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Une Europe bouleversée par les religions 2ème partie

samedi 23 février 2013

Une Europe bouleversée par les religions 2ème partie

Une Europe bouleversée par les religions

Henri Bullinger est le second grand réformateur suisse. Né à Bremgarten, à 30 kilomètres de Zurich, le jeune garçon étudie d’abord dans sa ville natale puis à Emmerich sur le Rhin, où les travaux des étudiants répondent à la fois à l’enseignement traditionnel et à l’humanisme. A 15 ans il est à Cologne et obtient le diplôme de bachelier. En 1520 a lieu dans cette ville une controverse de Luther, que le jeune homme découvre.

Sous l’influence du réformateur allemand, Bullinger décide de relire la Bible, surtout le Nouveau Testament, les Pères de l’Église, les “Lois communes” de Melanchton, et abandonne peu à peu l’idée qu’il avait de devenir chartreux. En 1523 il est professeur à l’école du couvent cistercien de Kappel, après avoir renoncé à être membre d’un quelconque ordre. On appelle son enseignement “humanisme réformé”, il est centré sur l’étude des Écritures et particulièrement sur les épîtres de Saint Paul.

Toujours en 1523 Bullinger rencontre Zwingli et de ces premiers contacts se tissent des liens de respect et d’amitié. Bullinger adhère à la doctrine de Zwingli sur le symbole dans la communion, et, à son contact, décide de parfaire ses connaissances en se perfectionnant en grec et en apprenant l’hébreu. En 1528 il est ordonné pasteur à Zurich, puis il publie plusieurs ouvrages cette année-là “De origine erroris” qui plus tard convaincra Théodore de Bèze, et 70 volumes en 6 ans, en latin et en allemand, théologiques et éthiques. En 1529 Bullinger quitte Zurich pour Bremgarten où il est appelé pour prêcher et où, pendant 1 an, il enseignera le Nouveau Testament. C’est encore en 1529 qu’il épousa Anna Adlischwyler, ancienne nonne de Zurich. En 1531, 2 événements touchent Bullinger. Le premier sous la forme d’un conflit avec les anabaptistes, qui pousse le réformateur à publier un ouvrage historico critique sur l’anabaptisme. Le second étant la guerre qui oppose catholiques et protestants à Kappel et provoque la mort de Zwingli. Bullinger fuit alors Bremgarten pour Zurich, bientôt suivi par son épouse et leurs deux filles. Là il est écouté, comparé à Zwingli, et en décembre 1531, il est nommé pasteur. Le nouveau pasteur doit faire face à ses nouvelles responsabilités, importantes et, avec elles, à des conflits.

Tout d’abord politiques car dès la fin de la guerre de Kappel les autorités municipales font savoir qu’il est interdit aux prédicateurs de faire de la politique. Devant les protestations de Bullinger et du Conseil des théologiens on cherche une médiation. Les théologiens ne s’occuperont pas de politique mais les prédicateurs pourront intervenir au nom de la Parole de Dieu. Le second point à débattre est la querelle avec les catholiques qui souhaitent faire reculer Zurich. Nouvelles menaces de Bullinger, et nouveau contrat entre la ville, Bullinger et les théologiens protestants. Désormais Bullinger est un personnage essentiel de l’histoire de Zurich et du protestantisme suisse. En outre, ses nombreuses publications, son importante correspondance avec l’Allemagne et les Pays Bas font de Bullinger un maillon indispensable dans le réseau des relations internationales. C’est d’ailleurs grâce à lui que, à Zurich, se réfugieront les exilés anglais sous le règne de Marie Tudor, comme les français qui trouveront refuge également après la nuit de la Saint-Barthélemy.

