Bienvenu sur mon site historique. Bon surf

L’histoire pour le plaisir

Accueil du site > Histoire du 16ème siècle > Une Europe bouleversée par les religions 1ère partie

Une Europe bouleversée par les religions 1ère partie

dimanche 24 février 2013

Une Europe bouleversée par les religions

l'empire de Charles Quint

Dans cette Europe bouleversée du 16ème siècle où tout se dit, s’écrit, est jugé, parfois condamné, en Allemagne un autre moine nommé Martin Luther se lève. Théologien et érudit, pédagogue et débatteur virulent, il est sûr de ses Propositions, contre son Église et contre son ordre, contre l’Empereur et contre certains de ses condisciples. Il reprend les affirmations de ses prédécesseurs, mais il sera le négociateur du tournant définitif et décisif. Né à Eiseleben, est d’abord destiné à une carrière de juriste que lui trace son père. Le jeune homme, vif et brillant, va faire ses études chez les Frères de la vie commune, puis à l’université d’Erfurt d’où il sort diplômé en 1505. Mais ni le droit ni la carrière promise ne convainquent Martin, déjà préoccupé par la question de sa propre foi et la situation de l’Église. Il décide bientôt de changer d’orientation et choisit l’Église. Il entre au couvent des Augustins d’Erfurt où il a, comme remèdes à son angoisse spirituelle, une vie ascétique, des mortifications et des jeûnes répétés. Il étudie la théologie, est sera ordonné prêtre en 1507 et nommé docteur en théologie en 1512. Il enseigne alors la philosophie et dès lors se consacre à l’enseignement et à la prédication. Cependant l’exigence intellectuelle et spirituelle de Martin Luther n’a pas diminué.

Il approfondit sa lecture de la Bible et tout particulièrement les épîtres de Saint Paul. Il veut comprendre la place de l’homme en face de Dieu, la question du salut et de la mort, ne se contente pas des réponses de l’Église dont il connaît les insuffisances et les abus, souhaite déjà un enseignement général pour tous, dont précisément la lecture des Écritures.

Il quitte progressivement le domaine de la scolastique pour oser une réflexion personnelle sur la foi et la religion. En 1508 Luther entre à l’université de Wittenberg où il poursuit ses études en plus des prédications qu’il donne à l’église, et où, déjà, il explique sa philosophie et ses vues sur le christianisme tel qu’il est vécu autour de lui. Il dénonce notamment la pratique des indulgences, à ses yeux remède trop facile et injuste en matière de fortune pour les uns par rapport aux autres, pour être libéré des péchés, remède peu admissible de la part de l’Église qui se jouait ainsi de la crédulité des fidèles. Luther appelait la vente des indulgences “le commerce du salut”. Cette question des indulgences s’envenime lorsque la vente qui sera effectuée par Tetzel est autorisée en Allemagne, pour la construction de la basilique Saint Pierre, avec l’accord de l’archevêque Albert de Mayence. Luther écrit à ce dernier pour empêcher cette vente. Sans réponse, Luther décide donc de faire imprimer et publier 95 thèses, liste de 95 affirmations où, à travers la virulente critique des indulgences et de leur vente, il dénonce le comportement des hommes d’Église et la crédulité des fidèles. Les réactions religieuses et politiques sont immédiates. Luther est dénoncé par l’archevêque et Rome le menace d’excommunication. Désormais le conflit est ouvert. En octobre 1518 Luther est convoqué à Augsbourg où il devra se rétracter. Il ne le fait pas.

Un an plus tard, il met en cause l’infaillibilité des conciles, en 1520 la menace d’excommunication est exécutée, par une bulle papale, et on brûle ses écrits. L’accusé brûle à son tour la bulle, le conflit est alors à son comble. L’excommunication est prononcée le 3 janvier 1521. La rupture avec Rome étant effective, entre en scène la politique. A la Diète de Worms d’avril 1521 on attend une nouvelle fois que l’accusé se rétracte. Il refuse affirmant que la seule obéissance est à la Bible et non à l’Église. L’édit de Worms condamne alors officiellement Luther et ses amis, et les met au ban de l’Empire de Charles Quint. Luther est soutenu par le Landgrave de Hesse et le prince électeur de Saxe, Frédéric le Sage. Ce dernier fait enlever le condamné et le fait conduire au château de la Wartburg. Le moine y restera à l’abri jusqu’en mars 1522 et mettre à profit ce séjour semi clandestin pour traduire le Nouveau Testament en allemand. A Wittenberg on a pris parti pour l’ancien prédicateur et professeur de l’université, en dépassant parfois la pensée du maître. Certains veulent remanier la messe, des manifestations iconoclastes ont lieu. De retour dans la ville, Luther aura à lutter contre ces débordements qu’il n’admet pas. Là comme ailleurs, la réforme luthérienne commence à s’implanter. Charles Quint, en guerre avec la France, contrôle moins bien ce mouvement qui commence à dépasser les frontières. En 1526 les princes électeurs se voient autorisés à appliquer la loi “cujus regio, ejus religio”. les sujets de chaque prince sont tenus d’avoir la même religion que le prince, mais en cas de désaccord peuvent quitter leur État pour s’établir dans celui d’un autre prince dont ils pourront pratiquer la religion. A la Diète de Spire en 1529 Charles Quint ne peut rien modifier à cette situation quand les princes menacent de protester et deviennent des protestants. En 1530 a lieu à la Diète d’Augsbourg la lecture de la Confession d’Augsbourg, rédigée par Melanchton, approuvée par Luther. Le Luthéranisme a dès lors son fondement, sa profession de foi et bientôt ses disciples, les luthériens.

