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L’histoire pour le plaisir

Miguel de Molinos

mercredi 12 mai 2021, par lucien jallamion

Miguel de Molinos (1628-1696)

Prêtre espagnol

Contemporain de Bossuet et de Pascal, considéré comme l’un des principaux fondateurs du quiétisme [1].

Né dans la province de Teruel [2], près de Saragosse [3], Miguel de Molinos part en 1646 pour Valence [4], où il étudie au “Colegio de San Pablos de los jesuitas”. Ses études le mènent à passer un doctorat en théologie. Il est ordonné prêtre le 21 décembre 1652, à l’âge de 24 ans.

Il se singularise déjà par ses dons de prédicateur et donne des exercices spirituels, pratique alors répandue au sein du clergé. En 1662, il entre à la Escuela de Cristo [5]. Les autorités ecclésiastiques de Valence le remarquent et l’envoient à Rome pour soutenir la cause de béatification d’un prêtre du diocèse.

En 1663, il donne la pleine mesure de son talent, d’abord dans la filiale romaine de la Escuela de Cristo, puis dans son enseignement auprès de divers ecclésiastiques comme de simples fidèles sur la pratique de la prière du cœur, l’oraison qui mène à l’apaisement de l’âme.

Sa renommée dépasse alors les limites de la ville éternelle [6]. Une partie de la noblesse, du clergé et jusqu’à certains membres de la curie pontificale [7] sont sensibles à son enseignement et à ses théories.

Il devient le confesseur et le directeur de conscience de nombreux prêtres et religieux. Le futur pape Innocent XI fut, semble-t-il, parmi ses disciples. Il publie divers écrits dont le plus célèbre, promis à un grand succès, est la “Guia Espiritual, Defensa de la Contemplacion” [8]. Molinos y explique comment, pour parvenir à l’union avec la divinité, l’âme doit rester totalement passive jusqu’à trouver le parfait repos en Dieu qui est en latin, d’où le quiétisme dont ses adversaires affubleront ce courant mystique.

Cette attitude de confiance totale en Dieu s’oppose notamment aux pratiques ascétiques et rituelles, allant jusqu’à les considérer comme des obstacles aux desseins de Dieu sur le croyant.

Le Guide Spirituel commence alors à provoquer nombre de conflits au sein même des maisons religieuses. Les Jésuites [9] sont les premiers adversaires des théories de Molinos : mépris pour les œuvres, même sanctifiées par la grâce, inutilité de l’exemple donné par les saints, telles furent les principales objections faites au prêtre espagnol.

Ces polémiques aboutissent logiquement, quoique après une longue période de tolérance vis-à-vis du docteur aragonais, à un procès inquisitorial. Miguel de Molinos est arrêté le 18 juillet 1685 et incarcéré à Rome. Son ouvrage principal est tout d’abord condamné par les tribunaux de l’inquisition espagnole, puis sicilienne. Mais ses bonnes relations avec des membres influents de la curie romaine dont le pape en personne retardent son procès.

Le 28 août 1687, néanmoins, la Congrégation du Saint-Office [10] finit par condamner plusieurs des propositions contenues dans son œuvre. Molinos est obligé d’abjurer publiquement ses erreurs dans l’église dominicaine Sainte-Marie sur la Minerve [11], le 3 septembre 1687.

L’accusé est déclaré hérétique dogmatisant par la bulle Coelestis Pastor du 20 novembre 1687 [12]. Curieusement, celle-ci se base dans sa condamnation beaucoup plus sur la correspondance, voire sur les conversations que Molinos entretenait avec ses fidèles, que sur le Guide spirituel. Il est vrai que l’ouvrage avait reçu l’imprimatur 12 ans plus tôt et avait été encensé par ceux-là même qui sanctionnent à présent son auteur.

