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L’histoire pour le plaisir

Théodore de Bèze

samedi 8 novembre 2025, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 18 novembre 2012).

Théodore de Bèze (1519-1605)

Ecrivain et théologien protestant

Théodore de Bèze Ecrivain et théologien protestant

Il s’intéressa à la réforme pendant ses études à Bourges [1] et à Orléans [2]. En 1548, après une grave maladie, il désavoua son catholicisme pour rejoindre Luther et la doctrine protestante.

Professeur de grec à Lausanne [3], puis en 1558, professeur de théologie, il devint par la suite, ministre de l’église protestante. Il était dévoué à Calvin, travaillant comme l’un de ses lieutenants, et à la mort de celui-ci, en 1564, il assuma la direction de l’Académie de Genève [4]. Il joua le rôle de porte-parole pour les protestants et, dans de nombreuses occasions, il défendit les intérêts protestants devant l’oppression catholique et joua un rôle important au Colloque de Poissy [5].

Lorsque Catherine de Médicis invita de Bèze et des représentants protestants au Colloque pour discuter et négocier les différences entre les 2 doctrines, il vint sous la protection royale pour discuter ses convictions avec le représentant de l’église catholique, le Cardinal de Lorraine. Lorsque de Bèze défendit son cas devant la reine et les prêtres catholiques, il commença à souligner les points de convergences des 2 doctrines.

Cependant lorsqu’il s’attaqua à l’eucharistie, sujet de controverse entre Calvinistes et Catholiques, ceux-ci l’accusèrent d’hérésie et de blasphème.

On exigea auprès du Roi que la réunion soit interrompue ; toutefois il pu finir son oratoire. On fut également surpris de voir le Cardinal de Lorraine, qui parlait au nom des Catholiques, proposer un compromis. Le colloque prit fin, car les parties en présences refusaient d’accepter le compromis proposé par ce Cardinal. Ensuite de Bèze et ses partisans protestants furent invités en aparté par la Reine à Saint Germain. Cette audience à huis clos s’avéra également infructueuse. Il participa aux synodes de La Rochelle [6] et de Nîmes et multiplia les ouvrages d’histoire et de théologie pour défendre la foi réformée.

Il fut un écrivain prolifique aussi bien en latin qu’en français. En tant que traducteur et auteur, son œuvre reste d’un intérêt remarquable. Bien qu’il soit plus connu pour son œuvre religieuse, il écrivit également des textes pour le théâtre. De Bèze se place dans la tradition des écrivains protestants dont les intuitions artistiques incorporaient à la fois le profane et le sacré.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Alain Dufour, Théodore de Bèze, poète et théologien, Genève, Droz, coll. « Cahiers d’Humanisme et Renaissance » (no 78), 2006, 272 p. (ISBN 978-2-600-01103-7)

Notes

[1] L’université de Bourges est une ancienne université française créée en 1463 et supprimée au moment de la Révolution française. L’université de Bourges a été créée par une ordonnance du roi Louis XI à la demande de son frère Charles, duc de Berry. Cette création a été autorisée le 12 décembre 1464 par le pape Paul II. Après que les lettres patentes ont été expédiées de Montilz-lèz-Tours le 6 décembre 1469, Louis de Laval-Châtillon, alors gouverneur de Champagne, intervient en février-mars 1470, sur l’ordre du roi, pour la création de l’Université de Bourges. Il servit dans cette affaire d’intermédiaire entre les Berruyers, le roi et le Parlement de Paris, qui se refusait à entériner les lettres de privilèges accordées à la nouvelle université. L’université s’installe initialement dans les anciens locaux de l’Hôtel-Dieu, près de la cathédrale, libérés par la construction d’un nouvel Hôtel-Dieu de Bourges édifié à l’autre bout de la ville à la suite de l’incendie de la Madeleine de 1487. La princesse Marguerite d’Angoulême, sœur du roi François 1er, manifeste son intérêt pour la jeune université. Puis Marguerite de France, fille de François 1er et sœur de Henri II, intéressée par les idées nouvelles, soutient à son tour l’université sur le conseil de Michel de l’Hospital. Elle incite notamment la municipalité à engager des professeurs de renom. Même si elle dispose de cinq facultés (arts, théologie, médecine, droit canon et droit civil), l’université de Bourges se spécialise surtout dans l’enseignement du droit romain, qui n’est alors pas assuré par l’université de Paris. Sous l’influence d’André Alciat se met en place une autre manière d’enseigner le droit romain, celle de l’humanisme juridique, qui emprunte plusieurs méthodes à la philologie (nécessité de lire le latin et le grec), à l’épigraphie archivistique, ainsi qu’à l’histoire et à l’étude rationnelle du droit. Parmi les principaux enjeux de l’humanisme juridique on trouve : l’établissement des textes du droit canon, les gloses, l’interprétation du corpus du droit civil et du droit canon à la lumière du renouveau des études de la littérature grecque et latine (ainsi que de leur traduction en français). La confrontation de ces travaux aux textes anciens, y compris les textes des pères de l’Église va ouvrir le champ au gallicanisme moderne.