L’enseignement est aussi d’importance pour Bullinger qui, outre les langues bibliques, attend des étudiants qu’ils apprennent la philologie et la rhétorique. Par ailleurs à côté des deux écoles, latine et théologique, déjà existantes à Zurich, Bullinger développe l’école “de prophétie” ouverte par Zwingli en 1525. On y enseigne le grec et l’hébreu, l’Ancien Testament aux futurs théologiens qui doivent savoir analyser les textes bibliques. De cette école sortira une traduction de la Bible en allemand 5 ans avant celle de Luther. Des publications de Bullinger, 2 ressortent particulièrement, “l’Accord de Zurich” qui sonne comme une conclusion, un accord eucharistique entre les Églises de Zurich et de Genève, entre Bullinger et Calvin en 1545. Et le second ouvrage est la “Confession helvétique” en 1536, révisée en 1566, qui reprend en 30 articles l’histoire de l’Église des premiers siècles, un résumé théologique du libre-arbitre, de la prédestination, des sacrements, du mariage et de la famille. Cette confession devait recevoir l’assentiment de la presque totalité des cantons réformés. Dans la “Confession helvétique” transparaît le goût de Bullinger pour la théologie, mais aussi pour l’Histoire. En effet le réformateur a fait un travail de fond digne d’un historien. Après son histoire de l’anabaptisme Bullinger écrira encore “l’Histoire de la Réforme suisse”, qui ne paraîtra qu’au 19ème siècle et traite de l’Histoire générale de l’Église. Consciencieux et méthodique, Bullinger dans son ouvrage notait et conservait les grands événements de l’histoire de l’Europe, sans oublier papes, rois et empereur, alliances, mariages et décès, grands personnages catholiques et réformés.

Le réformateur suisse meurt en 1574, après des décennies de prédication, d’enseignement et d’écriture. Un autre réformateur suit encore les pas de Luther et Zwingli, européen par ses nombreux voyages, dans un désir de paix et de vie chrétienne, Martin Bucer est né à Sélestat en Alsace, après des études à l’école latine puis après être entré chez les Dominicains de cette ville, il séjourne à Heidelberg et rencontre en 1518 Martin Luther à qui il donne toute sa confiance et dont il retient la théologie.

En 1521 Bucer quitte son ordre, épouse Elizabeth Sillereinsen, ancienne moniale, ce qui lui vaut d’être excommunié et de devoir se réfugier à Strasbourg en 1523. Il y restera plus de 20 ans, y sera prédicateur et de là voyagera dans toute une partie de l’Europe, Strasbourg étant ville libre d’Empire elle devient la plaque tournante de la Réforme. Les débuts de Bucer à Strasbourg sont heureux. Il est écouté et sa doctrine de l’Église est acceptée par tous. L’Église doit être à la fois théologique et pratique, théorique et sociale, Église et chrétienté étant unies dans un travail sans cesse missionnaire. La vie de l’homme doit être prise en considération en regard de la Bible et selon la Parole de Dieu. En 1524 Marin Bucer, nommé pasteur d’une des paroisses de Strasbourg, donnera dans ses prédications l’exemple de ses préoccupations humaines à l’intérieur de l’Église. Il écrit dans le “Traité de l’amour du prochain” en 1523, le premier des 150 traités qu’il publiera. Comme Luther et Zwingli, Bucer prêche également contre les images dans les églises et la forme liturgique ancienne. Martin Bucer propose pour la première fois l’idée de la confirmation, à la fois confession de foi et engagement, la cérémonie de la confirmation se termine par l’imposition des mains. L’intérêt de cette proposition réside dans un autre objectif, celui de freiner les critiques anabaptistes sur le baptême des enfants. Outre les anabaptistes, Bucer est conscient de la situation des Vaudois, successeurs spirituels de Pierre Valdo, qui se proposent d’adhérer à la Réforme. Il reçoit en 1530 à Strasbourg 2 de leurs délégués italiens. Les efforts du réformateur se concrétiseront 2 ans plus tard au synode de Chanforan. En 1529 la messe est officiellement abolie à Strasbourg. En 1530 le pasteur a l’occasion à Augsbourg de préciser sa théologie et sa doctrine des petites communautés chrétiennes, ministères diversifiés, collaboration avec les autorités civiles, restructuration des paroisses, synodes composés de pasteurs et de laïques, formation des adules, catéchèses, relations avec toutes les Églises. Ce programme moderne sera la base d’inspiration de Calvin. Outre le projet d’Église, Bucer pense également à l’enseignement et en 1538 crée le Gymnase de Strasbourg, qui sera la future université de cette ville. Les efforts de Bucer ne s’arrêtent pas à Strasbourg. Le reste de l’Europe l’intéresse et l’attire comme potentiel de Réforme. Après les vaudois, les suédois puis les tchèques.

