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Naissance de la Chine

samedi 29 août 2020, par lucien jallamion

Naissance de la Chine

Si les principales entités politiques virent le jour au nord, dans les zones clés situées le long des grands fleuves, il est certain que bon nombre d’éléments culturels issus d’autres lieux contribuèrent à créer cet ensemble qui devait devenir la Chine.

La dynastie la plus ancienne serait une certaine dynastie Xia [1], qui est supposée avoir régné vers la fin du 3ème millénaire av. jc. Ce qui est sûr, c’est que l’on pouvait rencontrer des villes animées, peuplées de milliers d’habitants, avant même la mise en place d’une grande entité politique.

On admet d’ordinaire que la civilisation commence à se développer en Chine d’une manière continue sous des souverains appartenant à la dynastie Shang [2].

A partir de la fin du 8ème siècle av. jc nous disposons de meilleures dates, mais nous manquons d’une chronologie bien établie.

C’est vers 1700 avant jc que les Shang, qui bénéficiaient de l’avantage que leur donnait le char de guerre, s’imposèrent à leurs voisins sur une assez grande portion de la vallée du fleuve Jaune [3]. Leur domaine finit par s’étendre sur plus de 100 000 km² autour du Henan du Nord [4] ses frontières, comme nous en avons des preuves dans des régions aussi éloignées que la Chine du Sud et les côtes du Nord-Est.

Dans leur vie comme dans leur mort, les souverains de la dynastie Shang étaient entourés d’un grand apparat ; des esclaves et des victimes désignées pour le sacrifice étaient enterrés avec eux dans des tombes profondes et magnifiques. Leur cour comprenait des archivistes et des scribes [5] : il s’agissait de la première culture disposant de l’écriture à s’être développée à l’est de la Mésopotamie [6].

Les Shang exercèrent une influence culturelle qui s’étendit certainement bien au-delà des zones qu’ils ont pu dominer politiquement. L’organisation politique de leur domaine semble avoir dépendu de la capacité des souverains à faire aller de pair la propriété terrienne avec des obligations rendues à un roi ; les personnages clés, grands guerriers et grands propriétaires tout à la fois, étaient les membres dominants d’une aristocratie aux origines à moitié mythiques. Le gouvernement des Shang n’en avait pas moins suffisamment d’assise pour avoir recours à des scribes, et il disposait d’une monnaie.

Les Shang apportèrent beaucoup dans d’autres domaines, même s’il est difficile de décider si ces progrès leur sont dus initialement ou s’ils provinrent tout simplement d’emprunts à d’autres communautés chinoises. Un calendrier relativement exact fut élaboré, qui a servi de base à tous les calendriers chinois jusqu’à la période moderne. Une religion s’organisa, centrée autour de Di, le dieu d’en haut, Ciel, comme on se mit à dire sous la dernière dynastie. On institua des rituels pour les sacrifices en l’honneur de Ciel ou des ancêtres, et l’on fabriqua d’imposants vases de bronze destinés à ces rituels. On organisa le travail d’une manière très sophistiquée, y compris pour le défrichement collectif de nouvelles terres. Mais le plus important fut l’établissement d’une monarchie centralisée fondée sur la personne du roi qui commandait l’armée et auquel les voisins payaient tribut.

L’Etat des Shang était certes expansionniste, mais il avait de quoi séduire en raison de sa culture avancée et de ses capacités techniques. A l’âge des Shang, il existait de nombreuses communautés implantées sur un plus grand périmètre, à des distances aussi éloignées de l’implantation des Shang que le Sichuan [7], à l’ouest. On a retrouvé la plupart d’entre elles au nord, dans les zones comprises entre les grands fleuves, et certaines sont vraisemblablement arrivées à un niveau de développement égal à celui des Shang, bien qu’à une échelle plus petite et avec un système de pouvoir moins organisé que le leur. On est probablement en droit de se figurer le centre de la Chine comme une entité qui a progressivement pris forme en partie grâce à la conquête, en partie grâce à la diffusion ou à la migration culturelle. Le phénomène commença vers le milieu du 2ème millénaire av. jc et s’est prolongé jusqu’à nos jours. Il n’y avait évidemment rien d’acquis dans ce processus et la taille de la Chine a crû et décru en fonction du pouvoir que le centre était à même d’exercer et du degré d’unité qui s’ensuivait.

Les Shang furent remplacés au 11ème siècle av. jc par ceux que l’on nomme généralement les Zhou [8]. Ils étaient à la tête d’un Etat plus petit, qui payait tribut à celui des Shang, auxquels ils finirent par s’opposer à la suite d’exigences déraisonnables.

La transition entre les Shang et les Zhou est le premier exemple de ce qui deviendra en Chine un véritable mouvement cyclique entre les dynasties. Un dirigeant vertueux agit conformément à la volonté de Ciel et fonde une grande dynastie, qui décline par la suite et tombe entre les mains d’hommes sans scrupule. Ce pouvoir dominant est alors attaqué et renversé par un nouveau dirigeant vertueux, qui incarne la volonté de Ciel.

Comme l’histoire de la dynastie éliminée était généralement écrite par celle qui lui succédait, il n’est pas difficile d’imaginer comment ce schéma cyclique a pu se mettre en place. Tout ce que nous savons sur le remplacement des Shang par les Zhou, c’est que leurs armées s’affrontèrent en 1045 av. jc à Muye [9], dans le centre du Henan. Les Zhou remportèrent une victoire décisive, probablement grâce aux chars de guerre perfectionnés dont ils disposaient.

