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Sévérien de Gabala

vendredi 17 avril 2015, par ljallamion

Sévérien de Gabala

Sainte-Sophie Église puis Mosquée et actuellement muséeIl est principalement connu pour ses démêlés avec Jean Chrysostome.

Pour quelque raison inconnue, il délaissa vers 400 son évêché de Gabala [1] pour se rendre avec, dit-on, dans ses bagages de nombreuses homélies prêtes à être prononcées à Constantinople, capitale de l’empire.

Bien accueilli par l’archevêque Jean dont il su gagner la confiance, il pu prêcher à la Grande Église [2] devant la famille impériale. Son accent très provincial nuisait à son éloquence, mais sa connaissance des Écritures compensait cet handicap. Il fut un orateur apprécié du peuple et de l’empereur.

Au moment de régler la succession de l’évêque Antonin d’Éphèse accusé de simonie [3], Jean dû quitter Constantinople, il partit confiant, laissant toute liberté à Sévérien de prêcher, lui confiant son église.

Mais un incident fit basculer cette situation à l’équilibre de plus en plus précaire, Sérapion, diacre [4] de la Grande Église, omit de se lever en signe de respect au passage de l’évêque Sévérien. Ce dernier s’en émut excessivement au point de prétendre excommunier Sérapion en s’écriant : Si Sérapion finit ses jours en tant que chrétien, c’est que le Christ n’est pas incarné !. L’affaire est portée devant Jean qui chasse cet hôte qui se montre par trop importun. La nouvelle fait le tour de la ville, et déjà l’on chansonne l’évêque trop mondain qui se voyait déjà archevêque.

Il faudra toute l’insistance personnelle de l’impératrice Eudoxie pour que, dans une homélie à la rhétorique prudente, Jean invite ses paroissiens au nom de la paix à recevoir à nouveau Sévérien. De fait, cependant, la rupture est consommée. Et Lorsque Théophile d’Alexandrie s’en prend à Jean pour le faire déposer au Synode du Chêne [5] en 403, on voit Sévérien siéger parmi les juges accusateurs.

Il est encore présent comme accusateur au second Synode qui se tint à Constantinople, pour réhabiliter Chrysostome et qui aboutit à son exil définitif. Sévérien mourut en 408, ou peu après.

Son attitude lui valut une réputation d’habile intrigant, de rancunier, de prédicateur de talent mais sans âme et de courtisan des puissants. Jugement dur, mais pas totalement infondé, et son nom, couvert d’opprobre après la réhabilitation posthume de Jean Chrysostome, posa problème aux copistes qui mirent plusieurs de ses homélies sous le nom de Chrysostome. C’est donc celui qu’il avait contribué à faire exiler qui préserva les textes de Sévérien.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de AUBINEAU, Michel : Un traité inédit de christologie de Sévérien de Gabala "in centurionem et contra Manichaeos et Apollinaristas", exploitation par Sévère d’Antioche et le Synode du Latran ; 1983

Notes

[1] actuellement Jablé, en Syrie

[2] Eglise Sainte Sophie

[3] La simonie est, pour les catholiques, l’achat et la vente de biens spirituels, tout particulièrement d’un sacrement et, par conséquent, d’une charge ecclésiastique. Elle doit son nom à un personnage des Actes des Apôtres, Simon le Magicien qui voulut acheter à saint Pierre son pouvoir de faire des miracles, ce qui lui valut la condamnation de l’apôtre

[4] Le diacre est une personne qui assiste le dirigeant d’une Église locale chrétienne. Il est choisi pour sa foi et ses qualités morales. Il est responsable de certaines activités de l’ église.

[5] Petit concile organisé par Théophile d’Alexandrie dans la riche villa du préfet Rufin (Ad Quercum), dans la banlieue de Chalcédoine. Des moines origénistes du désert de Nitrie (Égypte), pourchassés par Théophile, avaient, au nombre d’une cinquantaine, été accueillis, en 401, par l’évêque de Constantinople, Jean Chrysostome. Théophile, sommé de venir s’expliquer dans la capitale, arriva avec un grand nombre d’évêques égyptiens. Après s’être assuré l’appui de la cour impériale et celui d’ecclésiastiques hostiles à Chrysostome, il prit les devants et attaqua ce dernier en le citant à comparaître devant un concile. Ce concile, que présida le préfet Paul d’Héraclée, réunit trente-six évêques, dont vingt-neuf étaient égyptiens. On fit témoigner le diacre Jean, l’évêque Isaac et d’autres ecclésiastiques mécontents, qui reprochèrent à Chrysostome divers crimes sans fondement (violences, vols, sédition politique, manquements à la discipline et à la coutume ecclésiastiques).