Avec ces derniers d’étroites relations se tissent dans les années 1540 lorsque les Frères tchèques se présentent à Strasbourg et rencontrent Bucer. Un volume de Bucer, le “Traité de la cure de l’âme” sera d’ailleurs traduit en tchèque. Après les tchèques, les hongrois qui séjournent à Strasbourg apprennent la doctrine de Bucer. Son influence s’étend encore aux Pays Bas où sa conception spiritualiste de la communion sera adoptée, et où ses écrits seront diffusés. L’Espagne ne reste pas éloignée des idées de Bucer qui accueillera, toujours à Strasbourg, des espagnols acquis à la Réforme mais menacés dans leur pays, dans les années 1545-1546. Enfin la France et l’Angleterre sont dans les préoccupations de Bucer. En France il tente d’engager des relations avec François 1er et aurait souhaité un colloque général. En Angleterre ces relations sont déjà nouées depuis les années 1535 lorsque paraît la traduction des psaumes en anglais et des commentaires bibliques envoyés à des ecclésiastiques anglais. Bucer donnera conseils et avis pour la révision du livre de prières, et aidera à formuler une nouvelle liturgie d’ordination. Il se souviendra de ces relations avec l’Angleterre en 1549 lorsqu’il lui faudra quitter Strasbourg. Car la situation change dès les années 1540. Les succès de Bucer s’estompent. Le projet le plus cher du réformateur, des communautés chrétiennes tombe. Philipp de Hesse, prince et chef de file des protestants, ne soutient plus Bucer. En 1546-1547 les États protestants sont vaincus par Charles Quint qui impose le retour du culte catholique à Strasbourg. Bucer y oppose un luthéranisme très affirmé.

En 1549 il doit quitter la ville. Il part en Angleterre s’installe à Cambridge, mais exilé, déçu et sans appui, Martin Bucer meurt 2 ans plus tard.

Plus jeune que Martin Luther, un autre personnage, catholique et d’abord destiné à la prêtrise, va prendre le relais en France, puis en Suisse, et qui sera un des personnages-clefs de la seconde génération de la Réforme.

Jean Calvin, est né à Noyon en Picardie. Ses premières études se passent dans sa ville natale puis à Paris, et il se destinera à devenir prêtre, selon le souhait de son père, étant orphelin de mère dés l’âge de 6 ans. En quête d’identité, de santé fragile, intelligent, le jeune homme, qui ne recule devant aucun effort, n’hésite pas à multiplier jeûnes et abstinences. Ce mode de vie difficile, et parfois dangereux, ne l’empêche pas de s’initier à la pensée d’Érasme et de réfléchir aux propositions de Luther. Mais, en raison de querelles des chanoines de Noyon, avec le père de Jean qui était administrateur de biens, l’orientation du jeune homme est changée et on le dirige vers une carrière de juriste. Ainsi va-t-il reprendre des études de droit à Orléans puis à Bourges.

En 1531 le père meurt et le fils choisit de retourner aux lettres et à la théologie, conscient néanmoins d’avoir appris beaucoup du droit et d’en avoir compris l’intérêt et l’importance. Il fréquente alors les cercles humanistes, et décide d’apprendre le grec et l’hébreu. Probablement vers 1532-1533 se situe la conversion de Jean Calvin qui prend alors la décision irréversible de se tourner vers les idées nouvelles du récent luthéranisme.

Peut-être Calvin a-t-il aussi été influencé par Pierre Robert dit Olivetan, l’un de ses cousins. En effet, cadet de Jean de 3 ans, celui-ci a fait ses études également à Orléans, avant de résider à Strasbourg où il apprend l’hébreu avec Bucer. Olivetan est surtout connu pour avoir traduit la Bible en français, de l’hébreu et du grec, pour l’Ancien et le Nouveau Testament, traduction que Luther préfacera en 1534, quand la Bible devait être publiée en 1535 à Neuchâtel.