Désormais la voie est tracée pour Martin Luther. Toutes les réformes réclamées depuis des décennies se sont transformées en une Réforme. Le second schisme, après celui de l’orthodoxie en 1054, a eu lieu.

Pour aider les fidèles, Luther publie en 1526 la “Messe allemande” pour expliquer le nouveau culte réformé luthérien, un “Petit catéchisme” pour les enfants en 1529, un “Grand catéchisme” pour les pasteurs en 1530. L’œuvre immense du théologien, quelques 100 volumes, atteste de sa volonté de transmission. Du point de vue humaniste, Luther se heurte à Érasme, les deux hommes étant fort différents, le premier ancien moine virulent et parfois fougueux, le second ayant pris du recul face à l’Église et connu pour sa tolérance.

Dans le domaine politique, Martin Luther aura bénéficié de l’appui de Frédéric le Sage est restera attaché à la hiérarchie de son époque. La Révolte des paysans de 1524-1525 reste la marque de Luther qui approuve la forte et cruelle répression qui suit cette révolte des paysans, dressés contre le prince, mais aussi en partie en désaccord avec le luthéranisme.

L’adversaire principal de Luther dans cette affaire est Thomas Müntzer. Ce dernier en effet, qui avait étudié à Leipzig puis à Francfort sur Oder était devenu prêtre, charge qu’il avait abandonnée en 1522. Il avait opté deux ans auparavant pour la réforme de Luther, qu’il avait rencontré en 1519. Il est d’abord en accord avec le réformateur sur les besoins de réformes dans l’Église, puis sur les 95 thèses. Bientôt les deux hommes divergent et le désaccord devient conflit. Thomas Müntzer reproche à Luther ses relations politiques avec les princes, l’accuse de ne pas s’occuper davantage des paysans et s ‘écarte de la théologie luthérienne, pour prêcher bientôt un radicalisme que Luther juge outrancier et désapprouve dans le fond. Il reproche à son tour à Müntzer son agressivité et sa violence, notamment quand il apprend le comportement iconoclaste dont Müntzer est accusé en 1524. De révolutionnaire, Müntzer devient prophète, voyant dans les bouleversements du 16ème siècle les conséquences d’une foi mal vécue ou mal prêchée. Il écrit sa “Protestation de la vraie foi chrétienne”. Il s’engagera dans la Révolte aux côtés des paysans, mais, fait prisonnier,il est condamné et décapité en 1525. Cette attitude de Luther dans la Révolte des paysans, qui sera jugée dure et proche de l’intolérance, se retrouve dans une autre attitude, toute médiévale, face au judaïsme.

Luther accuse les juifs de la mort du Christ, ou de ne pas se convertir. Il est prêt à brûler les synagogues, suivi en cela par son épouse qui, lors d’une maladie de Luther, y voyait la marque et la malédiction juive. En effet Martin Luther a mis ses affirmations en pratique, et critiquant le célibat des prêtres, il convolera en noces avec Catherine de Bora en 1525. D’abord dans l’obligation d’entrer au couvent, la jeune Catherine s’en échappe, arrive à Wittenberg où elle rencontre Luther. Le mariage a lieu et 6 enfants devaient unir la famille, avec la douleur de la perte d’une fille dont le père se remettra mal. Intelligente et attentive, cultivée, Catherine secondera son époux toute sa vie en veillant à la tenue du ménage où l’argent manquait souvent, mais où le couple recevait les étudiants en table ouverte pour le bonheur de professer et de débattre. Luther inquiétait Catherine par sa santé parfois fragile. Dés 1527, le voyant souffrir les douleurs de la maladie de la pierre qui ne le quittaient guère, Catherine craindra toujours pour l’avenir de ses enfants, mais c’est encore le malade qui réconfortait son épouse. Quand Martin Luther meurt en 1546, l’œuvre écrite est importante, mais l’œuvre spirituelle l’est plus encore. La théologie scolastique ne sera plus défendue désormais avec la même conviction, le nouveau luthéranisme pénètre dans toutes les classes de la société et bientôt dans les pays de l’Europe du nord dans un mouvement et un élan qui s’avèreront irréversibles. Martin Luther qui, malgré ses ennemis et ses difficultés, ne s’est jamais dédit, a également été entouré d’amis fidèles, de disciples. Philippe Melanchton est de ceux-là. Né à Bretten, d’une famille aisée, de son vrai nom Philipp Schwartzerdt, il reçoit une bonne instruction délivrée par un précepteur. Le jeune garçon, brillant, goûte vite les discussions avec les étudiants plus âgés et plus avancés. A la mort de son père, il est envoyé à Spire et étudie à l’école latine de Pforrzheim. Là il se fait remarquer par sa culture, son goût de grec son talent pour le latin et en 1509 se voit donner le nom hellénisé de Melanchton. A 12 ans il entre à l’université de Heidelberg, se familiarise avec les écrits d’Érasme, et en 1514 obtient le grade de bachelier des arts. En 1516 il dépose une maîtrise à la faculté de philosophie, tout en étudiant toujours le grec, l’hébreu, les auteurs antiques, l’astronomie, l’astrologie, la didactique, la grammaire et dans les années 1515, il travaille comme correcteur dans une imprimerie. En 1518 une chaire de grec est créée à l’université de Wittenberg, pour laquelle Melanchton est appelé. Là, il rencontre Martin Luther, qui lui confie d’ailleurs la charge honorifique de la leçon inaugurale, qui l’influence très vite et qu’il ne devait plus quitter malgré des désaccords qui n’entameront pas le respect et l’amitié qui lient le disciple à son maître. Un an plus tard a lieu la “disputation” de Leipzig où Luther doit s’expliquer. Bien qu’il n’ait pas eu à participer à la discussion, Melanchton avait aidé Luther à préparer ses arguments. Bientôt ce dernier persuade le jeune érudit d’étudier la théologie et Melanchton, selon les espoirs de son père spirituel est diplômé en théologie. Il peut dés lors enseigner la théologie, la philosophie et l’exégèse biblique. En 1520 Philipp Melanchton épouse Katherine Krapp. La famille, qui comptera 4 enfants habite une maison modeste jusqu’en 1536, date à laquelle Frédéric le Sage lui fait construire une demeure plus importante, toujours à Wittenberg, une vie régulière s’y déroulait, rythmée par les cours, les rencontres avec les étudiants dont certains étaient logés chez la famille Melanchton .

