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L’histoire pour le plaisir

Nouh II ou Nuh II

dimanche 2 mai 2021, par ljallamion (Date de rédaction antérieure : 13 novembre 2011).

Nouh II ou Nuh II (976-997)

Émir samanide

Fils de Mansur 1er , il accède au trône très jeune. Il est assisté par sa mère et son vizir [1] Abu l-Husain Abd-Allah ibn Ahmad Utbi.

Durant le début de son règne, les Qarakhanides [2] envahissent et capturent les hauteurs de la vallée de Zarafshan, où sont situées les mines d’argent des Samanides [3]. En 980, ils attaquent à nouveau, prenant Isfijab. Cependant ’Utbi est focalisé sur le remplacement d’Abu l-Hasan Simjuri, le gouverneur samanide du Khorassan [4].

Le vizir considère qu’Abu l-Husain a trop de pouvoir ; il réussit à le remplacer en 982 par un de ses propres partisans, un général turc appelé Tash. Abu l-Hasan fuit dans son fief du Kouhistan [5], au sud d’Hérat [6].

Une expédition contre les Bouyides [7] est mobilisée au Khorasan en 982. Elle est initialement un succès, mais les forces Samanides sont par la suite écrasées. Une invasion Bouyide de l’État samanide est seulement évitée par la mort de Adhud ad-Dawla . Utbi essaye de regrouper l’armée, mais il est assassiné par les supporters d’Abul-Hasan et Fa iq.

La mort de Utbi provoque un soulèvement dans la capitale, Boukhara [8]. Nuh est forcé de demander l’assistance de Tash pour réprimer la révolte. Le gouverneur réussit dans cette tâche, et se prépare à se battre contre les armées de Abu l-Hasan et de son fils Abu Ali, de même que celui de Fa iq. Cependant, il change d’avis et fait la paix avec Simjuri et Fa iq. Tash convainc Nuh de donner à Faiq le contrôle de Balkh [9] et à Abu Ali le contrôle d’Herat. Abu l-Hasan est restauré au Khorasan, tandis que Tash garde son poste de gouverneur du Khorassan.

La paix est brisée par le successeur de Utbi, Muhammad ibn Uzair, le nouveau vizir, qui était un rival de Utbi et qui détestait Tash. Nuh, à la suite de l’avis de Muhammad, remplace Tash de son poste et réinstalle Abu l-Hasan au poste de gouverneur. Tash fuit chez les Bouyides, qui lui fournissent une assistance. Les partisans de Simjuri et de Fa iq le défont vers la fin de 987 mais il s’enfuit au Gorgān [10] où il meurt en 988.

Abu l-Hasan meurt aussi à peu près à la même période, et son fils Abu Ali lui succède en tant que gouverneur du Khorasan. Celui-ci accroît considérablement son pouvoir, ce qui alarme Fa iq. La querelle entre les deux hommes devient hostile. Abu Ali défait Fa iq dans une bataille en 990 environ. Durant sa retraite, Fa iq essaye de prendre Boukhara, mais le général turc de Nuh, Bektuzun, lui inflige une autre défaite. Fa iq retourne alors à Balkh. Nuh réussit à convaincre plusieurs de ses vassaux de mobiliser leurs forces contre Fa iq, mais ce dernier réussit à garder ses positions.

Les Qarakhanides, en addition à leurs conquêtes sur les Samanides, ont hérité de plusieurs territoires. Ils lancent une invasion à grande échelle à la fin de 991. Leur dirigeant, Bughra Khan, détruit une armée envoyée par Nuh pour le stopper. L’émir pardonne à Fa iq et lui donne le poste de gouverneur de Samarcande [11], en échange d’une promesse de ce dernier de se battre contre les Qarakhanides. Peu de temps après cependant, Fa iq se rend à Bughra Khan, qui se met alors en marche vers Boukhara. Nuh s’enfuit, et les Qarakhanides entrent dans la capitale à la fin du printemps 992. L’émir se tourne alors vers Abu Ali, qui réside encore à Nishapur [12], la capitale provinciale du Khorassan. Il demande son assistance, mais ce dernier refuse. La situation change quand Bughra Khan tombe malade à Boukhara. Ce dernier voyage vers Samarcande et meurt alors sur la route en direction du nord. La garnison laissée à Boukhara est défaite par Nuh durant l’été de la même année.

