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Isabelle Claire Eugénie de Habsbourg dite Isabelle d’Espagne (1566-1633)

lundi 16 juillet 2018

Isabelle Claire Eugénie de Habsbourg dite Isabelle d’Espagne (1566-1633)

Archiduchesse d’Autriche-Infante d’Espagne-Duchesse de Bourgogne et souveraine des Pays-Bas catholiques de 1598 à 1621

Née à Ségovie [1], elle régnera conjointement à son mari et cousin l’archiduc Albert.

Fille de Philippe II d’Espagne et de sa troisième épouse Élisabeth de Valois . Ses grands-parents paternels étaient l’empereur Charles Quint et Isabelle du Portugal. Ses grands-parents maternels étaientHenri II de France et Catherine de Médicis.

Son père, Philippe II, aurait été rempli de joie à sa naissance et il aurait lui-même déclaré en être plus heureux qu’il ne l’aurait été de la naissance d’un fils. Philippe avait déjà un héritier mâle, Don Carlos d’Espagne , issu de son premier mariage avec la princesse Marie Manuelle de Portugal . Il fut cependant tué à l’âge de 23 ans en 1568, son père le soupçonnant de conspiration contre lui, ce qui fit d’Isabelle sa prime héritière.

En 1589, les Ligueurs [2] cherchèrent à la placer sur le trône de France en tant que petite-fille d’Henri II, roi de France.

Avec plus de persévérance, Philippe II soutint ses prétentions au duché de Bretagne [3]. À la mort du dernier roi Valois, Henri III en 1589, sa nièce Isabelle se trouvait être la plus proche parente de la tige héritière des droits des ducs de Montfort de Bretagne. Elle descendait en droite ligne d’Anne de Bretagne par Claude de France, Henri II, Élisabeth de Valois.

La Bretagne était surtout une étape indispensable vers les Flandres, pour le cabotage commercial comme pour le contrôle militaire. En 1590, allié avec Philippe-Emmanuel de Lorraine duc de Mercœur autre prétendant et gouverneur de Bretagne et beau-frère du feu Henri III, Philippe II fit débarquer des troupes espagnoles sur trois pointes bretonnes : Crozon [4], Blavet [5] et Crac’h-Locmariaquer [6]. Il fit bâtir rapidement trois citadelles [7].

L’incapacité de Mercœur à s’imposer en Bretagne et les progrès d’Henri IV provoquèrent bientôt la chute de ces citadelles. Les derniers Espagnols rembarquèrent en 1598 et Isabelle ne fut jamais duchesse de Bretagne.

En 1593, la Ligue organise à Paris des États généraux, dans l’espoir de choisir un nouveau roi pour la France dont la plus grande partie ne reconnaît toujours pas le prétendant officiel Henri de Navarre. Depuis l’Espagne, Philippe II appuie fermement la candidature de sa fille qui en tant que petite-fille d’Henri II peut prétendre à devenir reine de France.

En dépit de la loi salique [8] qui empêche toute femme de monter sur le trône de France, le roi d’Espagne espère imposer Isabelle. Au moins est-il assuré que celui qui sera choisi roi la prendra pour épouse car les Guise qui n’ont aucune légitimité à s’emparer de la couronne, voient dans le mariage avec l’infante l’occasion de confirmer leur ascension vers le trône.

Parmi les prétendants, se trouve le jeune duc de Guise, âgé de 22 ans ou encore le jeune Charles-Emmanuel de Savoie-Nemours duc de Nemours , âgé de 26 ans.

Le roi d’Espagne ne ménage pas sa peine pour faire couronner sa fille reine de France, cet événement serait pour lui l’aboutissement de sa politique française. Un grand tableau, grandeur nature d’Isabelle a été placé au centre de la salle où se déroule les États généraux. Mais les manœuvres du roi d’Espagne irritent les Français.