Le professeur était encore occupé par la préparation et la tenue des études bibliques qui avaient lieu chez lui et qu’il préparait en latin pour ceux qui ne connaissaient pas l’allemand, car les étudiants étrangers étaient nombreux à Wittenberg. Dés son arrivée dans cette ville, Melanchton avait souhaité des réformes dans le programme des études de l’université. D’une part il défendait l’histoire et les mathématiques et d’autre part l’enseignement scolastique disparaissait progressivement. Le professeur devient recteur vers 1523-1524 et peut alors décider certaines réformes, comme donner un enseignement humaniste, notamment à l’exemple d’Érasme. Il existera des désaccords entre Melanchton et Luther, dont une appréciation différente d’Érasme, ou le mariage de son maître que Melanchton désapprouvait. Mais une concordance de vues était réelle et profonde quant à ce qui, pour les deux complices érudits, était essentiel, l’enseignement. Melanchton est un grand enseignant, comme Luther, mais il est plus professeur que prédicateur, et le nombre important d’ouvrages publiés à l’intention des étudiants, de manuels ou de cours est autant de témoignages du pédagogue. Les cours de théologie étaient suivis, dit-on, par quelque 500 ou 600 étudiants, à ses débuts, puis plus tard par environ 1500 jeunes gens. Son ambition était de rester un humaniste, et non devenir théologien, et de transmettre ce goût de l’étude qui caractérisait le courant humaniste. Resté donc humaniste et professeur, Melanchton a fixé des règles de connaissance de l’Histoire, et de l’histoire de la religion. C’est lui qui a étudié et montré l’importance de ce que le 19ème siècle appellera l’étude historico critique. Melanchton a été le premier à vouloir montrer l’importance de l’histoire des dogmes, et, à travers eux, l’histoire du christianisme. Les universités de la deuxième moitié du 16ème siècle en Allemagne bénéficieront, notamment dans les années 1555 à 1560, de la participation de Melanchton à l’élaboration de leurs statuts. De même les nouvelles universités de Marbourg, Königsberg, créées après la Réforme luthérienne, devaient-elles recevoir les conseils de Melanchton, véritable personnification de la quasi totalité des connaissances de son époque, lui qu’on appelait le professeur d’Allemagne. Outre ce domaine de l’enseignement où il excelle, Melanchton œuvre pour aider Luther et faire avancer ses idées, notamment au sujet du célibat des prêtres, et surtout la nouvelle conception de la communion, la consubstantiation. C’est Melanchton qui célébrera le 29 septembre 1521 la première cène luthérienne. A partir de 1527, Melanchton travaille à un texte qui donnerait la synthèse de la doctrine luthérienne. En 1529 il est envoyé à la Diète de Spire où doit se discuter la notion de communion selon Luther, et un an plus tard, c’est à la Diète d’Augsbourg que doit encore intervenir Melanchton qui avait donc rédigé le texte essentiel. Ce sera la Confession de foi luthérienne, restée pour tous dans l’Histoire comme la Confession d’Augsbourg de 1530, qui prendrait en 1555, à la paix d’Augsbourg, valeur de Constitution. En vérité, toute l’importance de la Confession d’Augsbourg, de la volonté et de la rédaction de Melanchton lui-même, tient à qu’il souhaitait prouver que les protestants malgré leurs innovations appartenaient toujours à la religion catholique et pouvaient rester en son sein. Melanchton défendait ainsi les nouvelles doctrines tout en continuant à reconnaître l’autorité de l’Église. Cette attitude lui sera d’ailleurs reprochée, et Luther ne cachera pas sa déception de ne pas avoir vu mentionnées dans la Confession d’Augsbourg les critiques qu’il avait lui-même formulées au sujet du purgatoire, du culte des saints et de la papauté. En 1536, date de la Concorde de Wittenberg, Melanchton et Martin Bucer tentent de trouver un accord pour définir la consubstantiation.

Aux colloques de Worms en 1540 et de Ratisbonne en 1541 Melanchton est celui qui doit expliquer la doctrine. Au 2ème colloque, on espère une entente avec les catholiques pour la formulation de la justification par la foi.

Le texte écrit, approuvé par Luther, sera refusé par l’Église, malgré les efforts de Melanchton.