En 1533, Calvin, à la suite des événements consécutifs à la fin du cénacle de Meaux fuit Paris pour Angoulême puis pour Nérac où l’accueille Marguerite de Navarre. Puis il retourne à Bourges où il prêche pour la première fois. En 1534 éclate l’Affaire des Placards et Calvin décide de quitter la France pour Bâle. C’est cette année-là qu’il rompt avec son Église et c’est également l’année de la rédaction de la préface de la Bible d’Olivetan. Deux ans plus tard, en 1536, Jean Calvin publie “l’Institution de la religion chrétienne”, son oeuvre majeure et essentielle en latin, qui sera traduite en français en 1541 et connaîtra 25 éditions de 1536 à 1564 et 53 jusqu’à la fin du 16ème siècle, en latin, français, anglais, allemand, italien, espagnol et néerlandais. Ces thèmes principaux, déjà développés par Luther, Zwingli, et Bucer, sont repris dans “l’Institution” dans une forme plus précise et minutieuse. On retrouve donc les doctrines de l’autorité des Écritures, la justification par la grâce comme don gratuit de Dieu, mais le jeune réformateur s’écarte de Luther pour le concept de communion et réfute la doctrine de la consubstantiation. Il élabore l’idée de la prédestination qu’il affirmera plus tard et qui ne fera pas toujours l’unanimité des réformés. “L’Institution”, dédicacée à François 1er et que Calvin remaniera restera le fondement de ce qui s’appellera le calvinisme et qui se développera dés l’installation de l’auteur à Genève. En effet, de Paris où il a dû se rendre, Calvin souhaite aller à Strasbourg mais ne peut le faire à cause de la guerre et il doit passer par Genève. Là, il rencontre Guillaume Farel et dés lors l’histoire de Calvin est liée à celle de Genève et à Farel. Ce dernier né à Gap en Dauphiné suit d’abord des études à Paris où il a rencontré Lefebvre d’Étaples et a été diplômé en 1517. Il a fait partie du cénacle de Meaux, a rompu avec l’Église en 1521 et a décidé de diffuser les idées nouvelles à Bâle, Strasbourg, Berne et Neuchâtel. Cette ville devant l’insistance et l’influence du réformateur, adhère à la Réforme en 1530. Les autorités bernoises chargent alors Farel de prêcher dans les cantons romans, et c’est au synode de Chanforan qu’il poussera les Vaudois, avec Bucer, à adhérer à leur tour à la Réforme en 1532. Cette même année, Farel arrive à Genève où ses prédications et son élan ne plaisent guère au Conseil épiscopal qui l’expulse en octobre 1532. En mars 1533 les bernois prennent la défense de Farel qui peut revenir à Genève en décembre et où la majorité des genevois acceptent le nouveau réformateur. 2 ans plus tard, la messe sera abolie. Par ailleurs François 1er a attaqué et vaincu la Savoie et Genève se trouve ainsi prise entre la Savoie, la France et les cantons suisses. C’est cette année, en mai, qui marque alors l’adhésion de Genève à la Réforme. 1536 est donc une date importante dans l’histoire de Genève, de Calvin et du protestantisme calviniste dans la ville. L’histoire de la Réforme à Genève va alors s’écrire plus vite. Dans un premier temps, de fin 1536 à 1538, Guillaume Farel et Jean Calvin sont d’abord reçus avec réticence par la population genevoise qui trouve trop rigoureux les articles proposés pour installer la Réforme à Genève. La conséquence en est le renvoi de la ville des 2 amis, le Conseil de Berne tentera de les aider, mais en vain. Guillaume Farel s’installera à Neuchâtel, où il se marie en 1558 malgré le désaccord de Calvin qui lui- même repart pour Bâle puis Strasbourg. Puis en 1540 les genevois le rappellent et il répond en s’installant en septembre 1541 à Genève qu’il ne quittera plus. A Strasbourg en 1540, il avait épousé Idelette de Bure veuve de Jean Stordeur. Désormais à Genève Calvin n’a de cesse de développer la Réforme dans la ville. Ses talents de juriste vont l’aider dans ce travail, outre les doctrines déjà exposées dans son oeuvre. Arrivé début septembre 1541, Calvin présente dés la fin du mois un projet que le Conseil général de la ville accepte en novembre.