Par ailleurs, la division règne chez les catholiques. Le duc de Mayenne, principal prétendant au trône est un homme marié d’un certain âge qui supporte difficilement les prétentions de son neveu et de son demi-frère. À cela s’ajoute les prétentions du duc de Lorraine Charles III de Lorraine époux de Claude de France , qui lui aussi appuie la candidature de ses enfants, petit-fils d’Henri II par leur mère.

L’échec de l’élection met en exergue les prétentions d’Isabelle. La conversion puis le sacre quelques mois plus tard d’Henri IV, met un terme définitif aux espérances de Philippe II.

Ayant signé le Traité de Vervin [9] avec la France, Philippe II d’Espagne voulut donner un gage de bonne volonté à son ennemie en accordant leur indépendance aux Pays-Bas Espagnols qu’il confia à sa fille et à son gendre. Si le couple n’avait pas d’enfant, les Pays-Bas retourneront sous la tutelle madrilène. Une belle manœuvre politique.

Philippe II marie Isabelle à l’archiduc Albert ; Le prétendant est un fils cadet de l’empereur Maximilien II. Il a été élevé à la cour d’Espagne où son oncle Philippe II l’a fait nommer cardinal puis gouverneur des Pays-Bas.

À l’occasion de son mariage le 6 mai 1598 avec son cousin Albert d’Autriche, qui s’est démis à contrecœur de son titre cardinalice, Isabelle reçoit en dot le gouvernement des Pays-Bas, qu’elle partage avec son mari, ainsi que les comtés de Bourgogne [10] et de Charolais [11]. Or il est notoire que l’archiduc est dans l’incapacité physique d’engendrer...Le couple, uni dans sa foi, n’en sera pas moins actif et populaire.

La paix établie aux Pays-Bas, les gouverneurs, profondément catholique, réforment la justice, développent l’économie du pays, installent leur cour à Bruxelles et s’entourent d’artistes.

Le Traité de Londres [12] du 29 août 1604 et la Trêve de 12 ans signée le 9 avril 1609 entre l’Espagne catholique et les Pays-Bas protestants doivent beaucoup à l’engagement actif des archiducs dans les négociations. Pour les Pays-Bas, c’est la fin d’un embargo qui paralysait le commerce.

À la mort d’Albert en 1621, elle se fit clarisse [13] et demeura à la tête des Pays-Bas en tant que gouvernante générale des Pays-Bas espagnols [14] jusqu’en 1633.

Durant ces années, elle accorde l’hospitalité à Gaston d’Orléans et à son épouse Marguerite de Lorraine qui fuient la vindicte du Cardinal de Richelieu.

Sa mort, en 1633 met fin pour les Pays-Bas à une période d’essor et de calme. Faute d’héritier, le gouvernement d’Albert et Isabelle retourna sous l’autorité espagnole.

En 1648, 50 ans après l’avènement d’Albert et Isabelle, la Paix de Westphalie [15] marque la fin de la guerre civile qui sépare définitivement les Pays-Bas de la couronne espagnole.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Isabelle Claire Eugénie d’Autriche/ Portail des Pays-Bas/ Gouverneur des Pays-Bas espagnols

Notes

[1] Ségovie est une commune de la communauté autonome de Castille-et-León en Espagne. C’est la capitale de la province de Ségovie. Elle se trouve à une heure de route de Madrid, au confluent des rivières Eresma et Clamores, au pied de la Sierra de Guadarrama.

[2] La Ligue catholique, la Sainte Ligue ou la Sainte Union est le nom donné pendant les guerres de Religion à un parti de catholiques qui s’est donné pour but la défense de la religion catholique contre le protestantisme. Son succès est tel qu’elle devient un danger pour la monarchie. En 1588, elle parvient à chasser le roi Henri III de la capitale. La Ligue décline petit à petit devant les victoires du roi Henri IV. Elle constitua un des plus grands dangers que connut la monarchie française avant l’avènement de l’absolutisme, avec la Fronde, au siècle suivant, dont les acteurs gardèrent présente à l’esprit la Ligue, comme modèle ou comme repoussoir.