En 1543 Melanchton est à Bonn où il retrouve Martin Bucer pour élaborer une ordonnance ecclésiastique dont le but est de réconcilier l’archevêque de Cologne et le prince électeur Hermann von Wield, en vain. 3 ans plus tard, Charles Quint tente d’assujettir les princes récalcitrants. Devant le conflit l’université de Wittenberg doit fermer ses portes, Melanchton doit quitter la ville, où il ne reviendra qu’à la fin du conflit. Ses voyages et son travail de négociateur n’empêchent pas Melanchton d’écrire. Il publie trois commentaires des épîtres de Saint Paul aux Colossiens et aux Romains, cette dernière épître, dont il disait qu’il avait compris l’importance grâce à Luther, était essentielle à ses yeux. Suivent 3 versions latines et une version allemande de son œuvre “Loci communes”.

Melanchton a aidé Luther pour la traduction du grec en allemand, des livres des Maccabées de l’hébreu en allemand. Il a revu la traduction des Psaumes en 1531, puis l’édition complète de la Bible en 1534 et en 1539-1541. Après la mort de Luther, il travaillait toujours sur les travaux de son maître. Les 10 dernières années de sa vie, souvent critiqué par d’autres théologiens, Melanchton continua d’œuvrer pour la paix de l’Église.

La réforme luthérienne va s’étendre en Suisse, mais quelque peu différemment, par la volonté d’autres réformateurs, notamment Ulrich Zwingli et Henri Bullinger. Le premier, Ulrich Zwingli est né à Wildhaus, au nord est de la Suisse, dans un milieu aisé. Instruit d’abord par son oncle, il est ensuite envoyé à Bâle, puis à Vienne, avant de poursuivre ses études à Berne et Vienne. En 1502, il retourne à Bâle où on le presse d’étudier la théologie, ce qu’il fait. De 1506 à 1516, tout en exerçant les fonctions de curé à Glarus, au centre de la Suisse, Zwingli continue d’étudier le grec.

Comme souvent à l’époque, il participe aussi à la vie politique, notamment comme aumônier dans les armées suisses, et à Marignan en 1515. Son engagement à la cause du pape est alors total, ce qui lui vaut l’amitié du cardinal Matthew Shinner, une pension du pape, et en 1516 l’autorisation d’être prêtre séculier, date à laquelle il quitte Glarus. De 1516 à 1518 Zwingli se consacre à la prédication et à l’étude. Toujours attaché à l’Église, il suit les traces des humanistes, étudie la Bible, particulièrement les épîtres de Saint Paul, et apprend l’hébreu. En 1518 le poste de prédicateur à Münster étant vacant, il se propose comme candidat et malgré les soupçons qui pèsent sur lui au sujet précisément du célibat des prêtres, il est élu majoritairement. Plus humaniste que théologien, il s’occupe alors davantage d’affaires séculières que cléricales. En 1519 il prêche pour la première fois dans la cathédrale de Zurich. Dans cette ville vont avoir lieu des faits et se prendre des décisions qui font évoluer Zwingli. Tout d’abord, il est frappé d’une part par la piété et la religiosité des habitants, d’autre part par la négligence et le laxisme du clergé, et enfin par le système des mercenaires adopté pour leurs armées par la France et par Rome. Ce dernier point amène Zwingli à s’occuper de nouveau de politique. Il s’oppose à Rome et en 1520 renonce à la pension que lui versait le pape. Zurich alors, sous l’influence de Zwingli, refuse une alliance avec la France en 1521. Dés lors l’influence politique et religieuse du contestataire est grande, et dés 1522 il affirme ses critiques de l’Église et ne veut avoir d’obéissance qu’en face de Dieu et de la Bible. Le nouveau réformateur suisse explique toutes ses idées dans 67 thèses qui sont 67 propositions de réformes de l’Église. Zwingli devra participer à 2 disputations en janvier et octobre 1523 à Constance, où tous les points qu’il remettait en cause, et malgré la prudence qui lui était conseillée, seront acceptés par Zurich.

Pèlerinages et pratique des indulgences interdits, sacrements de pénitence et extrême-onction supprimés, toutes images, sculptures, reliques détruites, calices et objets de d’église fondus, biens ecclésiastiques saisis par la ville, monastères fermés, célibat rejeté. En 1524 Zwingli épouse Anne Reinhard. Ces réformes sont acceptées à Zurich, comme à Saint Gall, Berne, Schaffahausen et Bâle, et Zwingli est devenu une personnalité incontestée en politique comme en religion. Dans ce second domaine, un conflit l’oppose à Luther au sujet de la communion et les deux théologiens sont invités à en débattre en 1529. Luther prêche la consubstantiation alors que Zwingli ne veut voir dans la communion que le souvenir et le symbole de la dernière cène, doctrine qu’il avait déjà rendue publique en 1524. La querelle en restera là et les deux réformateurs garderont leurs doctrines respectives.

La virulence de Zwingli l’oppose également aux cantons restés catholiques. Sous son influence, une guerre civile, acceptée par les zurichois, a lieu à Kappel en octobre 1531 entre catholiques et protestants. La guerre est courte, et se termine à la fin du même mois, mais Zwingli y meurt.

Considéré comme “le gouverneur de tous les confédérés” Zwingli a usé de tout son poids politique et religieux pour faire évoluer la doctrine de Luther, au sujet de la communion principalement, et en a effectivement fait un point essentiel dans le tournant de la Réforme.

Henri Bullinger est le second grand réformateur suisse. Né à Bremgarten, à 30 kilomètres de Zurich, le jeune garçon étudie d’abord dans sa ville natale puis à Emmerich sur le Rhin, où les travaux des étudiants répondent à la fois à l’enseignement traditionnel et à l’humanisme. A 15 ans il est à Cologne et obtient le diplôme de bachelier. En 1520 a lieu dans cette ville une controverse de Luther, que le jeune homme découvre.