Ce projet consiste essentiellement en ordonnances ecclésiastiques qui vont déterminer les principaux ministères dans l’Église les pasteurs qui assurent les prédications et l’administration des deux sacrements , dont la communion que le réformateur accepte de ne la voir célébrée que quatre fois par an Noël, Pâques, Pentecôte et le premier dimanche de septembre, les docteurs, chargés de la catéchèse, les Anciens, responsables de la discipline ecclésiastique, et les diacres qui veillent sur les œuvres sociales. Un consistoire devra regrouper pasteurs et Anciens qui doivent être attentifs à la bonne moralité des fidèles, car sont interdits le jeu, la boisson, les danses, toute forme de luxe, etc.. .L’excommunication est même proposée. Ces ordonnances ecclésiastiques régiront le gouvernement de l’Église. Calvin, se préoccupant de la liturgie, y fait introduire les chants et en rédigera un nouveau formulaire. Pour ce qui touche à l’enseignement, Calvin en 1541 écrit le “Formulaire d’instruire les enfants à la chrétienté”, sous forme de questions-réponses que les enfants doivent apprendre. Ce formulaire est en réalité un nouveau catéchisme. Passé en France en 1544 le volume est modifié pour être adapté aux enfants de 10 ans et plus tard Théodore de Bèze en rédigera un autre pour les plus petits. Par ailleurs Calvin fera créer deux écoles à Genève, une pour enfants et un collège, puis en 1559 ce sera l’Académie. Le réformateur juriste, connaissant les problèmes de l’exil, souhaite dés 1541 que soient enregistrés les noms des parents et des enfants. La mesure appliquée à Genève dés 1542 ne le sera en France qu’après 1559, après le premier synode général des églises réformées qui déclarera “tant les mariages que les baptêmes seront enregistrés et gardés soigneusement en l’Église avec les noms des père et mère et parrains des enfants baptisés”. En 1562 le roi autorisera officiellement la procédure. Calvin a compris cette question cruciale qui restera épineuse pour les réformés en France car ils se verront autorisés à exister ou contraints à disparaître selon la volonté et les édits royaux, quand même la mort ne sera pas respectée et le problème des cimetières douloureux. Jean Calvin est devenu un personnage incontesté à Genève, et dont le modèle traversera les frontières. Toujours de santé médiocre il meurt en 1564, laissant une oeuvre considérable et des doctrines qui seront dés lors calvinistes. Le réformateur a fait de Genève une ville école, et des pasteurs qu’il envoyait dans toute l’Europe, des soldats intellectuels. Par sa volonté de repenser la foi et de la formuler, il représentait l’humanisme. Pour son refus des superstitions et son souhait de développer les doctrines luthériennes et zwingliennes, il était théologien.

Par l’articulation qu’il savait faire entre la religion et l’histoire, il était historien. Par son organisation de la vie de l’Église et de la cité, il était juriste. Pour les deux derniers points, Calvin a été, sinon le premier, en tout cas le plus explicite quant à la distinction des pouvoirs ecclésiastique et civil. Il s’est opposé à l’ingérence du magistrat dans l’Église, sauf pour solliciter un avis. Genève n’a pas été une théocratie et Calvin a su préserver l’indépendance de l’Église lorsque lui- même connaissait des conflits. La deuxième génération de la Réforme, avec Calvin, est bien séparée désormais du monde médiéval, voire des débuts de la Renaissance, elle est en phase désormais avec un monde moderne qui commence à bien appréhender et comprendre les enjeux de la Réforme, qui est à même de les accepter ou de les refuser, dans toute l’Europe de cette deuxième moitié du 16ème siècle. Cependant Jean Calvin a eu des opposants. Son autorité et sa rigueur pouvaient déplaire, ses doctrines déranger, mais ce qui lui sera reproché, comme une forme d’intolérance, aura été l’affaire Michel Servet.

