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L’histoire pour le plaisir

Ludvig Holberg

samedi 11 juin 2022, par ljallamion

Ludvig Holberg (1684-1754)

Premier grand écrivain nordique des temps modernes

Après la période florissante des eddas [1], le latin était devenu la langue littéraire des pays scandinaves. Le génie d’Holberg va conférer à la langue vernaculaire ses lettres de noblesse, inspiré par l’humanisme, le siècle des Lumières et le baroque.

Étant né en Norvège mais ayant passé presque toute sa vie à Copenhague [2], il est revendiqué à la fois par les littératures danoise et norvégienne. Il faut préciser qu’à cette époque les deux pays étaient réunis sous la couronne des rois de Danemark.

Fils d’un officier de l’armée norvégienne, Ludvig Holberg vécut jusqu’à l’âge de 18 ans à Bergen [3].

En 1702, il quitte la Norvège pour s’établir à Copenhague qui est alors la seule ville universitaire de la double monarchie.

Les souverains Frédéric IV et surtout Frédéric V , fortement nationalistes et marqués par la religion luthérienne veulent remplacer le latin par le danois dans l’enseignement et la vie culturelle. Une langue littéraire doit naître et Ludvig Holberg vient à point nommé pour l’enrichir de son génie créateur. Très tôt il a appris le latin, parle l’allemand, l’anglais et le français. Cette pratique des langues étrangères lui permettra de découvrir les principales littératures européennes qu’il va imiter avant de trouver son inspiration personnelle.

Après plusieurs voyages de formation en Allemagne, aux Pays Bas, en Angleterre et en France entre 1704 et 1716, il revient se fixer définitivement à Copenhague où le roi Frédéric IV lui offre la chaire de métaphysique à l’Université [4] en 1717.

Il se met alors à écrire et débute par de courtes satires à la manière de Juvénal. Ensuite, il compose un long récit burlesque en vers, qui relate les tribulations d’un marchand danois, Peder Paars.

En 1721, le roi Frédéric IV accorde à une troupe d’acteurs français, établie à Copenhague depuis plusieurs années, le privilège de jouer des pièces en danois. L’idée est peut-être excellente, mais le répertoire est bien mince. Le directeur de la troupe, Magnon de Montaigu, se tourne alors vers Holberg, rendu célèbre par le succès de Peder Paars, et lui demande d’écrire pour lui des comédies en danois. En 6 ans à peine, de 1722 à 1728, le génial écrivain constituera un répertoire de 27 comédies dignes des meilleurs héritiers de Molière.

Comme Molière Holberg imite le réel. Sa pièce la plus célèbre est Jeppe du Mont ou Le Paysan métamorphosé. Le héros est un brave éleveur de porcs battu par sa femme qui le trompe avec le bedeau. Alors qu’il s’est enivré, il est abusé au réveil par le châtelain qui lui fait croire qu’il est le vrai seigneur du lieu. À ce titre, il doit présider le tribunal du village. Ses arrêts sont sans appel et ses jugements disproportionnés. Finalement il est détrompé et renvoyé à ses cochons et à sa femme sous les quolibets de tout le village.

Comme historien, Holberg a également publié une Histoire du Royaume de Danemark, une Histoire de l’Église des origines du christianisme à la Réforme et une Histoire juive (Histoire des Juifs). La dernière période de sa vie est consacrée à la philosophie. Ses Pensées morales et ses Épîtres reflètent son stoïcisme [5].

Bien qu’il ne fut jamais très riche, Holberg disposait à la fin de sa vie d’une petite fortune. Il reçut du roi le titre de baron. Il mourut à 70 ans et repose dans l’ancienne abbaye cistercienne de Sorø [6].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de histoire de Ludvig Holbergs tre Levnedsbreve zu 1728-1743, Copenhague, Gad, 1965

Notes

[1] Les Eddas sont deux manuscrits du 13ème siècle fort différents qui constituent des compilations poétiques. Le premier, est un manuel d’initiation à la mythologie nordique destiné aux jeunes poètes. Son auteur, Snorri Sturluson, un scalde islandais, était un grand seigneur qui s’est impliqué dans les luttes politiques de l’Islande et est mort assassiné. Il a aussi écrit une histoire des rois de Norvège. L’Edda de Snorri comprend la Gylfaginning qui rapporte les grands thèmes de la cosmogonie nordique, un traité d’art scaldique et un traité de métrique norroise. Le second, le Codex Regius contient les grands poèmes sacrés et héroïques qui forment l’Edda poétique. Avant d’être rédigés, ces poèmes ont été transmis oralement pendant des siècles. La poésie scaldique est avant tout affaire de forme, elle refuse le mot propre en lui substituant une périphrase ou métaphore et elle laisse toute liberté à l’agencement des mots, au mépris de la syntaxe. Elle permet ainsi des combinaisons infinies pour respecter les règles de la versification.

[2] Fondée au 10ème siècle par les Vikings, Copenhague est à l’origine un village de pêcheurs, fortifié en 1167. La ville devient la capitale du Royaume de Danemark dès le début du 15ème siècle. Au cours du 17ème siècle, sous le règne du roi Christian IV, elle devient une des plus grandes villes d’Europe du Nord, renforçant son statut de capitale.

[3] port relativement florissant grâce au commerce du bois qui transitait vers l’Angleterre

[4] L’université de Copenhague est une université danoise. Fondée en 1479, elle est la plus ancienne université du Danemark. Et en fut la seule entre la fermeture du Studium Generale à Lund en 1536 et l’établissement de l’Université d’Aarhus vers la fin des années 1920. Elle devenait le centre des études catholiques romaines et théologique, puis de Droit, Médecine et philosophie. Entre les années 1675 et 1788, l’université a introduit le concept d’examens de diplôme et de titre. Au terme de cette période, toutes les facultés imposaient des examens avant l’émission des diplômes.

[5] Le stoïcisme est un courant philosophique occidental issu de l’école du Portique fondée en 301 av.jc à Athènes, par Zénon de Cition. Le stoïcisme a par la suite traversé les siècles, subi des transformations notamment avec Chrysippe de Soles en Grèce et à Rome avec Cicéron, Sénèque, Épictète, Marc Aurèle, puis exercé diverses influences, allant de la période classique en Europe en particulier au 17ème siècle, chez René Descartes jusqu’à nos jours. Un des points qui distingue le stoïcisme des autres courants philosophiques issus de l’époque hellénistique est sa psychologie qui est à la base des thérapies cognitivo-comportementales modernes

[6] L’abbaye de Sorø est une abbaye de l’Ordre cistercien située dans la localité de Sorø dans le centre-nord de la région de l’île de Seeland au Danemark. En 1142, un noble descendant de Vikings, Asser Rig, fonde une abbaye bénédictine. Mais il meurt en 1151 et c’est l’évêque de Lund, Absalon, qui développe véritablement cette abbaye et la convertit en abbaye cistercienne. Saxo Grammaticus résida dans cette abbaye et y rédigea son Gesta Danorum. Il écrivit également les seize volumes de la chronique danoise d’Absalon. En 1247, l’abbaye de Sorø subit un grave incendie. Elle fut reconstruite une dizaine d’années plus tard. En 1536, en raison de la Réforme protestante, l’abbaye devint un refuge pour de nombreux moines. En 1555, l’abbaye accueille les moines chassés de l’abbaye d’Esrum. En 1580, l’abbaye de Sorø devint propriété de la Couronne danoise. En 1584, l’abbaye fut transformée en Académie pour jeunes gens de la Noblesse danoise. Elle devint plus tard la bibliothèque de l’Académie de Soro.