Faiq essaye de prendre Boukhara pour lui-même, mais il est battu. Il fuit alors chez Abu Ali, les deux chefs enterrent leurs différents passés et se ressoudent afin de mettre fin au règne du dirigeant samanide. Nuh demande l’assistance de Subuktigîn de Ghazni . Les Ghaznévides acceptent de fournir une assistance, et les forces de Nuh sont encore plus renforcées par une aide du Khwarezm [13] et de plusieurs autres de ses vassaux. Une bataille ayant lieu au Khorasan en août 994 a pour conséquence une victoire écrasante de l’émir et de ses alliés. Les rebelles fuient dans la région de Gorgan. Nuh récompense Subuktigîn et son fils Mahmud avec des titres, et donne aussi le poste de gouverneur du Khorassan à Mahmud.

En 995, Abu Ali et Fa iq reviennent avec de nouvelles forces et expulsent Mahmud de Nishapur. Subuktigîn retrouve son fils et ensemble ils défont les rebelles près de Tous [14]. Abu Ali et Fa iq fuient vers le nord, ce dernier trouvant refuge chez les Qarakhanides. Nuh, pardonne toutefois à Abu Ali, et l’envoie au Khwarezm. Le Khwarezm Shah, qui tient le sud du Khwarezm en tant que vassal des Samanides, emprisonne Abu Ali. Tous les 2 sont capturés quand le gouverneur samanide du nord du Khwarezm envahit ce territoire à partir de la région de Gorgan. Il annexe le sud du Khwarezm et renvoie Abu Ali à Nuh. L’émir l’envoie à Subuktigîn en 996, et il est par la suite exécuté par les Ghaznévides.

Pendant ce temps, Fa iq essaye de convaincre Nasr Khan, le successeur de Bughra Khan, de lancer une campagne contre les Samanides. Au lieu de cela, les Qarakhanides font la paix avec Nuh. Fa iq est pardonné et retrouve son poste de gouverneur de Samarcande. Bien que la paix soit finalement établie, les années de conflit qui l’ont précédé ont considérablement meurtri les Samanides. Les Qarakhanides ont pris le contrôle de la plupart du nord-est, tandis que les Ghazvénides tiennent fermement pour eux-mêmes le Khorassan et les terres au sud de l’Oxus [15]. Le gouverneur du Khwarezm accepte l’autorité de Nuh. C’est dans une condition de grande faiblesse du pouvoir de l’État samanide que Nuh meurt en 997. Son fils Mansour II lui succède.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de R. N. Frye (1975). The Cambridge History of Iran, Volume Four : From the Arab Invasion to the Saljuqs. (ISBN 0-521-20093-8)

Notes

[1] Le mot persan vizir, désigne un fonctionnaire de haut rang, ayant un rôle de conseiller ou de ministre auprès des dirigeants musulmans (califes, émirs, maliks, padishah ou sultans

[2] Les Qarakhanides ou Karakhanides sont une dynastie de Transoxiane d’origine turque qui régna entre 840 et 1212 en Asie centrale.

[3] Les Samanides sont une dynastie iranienne qui reprend le pouvoir après la conquête arabe

[4] Le Khorassan est une région située dans le nord-est de l’Iran. Le nom vient du persan et signifie « d’où vient le soleil ». Il a été donné à la partie orientale de l’empire sassanide. Le Khorassan est également considéré comme le nom médiéval de l’Afghanistan par les Afghans. En effet, le territoire appelé ainsi englobait en réalité l’Afghanistan actuel, le sud du Turkménistan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan, ainsi que le nord-est de l’Iran. Dans sa longue histoire le Khorassan a connu de nombreux conquérants : Grecs, Arabes, Turcs, Mongols, etc.

[5] Le Kouhistan, désigne une région aride correspondant au sud du Khorassan médiéval à cheval sur la frontière actuelle de l’Iran, du Pakistan et de l’Afghanistan. En persan le mot Kûhestân signifie Pays Montagneux. Cette région isolée est aussi un point de passage entre les Indes et le Moyen-Orient d’est en ouest et du golfe Persique au nord de l’Iran sur l’axe nord-sud. Son isolement et son relief montagneux en ont fait aussi une région de refuge pour des minorités voulant échapper à des persécutions comme les ismaéliens.

[6] Hérat, Herat ou Hérât est une ville de l’Ouest de l’Afghanistan proche des frontières de l’Iran et du Turkménistan, et située dans la province de Hérat.

[7] Les Bouyides sont une dynastie chiite qui règne en Perse et dans l’Irak-Adjémi (Jibâl) aux 10ème et 11ème siècles, de 945 à 1055.

[8] Boukhara est une ville d’Ouzbékistan, située au centre-sud du pays. C’est la capitale de la province de Boukhara.