Michel Servet et un Espagnol né sans doute à Villeneuve d’Aragon, fils de notaire il montre vite une vive intelligence. A 14 ans il est au service du directeur de l’université de Paris qui sera plus tard le confesseur de Charles Quint et obtient l’autorisation de se rendre à Toulouse pour étudier le droit. Là, le jeune homme, curieux et avide de savoir, épouse les idées humanistes, apprend l’hébreu et le grec. En 1530, on le retrouve à Bâle puis à Strasbourg, dans les lieux intellectuels, lors de conférences ou de controverses. En 1533 à Paris il doit rencontrer Jean Calvin, mais l’entrevue ne se fera pas. Michel Servet repart pour Lyon dans les années 1537-1538, travaille chez un imprimeur comme lecteur et correcteur. Il hésite longtemps à faire des études de théologie ou de médecine, finit par s’inscrire à l’université de Paris en médecine, tout en étudiant en même temps la pharmacologie et l’astrologie. Après Lyon, Michel Servet est à Vienne où d’une part il exerce la médecine et d’autre part écrit, soit des ouvrages sous un pseudonyme soit de la correspondance, surtout avec Calvin en 1546. Les relations entre les deux hommes, d’abord courtoises, se détériorent vite, Servet harcelant Calvin de questions, ce dernier ne répondant pas toujours, souvent agacé soit par les questions soit par le ton de son correspondant.

Ce qui est le plus reproché à Servet n’est, ni sa fougue ni ses convictions dangereusement avancées en médecine, mais ses interprétations bibliques et notamment sa conception de la communion. Il se heurtera, dés qu’il la présentera, aux oppositions catholiques et réformées, en particulier à celle de Philippe Melanchton. Servet refuse la transsubstantiation mais accepte la présence du Christ diffuse dans le pain et non localisée. La seconde question sévère qui ne lui sera pas pardonnée est sa conception, également, de la Trinité. Ce qui n’était qu’une réticence entre Servet et Calvin va devenir un conflit grave. Le conflit s’aggrave encore quand Servet publie à Vienne un volume “Prostitution du christianisme” où il s’écarte de “l’Institution de la religion chrétienne” de Calvin. Ces assertions antitrinitaires sont donc opposées aux doctrines calvinistes. En outre, Servet refuse le baptême des enfants, autre point de discorde avec Calvin. Un ami de Calvin, Guillaume de Trie dénonce Michel Servet, qu’il a reconnu malgré le pseudonyme, à l’un de ses parents, Antoine Armays, catholique, qui alerte le vicaire général du cardinal de Tournon qui à son tour prévient l’inquisiteur général de France Matthieu Ory. En mars 1553, Servet, alias de Villeneuve, est convoqué quand des perquisitions ont lieu à son domicile. Rien ne pouvant être prouvé contre le suspect, de Trie demande à Calvin de produire certaines des lettres que lui avait envoyées Servet. Calvin de mauvaise grâce, accepte néanmoins et ces documents jugés blasphématoires condamnent Servet. En avril, il est arrêté, interrogé, mis en prison d’où il réussit à s’échapper, sans doute avec des complicités que le fugitif ne nommera jamais. Mais, même en l’absence de l’accusé, l’enquête et le procès se poursuivent qui mènent au jugement et à la condamnation au bûcher. C’est en effigie que Servet est donc brûlé, avec tous ses ouvrages dont la “Prostitution du christianisme”. Malgré ce jugement, on retrouve Servet, dont on perd la trace quelque temps, à Genève en août de cette même année 1553. Il est vite reconnu, dénoncé, arrêté. Or le Conseil général de Genève est à cette époque en conflit avec Calvin qui n’a pas hésité à excommunier certains membres du Conseil qui songent à quitter la ville. Le deuxième procès de Servet va vite apparaître comme un enjeu entre les deux partis et le prisonnier comme l’otage de chacun d’eux, laïques ou religieux. Commencé en août, le procès se terminera en septembre. Dés le 16 août Calvin avait demandé à être présent aux interrogatoires dont il en dirigera certains, comme expert en théologie et seul susceptible de définir l’hérésie dont est accusé Servet. Car la faute la plus grave, cette hérésie que dénonce Calvin, reste la position antitrinitaire de Servet. La fin du second procès est une seconde condamnation au bûcher. L’apprenant, le condamné sollicite une rencontre avec son accusateur principal, Calvin, mais l’entrevue sera vaine. Servet alors demandera à être exécuté par le fer et non par le feu, seule concession que fera Calvin en faisant la même requête. En vain. Servet meurt sur le bûcher le 27 octobre 1553.