L’Etat que bâtirent les rois Zhou devait servir de modèle pendant très longtemps. Même s’il y eut à la même époque d’autres Etats, qui tantôt coopérèrent avec la nouvelle dynastie et tantôt essayèrent de s’unir contre elle, les Zhou allaient donner le ton à tous les gouvernements chinois qui suivirent, en partie du fait de leur longévité. Ils ne disparurent complètement qu’au 3ème siècle av.jc, mais aussi parce qu’ils surent mettre en place un cadre d’action assurant davantage d’efficacité et de justice.

Ils établirent leur capitale pendant 275 ans à Fenghao [10], faisant d’elle, pour près de 2 millénaires, la principale ville de Chine.

Dès la première génération, la dynastie des Zhou étendit sa domination jusqu’à la côte orientale de la Chine, créant ainsi l’Etat le plus vaste que la région ait jamais connu jusqu’alors.

Le duc Zhou, conseiller du premier roi Zhou, son neveu, fut l’inventeur de la théorie chinoise du gouvernement bureaucratique, un gouvernement fondé sur l’idée que le roi était le délégué de Ciel. Pour le rester, il devait régner avec justice et dans l’intérêt de l’Etat tout entier.

On attendait des fonctionnaires des vertus morales exemplaire

P.-S.

Source : Extrait de Histoire du monde traduit de l’anglais par Jacques Bersani

Notes

[1] La dynastie Xia trouve sa source dans l’historiographie chinoise, en particulier le Classique des documents (9ème/6ème siècle avant notre ère, soit entre 7 et 10 siècles après les événements). Ces textes, les plus anciens de l’historiographie chinoise, concernent la politique et l’administration des souverains de l’antiquité chinoise, depuis Yao. Cet empereur mythique aurait chargé Gun, père de Yu le Grand, de lutter contre les inondations. Yu le Grand est le premier monarque légendaire chinois de la Dynastie Xia, dans une zone qui correspondrait, peut-être, aujourd’hui à l’Ouest du Henan et au Sud du Shanxi, c’est-à-dire à la zone qui recouvre à peu près la culture d’Erlitou.

[2] La dynastie Shang, (de 1767 à 1122 av.jc selon la chronologie traditionnelle, ou de 1570 à 1045 av.jc selon la sinologie moderne). Elle suit la dynastie Xia et précède celle de Zhou. Cette période correspond à l’âge du bronze en Chine et marque une transition entre l’histoire légendaire et les faits archéologiques. C’est en effet la première dynastie qui ait laissé des témoignages écrits et dont l’existence soit par conséquent prouvée. Ces témoignages ne proviennent toutefois que de ses derniers souverains, à partir de Wu Ding.

[3] Le fleuve Jaune est le deuxième plus long fleuve de Chine après le Yangzi Jiang. Long de 5 464 kilomètres, il prend sa source dans le plateau tibétain et après avoir traversé les provinces de Gansu, Ningxia, Mongolie-Intérieure, Shaanxi, Shanxi, Henan et Shandong il se jette dans la mer de Bohai, dans la mer Jaune. Le bassin versant du fleuve d’une superficie de 752 443 km² est caractérisé par un climat en grande partie semi-aride qui explique le débit modéré du fleuve à son embouchure (2 571 m3/s). Le fleuve Jaune a joué un rôle crucial dans l’histoire de la Chine car la civilisation chinoise est née au confluent du fleuve et de son affluent le Wei He puis s’est développée le long de son cours.

[4] Le Henan, autrefois Honan, est une province du centre-est de la Chine. Le Henan fut appelé Zhongzhou ce qui signifie littéralement « plaine centrale », ce nom est toutefois également appliqué à l’ensemble de la Chine. Le Henan, berceau de la civilisation chinoise ayant plus de 3 000 ans d’histoire, est resté un centre culturel, économique et politique de la Chine jusqu’il y a un millénaire.

[5] Le scribe désigne dans l’Égypte antique un fonctionnaire lettré, éduqué dans l’art de l’écriture et de l’arithmétique. Omniprésent comme administrateur, comptable, littérateur ou écrivain public, il fait fonctionner l’État de Pharaon au sein de sa bureaucratie, de son armée ou de ses temples. Le scribe royal domine l’administration centrale. Les scribes supérieurs font partie de la cour de pharaon, ils ne paient pas d’impôts et n’ont pas d’obligations militaires.

[6] La Mésopotamie est une région historique du Moyen-Orient située dans le Croissant fertile, entre le Tigre et l’Euphrate. Elle correspond pour sa plus grande part à l’Irak actuel.

[7] Le Sichuan est une province du centre-ouest de la Chine. Sa capitale est Chengdu.

[8] La dynastie des Zhou du Nord régna en Chine du nord-ouest de 557 à 577 puis en Chine du nord de 577 à 581 lors de la période des Dynasties du Nord et du Sud. Elle fut précédée par la dynastie des Wei de l’Ouest et suivie par la dynastie des Sui, qui réunifia la Chine en 589. Cette dynastie a joué un rôle capital dans la fin de la longue période de division de la Chine, posant les bases de la réunification.

[9] La Bataille de Muye, vers environ 1122 av. jc selon l’historiographie traditionnelle, 1046 av. jc selon l’archéologie, fut la bataille qui précipita la chute de la dynastie Shang et la prise du pouvoir par la dynastie Zhou.

[10] qui devint plus tard Chang’an aujourd’hui Xian