Condamné à la prison perpétuelle, Molinos se retrouve en résidence surveillée au sein d’un couvent dans lequel il passe les 11 dernières années de sa vie, revêtu d’un habit de pénitent. C’est là qu’il meurt le 21 décembre 1696.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de histoire de Miguel de Molinos, Guide spirituel, introduction de Paul Drochon, Paris, Le Cerf, 1997

Notes

[1] courant spirituel et mystique qui connut son apogée en Europe notamment en France, en Espagne et en Allemagne, où il influença le piétisme luthérien à la fin du 17ème siècle

[2] La province de Teruel est l’une des trois provinces de la communauté autonome d’Aragon, dans l’est de l’Espagne. Sa capitale est la ville de Teruel.

[3] Saragosse est une ville espagnole, capitale de la province du même nom et de l’Aragon. Saragosse est située sur l’Èbre à mi-chemin entre Madrid et Barcelone, environ 300 kilomètres de chacune d’elles, et à 340 kilomètres de Valence. Un important traité fut signé à Saragosse (traité de Saragosse) en 1529 entre Espagnols et Portugais pour le partage des découvertes du Nouveau Monde.

[4] Valence ou Valencia en espagnol est une ville d’Espagne, située dans l’est du pays sur la côte méditerranéenne. Fondée en 138 av. jc par le consul romain Decimus Junius Brutus Callaicus sous le nom de Valentia Edetanorum, Valence devient, au Moyen Âge, la capitale du royaume de Valence.

[5] une confrérie qui prône l’ascèse

[6] Rome

[7] La curie romaine est l’ensemble des dicastères et autres organismes du Saint-siège qui assistent le pape dans sa mission de pasteur suprême de l’Église catholique. « La Curie romaine dont le Pontife suprême se sert habituellement pour traiter les affaires de l’Église tout entière, et qui accomplit sa fonction en son nom et sous son autorité pour le bien et le service des Églises, comprend la Secrétairerie d’État ou Secrétariat du Pape, le Conseil pour les affaires publiques de l’Église, les Congrégations, Tribunaux et autres Instituts ; leur constitution et compétence sont définies par la loi particulière ».

[8] Cet ouvrage, qui est réédité une dizaine de fois entre 1675 et 1685 et traduit en plusieurs langues, se présente comme une méthode d’accès à la contemplation

[9] La Compagnie de Jésus est un ordre religieux catholique masculin dont les membres sont des clercs réguliers appelés « jésuites ». La Compagnie est fondée par Ignace de Loyola et les premiers compagnons en 1539 et approuvée en 1540 par le pape Paul III.

[10] La Congrégation pour la doctrine de la foi ou CDF est l’une des neuf congrégations actuelles de la Curie romaine et qui a remplacé en 1965 la Sacrée congrégation du Saint-Office qui a elle-même succédé à la célèbre Inquisition (de son nom complet Sacrée congrégation de l’inquisition romaine et universelle) instaurée initialement pour combattre les hérétiques et les apostats. Elle possède un rôle fondamental au sein de l’Église catholique avec pour mission de « promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique ».

[11] La basilique sur la Minerve, ou église Sainte-Marie sur la Minerve est une basilique mineure située à Rome, place de la Minerve, dans le quartier du Panthéon. Fondée au 8ème siècle, reconstruite au 13ème siècle, souvent modifiée jusqu’au 19ème siècle, c’est une des rares églises romaines de style majoritairement gothique. Comme d’autres églises romaines antiques, elle fut construite sur les fondations d’un lieu de culte antérieur, dédié à la divinité romaine Minerve, ce qui explique son nom.

[12] Caelestis Pastor (le pasteur des cieux) est une Constitution apostolique signée en 1687 par le pape Innocent XI. Le but de ce texte est la condamnation du quiétisme. Le pape récapitule dans ce document, daté du 20 novembre 1687, 68 propositions quiétistes du théologien espagnol Miguel de Molinos, qui sont dès lors condamnées comme hérétiques.