[3] Le Duché de Bretagne est un duché féodal qui a existé de 939 à 1547. Son territoire, partie de celui de l’ancienne Armorique, correspond à la région Bretagne actuelle avec une grande partie du département de la Loire-Atlantique où se trouvent la ville de Nantes et l’ancien pays de Retz. Le duché s’est trouvé, au fil des siècles, dans les zones d’influence du duché de Normandie, du royaume de France et du royaume d’Angleterre. À plusieurs reprises, les ducs ont essayé de se détacher de ces influences. Succédant au royaume de Bretagne, le duché naît en 936, en plein cœur de l’occupation de la Bretagne par les troupes viking du chef Incon. Alain Barbetorte, petit-fils du dernier roi de Bretagne Alain Ier Le Grand, libère le pays du joug normand et devint alors le premier duc de Bretagne. Pendant près de trois siècles, du 10ème siècle au 12ème siècle, les grandes maisons comtales bretonnes (Nantes, Rennes, Cornouaille) se disputent ardemment le pays breton et finissent par posséder le duché les unes après les autres. Au milieu du 12ème siècle, le duché devient un véritable enjeu géostratégique pour les deux grandes puissances européennes que sont la France et l’Angleterre. La dynastie des Plantagenets et la maison de France placent leurs ducs à la tête du duché afin de mieux le contrôler. Les ducs imposés par les deux puissances rivales n’auront de cesse que de prendre leur indépendance vis-à-vis des puissances convoitant le Duché. Au point que les ducs d’origine française réussissent, du début du 13ème siècle à la fin du 15ème siècle, et même en pleine guerre de Cent Ans, à affirmer la puissance de l’État breton toujours indépendant. Les héritières de Bretagne se sont plusieurs fois alliées à des branches de la maison capétienne. Après près de 60 ans de lutte, autant militaire que diplomatique, le royaume de France réussit à effectuer un premier rapprochement, avec le mariage de trois rois de France successifs avec les duchesses Anne de Bretagne et sa fille Claude. En 1532, l’union du duché de Bretagne et du royaume de France est proclamée, celle-ci sera effective en 1547 lors de l’accession au trône de France du dernier duc, Henri. La nouvelle province française gardera cependant une grande autonomie et ses privilèges jusqu’à la Révolution française de 1789.

[4] face à Brest

[5] l’actuelle Port-Louis

[6] près d’Auray

[7] celle de Port-Louis subsiste

[8] Dans le haut Moyen Âge, il s’agit d’un code de loi élaboré, selon les historiens, entre le début du 4ème et le 6ème siècle pour le peuple des Francs dits « saliens », dont Clovis fut l’un des premiers rois. Ce code, rédigé en latin, et comportant de forts emprunts au droit romain, portait surtout sur le droit pénal et les compositions pécuniaires car l’objectif de la loi salique était de mettre fin à la faide (vengeance privée) en imposant le versement d’une somme d’argent et établissait entre autres les règles à suivre en matière d’héritage à l’intérieur de ce peuple. Plusieurs siècles après Clovis, dans le courant du 14ème siècle, un article de ce code salique fut exhumé, isolé de son contexte, employé par les juristes de la dynastie royale des Capétiens pour justifier l’interdiction faite aux femmes de succéder au trône de France. À la fin de l’époque médiévale et à l’époque moderne, l’expression loi salique désigne donc les règles de succession au trône de France. Ces règles ont par ailleurs été imitées dans d’autres monarchies européennes. Par ailleurs, il ne faut pas confondre « loi salique » et « primogéniture masculine », la loi dite salique constituant un élargissement de la primogéniture masculine pour éliminer les femmes de la succession au trône, y compris les filles du souverain décédé.