L’affaire Michel Servet semblerait être terminée avec le bûcher du 27 octobre 1553, mais l’Histoire n’a pas abandonné le martyr. Les flammes et la persécution éteintes, des voix s’élèvent. Et d’abord contre Jean Calvin lui-même. Questions, reproches, doutes. Le chancelier de Berne, Nicolas Zurkinden ne dira-t-il pas : “J’aime mieux que nous pêchions, le magistrat et moi, par excès de clémence et de timidité, que d’incliner trop vite à la rigueur du glaive”. Calvin, qui sait que cette opinion est partagée, répond en publiant dés février 1534, en latin et en français, une “Déclaration pour maintenir la vraie foi que tiennent tous chrétiens de la Trinité des personnes en un seul Dieu”. A cette publication, une signature anonyme répondra par le “Traité des hérétiques”. Ce traité cependant parvient entre les mains de Calvin qui ne se trompe pas en pensant que l’auteur est Sébastien Castellion. Celui-ci, né aux environs de Nantua, fait ses études à Lyon, quitte l’Église catholique et s’installe à Strasbourg en 1540. Là il rencontre Jean Calvin qui l’appelle ensuite à Genève, mais très vite les deux hommes entrent en désaccord. Castellion repart pour Bâle en 1545, où il va travailler notamment dans une imprimerie, et se voit nommé professeur de grec à l’université en 1553. En 1555, il publie une traduction de la Bible dans la langue populaire en employant “le jargon des gueux”. Cela lui sera reproché, ainsi que certains de ses commentaires, en particulier sur la difficulté de compréhension de certains passages, dans sa volonté de les rendre lisibles pour le plus grand nombre. En 1562, il publie encore le “Conseil à la France désolée” où transparaissent sa tolérance et sa grande ouverture d’esprit. Le livre sera condamné par le synode protestant de Lyon qui se tiendra en 1563.

Sébastien Castellion ne cache plus son désaccord avec la doctrine de la prédestination de Calvin, comme il se rapproche en outre du concept de la communion de Zwingli. Enfin, de la lecture de la Bible, Castellion a une approche historico critique, et plaide l’amour de Dieu et du prochain plus que l’obéissance aux doctrines. Jugés dangereux et condamnables, nombre de volumes de Castellion ne seront publiés qu’après sa mort. Mais ce qui déterminera un réel conflit entre Calvin et Castellion réside dans l’affaire Michel Servet. La mise à mort pour raison doctrinale a indigné Castellion.

C’est alors qu’il publie le “Traité des hérétiques”, où il a rassemblé tous les textes, anciens ou plus récents, qui condamnent la peine de mort pour opinions doctrinales divergentes. A ce Traité, c’est Théodore de Bèze qui répondra par un autre traité pour justifier le bûcher. Traité auquel Castellion réplique encore par un autre écrit “Contre le libelle de Calvin”. Ce dernier texte, arrêté par la censure ne sera publié qu’en 1612 et touchera bien des consciences par sa célèbre phrase : “Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme”.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de histoire du 16ème siècle/ Le 16ème siècle en France (archives Ljallamion, petit mourre, encyclopédie imago mundi, l’histoire, ect....)