[9] Bactres ou Bactra, est identifiée au site de l’actuelle Balkh dans le nord de l’Afghanistan. Bâtie entre 2.000 et 1.500 av. jc, c’est l’une des plus anciennes villes de l’Asie centrale : elle est considérée comme la première ville des populations indo-iraniennes du nord de l’Amou-Daria. Un changement climatique intervenu à partir du 8ème siècle conduit, après l’Antiquité tardive, à la désertification du pays, mais la région était auparavant très fertile.

[10] Gorgan est une ville du nord-est de l’Iran, à l’extrémité sud-est de la mer Caspienne. C’est la capitale de la province du Golestan, située à 400 km de Téhéran. Dans l’Antiquité, elle était nommée Tambrax ou Thambraces, et était capitale de la région antique appelée Hyrcanie. La ville fut capitale aux 10ème et 11ème siècles sous les Ziyarides. L’un de ses notables fut Qabus, mécène d’al-Biruni en l’an 1000, qui est enterré dans la tour Gonbad-e Qabus voisine.

[11] Samarcande ou parfois Samarkand est une ville d’Ouzbékistan, capitale de la province de Samarcande. Elle fut une des plus grandes cités d’Asie centrale. Lors de ces différentes occupations, Samarcande a abrité des communautés religieuses diversifiées et est devenue le foyer de plusieurs religions tel que le Bouddhisme, le Zoroastrisme, l’Hindouisme, le Manichéisme, le Judaïsme et l’Église de l’Orient. Les armées des Omeyyades sous Qutayba ben Muslim conquièrent la ville vers 710. Après la conquête de la Sogdiane, l’Islam devient la religion dominante à Samarcande où beaucoup d’habitants se convertissent. Selon la légende, durant le règne des Abbassides, le secret de la fabrication du papier est obtenu de deux Hans, prisonniers faits lors de la Bataille de Talas en 751. Cette invention permit la fondation de la première papeterie de Samarcande et se diffusa dans le reste du monde islamique et plus tard en Europe

[12] Nishapur, Nichapour ou Neishabur est une des principales villes de la région du Khorassan, en Iran.

[13] Le Khwarezm, également appelé Chorasmie antique, est une région historique située au sud de la mer d’Aral, principalement dans l’actuel Ouzbékistan, une plus petite partie en Turkménistan ; elle a parfois été autrefois incluse dans le Grand Iran. On y trouve notamment les villes historiques de Kounya-Ourguentch et de Khiva.

[14] Tous, est une ville du nord-est de l’Iran située près de Machhad dans la province de Khorassan-e Razavi. Tous a vu l’ascension et la chute de nombreuses puissances iraniennes, hellénistiques, parthes, turques, arabes ou mongoles : entre autres, la dynastie sassanide. En l’an 651, Tous est prise par l’armée des Arabes musulmans du clan abbasside. En 820, le clan iranien islamisé des Tahirides y prend le pouvoir, suivi en 896 par la dynastie samanide. La ville sera encore prise par Mahmoud de Ghazni en 994 et par le turc Toghrul-Beg, le premier des Seldjoukides en 1037. Tous est conquise par Gengis Khan en 1220 et devient une possession de l’Ilkhanat Mongol qui s’étend le long de la route de la soie, jusqu’au 14ème siècle, lorsqu’elle tombe aux mains des Sarbadars pour être, vers 1360, conquise par Tamerlan.

[15] L’Amou-Daria (en grec ancien Oxos) d’où son ancien nom de Oxus est un fleuve d’Asie centrale du bassin endoréique de la mer d’Aral. L’Amou-Daria naît dans les montagnes du Pamir, traverse l’Hindou Kouch puis le désert du Karakoum et la Steppe de la Faim, avant de former un delta qui se jette dans la mer d’Aral.Sa surface d’irrigation ou bassin versant est de 534 739 km², et son débit annuel moyen est de 55 kilomètres cubes d’eau (c’est-à-dire un peu plus de 1 850 m3/s – autant que le Rhône en Camargue), compte non tenu des importants prélèvements effectués dans son cours inférieur pour l’irrigation. Cette énorme quantité d’eau provient quasi totalement des hautes montagnes de l’Hindou Kouch, du Tian Shan et du Pamir, où les précipitations peuvent dépasser 1 500 millimètres annuellement, et où la lame d’eau écoulée peut atteindre 1 000 millimètres par an. Long de 2 580 km, mais navigable sur 1 450 km uniquement, il est très utilisé pour l’irrigation (notamment pour la culture du coton), ce qui a causé en grande partie l’assèchement de la mer d’Aral. L’Amou-Daria sert de frontière entre l’Afghanistan et le Tadjikistan, et en partie entre l’Ouzbékistan et le Turkménistan.