Sous l’influence du réformateur allemand, Bullinger décide de relire la Bible, surtout le Nouveau Testament, les Pères de l’Église, les “Lois communes” de Melanchton, et abandonne peu à peu l’idée qu’il avait de devenir chartreux. En 1523 il est professeur à l’école du couvent cistercien de Kappel, après avoir renoncé à être membre d’un quelconque ordre.

Dans cette Europe bouleversée du 16ème siècle où tout se dit, s’écrit, est jugé, parfois condamné, en Allemagne un autre moine nommé Martin Luther se lève. Théologien et érudit, pédagogue et débatteur virulent, il est sûr de ses Propositions, contre son Église et contre son ordre, contre l’Empereur et contre certains de ses condisciples. Il reprend les affirmations de ses prédécesseurs, mais il sera le négociateur du tournant définitif et décisif. Né à Eiseleben, est d’abord destiné à une carrière de juriste que lui trace son père. Le jeune homme, vif et brillant, va faire ses études chez les Frères de la vie commune, puis à l’université d’Erfurt d’où il sort diplômé en 1505. Mais ni le droit ni la carrière promise ne convainquent Martin, déjà préoccupé par la question de sa propre foi et la situation de l’Église. Il décide bientôt de changer d’orientation et choisit l’Église. Il entre au couvent des Augustins d’Erfurt où il a, comme remèdes à son angoisse spirituelle, une vie ascétique, des mortifications et des jeûnes répétés. Il étudie la théologie, est sera ordonné prêtre en 1507 et nommé docteur en théologie en 1512.

Il enseigne alors la philosophie et dès lors se consacre à l’enseignement et à la prédication. Cependant l’exigence intellectuelle et spirituelle de Martin Luther n’a pas diminué.

Il approfondit sa lecture de la Bible et tout particulièrement les épîtres de Saint Paul. Il veut comprendre la place de l’homme en face de Dieu, la question du salut et de la mort, ne se contente pas des réponses de l’Église dont il connaît les insuffisances et les abus, souhaite déjà un enseignement général pour tous, dont précisément la lecture des Écritures. Il quitte progressivement le domaine de la scolastique pour oser une réflexion personnelle sur la foi et la religion. En 1508 Luther entre à l’université de Wittenberg où il poursuit ses études en plus des prédications qu’il donne à l’église, et où, déjà, il explique sa philosophie et ses vues sur le christianisme tel qu’il est vécu autour de lui. Il dénonce notamment la pratique des indulgences, à ses yeux remède trop facile et injuste en matière de fortune pour les uns par rapport aux autres, pour être libéré des péchés, remède peu admissible de la part de l’Église qui se jouait ainsi de la crédulité des fidèles. Luther appelait la vente des indulgences “le commerce du salut”. Cette question des indulgences s’envenime lorsque la vente qui sera effectuée par Tetzel est autorisée en Allemagne, pour la construction de la basilique Saint Pierre, avec l’accord de l’archevêque Albert de Mayence. Luther écrit à ce dernier pour empêcher cette vente. Sans réponse, Luther décide donc de faire imprimer et publier 95 thèses, liste de 95 affirmations où, à travers la virulente critique des indulgences et de leur vente, il dénonce le comportement des hommes d’Église et la crédulité des fidèles. Les réactions religieuses et politiques sont immédiates. Luther est dénoncé par l’archevêque et Rome le menace d’excommunication. Désormais le conflit est ouvert. En octobre 1518 Luther est convoqué à Augsbourg où il devra se rétracter. Il ne le fait pas.

Un an plus tard, il met en cause l’infaillibilité des conciles, en 1520 la menace d’excommunication est exécutée, par une bulle papale, et on brûle ses écrits. L’accusé brûle à son tour la bulle, le conflit est alors à son comble. L’excommunication est prononcée le 3 janvier 1521. La rupture avec Rome étant effective, entre en scène la politique. A la Diète de Worms d’avril 1521 on attend une nouvelle fois que l’accusé se rétracte. Il refuse affirmant que la seule obéissance est à la Bible et non à l’Église. L’édit de Worms condamne alors officiellement Luther et ses amis, et les met au ban de l’Empire de Charles Quint. Luther est soutenu par le Landgrave de Hesse et le prince électeur de Saxe, Frédéric le Sage. Ce dernier fait enlever le condamné et le fait conduire au château de la Wartburg. Le moine y restera à l’abri jusqu’en mars 1522 et mettre à profit ce séjour semi clandestin pour traduire le Nouveau Testament en allemand. A Wittenberg on a pris parti pour l’ancien prédicateur et professeur de l’université, en dépassant parfois la pensée du maître. Certains veulent remanier la messe, des manifestations iconoclastes ont lieu. De retour dans la ville, Luther aura à lutter contre ces débordements qu’il n’admet pas. Là comme ailleurs, la réforme luthérienne commence à s’implanter. Charles Quint, en guerre avec la France, contrôle moins bien ce mouvement qui commence à dépasser les frontières. En 1526 les princes électeurs se voient autorisés à appliquer la loi “cujus regio, ejus religio”. les sujets de chaque prince sont tenus d’avoir la même religion que le prince, mais en cas de désaccord peuvent quitter leur État pour s’établir dans celui d’un autre prince dont ils pourront pratiquer la religion. A la Diète de Spire en 1529 Charles Quint ne peut rien modifier à cette situation quand les princes menacent de protester et deviennent des protestants. En 1530 a lieu à la Diète d’Augsbourg la lecture de la Confession d’Augsbourg, rédigée par Melanchton, approuvée par Luther. Le Luthéranisme a dès lors son fondement, sa profession de foi et bientôt ses disciples, les luthériens.