[9] La paix de Vervins fut signée le 2 mai 1598 à Vervins (actuellement situé dans l’Aisne) entre les rois Henri IV de France et Philippe II d’Espagne. Les négociations qui avaient débuté dès janvier 1597 avaient été confiées du côté français à Bellièvre et Sillery. Ce traité confirma et compléta les clauses précédemment adoptées par le traité franco-espagnol du Cateau-Cambrésis, conclu le 3 avril 1559 entre les rois Philippe II d’Espagne et Henri II de France. Aux termes de ce traité, l’Espagne restitua à la France le Vermandois, une partie de la Picardie, la ville de Calais et Le Blavet (Port-Louis, Bretagne) ; la France rendit à l’Espagne le Charolais et diverses places fortes dont la France s’était emparée depuis le précédent traité et renonçait à la suzeraineté sur la Flandre et l’Artois. Henri IV, roi de Navarre de naissance, se refusa toutefois à entériner l’annexion de la Navarre « espagnole », réalisée en 1512 par Ferdinand II d’Aragon, arrière-grand-père de Philippe II. Cette spoliation ayant été opérée à l’encontre de son propre arrière grand-père maternel, le roi Jean III de Navarre.

[10] Le Comté de Bourgogne, appelée aussi Franche Comté de Bourgogne était un important comté fondé en 986 par le comte Otte-Guillaume de Bourgogne et dont le territoire correspond aujourd’hui, approximativement à l’actuelle région de Franche-Comté. Il avait pour capitale Dole et était gouverné du 10ème siècle au 17ème siècle par les comtes palatins de Bourgogne.

[11] De 973 à 1237, le Charolais appartient au comte de Chalon. Il n’y a pas de titre particulier lié aux Charolais. En 1237, Hugues IV, duc de Bourgogne l’achète au comte de Chalon, et le donne à son second fils Jean en 1248. Le Charolais aurait été érigé en comté entre 1270 et 1316 selon les sources. Pendant la période de l’État bourguignon (1363-1559), le titre de Comte de Charolais fut systématiquement donné à l’héritier du Duc de Bourgogne (à la manière du titre de « Dauphin de France » ou de « Prince de Galles »). Par exemple, Charles le Téméraire, du vivant de son père Philippe le Bon, porta le titre de comte de Charolais.

[12] Le Traité de Londres, signé en août 1604 (18 ou 28 selon les calendriers), a mis fin à une guerre anglo-espagnole de 19 ans. Les négociations se déroulèrent à Londres, dans la Somerset House, c’est pour cela qu’elle est souvent nommée « Pourparlers de Somerset House. »

[13] Les clarisses (ou ordre des clarisses ou ordre des Pauvres Dames) tiennent leur nom de sainte Claire d’Assise qui a créé cet ordre en 1212 à la demande de saint François d’Assise.

[14] Les Pays-Bas espagnols étaient les États du Saint Empire romain rattachés par union personnelle à la couronne espagnole sous le règne des Habsbourgs, entre 1556 et 1714. Cette région comprenait les actuels Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, ainsi que des territoires situés en France et en Allemagne. La capitale était Bruxelles.

[15] Les traités de Westphalie (ou Paix de Westphalie) conclurent la guerre de Trente Ans et la guerre de Quatre-vingts ans le 24 octobre 1648. Ils sont à la base du « système westphalien », expression utilisée a posteriori pour désigner le système international spécifique mis en place, de façon durable, par ces traités. Catholiques et protestants ayant refusé de se rencontrer, les négociations se tinrent à partir de décembre 1644 à Münster pour les premiers et à partir de 1645 à Osnabrück pour les seconds. Cette solution qui avait été proposée par la Suède est préférée à l’alternative française qui suggérait Hambourg et Cologne. Les pourparlers de Münster opposaient les Provinces-Unies (les Pays-Bas) à l’Espagne et la France au Saint Empire romain germanique. Ceux d’Osnabrück, la Suède à l’Empire. Les principaux bénéficiaires furent la Suède, les Pays-Bas et la France. Côté français, la diplomatie engagée par Mazarin fut décisive.