[2] Orléans est une commune française située sur les rives de la Loire, préfecture du département du Loiret. Capitale de l’Orléanais, la ville se situe à environ 120 kilomètres au sud-ouest de Paris. Orléans est entourée par plusieurs régions naturelles : la Sologne se déploie au sud alors que les plaines de Beauce s’étendent vers le nord, avec la forêt d’Orléans. Au Moyen Âge, Orléans est l’une des trois villes les plus riches de France avec Rouen et Paris, toujours grâce à sa proximité avec cette dernière et sa situation sur la Loire. À l’époque mérovingienne, Orléans est la capitale du royaume d’Orléans à la suite du partage en quatre du royaume de Clovis 1er. Clovis y tient, en 511, un concile important tant religieusement que politiquement. Du 13 décembre 1560 au 31 janvier 1561, les états généraux y sont réunis. Le roi François II, fils aîné de Catherine de Médicis et d’Henri II, meurt le 5 décembre 1560 dans l’hôtel Groslot, avec à ses côtés sa femme, Marie Stuart. Lors de la première guerre de Religion, Condé fait d’Orléans la capitale de l’insurrection protestante. De janvier à avril 1563, la ville subit un siège rude de la part des armées catholiques du duc de Guise, elle est reprise et ses remparts sont démantelés

[3] Lausanne est une ville suisse située sur la rive nord du lac Léman. Elle est la capitale et ville principale du canton de Vaud et le chef-lieu du district de Lausanne. En 1476, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, mis en déroute à Grandson par les troupes de la Confédération des VIII cantons, vint à Lausanne pour y surveiller les préparatifs de l’expédition de revanche qu’il allait lancer contre eux. Mais les conséquences de la défaite des Bourguignons à Morat, le 22 juin 1476, furent des plus désastreuses pour Lausanne. Dès le 26 juin, croyant avoir affaire aux troupes confédérées, elle ouvrit sans résistance ses portes aux gens du comte de Gruyère, alliés des Suisses, qui pillèrent la ville durant toute une journée. Après cela, les vainqueurs du duc de Bourgogne, des Bernois, des Fribourgeois et des Bâlois furieux d’avoir été devancés, mirent la ville à sac pendant trois jours et trois nuits, n’épargnant ni les églises, ni les couvents, ni même la cathédrale. Ces épreuves affectèrent sans distinction les Lausannois, si bien que, dès 1478, un principe d’union politique entre tous les quartiers de Lausanne fut discuté. La fusion et la création d’un conseil communal seraient les seules chances de faire de Lausanne une égale de Berne, de Fribourg ou de Soleure. L’acte d’union fut finalement signé le 6 juillet 1481 dans le cloître attenant à la cathédrale, en présence des délégués des deux communautés et de l’église. Le 2 septembre suivant, monsieur Bagnyon devint le premier syndic de Lausanne pour la ville basse et Pierre Ravier pour la Cité.

[4] L’Université de Genèveest l’université publique, généraliste du Canton de Genève en Suisse. Fondée en 1559 par Jean Calvin, sous le nom d’« Académie de Genève », elle est à l’origine un séminaire théologique et humaniste protestant, avant de connaître un long processus de laïcisation. Calvin et Théodore de Bèze se partagent la chaire de théologie. On y enseigne alors la rhétorique, la dialectique, l’hébreu et le grec ancien. Théodore de Bèze en devient également le premier recteur élu par la Compagnie des pasteurs. Cette fonction à l’époque ne lui confère pas un réel pouvoir, mais lui donne les tâches de consigner dans le Livre du recteur la liste des étudiants inscrits (les étudiantes ne sont pas acceptées). Théodore de Bèze est dès le départ attaché à une mission éducatrice et internationale de l’Académie qui va au-delà de l’endoctrinement religieux prôné par Calvin. Il souhaite voir les enseignements de théologie complétés par la médecine et le droit. Dès 1581, un lent mouvement de laïcisation se développe et le Conseil d’État de Genève nomme trois « scholarques » à l’académie.

[5] Le colloque de Poissy est une conférence religieuse qui s’est tenue du 9 septembre au 14 octobre 1561 dans le prieuré royal Saint-Louis de Poissy. En vue de maintenir la paix religieuse en France, la reine mère Catherine de Médicis tente d’effectuer un rapprochement entre catholiques et protestants, en réunissant 46 prélats catholiques, 12 ministres du culte protestant et une quarantaine de théologiens. Malgré l’échec du colloque, Catherine de Médicis fait signer en janvier 1562 un édit de tolérance, l’édit de janvier, mais ne peut empêcher le massacre de Wassy, qui marque, le 1er mars 1562, le début de la première guerre de Religion en France. Ce colloque est également un des facteurs qui contribue à relancer la troisième séance du concile de Trente et à l’installation des jésuites en France, introduits dans le royaume à l’occasion de cette conférence.

[6] La Confessio Gallicana ou Confession de La Rochelle est la première confession de foi des Églises réformées en France. Adoptée au premier Synode national de ces Églises, à Paris en 1559, elle a été ratifiée également par celles du Béarn et de Genève lors du 7ème Synode national, tenu à La Rochelle en 1571, d’où elle tire son nom. Elle reste l’un des écrits symboliques les plus connus de cette branche du protestantisme. La déclaration de foi de l’Église réformée de France, datant de 1938, y fait référence, ainsi que la précédente de 1872, demeurée celle des Églises réformées évangéliques.