Désormais la voie est tracée pour Martin Luther. Toutes les réformes réclamées depuis des décennies se sont transformées en une Réforme. Le second schisme, après celui de l’orthodoxie en 1054, a eu lieu.

Pour aider les fidèles, Luther publie en 1526 la “Messe allemande” pour expliquer le nouveau culte réformé luthérien, un “Petit catéchisme” pour les enfants en 1529, un “Grand catéchisme” pour les pasteurs en 1530.

L’œuvre immense du théologien, quelques 100 volumes, atteste de sa volonté de transmission. Du point de vue humaniste, Luther se heurte à Érasme, les deux hommes étant fort différents, le premier ancien moine virulent et parfois fougueux, le second ayant pris du recul face à l’Église et connu pour sa tolérance.

Dans le domaine politique, Martin Luther aura bénéficié de l’appui de Frédéric le Sage est restera attaché à la hiérarchie de son époque. La Révolte des paysans de 1524-1525 reste la marque de Luther qui approuve la forte et cruelle répression qui suit cette révolte des paysans, dressés contre le prince, mais aussi en partie en désaccord avec le luthéranisme.

L’adversaire principal de Luther dans cette affaire est Thomas Müntzer. Ce dernier en effet, qui avait étudié à Leipzig puis à Francfort sur Oder était devenu prêtre, charge qu’il avait abandonnée en 1522. Il avait opté deux ans auparavant pour la réforme de Luther, qu’il avait rencontré en 1519. Il est d’abord en accord avec le réformateur sur les besoins de réformes dans l’Église, puis sur les 95 thèses. Bientôt les deux hommes divergent et le désaccord devient conflit. Thomas Müntzer reproche à Luther ses relations politiques avec les princes, l’accuse de ne pas s’occuper davantage des paysans et s ‘écarte de la théologie luthérienne, pour prêcher bientôt un radicalisme que Luther juge outrancier et désapprouve dans le fond. Il reproche à son tour à Müntzer son agressivité et sa violence, notamment quand il apprend le comportement iconoclaste dont Müntzer est accusé en 1524. De révolutionnaire, Müntzer devient prophète, voyant dans les bouleversements du 16ème siècle les conséquences d’une foi mal vécue ou mal prêchée. Il écrit sa “Protestation de la vraie foi chrétienne”. Il s’engagera dans la Révolte aux côtés des paysans, mais, fait prisonnier,il est condamné et décapité en 1525. Cette attitude de Luther dans la Révolte des paysans, qui sera jugée dure et proche de l’intolérance, se retrouve dans une autre attitude, toute médiévale, face au judaïsme.

Luther accuse les juifs de la mort du Christ, ou de ne pas se convertir. Il est prêt à brûler les synagogues, suivi en cela par son épouse qui, lors d’une maladie de Luther, y voyait la marque et la malédiction juive. En effet Martin Luther a mis ses affirmations en pratique, et critiquant le célibat des prêtres, il convolera en noces avec Catherine de Bora en 1525. D’abord dans l’obligation d’entrer au couvent, la jeune Catherine s’en échappe, arrive à Wittenberg où elle rencontre Luther. Le mariage a lieu et 6 enfants devaient unir la famille, avec la douleur de la perte d’une fille dont le père se remettra mal. Intelligente et attentive, cultivée, Catherine secondera son époux toute sa vie en veillant à la tenue du ménage où l’argent manquait souvent, mais où le couple recevait les étudiants en table ouverte pour le bonheur de professer et de débattre. Luther inquiétait Catherine par sa santé parfois fragile. Dés 1527, le voyant souffrir les douleurs de la maladie de la pierre qui ne le quittaient guère, Catherine craindra toujours pour l’avenir de ses enfants, mais c’est encore le malade qui réconfortait son épouse. Quand Martin Luther meurt en 1546, l’œuvre écrite est importante, mais l’œuvre spirituelle l’est plus encore. La théologie scolastique ne sera plus défendue désormais avec la même conviction, le nouveau luthéranisme pénètre dans toutes les classes de la société et bientôt dans les pays de l’Europe du nord dans un mouvement et un élan qui s’avèreront irréversibles. Martin Luther qui, malgré ses ennemis et ses difficultés, ne s’est jamais dédit, a également été entouré d’amis fidèles, de disciples. Philippe Melanchton est de ceux-là. Né à Bretten, d’une famille aisée, de son vrai nom Philipp Schwartzerdt, il reçoit une bonne instruction délivrée par un précepteur. Le jeune garçon, brillant, goûte vite les discussions avec les étudiants plus âgés et plus avancés. A la mort de son père, il est envoyé à Spire et étudie à l’école latine de Pforrzheim. Là il se fait remarquer par sa culture, son goût de grec son talent pour le latin et en 1509 se voit donner le nom hellénisé de Melanchton. A 12 ans il entre à l’université de Heidelberg, se familiarise avec les écrits d’Érasme, et en 1514 obtient le grade de bachelier des arts. En 1516 il dépose une maîtrise à la faculté de philosophie, tout en étudiant toujours le grec, l’hébreu, les auteurs antiques, l’astronomie, l’astrologie, la didactique, la grammaire et dans les années 1515, il travaille comme correcteur dans une imprimerie. En 1518 une chaire de grec est créée à l’université de Wittenberg, pour laquelle Melanchton est appelé. Là, il rencontre Martin Luther, qui lui confie d’ailleurs la charge honorifique de la leçon inaugurale, qui l’influence très vite et qu’il ne devait plus quitter malgré des désaccords qui n’entameront pas le respect et l’amitié qui lient le disciple à son maître. Un an plus tard a lieu la “disputation” de Leipzig où Luther doit s’expliquer. Bien qu’il n’ait pas eu à participer à la discussion, Melanchton avait aidé Luther à préparer ses arguments. Bientôt ce dernier persuade le jeune érudit d’étudier la théologie et Melanchton, selon les espoirs de son père spirituel est diplômé en théologie. Il peut dés lors enseigner la théologie, la philosophie et l’exégèse biblique. En 1520 Philipp Melanchton épouse Katherine Krapp. La famille, qui comptera 4 enfants habite une maison modeste jusqu’en 1536, date à laquelle Frédéric le Sage lui fait construire une demeure plus importante, toujours à Wittenberg, une vie régulière s’y déroulait, rythmée par les cours, les rencontres avec les étudiants dont certains étaient logés chez la famille Melanchton .

