariage de Ferdinand II d’Aragon (plus tard Ferdinand V de Castille) et d’Isabelle 1ère de Castille initie l’union des royaumes d’Aragon et de Castille et, par la suite, de l’ensemble de l’Espagne.

[8] Les Maures, ou anciennement Mores, sont originellement des populations berbères peuplant le Maghreb. Ce terme a changé de signification durant plusieurs périodes de l’histoire médiévale et contemporaine. À partir des conquêtes arabo-musulmanes du 7ème siècle, l’Empire arabe omeyyade, à l’aide du général berbère Tariq Ibn Zyad, conquiert l’Espagne, sous le nom d’Al Andalus. C’est le début de l’Espagne musulmane. À partir de cette époque, le terme « maure » va devenir un synonyme de « musulman », plus particulièrement de n’importe quel musulman vivant en Andalousie, qu’il soit d’origine berbère, arabe ou ibérique. Une population qui s’installera par la suite essentiellement au Maroc après la reconquête de l’Andalousie par l’armée espagnole.

[9] Puigcerdà (Podium Ceretanum) fut fondée par le roi Alphonse II d’Aragon, comte de Barcelone, du Roussillon et de Cerdagne, vers 1177 et devient la capitale de ce dernier comté à la place de Llívia. Elle fut assiégée en 1654 et prise par les troupes françaises lors de la guerre des faucheurs.

[10] La Cerdagne est une région naturelle d’une superficie de 1 086,07 km² située dans l’est du massif des Pyrénées, partagée entre l’Espagne à 50,3 % et la France à 49,7 %.

[11] Llívia est une ville espagnole située en Cerdagne, dans la partie orientale des Pyrénées. Son territoire de 12,83 km² présente la particularité d’être enclavé à l’intérieur du département français des Pyrénées-Orientales, à 100 km environ à l’ouest de Perpignan. Elle fait partie de la province de Gérone et de la comarque de Basse-Cerdagne.

[12] Le château était placé dans la partie supérieure de la colline et était constitué d’une enceinte formée d’une tour rectangulaire avec quatre tourelles circulaires (une à chaque angle) et une enceinte inférieure qui le ferme où habitait la population. À l’intérieur du premier, il y avait une pièce couverte par une voûte en berceau encore visible. Les remparts étaient renforcés par des tours rectangulaires aux flancs et par des tours circulaires aux angles. Les dates des pièces trouvées sont comprises entre les 9ème et 15ème siècles, moment où le château a été détruit par l’armée de Louis XI.

[13] Le royaume d’Aragon est une entité politique du nord-est de la péninsule Ibérique, née en 1035 de l’union des comtés d’Aragon, du Sobrarbe et de la Ribagorce et disparue en 1707 avec son intégration au sein du royaume d’Espagne par les décrets de Nueva Planta.

[14] Dans les pays de la péninsule Ibérique (Espagne et Portugal), les Cortes ou Cortès sont les assemblées des états et royaumes, de même qu’il y a des Cortes de Castille, d’Aragon, de Valence, etc. Elles sont convoquées par le roi. Au Moyen Âge, on trouve en Espagne les Cortes de León réunies par le roi Alphonse IX dans le cloître de la basilique de San Isidoro de León avec des représentants des trois états, la noblesse, le clergé et les représentants des villes. Elles sont considérées comme l’un des premiers parlements en Europe. En Castille, dès le début de l’ère moderne, les Cortes ne réunissent plus que des représentants (procuradores) de 18 villes du royaume, chargés d’accorder la levée des impôts. En Aragon, ce sont les Cortes qui reçoivent du roi le serment de respect des fueros et qui le reconnaissent ensuite comme leur souverain. Elles sont dissoutes le 28 août 1982.

[15] Tarragone est une ville et une municipalité du sud de la Catalogne, en Espagne, capitale de la province de Tarragone et de la région du Tarragonès

[16] La forteresse de Salses est un ouvrage militaire construit entre 1497 et 1503 par les rois catholiques espagnols, Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille. Elle est située sur la commune de Salses-le-Château, à 17 km au nord de Perpignan, dans le département des Pyrénées-Orientales.

[17] L’abbaye de Saint-Michel de Cuxa est un monastère bénédictin situé au pied du Canigou, sur la commune de Codalet dans les Pyrénées-Orientales. Il fait partie de la province espagnole de la congrégation de Subiaco (confédération bénédictine).

[18] L’abbaye Sainte-Marie est une ancienne abbaye située à Arles-sur-Tech dans le département des Pyrénées-Orientales, en France.

[19] Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle ou pèlerinage de Compostelle est un pèlerinage catholique dont le but est d’atteindre le tombeau attribué à l’apôtre saint Jacques le Majeur, situé dans la crypte de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice (Espagne). Créé et instauré après la découverte des reliques de Jacques de Zébédée au début du 9ème siècle, le pèlerinage de Compostelle devient à partir du 11ème siècle un grand pèlerinage de la chrétienté médiévale. Mais c’est seulement après la prise de Grenade en 1492, sous le règne de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle la Catholique, que le pape Alexandre VI déclare officiellement Saint-Jacques-de-Compostelle lieu d’un des « trois grands pèlerinages de la Chrétienté », avec ceux de Jérusalem et de Rome.

[20] Perpignan est une commune du sud de la France, préfecture du département des Pyrénées-Orientales et quatrième ville la plus peuplée de la région Occitanie. Ancienne capitale continentale du Royaume de Majorque, la ville est annexée par le Royaume de France en 1659. Dernière ville française méditerranéenne importante avant l’Espagne, elle est marquée par une forte identité catalane. En 1344, Perpignan perd son statut de capitale par la réintégration du royaume de Majorque dans la couronne d’Aragon. Dès 1346 elle est durement touchée par la peste noire. La ville ne s’en remet pas pendant longtemps. Du 15 novembre 1408 au 26 mars 1409, Benoît XIII tient un concile à Perpignan. À la mi-septembre 1415, l’empereur Sigismond 1er se rend à Perpignan pour un pseudo-concile avec le roi d’Aragon Ferdinand 1er et l’antipape Benoît XIII. Il en repart le 5 novembre 1415 sans avoir convaincu ce dernier d’abdiquer. En 1463, Louis XI occupe Perpignan en confirmant leurs anciens droits, mais la ville se soulève contre les Français en 1473. Après un siège terrible, qui se termina le 2 février 1475, le titre de « Fidelíssima vila de Perpinyà » (Très fidèle ville de Perpignan) fut décerné par les rois d’Aragon. Plus tard, en 1493, Charles VIII restitua le Roussillon et la Cerdagne aux Rois catholiques, qui venaient de fonder l’unité d’Espagne, par le mariage entre la Castille et l’Aragon. Malheureusement, la rivalité franco-espagnole et les conflits qui suivirent devaient faire chuter l’économie de Perpignan, dotée par Philippe II, à cet égard, de puissantes fortifications. Devenue place avancée de la monarchie espagnole face à la France depuis 1479, Perpignan entre dans une logique militaire, enfermée dans des remparts puissants renforcés à toutes les époques (Vauban notamment), elle n’est plus qu’un enjeu entre les deux grandes puissances. Prise par les armées de Louis XIII en 1642, elle est annexée avec le reste du Roussillon au royaume de France par le traité des Pyrénées de 1659.