Le professeur était encore occupé par la préparation et la tenue des études bibliques qui avaient lieu chez lui et qu’il préparait en latin pour ceux qui ne connaissaient pas l’allemand, car les étudiants étrangers étaient nombreux à Wittenberg. Dés son arrivée dans cette ville, Melanchton avait souhaité des réformes dans le programme des études de l’université. D’une part il défendait l’histoire et les mathématiques et d’autre part l’enseignement scolastique disparaissait progressivement. Le professeur devient recteur vers 1523-1524 et peut alors décider certaines réformes, comme donner un enseignement humaniste, notamment à l’exemple d’Érasme. Il existera des désaccords entre Melanchton et Luther, dont une appréciation différente d’Érasme, ou le mariage de son maître que Melanchton désapprouvait. Mais une concordance de vues était réelle et profonde quant à ce qui, pour les deux complices érudits, était essentiel, l’enseignement. Melanchton est un grand enseignant, comme Luther, mais il est plus professeur que prédicateur, et le nombre important d’ouvrages publiés à l’intention des étudiants, de manuels ou de cours est autant de témoignages du pédagogue. Les cours de théologie étaient suivis, dit-on, par quelque 500 ou 600 étudiants, à ses débuts, puis plus tard par environ 1500 jeunes gens. Son ambition était de rester un humaniste, et non devenir théologien, et de transmettre ce goût de l’étude qui caractérisait le courant humaniste. Resté donc humaniste et professeur, Melanchton a fixé des règles de connaissance de l’Histoire, et de l’histoire de la religion. C’est lui qui a étudié et montré l’importance de ce que le 19ème siècle appellera l’étude historico critique. Melanchton a été le premier à vouloir montrer l’importance de l’histoire des dogmes, et, à travers eux, l’histoire du christianisme. Les universités de la deuxième moitié du 16ème siècle en Allemagne bénéficieront, notamment dans les années 1555 à 1560, de la participation de Melanchton à l’élaboration de leurs statuts. De même les nouvelles universités de Marbourg, Königsberg, créées après la Réforme luthérienne, devaient-elles recevoir les conseils de Melanchton, véritable personnification de la quasi totalité des connaissances de son époque, lui qu’on appelait le professeur d’Allemagne. Outre ce domaine de l’enseignement où il excelle, Melanchton œuvre pour aider Luther et faire avancer ses idées, notamment au sujet du célibat des prêtres, et surtout la nouvelle conception de la communion, la consubstantiation. C’est Melanchton qui célébrera le 29 septembre 1521 la première cène luthérienne. A partir de 1527, Melanchton travaille à un texte qui donnerait la synthèse de la doctrine luthérienne. En 1529 il est envoyé à la Diète de Spire où doit se discuter la notion de communion selon Luther, et un an plus tard, c’est à la Diète d’Augsbourg que doit encore intervenir Melanchton qui avait donc rédigé le texte essentiel. Ce sera la Confession de foi luthérienne, restée pour tous dans l’Histoire comme la Confession d’Augsbourg de 1530, qui prendrait en 1555, à la paix d’Augsbourg, valeur de Constitution. En vérité, toute l’importance de la Confession d’Augsbourg, de la volonté et de la rédaction de Melanchton lui-même, tient à qu’il souhaitait prouver que les protestants malgré leurs innovations appartenaient toujours à la religion catholique et pouvaient rester en son sein. Melanchton défendait ainsi les nouvelles doctrines tout en continuant à reconnaître l’autorité de l’Église. Cette attitude lui sera d’ailleurs reprochée, et Luther ne cachera pas sa déception de ne pas avoir vu mentionnées dans la Confession d’Augsbourg les critiques qu’il avait lui-même formulées au sujet du purgatoire, du culte des saints et de la papauté. En 1536, date de la Concorde de Wittenberg, Melanchton et Martin Bucer tentent de trouver un accord pour définir la consubstantiation.

Aux colloques de Worms en 1540 et de Ratisbonne en 1541 Melanchton est celui qui doit expliquer la doctrine. Au 2ème colloque, on espère une entente avec les catholiques pour la formulation de la justification par la foi. Le texte écrit, approuvé par Luther, sera refusé par l’Église, malgré les efforts de Melanchton.

En 1543 Melanchton est à Bonn où il retrouve Martin Bucer pour élaborer une ordonnance ecclésiastique dont le but est de réconcilier l’archevêque de Cologne et le prince électeur Hermann von Wield, en vain. 3 ans plus tard, Charles Quint tente d’assujettir les princes récalcitrants. Devant le conflit l’université de Wittenberg doit fermer ses portes, Melanchton doit quitter la ville, où il ne reviendra qu’à la fin du conflit. Ses voyages et son travail de négociateur n’empêchent pas Melanchton d’écrire. Il publie trois commentaires des épîtres de Saint Paul aux Colossiens et aux Romains, cette dernière épître, dont il disait qu’il avait compris l’importance grâce à Luther, était essentielle à ses yeux. Suivent 3 versions latines et une version allemande de son œuvre “Loci communes”.

Melanchton a aidé Luther pour la traduction du grec en allemand, des livres des Maccabées de l’hébreu en allemand. Il a revu la traduction des Psaumes en 1531, puis l’édition complète de la Bible en 1534 et en 1539-1541. Après la mort de Luther, il travaillait toujours sur les travaux de son maître. Les 10 dernières années de sa vie, souvent critiqué par d’autres théologiens, Melanchton continua d’œuvrer pour la paix de l’Église.

La réforme luthérienne va s’étendre en Suisse, mais quelque peu différemment, par la volonté d’autres réformateurs, notamment Ulrich Zwingli et Henri Bullinger. Le premier, Ulrich Zwingli est né à Wildhaus, au nord est de la Suisse, dans un milieu aisé. Instruit d’abord par son oncle, il est ensuite envoyé à Bâle, puis à Vienne, avant de poursuivre ses études à Berne et Vienne. En 1502, il retourne à Bâle où on le presse d’étudier la théologie, ce qu’il fait. De 1506 à 1516, tout en exerçant les fonctions de curé à Glarus, au centre de la Suisse, Zwingli continue d’étudier le grec.

Comme souvent à l’époque, il participe aussi à la vie politique, notamment comme aumônier dans les armées suisses, et à Marignan en 1515. Son engagement à la cause du pape est alors total, ce qui lui vaut l’amitié du cardinal Matthew Shinner, une pension du pape, et en 1516 l’autorisation d’être prêtre séculier, date à laquelle il quitte Glarus. De 1516 à 1518 Zwingli se consacre à la prédication et à l’étude. Toujours attaché à l’Église, il suit les traces des humanistes, étudie la Bible, particulièrement les épîtres de Saint Paul, et apprend l’hébreu. En 1518 le poste de prédicateur à Münster étant vacant, il se propose comme candidat et malgré les soupçons qui pèsent sur lui au sujet précisément du célibat des prêtres, il est élu majoritairement. Plus humaniste que théologien, il s’occupe alors davantage d’affaires séculières que cléricales. En 1519 il prêche pour la première fois dans la cathédrale de Zurich. Dans cette ville vont avoir lieu des faits et se prendre des décisions qui font évoluer Zwingli. Tout d’abord, il est frappé d’une part par la piété et la religiosité des habitants, d’autre part par la négligence et le laxisme du clergé, et enfin par le système des mercenaires adopté pour leurs armées par la France et par Rome. Ce dernier point amène Zwingli à s’occuper de nouveau de politique. Il s’oppose à Rome et en 1520 renonce à la pension que lui versait le pape. Zurich alors, sous l’influence de Zwingli, refuse une alliance avec la France en 1521. Dés lors l’influence politique et religieuse du contestataire est grande, et dés 1522 il affirme ses critiques de l’Église et ne veut avoir d’obéissance qu’en face de Dieu et de la Bible. Le nouveau réformateur suisse explique toutes ses idées dans 67 thèses qui sont 67 propositions de réformes de l’Église. Zwingli devra participer à 2 disputations en janvier et octobre 1523 à Constance, où tous les points qu’il remettait en cause, et malgré la prudence qui lui était conseillée, seront acceptés par Zurich.

Pèlerinages et pratique des indulgences interdits, sacrements de pénitence et extrême-onction supprimés, toutes images, sculptures, reliques détruites, calices et objets de d’église fondus, biens ecclésiastiques saisis par la ville, monastères fermés, célibat rejeté. En 1524 Zwingli épouse Anne Reinhard. Ces réformes sont acceptées à Zurich, comme à Saint Gall, Berne, Schaffahausen et Bâle, et Zwingli est devenu une personnalité incontestée en politique comme en religion. Dans ce second domaine, un conflit l’oppose à Luther au sujet de la communion et les deux théologiens sont invités à en débattre en 1529. Luther prêche la consubstantiation alors que Zwingli ne veut voir dans la communion que le souvenir et le symbole de la dernière cène, doctrine qu’il avait déjà rendue publique en 1524. La querelle en restera là et les deux réformateurs garderont leurs doctrines respectives.

La virulence de Zwingli l’oppose également aux cantons restés catholiques. Sous son influence, une guerre civile, acceptée par les zurichois, a lieu à Kappel en octobre 1531 entre catholiques et protestants. La guerre est courte, et se termine à la fin du même mois, mais Zwingli y meurt.

Considéré comme “le gouverneur de tous les confédérés” Zwingli a usé de tout son poids politique et religieux pour faire évoluer la doctrine de Luther, au sujet de la communion principalement, et en a effectivement fait un point essentiel dans le tournant de la Réforme.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de histoire du 16ème siècle/ Le 16ème siècle en France (archives Ljallamion, petit mourre, encyclopédie imago mundi, l’histoire, ect....)